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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 20 mai 2026 23 min

Budget de la Défense, guerre en Iran... le "8h30 franceinfo" de Catherine Vautrin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Catherine Vautrin. Bonjour Agathe Lambré. Bonjour Paul. Bonjour à tous. Merci d'être avec nous sur France Info. Vous êtes ministre des armées dans un contexte de guerre en Ukraine et au Moyen-Orient. Et justement, hier, les députés ont voté largement une rallonge de 36 milliards d'euros pour la défense d'ici 2030. Le budget des armées doit atteindre 63,3 milliards d'euros par an, deux fois plus qu'en 2017. Le Rassemblement National a voté pour, mais avec des réserves, on écoute Laurent Jacobelli.

0:31
Invité

Ce texte qui est un petit texte d'experts comptables, là où on attendrait un texte de stratège. Mais je vais vous dire, même si c'est 10, 15 milliards réels, ça va une fois encore dans le bon sens, puisque nos armées ont besoin d'être soutenues.

0:42
Présentateur

Le Premier ministre lui-même avait dit que l'idéal, ce serait un budget de 100 milliards d'euros. Catherine Vautrin, est-ce que c'est un budget qui est vraiment à la hauteur des enjeux ou un budget qui se contente de recoller les morceaux ?

0:54
Catherine Vautrin

Alors déjà, je vais évidemment dire tout mon respect pour les experts comptables. Et après, évidemment, c'est un enjeu extrêmement important. Le Monde a changé. La loi qui a été votée en 2023 prévoyait une actualisation en 27. Le Monde ayant changé, nous avons décidé d'aller plus vite et de le faire dès cette année. 36 milliards supplémentaires, vous venez de le dire et je vous remercie de l'avoir dit. En 10 ans, nous aurons doublé le budget des armées. C'est dire l'effort de la France. Et c'est vrai que cet effort va devoir se poursuivre et devra se poursuivre au-delà de 2027, parce qu'il s'agit de souveraineté, il s'agit d'équiper nos armées, il s'agit aussi de voir le format.

Là, c'est une loi qui permet de donner plus de moyens à très court terme. Oui, qu'est-ce que ça change concrètement ? Concrètement, ça va pour être extrêmement concrète. 8 milliards de plus, rien que pour les munitions. C'est plus d'argent pour les avions de combat. C'est plus d'argent pour une nouvelle trame-char. C'est plus d'argent pour l'espace. Trame-char, c'est quoi ? La trame-char, ce sont les chars. Vous savez qu'aujourd'hui, l'armée de terre dispose d'un char qui s'appelle le char Leclerc, qui est un char dont tout le monde reconnaît l'intérêt, sauf que ce char, il est en fin de vie.

Il terminera sa vie dans les années 38, ce qui veut donc dire que nous devons déjà, évidemment, anticiper et donc créer un nouveau char. Et c'est ça, la trame-char, c'est des crédits pour travailler sur un nouveau char.

2:12
Intervenant

Aujourd'hui, qu'est-ce qui manque le plus à la France ? Est-ce que ce sont des missiles, des drones, des munitions ou des hommes et des formations ?

2:18
Catherine Vautrin

Déjà, on va dire que la France est l'armée d'Europe la plus entraînée. Donc, nous n'avons pas de rupture capacitaire majeure. Ça, c'est un point très important. En revanche, évidemment, nous devons faire évoluer, accompagner nos équipements. On parle des drones matin, midi et soir. Nous avons besoin de luttes anti-drones. Voilà, typiquement, des équipements qu'il faut acquérir. Nous avons besoin de plus de munitions. Parce que si vous voulez une armée entraînée, encore faut-il qu'elle puisse tirer, tirer à balles réelles, tirer tout type de munitions. Et donc, cela nécessite de pouvoir les remplacer. Ce sont l'ensemble de ces éléments que nous allons acquérir.

Et puis, un autre élément très important, c'est la maîtrise de notre territoire. C'est la maîtrise de l'information. C'est la maîtrise de la communication. Et ça, c'est l'espace, d'où des crédits, pour avoir plus de satellites, pour être plus souverains dans ce domaine, par exemple.

