Le Président Emmanuel Macron rencontre la communauté française d’Afrique du Sud à Pretoria.
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- 10:00Emmanuel MacronChiffre
« La France s'est engagée à donner, et a commencé, 30 millions de doses ; l'Allemagne s'est engagée à donner aussi 30 millions de doses, ce qui permet à l'Union européenne de s'être engagée à donner 100 millions de doses. »
- 22:30Emmanuel MacronFait
« On a mobilisé avec l'Agence française de développement beaucoup de financements sur le volet éducation/formation professionnelle. »
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Je suis très heureux d'être parmi vous, vraiment ! D'abord, je veux remercier Monsieur l'Ambassadeur et son épouse de nous accueillir ici-même, et de nous permettre de passer ce temps ensemble. Et je suis très heureux, avec Madame et Monsieur le Ministre, d'être là, et avec plusieurs de nos parlementaires européens.
Vous avez votre députée, des parlementaires fortement engagés à l'Assemblée nationale, des députées européennes qui constituent une délégation je dirai originale. Elle est encore plus originale parce que, et je tiens à nouveau à le remercier, le ministre allemand de la Santé Jens Spahn est avec nous, et a contribué aussi à porter un message européen dans cette aventure, de même que Monsieur Diop qui doit être aussi ici, et qui a permis de faire entrer, si je puis dire, dans l'équipe de France, la Banque mondiale et son travail. C'est un peu ce qu'on a voulu faire, je vais y revenir durant ces quelques jours.
En tout cas, je voulais vraiment saluer les ministres, les parlementaires, les ambassadeurs et ambassadrices ici présents, évidemment les consuls généraux, les conseillers des Français de l'étranger, l'ensemble de celles et ceux qui portent la France ici, et vous toutes et tous, mes chers compatriotes. D'abord, je disais que j'étais heureux d'être parmi vous, parce que je devais venir il y a un an et, malheureusement pour nous tous, les circonstances ont bloqué beaucoup de choses. C'est la première fois que je me redéplace aussi loin depuis le début de la pandémie.
C'est aussi pour cela que je tenais à rester quelques heures de plus avec les ministres, pour avoir l'opportunité, après la fin de tous les rendez-vous diplomatiques hier soir tard, de vous retrouver et de passer ce moment avec vous avant de devoir repartir. Je sais combien la pandémie de Covid-19 a eu un impact sur vos vies personnelles et professionnelles. Je veux ici avoir une pensée pour toutes celles et ceux qui l'ont vécu parfois dans leur chair, ou qui se sont retrouvés loin de leurs proches ou de leur famille qui ont été touchés.
Évidemment, ici, le pays a été beaucoup touché, et c'est sans doute l'un des pays d'Afrique qui a eu à vivre le plus durement cette crise, donc une pensée aussi pour tous nos compatriotes qui ont été touchés dans leur vie personnelle par cette crise. Mais je veux vous remercier et vous féliciter d'avoir tenu bon. Vous vous êtes adaptés dans un contexte sanitaire inédit, et vous avez été solidaires, en vous inspirant un peu de cet esprit de l'Ubuntu et en tenant ensemble avec vraiment de la force.
Je veux vraiment remercier l'ambassade, les consulats, les chefs d'îlots, nos écoles à Johannesburg, au Cap, à Pretoria, les nombreuses associations françaises que vous représentez ce matin. Vous vous êtes soutenus les uns les autres pendant tous ces mois, dans un pays où le contexte a été très difficile, Madame la députée le sait, ô combien, avec une période très longue en Afrique du Sud, pratiquement 12 mois de confinement avec des paliers variés. Et je le disais, vous avez tenu !
Donc je veux vraiment remercier évidemment les services de l'État et toutes les associations qui ont contribué à cela, remercier aussi les services de l'État qui ont mis en place en un temps record les opérations de rapatriement de touristes, d'Européens, de Sud-africains bloqués dans les pays durant les premiers mois du confinement. Nous n'oublions pas, on était avec le ministre les premiers jours et les premières semaines, qu'il y a un travail extraordinaire qui a été fait par les services du Quai d'Orsay et par toutes les équipes, qui se sont relayées jour et nuit, et toutes les équipes sur place qui ont mené et tenu les permanences soirées et week-end. On pensait initialement raccompagner 2 000 personnes, vous en avez accompagné ici 6 000 depuis le Cap et Johannesburg, avec efficacité et sans accrocs.
Donc un immense bravo pour cela, et merci, vraiment ! Merci aussi à vos élus, députés et sénateurs de votre circonscription, ainsi qu'aux conseillers français de l'étranger qui vous représentent. La crise a, une nouvelle fois, démontré leur importance, leur soutien et le rôle précieux qu'ils jouent en période si difficile, dans une période où beaucoup ont pu d'ailleurs commencer à voter de manière électronique.
Vous pourrez voter demain, dimanche, à l'urne, aux consulats généraux de France à Johannesburg et au Cap. Je pense que cette démocratie aussi des Français de l'étranger est importante, et je vous invite toutes et tous, avec vos convictions, vos choix, à y participer. Maintenant, j'ai envie de parler de présent et d'avenir, et ce sont les quelques mots que je voulais partager avec vous.
D'abord, un message de confiance et d'espoir quant à la pandémie. Au fond, le premier axe de la visite que nous effectuons ici est un axe sanitaire, celui d'ailleurs que nous menons depuis le début avec l'Afrique du Sud. Dès les premiers jours, avec le président Ramaphosa et ses collègues qu'il avait réunis, nous avons lancé l'initiative ACT-A, tu [INAUDIBLE] aujourd'hui, [INAUDIBLE], pour essayer justement de construire la réponse à la pandémie avec les pays d'Afrique, la réponse sanitaire et économique.
Alors il y a la suite de ces projets, et puis il y a le très court terme. Le très court terme, comment allons-nous gérer les choses ? D'abord, il y a la décision qui a été prise par les autorités sanitaires, et qui, je le sais, a fait râler certaines et certains, et c'est normal, qui était de prendre des précautions au retour, avec la période d'isolement compte tenu de la présence des variants et de la remontée.
Sur ce sujet, je veux vraiment vous dire que, d'abord, notre devoir à tous, c'est d'être extrêmement précautionneux dans cette période. C'est pour ça que nous sommes face à ce qui pourrait être une contradiction, mais à laquelle nous répondons par une double ambition. On a demandé aux Françaises et aux Français beaucoup d'efforts, et tous les pays européens sont dans cette situation, l'Allemagne a fait pareil, de confinements intégraux et autres, et on doit être très prudents pour ne pas réimporter évidemment les variants qui circulent sur notre territoire.
Donc on va continuer à avoir cette vigilance. Dans le même temps, nous tenons, et nous continuerons de tenir, à cette solidarité à l'égard de toutes les Françaises et de tous les Français qui vivent partout dans le monde. Donc là, dans un premier temps, il y a eu la mesure d'isolement, qui est plus courte que dans beaucoup d'autres pays, je tiens quand même à le signaler, de dix jours.
Ce sur quoi on travaille, autorités sanitaires avec autorités sanitaires, c'est d'aller d'une part vers le raccourcissement, et, je l'espère, la fin dans les prochaines semaines de cette période. Parce que même s'il y a là une vague qui est en train de monter, elle est bien maîtrisée, et on a appris. D'autre part, parce qu'on va aussi, et on est en train partout, je vais y revenir, de développer la vaccination.
Et ce qu'on a demandé, c'est de regarder comment on pouvait différencier les cas parce que les gens ont reçu du vaccin. Donc on va ensemble, progressivement, je vous demande un peu de patience, faire avancer et cheminer les choses. Par contre, ce qu'on ne peux pas faire, c'est dire qu'il n'y a pas de règles, et on ne peut pas ignorer les situations pandémiques partout dans le monde, avec leurs dynamiques.
Ça, c'est le premier point, pour que vous sachiez qu'on va continuer d'être très rigoureux, que je sais que ça pose des contraintes pour celles et ceux qui ont des familles et veulent les retrouver, mais qu'avec pragmatisme et considération, on va continuer de les lever. Ensuite, il y a la vaccination. Nous sommes arrivés hier matin, notre ambassadeur s'est battu pour les sortir de l'avion, avec 2200 doses de Johnson & Johnson, ce qui va permettre de vacciner la communauté française pour les plus de 55 ans, puisqu'on applique évidemment les mêmes règles que celles appliquées dans notre pays.
Plusieurs autres pays vaccinent pour les moins de 55 ans avec le Johnson & Johnson ; ce n'est pas la recommandation de l'EMA et de nos autorités, donc on applique les mêmes règles, ce qui va permettre quand même de vacciner très vite beaucoup de Françaises et de Français qui sont éligibles. Ce que nous souhaitons faire, c'est ensuite, pendant l'été, d'une part évidemment permettre un accès privilégié, et donc, avec nos ambassades, permettre de vous préinscrire dans les centres de vaccination pour celles et ceux qui rentrent ; et permettre aussi, durant l'été, de livrer des doses complémentaires pour en quelque sorte être toujours en avance de phase par rapport au pays où vous êtes en train de vivre, et surtout permettre d'être dans le flux de la campagne de vaccination que nous menons en France, puisque j'ai pris l'engagement de proposer à toutes les Françaises et tous les Français, d'ici la fin de l'été, la vaccination. Donc on va continuer ensemble de déployer cette stratégie et d'avancer avec beaucoup de détermination.