3:14
Présentateur

Catherine Votrin, est-ce qu'on se rapproche d'une économie de guerre ? Ou on en est très loin encore ?

3:17
Catherine Vautrin

Vous savez, je crois qu'il faut arrêter avec des termes qui, quelque part, veulent tout dire et rien dire, si je devais le faire un peu brutalement. Ce qui est certain, c'est que notre volonté, c'est évidemment d'être toujours en avance. Pour gagner une guerre, il faut l'avoir anticipée. Pour l'avoir anticipée, il faut l'avoir prévue. Ce que l'on voit, c'est que non seulement le monde a changé, mais si nous prenons les retours d'expérience de l'Ukraine, les retours d'expérience de 71 jours maintenant, au Proche et Moyen-Orient, nous voyons que nous avons besoin, par exemple, de beaucoup travailler sur la défense de notre ciel. Ça veut donc dire travailler sur notre aviation de chasse.

Ça veut dire travailler sur la lutte anti-drone. Tout ça, derrière, c'est tout ce que nous faisons avec nos armées, les industries de l'armement. Je rappelle que la France est le deuxième pays exportateur en matière d'armement. Ce sont 240 000 emplois sur le territoire. Et c'est un point très important, parce que quand on dit que nous mettons 36 milliards de plus entre maintenant et 2030, ce sont autant de commandes pour l'industrie de l'armement qui, à plus de 80%, est une industrie française.

4:21
Intervenant

Madame Vautrin, vous avez réagi au Rassemblement National qui dénonce un petit texte d'Experts comptables. J'aimerais vous faire réagir à une autre expression d'un communiste qui dénonce dans ce texte. Il dit que ce texte ne prépare pas seulement les armées, il prépare aussi les esprits à accepter la guerre comme normalité politique. Madame la ministre des Armées, à quoi préparez-vous les esprits avec ce texte ?

4:39
Catherine Vautrin

Je prépare les esprits à travailler sur la souveraineté de notre pays. Ça veut dire être préparé. Vous savez que la position de la France, c'est une position défensive. La France n'attaque pas, la France se défend. Pour être respecté, il faut être craint. Pour être craint, il faut être entraîné, il faut être équipé. C'est cela, notre objectif. Et on voit que nous sommes dans un monde dans lequel la force, de plus en plus, prend le pas sur les lois et les règlements. La volonté de la France, c'est de dire on respecte les textes, on respecte bien évidemment tous les accords. Pour autant, nous sommes prêts à nous défendre avec deux piliers.

Une armée qui s'appuie d'un côté sur la dissuasion, conférait le discours de l'île longue du président de la République le 2 mars dernier, et une armée conventionnelle, qui est donc une armée entraînée et qui dispose de l'ensemble des équipements dont elle a besoin, qu'il s'agisse de la marine, qu'il s'agisse de l'armée de terre ou de l'armée de l'air. Et moi, je veux rendre hommage à l'ensemble des femmes et des hommes qui composent nos armées, qui au quotidien sont des gens qui s'entraînent et qui sont opérationnels.

5:46
Présentateur

Catherine Vautrin, Donald Trump a annoncé qu'il renonçait à une attaque contre l'Iran après un appel des dirigeants du Golfe. On écoute le président américain.

5:55
Locuteur non identifié

J'étais à une heure de frapper l'Iran. J'ai jamais dit quand, mais on était tout proche. Ma décision aurait dû intervenir aujourd'hui et on n'aurait pas été là à parler de cette salle de balle.

6:06
Présentateur

Voilà, Donald Trump qui a assuré que des négociations sérieuses avaient lieu. Est-ce que vous faites confiance au président américain ou avec lui ? Vous dites qu'il faut s'attendre à tout, il est trop imprévisible.

6:17
Catherine Vautrin

Vous connaissez la position de la France depuis le 2 mars dernier. Elle est extrêmement claire. Le président de la République, dans son adresse aux Français, a toujours dit que nous choisissions la voie diplomatique. Donc pour nous, ce qui est extrêmement important, c'est la capacité à discuter avec les belligérants. Les belligérants, ce sont l'Iran d'un côté, les Etats-Unis de l'autre, Israël qui est dans cette guerre, qui a besoin que nous puissions échanger, discuter.