Ça, c'est pour le court terme et pour ce qui nous concerne, vous concerne. Après, plus largement, il y a l'ambition que nous portons pour essayer de vaincre la pandémie partout sur le continent. Je le disais, nous avons lancé l'initiative ACT-A, avec en particulier en son sein un levier qui est celui des vaccins et des soutiens aux systèmes de santé primaires.
Sur ce sujet, on va continuer d'avancer. La France s'est engagée à donner, et a commencé, 30 millions de doses ; l'Allemagne s'est engagée à donner aussi 30 millions de doses, ce qui permet à l'Union européenne de s'être engagée à donner 100 millions de doses. On doit faire, et on va faire beaucoup plus.
Donc sur ACT-A, deux choses. Nous, on va continuer d'investir ; donc la France, je l'ai annoncé hier, va rajouter 500 millions d'euros à l'initiative ACT-A, parce qu'on a besoin d'avoir cette solidarité. Et à côté de cela, nous sommes aussi plus exigeants compte tenu de ce contexte, et donc on veut aussi plus de transparence et de responsabilité, de reporting, pourquoi ?
Parce qu'on a besoin de mieux comprendre, pays par pays, où sont les besoins, et exactement de mieux comprendre où va l'argent qu'on met, combien on paye les vaccins et où ils arrivent. Donc, à la fois je mets de l'argent de notre pays parce que c'est une initiative essentielle, mais on va mettre plus d'exigence parce qu'on a besoin d'y voir plus clair. Parce qu'on est dans un contexte très particulier où beaucoup d'argent public a été mis depuis le début de cette crise partout dans le monde, où il y a beaucoup de profits qui sont légitimes quand ils correspondent à de l'innovation ; mais chacun doit prendre sa responsabilité aussi, et il ne doit pas y avoir du surprofit indu.
Et surtout, on doit aller beaucoup plus vite. C'est à la fois un devoir de solidarité à l'égard de l'Afrique, mais aussi une notion d'efficacité, et je l'ai répété à plusieurs reprises, parce que tant que nous n'avons pas vacciné partout, nous sommes exposés à un risque, parce que ça veut dire que l'épidémie peut continuer à se propager chez les plus pauvres, que des mutants peuvent arriver, et ensuite revenir. Donc c'est notre intérêt bien compris.
Donc moi, je veux tenir cet objectif, en Afrique, d'atteindre les 40 % de vaccinés d'ici la fin de l'année, et de tenir avec l'Afrique le 60 % mi-2022 ; 40 % fin 2021, 60 % mi-2022. Il est atteignable si on accélère les dons de doses, si on accélère les transferts de technologie pour produire en Afrique. C'est ce qu'on a décidé hier.
C'est ce qu'on a fait avec l'Allemagne, avec les États-Unis d'Amérique, que je remercie ici aussi par le truchement de leur ambassadeur. Et c'est ce qu'on fait aussi avec la SFI et l'Agence française de développement, donc AFD et SFI ont travaillé très étroitement ensemble, et MaKhtar, qui, je crois, est aussi ici, a fait un remarquable travail avec nous pour avancer dans cette direction, et avec un travail très étroit avec l'Africa CDC et nos entreprises, Sanofi et plusieurs autres. Donc, cette équipe qu'on veut former, c'est comment produire plus en Afrique pour atteindre cet objectif : dons de doses, accroître la production en Afrique, lever toutes les contraintes face à cela, et être plus exigeants pour avoir le bon prix et l'accélération.
Ça, c'est sur le sanitaire, c'est ce sur quoi on va continuer d'avancer. J'ai pris d'ailleurs des engagements avec le président Ramaphosa de nous coordonner dans les prochaines semaines pour avoir une initiative commune en G7, parce qu'il est leader, et c'est l'histoire d'ailleurs de ce pays, pour lever justement toutes les contraintes de propriété intellectuelle, et pour permettre d'accélérer la vaccination. Nous soutenons cette initiative, mais quand on entre dans le détail, c'est ce que j'ai expliqué hier, pour tout vous dire et partager les détails et la vérité sur ce sujet, le coeur du problème aujourd'hui n'est pas tant la propriété intellectuelle que le transfert de technologie.
Je dirai même : on donnerait gratuitement la propriété intellectuelle des vaccins ARN messager à la France, nous ne pourrions pas les produire avant deux ans. La clé, c'est comment on produit les capacités, et comment on transfère la technologie et le savoir-faire. C'est ça, la clé !
Donc il ne faut pas qu'il y ait de contraintes par rapport à ça. Notre bataille doit se focaliser sur les prix les plus bas possible pour les vaccins qui existent et qui sont produits, la transparence sur ces prix, parce qu'aujourd'hui, les pays les plus pauvres les achètent parfois beaucoup plus cher, et l'accélération du transfert de technologie pour utiliser les capacités existantes partout afin de les accroître et de produire là ces vaccins. Par contre, l'engagement que j'ai pris, c'est de dire : partout où la propriété intellectuelle est un frein, nous devons la lever, soit comme on l'a fait avec les trithérapies au moment du HIV dans nos accords dits THRIP, soit avec des waivers qu'il faudra à ce moment-là négocier ad hoc, et suivre l'idée du président Ramaphosa.
Le deuxième message que je voulais vous passer est un message de confiance et d'espoir sur le plan économique. Tous nos pays ont été touchés très fortement sur le plan économique. Évidemment, notre pays, la France, aussi !
Et en Europe, nous avons eu la possibilité, en quelque sorte, de choisir l'humain face à l'économie. Quand on prendra le recul de cette crise, je pense qu'on se souviendra de cette période comme d'une période inédite où tous les pays européens ont fait ce choix d'arrêter ce qui paraissait inarrêtable pour protéger les femmes et les hommes, ce qui, à mes yeux, est un réflexe si je puis dire extraordinairement rassurant. Nous avons collectivement fait le choix de l'humain, on a protégé des vies en arrêtant tout.
Donc tout ce qui paraissait être des tabous absolus, des règles financières, budgétaires, des avancées économiques, a été suspendu pour protéger. C'est notre fierté ! Et nous l'avons fait en même temps avec un choix très solidaire.
Ce sont les gouvernements, et la France est sans doute l'un de ceux qui a été le plus volontariste en la matière, qui ont pris la charge et le coût. En effet, on a constitué ce qu'on appelle une dette Covid, mais c'est simplement qu'on a essayé de protéger à la fois les ménages et les entreprises face à cette crise. Je suis convaincu que c'est ce qu'il fallait faire pour ne pas qu'il y ait d'injustice encore plus qu'il y en avait face à l'épidémie, pour ne pas que nous détruisions parfois des vies, du capital humain, des savoir-faire et de la compétence.
Mais nous avons fait ce choix parce qu'on a pu le faire. Beaucoup de pays n'ont pas pu faire ce choix ! L'injustice mondiale face à cette crise, c'est que beaucoup de pays à revenus intermédiaires ou de pays pauvres ont pris la crise de plein fouet ; ils ont vécu une crise économique, et ils n'ont pas pu faire ce choix-là.
C'est aussi pour cela que si nous voulons un ordre mondial et une coopération internationale qui se tienne, nous devons de la solidarité dans le contexte de sortie de crise. Parce que le plus grave est la crise économique et sociale partout, en particulier sur le continent africain. Donc nous, nous sommes en train de construire en Europe nos plans de relance.
Dans quelques jours, on aura la première émission européenne commune, ce qui est une révolution pour l'Europe, qui est la conséquence de notre décision de juillet dernier. Le 1er juin, vous aurez les premières émissions communes sur les marchés de l'Europe. C'est historique !
Mais dans le même temps, nous devons bâtir les éléments de notre solidarité avec l'Afrique. Et ça, c'est la poursuite justement de l'initiative ACT-A, et ce qu'on a fait quelques jours en France, qui était le sommet sur le financement des économies africaines, où le président sud-africain était venu. Là-dessus, quelle est notre stratégie ?
C'est de tout faire pour mobiliser les financements internationaux afin d'aider l'Afrique à rattraper l'effet du Covid. On connaît les chiffres : c'est au moins 290 milliards de dollars entre maintenant et 2025. Et on est très loin d'y répondre !
C'est pour ça que nous, nous soutenons un choc macroéconomique massif à destination de l'Afrique, avec une émission de droits de tirage spéciaux au FMI, où les États les plus riches donneraient les leurs vers les pays les plus pauvres. Si la mécanique se tient, c'est 33 milliards simplement qui vont à l'Afrique sur ces 650. Ce que nous disons, on va rendre une partie de nos droits, si tous les autres font comme nous, on atteint 100 milliards pour l'Afrique.
Hier, le président Ramaphosa m'a posé un défi, c'est d'aller plus loin encore. Je vais le relever. Mais il a raison !