6:42
Présentateur

Mais est-ce que vous redoutez des nouvelles frappes américaines ? Parce que là, Donald Trump dit j'étais à une heure de frapper et finalement j'ai renoncé.

6:48
Catherine Vautrin

Ce que je retiens, c'est la deuxième partie de la phrase et ce qu'il faut faire, c'est accompagner toute cette démarche. Et c'est le sens de ce qui a été fait dans cette constitution d'un groupe multinational militaire avec 42 pays. J'ai fait la semaine dernière une conférence coprésidée avec mon collègue anglais. L'objectif, c'est de regarder comment par voie diplomatique, on a capacité à accompagner des bateaux à passer hors mousse. Parce que la vraie façon de régler cette guerre, c'est la voie diplomatique.

7:18
Intervenant

Sébastien Lecornu a prévenu hier que la situation allait durer. Le Premier ministre prévient que les guerres hybrides ou les guerres directes vont se multiplier. Qu'est-ce que vous pouvez nous sous-titrer cette phrase ? Qu'est-ce qu'il entend par là ? A quelle guerre hybride faut-il que la France se prépare ?

7:30
Catherine Vautrin

Nous avons des menaces qui sont des menaces régulières avec des attaques qui peuvent être des attaques informatiques. C'est ce type de choses sur lesquelles nous devons nous préparer. D'où tout le travail que fait la France et que fait la France avec l'ensemble de ses services. Parce que nous venons beaucoup de parler de nos armées. Je voudrais aussi rendre hommage à nos services secrets. Je pense bien évidemment à la DGSE, je pense à la DRM qui sont des gens qui au quotidien sont là pour justement traquer ces menaces. On a beaucoup parlé de terrorisme. Très concrètement, ce sont ces services qui nous permettent de nous préparer et de travailler et c'est absolument indispensable.

8:08
Présentateur

Catherine Vautrin, vous avez reçu votre homologue des Émirats Arabes Unis hier. L'occasion de renouveler l'accord de coopération en matière de défense entre les Émirats et la France. Les Émirats, parmi les premiers frappés par l'Iran, cible numéro 1 si les combats repartaient. Notre Charles de Gaulle est à quelques centaines de kilomètres. Que se passe-t-il si les Émirats nous appellent à l'aide demain ?

8:30
Catherine Vautrin

Alors, vous avez pu voir que nous avons avec les Émirats un accord de défense. Ce qui fait que dès le mois de mars, quand les Émirats ont été attaqués, à ce moment-là, ils ont demandé à la France de les aider. Et ce que nous avons fait dans le cadre de cet accord de défense c'est que nous les avons accompagnés parce que la France est un partenaire fiable. Un partenaire fiable, c'est un partenaire qui, dès lors qu'il est appelé parce qu'il est attaqué, il peut faire l'objet d'une aide.

Aujourd'hui, la position du Charles de Gaulle sur ordre du président de la République, le Charles de Gaulle qui, finalement, en mars, était dans le Grand Nord, a fait route vers la Méditerranée orientale, puis de la Méditerranée orientale a passé, comme vous le savez, le canal de Suez et le détroit de Babel-Mendel. Il est aujourd'hui... Il est où ce matin ? Il est dans le golfe d'Aden. Et au moment où on se parle, il est dans le golfe d'Aden.

9:20
Intervenant

Il dirige vers le détroit d'Aden.

9:21
Catherine Vautrin

Il est dans le golfe d'Aden. Au moment où nous nous parlons, nous avons...

9:24
Présentateur

Au large de la péninsule arabique. Vous y étiez d'ailleurs...

9:26
Catherine Vautrin

On est plus près de Djibouti. Et dans le golfe d'Aden, vous êtes encore assez près de Djibouti. Ils ont d'ailleurs fait escale pendant trois jours à Djibouti. J'ai effectivement, la semaine dernière, rencontré l'ensemble de nos forces sur le Charles de Gaulle, 1800 marins, engagés, et impliqués. Et n'oubliez jamais que quand on parle du Charles de Gaulle, on parle d'un groupe aéronaval. C'est-à-dire que non seulement nous avons un porte-avions, mais nous avons 20 rafales marines. Nous avons des frégates. Nous avons un bâtiment ravitailleur. Et ça, c'est quelque part la force de la France et la capacité de la France à rayonner. Et je voudrais insister sur ce point.