Ça, c'est le premier levier. Le deuxième, c'est de moderniser les règles : Banque mondiale et FMI, c'est d'essayer de réfléchir sur une partie de la vente des réserves d'or du FMI parce que c'est un point essentiel si on veut mobiliser plus d'argent et cet or a monté pendant la crise donc autant l'utiliser. C'est aussi comment mettre ces droits de tirage spéciaux dans les banques de développement régionales en Afrique et donc d'inventer une nouvelle ingénierie financière pour aider l'Afrique aussi à se développer elle-même.
C'est de mobiliser également les financements privés et donc, avec la SFI et l'AFD, nous avons mobilisé une initiative pour lancer l'entrepreneuriat en Afrique et on a un milliard d'euros qu'on va mobiliser pour accompagner les entrepreneurs justement qui sont les plus à risque, pour un peu avancer sur leurs différents marchés. Cet ensemble, c'est ce New Deal économique et financier qu'on a lancé à Paris. Il est extrêmement important et, en Afrique du Sud, il y a un point d'appui essentiel.
Je pense que, si dans les prochains mois, on ne fait pas ce changement qui est un changement de cadre conceptuel, de relation à l'Afrique, d'ambition, nous prenons une responsabilité colossale parce qu'on condamnera l'Afrique à vivre durablement dans une crise économique. Il ne faut pas se tromper sur les chiffres. Même si la croissance est là, elle est nettement inférieure à la dynamique démographique en Afrique.
C'est une récession en termes réels que l'Afrique vit encore cette année après l'année dernière. Et donc aujourd'hui l'Afrique ne construit pas la croissance qui permet de répondre à ses besoins naturels. L'Afrique est une chance parce que c'est un continent jeune, en plein boom.
Vous le savez infiniment mieux que moi. Cette chance devient un cauchemar si on laisse l'Afrique face à ses problèmes, seule. L'Afrique ne demande pas d'aide, elle demande un investissement légitime pour qu'elle puisse prendre sa part de réussite.
Et nous, Européens, nous avons eu la chance d'avoir cet investissement au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. La communauté internationale a investi en Europe massivement pour nous aider à réussir et cet investissement solidaire auquel nous croyons avec le ministre, l'AFD, est vraiment ce sur quoi nous voulons avancer et c'est cette philosophie que je voulais partager avec vous parce qu'au fond vous en êtes les dépositaires. Et donc tout cela doit se fertiliser, si je puis dire, se déployer ici, d'abord parce que vous allez porter cette ambition sur le terrain ; ensuite parce que vous l'avez en quelque sorte anticipée.
Nos conseillers ici présents, qui tiendront dans quelques jours un séminaire international, avec lesquels j'étais à l'instant, nos conseillers du commerce extérieur, notre équipe de France, font un travail depuis plusieurs années ici avec les entreprises présentes, qui a déjà consisté à accompagner l'ambition de l'Afrique du Sud et à dire nous on investit, nous on y croit. On a plus de 350 entreprises, dont 30 du CAC 40. Ici, les entreprises françaises emploient plus de 65 000 personnes.
Elles ont souvent leur siège régional voire continental ici et, ça, c'est une chance pour démultiplier ce qu'on est en train de faire. Et, je fais une parenthèse, la seule chose qu'on peut reprocher à la France dans ce contexte, c'est d'avoir volé un talent pour l'amener au gouvernement. Je l'assume.
Et donc, en effet, on a ramené [INAUDIBLE] au pays pour aider à avancer sur des sujets importants. Mais cette force-là il faut la développer et donc, sur la base de cette initiative macro économique, de notre présence aujourd'hui, de ce qu'on a discuté ces derniers jours, nous allons avancer massivement pour investir ici et porter des projets, pour aider l'Afrique du Sud et la sous-région à réussir grâce à notre ambition : projets dans différents secteurs, plusieurs d'entre vous d'ailleurs les ont lancés, infrastructures, renouvelable, énergie, nucléaire, transports, éducation, numérique. Je rappelle que c'est l'une des premières FrenchTech qu'on a montée ici-même.
On a donc tous les secteurs qui sont ici représentés, sur lesquels on veut avancer : agroalimentaire, santé, retail, construction, tourisme, transports, sécurité. Donc on a, si je puis dire, une plateforme qui est extrêmement large et, en respectant les principes sud-africains de l'inclusion sociale, de la formation des jeunes, on va avancer. Et je souhaite, je veux qu'on investisse beaucoup plus et qu'on porte cette ambition.