Parce que quand la guerre a commencé, la France a été le seul pays qui a été en capacité d'avoir immédiatement des frégates qui ont fait route vers la Méditerranée orientale. On avait une frégate qui était au sud de Chie, puisque Chypre avait été menacée. Nous avions, dans le cadre de l'opération européenne à Spides, deux frégates qui étaient en mer rouge.

10:18
Présentateur

On est le seul pays européen en capacité de déployer autant de moyens. Exactement.

10:22
Catherine Vautrin

On voit la capacité, quand on parle d'une armée entraînée, la marine nationale a montré sa capacité à être déployée dans un temps extrêmement rapide sur ordre du président de la République. Et ça, vraiment, je pense que quand on cherche à quoi sert l'argent de la loi de programmation militaire, voilà une déclinaison extrêmement concrète. Justement, à propos d'en... Pardon,

10:44
Présentateur

c'est juste pour rebondir sur ce que vous disiez, pardon, après je laisse mon collègue. Justement, l'Allemagne en ce moment est en train de se réarmer et veut devenir l'armée la plus puissante d'Europe. Vous, vous dites, notre budget justement, il va servir à réarmer la France. Mais il y a aussi des gens qui disent que ce budget ne produit rien. Et c'est notamment avec critique des insoumis, que ce budget ne sert pas à financer l'industrie française, le char du futur, l'avion du futur. Qu'est-ce que vous répondez ?

11:08
Catherine Vautrin

Mais vous savez, je crois qu'il faut regarder les choses très concrètement. L'année dernière, nous avons passé pour la France 26 milliards d'euros de commandes. Alors, si ça, c'est rien, je peux vous dire que les entreprises concernées sont particulièrement heureuses. Et les mêmes qui disent ça me disent, mais vous avez vu comment sur le budget d'une année sur l'autre, vous passez des crédits qu'il faut payer ? Parce que, comme vous l'imaginez, quand on commande un bateau, pour prendre un exemple, le bateau, vous ne le payez pas l'année où vous le commandez, vous le payez sur 10-15 ans. Ce qui veut dire que chaque année, dans mon budget, je paie une partie du bateau que j'ai commandé.

Et très concrètement, le budget de la Défense, au moment où nous nous parlons, est évidemment très contraint par ces commandes qui ont été passées. Et ça, c'est bien la meilleure preuve que, effectivement, nous commandons. Et que donc, les 36 milliards servent à du matériel et pour l'immense majorité, le matériel, c'est du matériel Naval Group, entreprise que les Français connaissent bien, demandée aux habitants de Cherbourg, de Lorient, de Brest, à toutes nos vies et de Toulon, si Naval Group n'est pas une entreprise extrêmement importante pour le territoire.

12:08
Intervenant

Combien coûte le Charles de Gaulle ? Puisque l'engagement militaire a un coût, l'intensification de nos opérations extérieures a coûté plus d'un milliard d'euros depuis le début de l'année, disait le ministre de l'Économie il y a un mois. Alban Mikowski, journaliste à France Télévisions, spécialiste des questions internationales, pense que ça coûte 50 000 euros de l'heure, donc à peu près un million d'euros la journée. Combien une journée en mer coûte pour le Charles de Gaulle ?

12:27
Catherine Vautrin

Alors, nous ne raisonnons pas en journée en mer pour le Charles de Gaulle.

Aujourd'hui, nous avons des budgets qui sont effectivement des budgets qu'on pourrait qualifier de fonctionnement, qui sont liés, vous avez plein de choses à prendre en compte, vous avez 1800 personnes, ce sont autant de salaire, vous avez un bateau qui effectivement fonctionne avec ses propres chaufferies, puisque comme vous le savez, le Charles de Gaulle a ses propres chaufferies, donc le sujet, il n'est pas sur le coût journalier, le sujet, il est sur le choix qu'a fait la France sur le Charles de Gaulle hier, demain sur le France libre, qui est de faire partie de ces quelques pays dans le monde capables d'afficher...