Dans ce contexte-là, un point qu'on évoquait tout à l'heure d'ailleurs avec la délégation économique, et je remercie toutes les entreprises qui, indépendamment de celles qui sont présentes sur le territoire de longue date, ont fait le voyage avec nous pour porter cette ambition. On a un sujet qu'on développe partout, c'est celui de la formation. Vous le savez, en tant qu'acteur de long terme, on le voit partout en Afrique, et moi depuis quatre ans c'est ce que j'entends de la part de tous nos entrepreneurs, de tous nos grands groupes et des dirigeants africains les plus engagés.
Le sujet, c'est comment former les cadres intermédiaires et comment justement former cette jeunesse pour réussir. Et donc, dans ce contexte, nous avons vraiment fait le maximum pour renforcer la formation professionnelle, enfin l'éducation puis la formation professionnelle. L'éducation, on le fait là aussi depuis maintenant trois ans.
Nous avons co-parrainé avec Macky Sall, justement, le refinancement du Partenariat mondial pour l'éducation et on a remis beaucoup d'argent dans ce secteur. On a mobilisé avec l'Agence française de développement beaucoup de financements sur le volet éducation/formation professionnelle depuis le début de cette stratégie, et c'est la loi que porte le ministre, soutenu d'ailleurs par le député Berville, sur la base de son rapport qui permet d'avancer parce qu'on met beaucoup plus d'argent sur sur tous ces volets. Et plusieurs initiatives ont été lancées ici-même sur ce volet : Le label FrenchKiss, qui va devenir une marque de qualité et offrir de très belles opportunités à nos jeunes recrues en Afrique du Sud et qu'il va falloir pousser, relayer.
À la fois on le finance et, de l'autre côté, les entreprises l'accompagnent. Ensuite, l'initiative prise par Schneider Electric, accompagné par l'AFD, avec la formation de 10 000 électriciens, ce qui correspond à 10 % du besoin identifié du pays. Et ce qu'a fait Trace Academia, que j'évoquais hier, qui est là aussi de la formation de plusieurs millions de jeunes dans toute la sous région.
Le ministre a lancé hier ce volet. Et donc tout cela est une approche extrêmement cohérente qui vient sur le terrain relayer notre ambition macro économique et, avec toutes nos grandes entreprises ( Air Liquide, Alstom, Total, EDF, Engie, AdVini, Vivendi, Saint-Gobain ) qui ont d'ailleurs pour beaucoup fait des acquisitions récentes, c'est la mobilisation de cette équipe de France, de nos conseillers du commerce extérieur, de la Chambre de commerce franco-sud-africaine, pour mobiliser cette énergie et réussir ce qui est, au fond, une sortie de crise gagnante pour tout le monde. Enfin, le troisième élément sur lequel je voulais terminer ce propos, c'est l'idée de ces partenariats, je l'ai évoqué hier avec le président Ramaphosa.
C'est le coeur de la philosophie que nous portons depuis le discours de Ouagadougou, c'est de dire que nous voulons réinventer une alliance équitable, réciproque avec l'Afrique. On connaît notre passé traumatique. Il a une forme différente ici-même, même si, je l'ai vu hier dans les questions qui m'étaient posées, tout cela se mélange.
Et la France est à la fois cet ami qu'on connaît si bien et avec lequel on vit depuis tant d'années et le coeur parfois d'un ressentiment chez les uns, d'une manipulation mémorielle chez les autres, et de problèmes qui ne sont pas encore réglés, et c'est ce chemin sur lequel on a essayé d'avancer au Rwanda avec beaucoup d'humilité et de patience. Mais je suis sûr d'une chose, c'est que l'on ne peut pas dire tout à la fois l'Afrique est un continent jeune, dont près de 90 % de la population est née après toutes les périodes de colonisation et dire nous, on va rester dans ce discours avec l'Afrique, et dans un rapport avec l'Afrique qui porte l'ombre de cette relation. On doit aussi avoir la capacité et le courage de le réinventer et cela se fait par le truchement des rapports humains.
Vous en êtes les dépositaires et, pour moi, tous les partenariats exceptionnels que nous avons dans différents domaines sont clés en la matière : en matière de science, de recherche, de culture. L'Afrique du Sud recèle d'immenses talents. Les chercheurs, les universités sud-africaines figurent parmi les meilleurs sur le continent et au-delà ; dans le domaine spatial, et hier nous avons d'ailleurs lancé une coopération, nous avons décidé de rejoindre l'Afrique du Sud parmi un petit groupe de pays qui développent justement les télescopes de taille inédite jusqu'à présent et une partie développée ici ; dans le domaine de l'innovation, les startup, les incubateurs français installés dans ce pays, au Cap notamment, je l'évoquais tout à l'heure, qui était la première French Tech en Afrique, mais aussi à Johannesbourg, à Durban, développent des projets communs.
Et donc il y a un écosystème de recherche et entrepreneurial qui est inédit. Ensuite, sur le plan culturel et artistique, on a plusieurs artistes qui sont là, [INAUDIBLE] et quelques autres que nous suivons depuis plusieurs années, il y a un travail extraordinaire qui a été fait par l'ambassade ces derniers temps pour développer ces liens. Nous voulons aller plus loin et, je le dis d'un mot parce que je veux que vous l'ayez tous en tête, au-delà du travail bilatéral, de ce qui est fait, de ce que vous portez et de la contribution que vous apportez, notre volonté c'est de donner un nouveau tournant à ce partenariat humain, à travers le sommet que nous allons organiser en octobre à Montpellier.
C'est un immense travail, et je le dis d'autant plus facilement que ce n'est pas moi qui le fais, mais c'est l'équipe de quelques personnes au sein de la cellule diplomatique, quelques personnes au Quai. Et c'est Achille Mbembe, qui je crois est avec nous ce matin, il doit être dans les parages, qui vraiment est torturé littéralement par mes équipes, mais qui mène un travail colossal pour organiser partout dans les sociétés civiles. Merci Achille.
Il est là-bas, il se cache. Non, mais il prend beaucoup de son temps pour organiser ce dialogue. Je le dis avec beaucoup d'humilité parce que c'est un risque pris.
Lui a pris beaucoup de risques pour nous aider dans ce travail et je l'en remercie parce que c'est toujours l'objet de beaucoup de critiques. Mais c'est un risque sincère que nous prenons de dire comment des intellectuels, des associatifs, des sportifs, des artistes, des jeunes de tous horizons d'abord, parlent de leur relation entre l'Afrique et la France, comment ils la qualifient, comment ils la voient, comment ils veulent la faire transformer et qu'est-ce qu'ils veulent en faire. Et ce n'est pas à nous d'apporter des réponses d'en haut, c'est dire quel imaginaire commun, quelles ambitions communes on décide d'avoir et qu'est-ce qu'on en fait.
Et donc à Montpellier nous allons rassembler ces milliers de personnes qui ont travaillé pendant des mois et nous allons déboucher sur une forme de plan de reconquête en quelque sorte, mais qui sera porté par le terrain. Et ce partenariat pour moi est extrêmement important et vient compléter tout ce qui est fait sur le plan institutionnel, gouvernemental, par des acteurs installés, parce qu'il va aider aussi à changer les regards et les esprits. Et pour nous, Françaises et Français, c'est très important parce que, je l'espère aussi, des millions de jeunes gens qui ont une histoire avec l'Afrique, par leurs familles, par des générations, qui viennent de premières générations du continent africain, on va enfin leur dire qu'on a quelque chose à bâtir en commun.
On ne va pas leur dire " C'est un problème et vous devez vous intégrer ", on va leur dire " Vous êtes une chance pour la France et vous allez nous aider à développer cette histoire commune. " Et donc, de manière très égoïste, je le fais parce que j'y crois pour l'Afrique que j'aime, mais je le fais parce que je pense que c'est essentiel pour notre pays. Et donc le rendez-vous de Montpellier dans le cadre de ces partenariats est essentiel et je remercie vraiment tous les les artistes, tous les intellectuels et tous les talents ici présents qui y participent.
Il y a une deuxième rencontre dans le cadre de ces échanges justement de talents et de ces échanges humains, avant de conclure, que je voulais aussi souligner auprès de vous, c'est que dans ces échanges humains, dans ces combats que nous menons et qui nous lient à l'Afrique, il y a l'égalité femmes/hommes. Je disais hier au président Ramaphosa, quand on passait en revue, si je puis m'exprimer ainsi, les gouvernements respectifs, Woman Power est en acte en Afrique du Sud, il y avait plus de ministres femmes, c'est très impressionnant. Et il y tient et ce pays a construit ça dans ses gènes aujourd'hui.
Je crois que Funzile est avec nous aussi. Elle est cachée, je ne t'ai pas vue. Comment ça va ?
Thank you so much for being here. [INAUDIBLE] Dans les prochaines semaines nous aurons, à Paris, Pékin + 25 et donc l'équipe que vous avez là va piloter ce rendez-vous qui est la mobilisation de la communauté internationale pour justement l'égalité femmes/hommes et tous les grands combats que nous avons à mener sur le sujet. Ce n'est pas une question accessoire, c'est une question de justice.