13:05
Présentateur

Effectivement, ça a un budget, vous dites le Charles de Gaulle, les hommes, la chaufferie, il y a aussi les frégates, est-ce que vous pouvez nous donner un ordre d'idée ? Alban Mikozy dit 50 000 euros de l'heure donc un million par jour.

13:15
Catherine Vautrin

Je ne donnerai pas d'ordre d'idée, je donnerai une idée de ce que cela représente en termes de puissance. C'est 45 000 tonnes de diplomatie et c'est la capacité à montrer la force de notre diplomatie militaire et c'est ça qu'il faut retenir et le choix qui a été fait par le Président de la République au mois de décembre dernier de lancer la construction du France libre, qui est le successeur du Charles de Gaulle qui arrivera en 1938, c'est un positionnement de la marine française.

13:43
Présentateur

On entend très bien mais ça ne nous donne pas une idée du coup. En revanche, juste une petite question parce qu'il faut qu'on avance. Combien de temps le Charles de Gaulle va-t-il rester dans la région ? L'USS Gérald Ford dépêché au Moyen-Orient par les Etats-Unis est resté 326 jours en mer. C'était un record. Est-ce que le Charles de Gaulle pourrait rester aussi longtemps où il faut relever les hommes ?

14:03
Catherine Vautrin

Comme vous le savez, c'est le chef des armées qui est le Président de la République qui donne les ordres pour ce bâtiment. Pour autant, il y a des hommes certains ont déjà été relevés. Il y a des capacités à avoir quelques roulements mais dans tous les cas, c'est le Président de la République qui décidera du moment qu'il jugera opportun pour que le Charles de Gaulle fasse route vers Toulon. Il pourrait rester tout l'été ? C'est au Président de la République d'en décider.

14:24
Locuteur non identifié

Avec Catherine Vautrin,

14:31
Présentateur

ministre des Armées et des Anciens Combattants, on parle du Détroit d'Hormuz.

14:34
Intervenant

Question très simple, Madame Vautrin. Où en est ce matin la mission mise sur pied par Paris et Londres pour sécuriser le Détroit d'Hormuz ?

14:42
Catherine Vautrin

Je l'évoquais il y a quelques minutes. Aujourd'hui, la mission représente 42 pays. Nous avons la semaine dernière travaillé avec ces différents pays pour voir qui était en capacité de fournir quoi. En d'autres termes, si nous avons, je reprends vraiment l'ordre dans lequel nous travaillons. Première approche, c'est une discussion avec les belligérants, donc Etats-Unis, Iran, qui ne sont pas membres de cette mission puisqu'ils sont belligérants. L'idée, c'est de pouvoir déconflicter, donc d'échanger pour avoir au minimum un cessez-le-feu. Les conflicter, c'est trouver la paix ? C'est trouver, ce que je disais, au minimum un cessez-le-feu, au mieux évidemment la paix.

Dans un deuxième temps, une discussion avec les assureurs et les armateurs pour que des bateaux puissent effectivement passer le Détroit. Il y a moins trois navires français qui sont bloqués. Et troisièmement, c'est la capacité à ce moment-là, si besoin était, d'escorter. Alors quand on dit escorter, il peut y avoir un enjeu qui peut être un enjeu de déménage. C'est pour ça que certains pays proposent de mettre à disposition des bâtiments qui sont des bâtiments de déménage. Et la France a déjà un bateau qui est, déjà à Djibouti, qui est un bateau démineur. Pour être concrète, les Belges ont ce type d'équipement, les Néerlandais ont ce type d'équipement. C'est une première approche.

Vous confirmez,

15:59
Intervenant

comme la presse américaine ce matin, qu'il y a des mines dans le Détroit d'Orly ?

16:02
Catherine Vautrin

Je ne confirme rien à ce stade. Je l'ai lu comme vous, j'ai entendu ce matin cet élément. Moi, au moment où nous nous parlons, je n'ai aucune certitude sur le sujet. Mais dans tous les cas, nous anticipons la nécessité potentielle de déminer, d'où l'idée d'avoir les bâtiments qui permettent de le faire. Et donc vraiment, c'est d'abord voie diplomatique, ensuite escorte des bateaux. Mais ce qui se joue, et c'est vraiment ça qui est important, c'est bien évidemment la liberté de navigation.