C'est une question de développement économique, d'innovation. C'est une question politique et culturelle et je suis très fier qu'avec Funzile et le président mexicain, on puisse parrainer ce rendez-vous à Paris. Il y aura des dirigeants du monde entier et on va avoir un agenda, là aussi, de lutte contre les violences faites aux femmes, de lutte législative pour justement regagner des combats sur le droit des femmes à disposer de leur corps, pour l'inclusion économique, pour l'égalité économique et de décision et, ça, c'est coeur aussi sur la culture partagée avec l'Afrique du Sud.
Et je vous invite vraiment à la fois à préparer ce rendez-vous mais à y être présent et à le faire vivre ensuite, parce que tout cela n'a de sens que si on le fait vivre au quotidien. Cette relation humaine, ce partenariat que j'évoque, vous vous le faites vivre au quotidien avec plus de 9 000 Français qui sont au registre consulaire sur l'ensemble du territoire mais en fait beaucoup plus, on le sait, qui sont installés dans le pays. Nombre d'entre vous sont expatriés en famille, avec des enfants en âge d'être scolarisés, et je veux vraiment remercier tous celles et ceux qui vous permettent de le faire.
Les lycées français Jules Verne à Pretoria et Johannesburg et François Le Vaillant au Cap, accueillent 1 500 élèves, plus de 70 nationalités différentes. Et je veux vraiment ici rendre hommage aux équipes de direction, aux enseignants, à l'ensemble des personnels de ces établissements, puisque je sais que ça a été très dur pendant cette crise, même si on a fait le maximum pour accompagner mais ils se sont dépensés sans compter pour assurer la continuité de l'enseignement avec le soutien de l'AEFE. Mais tout cela requiert un engagement humain exceptionnel, un engagement, une générosité et donc un immense merci, et je pense qu'on peut applaudir.
Voilà les quelques convictions que je voulais partager avec vous. Vous l'avez compris, je vous parle de ce qu'on fait en France, de ce sur quoi on avance ici, mais je vous parle en même temps de ce que nous avons l'ambition de réussir avec le continent africain, pour le continent africain et en particulier pour l'Afrique du Sud. Parce qu'aujourd'hui, je crois plus encore qu'hier, nous avons compris à quel point nous avions tous destins liés.
Cette crise, je crois, l'a rendu transparent à tous nos concitoyens. Personne n'a pu penser une seule seconde qu'on pouvait se sortir de la crise sans être européen. C'est pour cela que, [INAUDIBLE], merci encore pour ta présence à nos côtés ici.
C'est très symbolique, très fort, mais je pense qu'il y a vingt ans on aurait réagi de manière nationale. Là, on a acheté des vaccins ensemble, on s'est coordonnés, on a émis de la dette ensemble. C'est une révolution parce qu'on a compris qu'on ne pouvait s'en sortir qu'en européens.
Mais au-delà de ça nous sommes convaincus, nous Européens, qu'on ne peut pas s'en sortir sans l'Afrique et qu'on ne peut pas s'en sortir si la reconquête n'est pas mondiale. Et, encore une fois, c'est à la fois de la lucidité mais je crois, pour beaucoup de gens aussi, une vraie révélation. Ce qui veut dire que le rêve de tomber le masque, d'en finir avec tout ça, parce que je vais devoir, moi, le remettre après m'être exprimé, donc je goûte cette parenthèse dorée, mais il n'est accessible que s'il est partagé.
J'ai compris qu'il y avait une notion sud-africaine " yapo " qui est l'idée du rêve qu'on partage justement avec les autres. Je crois que c'est exact, la sortie de crise c'est vraiment le " yapo ". Il n'y a pas de rêve s'il ne se tient que dans un pays ou dans une partie du globe.
La sortie du Covid, ce sera un " yapo " mondial, c'est-à-dire le fait que chacun [INAUDIBLE] et donc c'est une chance. Donc, voilà les quelques convictions que je voulais partager avec vous. Nous allons nous en sortir.
Il faut encore parfois un peu de patience. Il faut garder la résilience qu'on a eue pendant l'année passée que nous venons de franchir. Mais il faut en sortir avec l'humilité qu'on a acquise, les convictions que nous avons forgées de solidarité et une ambition décuplée parce que tout se joue dans ces moments où on sort de la crise, où on redresse comme ça la tête et cela doit nous donner encore plus d'énergie pour aller de l'avant ensemble.
Merci de porter cette part d'ambition, de générosité qui est la nôtre ici et je suis très heureux de pouvoir passer un moment avec vous. Vive l'amitié franco-sud-africaine ! Vive l'Afrique du Sud et vive la France !
Emmanuel Macron