16:27
Présentateur

Oui, justement Catherine Vautrin, pardon, parce qu'aujourd'hui c'est l'Iran qui a la main sur le Détroit d'Orlymous, l'Iran qui veut désormais imposer un droit de passage aux navires. Est-ce qu'on peut accepter de payer

16:38
Catherine Vautrin

pour passer ? C'est exactement le fond du problème. Alors permettez-moi de dire qu'il n'y a pas que l'Iran, il y a Oman. Parce que si vous regardez le Détroit d'Orlymous, c'est en partage entre Oman et l'Iran, premier élément. Deuxième élément, ce qui se joue, c'est précisément de dire la liberté de navigation fait partie des accords internationaux. Ce sont les fameux accords de Montego-Mombay. Et l'objectif, c'est évidemment de garder cette liberté de navigation. Mais qui fait respecter

17:07
Présentateur

le droit international ? Parce qu'on dit qu'il faut respecter le droit international. C'est l'objet

17:11
Catherine Vautrin

des négociations diplomatiques et c'est ça qu'on veut obtenir. L'objet même de ces négociations, c'est d'obtenir, de revenir à la liberté de navigation.

17:21
Présentateur

On a quel moyen de pression ? Parce que le Président disait il y a quelques jours qu'il fallait dissocier le Détroit d'Ormous des négociations en cours entre les belligérants. Pour l'instant, le sort du Détroit d'Ormous n'est pas vraiment dissocié. De quel moyen de pression dispose-t-on si on en a d'ailleurs ?

17:35
Catherine Vautrin

Des moyens d'échange, de discussion avec chacun des belligérants et particulièrement de l'Iran.

17:43
Présentateur

Catherine Vautrin, fin mars, Paris a refusé le survol de son territoire à certains avions américains qui contenaient des armes à destination d'Israël et du Moyen-Orient. Dans quelle mesure notre territoire et nos bases ont pu servir dans cette guerre ? Est-ce que des avions ensuite ont pu survoler la France ? Les bases ont été utilisées ?

18:00
Catherine Vautrin

Vous le savez, nous ne sommes pas partis à la guerre, nous ne sommes pas belligérants et c'est ce qui a conduit les décisions prises une fois encore par l'exécutif. Une fois qu'on a dit ça, ce que la France a accepté, c'était des avions qui étaient des avions ravitailleurs, en d'autres termes, des stations, j'oserais dire des stations-services aériennes puisque ce sont des avions qui vont ravitailler.

18:21
Présentateur

On n'a pas fermé notre espace aérien comme l'Espagne l'a fait, par exemple.

18:23
Catherine Vautrin

Nous n'avons pas fermé notre espace aérien mais pour autant, nous avons exigé ces règles, c'est-à-dire des avions qui étaient des avions ravitailleurs.

18:30
Présentateur

Catherine, votre un cas de frégate pour un contrat estimé à 4 milliards d'euros, la Suède vient d'acheter des frégates françaises. Ça faisait 50 ans qu'elle n'avait pas conclu un tel contrat. C'est quoi ? C'est un emblème du réarmement à l'œuvre ? Alors, c'est d'abord

18:47
Catherine Vautrin

une très très belle victoire de l'équipe France. Tous services confondus auxquels je veux rendre hommage depuis notre ambassadeur à Stockholm à l'ensemble de nos services et la fierté des entreprises françaises, c'est Naval Group qui est derrière. Premier point. Deuxième point, effectivement, la Suède, depuis les années 80, n'avait pas travaillé sur sa flotte. Donc, c'est un énorme enjeu pour la Suède et c'est un très bel exemple de coopération européenne parce que là, nous travaillons entre pays européens. En décembre, la France avait acheté deux avions de surveillance à la Suède et là, c'est quatre FDI puisque tel est leur nom fréquente de défense et d'intervention.

cela fait suite à la vente que nous avions faite à la Grèce. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que les Grecs et les Suédois se sont parlé et ça a été très important de voir ce club finalement des pays qui acquièrent ces fameuses frégates qui sont un bel exemple d'innovation française et qui, pour l'Orient, est une excellente nouvelle parce que c'est essentiellement à l'Orient que ces frégates sont produites.

19:48
Intervenant

Après, les avions, question sur nos avions. Le Rafale se vend partout dans le monde sauf chez beaucoup de nos voisins européens qui lui préfèrent le F-35 américain. Est-ce que ça vous agace ?

19:58
Catherine Vautrin

Alors, en tout cas, c'est un objectif que de démontrer la force du Rafale et c'est tellement vrai que dans la loi qui a été votée hier à l'Assemblée nationale, il y a un passage au standard F-5 du Rafale, c'est-à-dire une rénovation à mi-vie de cet avion pour le rendre encore plus fort, pour lui permettre des emports différents, pour lui permettre plus d'allonges avec notamment un réservoir plus important et donc, c'est effectivement là aussi améliorer la compétitivité de cet avion et c'est vrai que je pense que nous pouvons faire des progrès sur le continent européen et nous y travaillons.

20:33
Présentateur

Catherine Vautrin, c'est la question qui peaufine sa stature à l'approche de la présidentielle. Les candidats ou potentiels candidats cherchent à rencontrer les armées pour peaufiner leur stature internationale. On se rappelle Valérie Pécresse sur le Charles de Gaulle ou Éric Zemmour en Côte d'Ivoire en 2022. Est-ce que, à l'approche de la présidentielle, vous avez été sollicitée et qu'est-ce que vous répondez ?

20:53
Catherine Vautrin

Alors moi, je suis très vigilante. Je comprends parfaitement la nécessité de connaître nos armées, de connaître le fonctionnement de nos armées, les femmes et les hommes qui composent nos armées. Après, ce sont des gens qui sont évidemment concentrés, occupés au quotidien, particulièrement dans le contexte que nous connaissons et donc moi, je suis simplement vigilante à ce que rien n'aubère l'activité qui est la leur. Et vous savez que les... Et vous savez que d'autre part, les militaires ont un devoir de réserve et donc nous devons tous, toute femme, homme politique, doit réserver, doit respecter ce droit de réserve de nos armées.

21:28
Intervenant

solliciter.

21:29
Catherine Vautrin

Peu d'intérêt.

21:31
Présentateur

Il y a un autre débat en ce moment et on vous entend peu sur le sujet politique, c'est qu'il y a beaucoup de candidats, Bruno Retailleau, Edouard Philippe, Gabriel Attal qui doit annoncer sa candidature en fin de semaine. Est-ce que ça vous inquiète cette multiplication des candidats et est-ce que vous appelez un système de départage comme une primaire ?

21:50
Catherine Vautrin

Alors la primaire, moi qui suis issue des rangs de la droite républicaine, j'ai pu voir les résultats de la primaire, on ne peut pas dire que ça a été particulièrement un résultat positif. Une fois qu'on s'est dit ça, ce qui est certain, c'est qu'il y a une vraie nécessité à ce que nos concitoyens puissent avoir un choix qui permette une présence des valeurs que nous représentons du centre-gauche au centre-droit, du centre-droit au centre-gauche aux valeurs qui sont les nôtres. Et donc moi, je suis très vigilante à ce qu'il y ait effectivement cette représentation et éviter évidemment un deuxième tour Le Pen-Mélenchon.

22:27
Intervenant

On a bien compris que vous étiez très prudente avec votre parole, ce n'est pas pour rien que votre ministère est surnommé à la grande muette, mais est-ce que vous déjà, sans nous dire qui, vous avez déjà choisi votre candidat ou votre candidate ?

22:35
Catherine Vautrin

J'ai encore un peu de temps. Et vous pensez qu'on va pouvoir les départager sans primaire ? En tout cas, on a une énorme, et vraiment j'insiste sur ce mot, une énorme responsabilité. Et je pense que celles et ceux qui partagent les valeurs qui sont les nôtres ne nous pardonneraient pas de ne pas agir en femmes et hommes responsables que nous devons être pour le pays.

22:54
Présentateur

Merci beaucoup Catherine, votre ministre des Armées et des Anciens Combattants d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci Paul.

22:59
Intervenant

Merci, à demain.

23:00
Catherine Vautrin

Merci à vous deux.