Qu'est-ce qu'un VRAI PROCÈS POLITIQUE ? Une notion SOUS TENSION
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Alors que le procès en appelle de l'affaire SarkoZi Kaddafi à cour. Une expression revient elle aussi dans les médias et sur les réseaux sociaux, celle du procès politique. Derrière elle, il y a l'idée d'une justice utilisée pour faire tomber un adversaire, le discréditer ou même l'écarter du jeu.
Mais qu'en est-il réellement ? Les affaires qui touchent Sarkozy, Marine Le Pen, la France insoumise ou encore François Bairou sont-elles vraiment des procès politiques ? Suffit-il qu'une personnalité politique soit jugée pour qu'un procès [musique] le devienne ?
Un invité ce soir pour nous éclairer Pierre Aurentand. Bonsoir. Bonsoir.
Vous êtes doyen de la fac de droit d'Orléan, [musique] président du comité d'histoire parlementaire et politique. Vous avez crigé avec Noéline Castagèz [musique] et Valter Badier l'ouvrage intitulé procès politique, tribune ou tremplin pour l'opposition. France 19e [musique] 20e siècle.
Un ouvrage qui apparu aux presse universitaire de Rennes en octobre 2024. Et à mes côtés [musique] un plaisir parce que vous allez m'aider ce soir. Julien Bisson bonsoir.
Bonsoir Quentin. C'est vous qui assurez l'essentiel des questions. Je rappelle que vous êtes directeur des action de l'Hbdomadaire Le 1.
Merci donc à vous deux d'être présents ce soir dans Question du soir. ce qui s'est passé aujourd'hui dans cette salle du tribunal correctionnel de Paris et d'une gravité extrême pour l'état de droit, pour la confiance qu'on peut avoir pour la justice. La haine n'a donc décidément aucune limite.
J'assumerai mes responsabilités. Et s'ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison. Mais la tête haute.
Je suis innocent. Ceux qui me haïissent à ce point pensent m'humilier. Ce qu'ils ont humilié aujourd'hui, c'est la France.
La déclaration de Nicolas Sarkozi à l'issue de sa condamnation en première instance dans le procès dit Sarkozy Kaddafi. C'était le 25 septembre 2025. Je vous passe le relais Julien.
Alors Clara Laurent, est-ce que cette déclaration de Nicolas Sarkozi et plus généralement cette façon de créer au procès politique, c'est un moyen de se défendre ? Oui, tout à fait. C'est un moyen de de se victimiser, de retourner le stigmat de la justice, de retourner en quelque sorte la charge de la preuve.
Ce qui est original avec Nicolas Sarkozi, c'est qu'on a affaire à un ancien président de la République, je rappelle le premier à avoir été euh euh emprisonné, hein, et euh qu'il se victimise, c'est assez rare. Ce sont plutôt les partis protestataires, donc pour aller vite les extrêmes, mais on va développer, euh qui euh considèrent que la justice est aux ordres, les magistrats serviles et que des procédures d'exception seraient utilisées à leur rencontre. Il y a le terme de haine qui est très intéressant mais qui renvoie dans l'imaginaire de Nicolas Sarkozy au mur des cons.
Peut-être que vos auditeurs s'en rappellent he c'està-dire que le syndicat de la magistrature qui avait assez maladroitement mis quelques têtes de turc en quelque sorte dont Nicolas Sarkozy disons comme cible et donc il rebondit là-dessus pour se victimiser alors que Nicolas Sarkozi n'a évidemment pas été victime d'une justice politique. Vous dites, Pierre à Laurent que cela concerne d'abord et avant tout les extrêmes du spectre politique et dans le même temps ce que l'on observe en ce moment même dans le procès qui concerne cette fois-ci Marine Le Pen, c'est un changement [grognement] de stratégie. En première instance, elle avait clairement condamné cette justice au botes du pouvoir, à la botte du pouvoir.
Là, elle change de stratégie. Elle n'explique pas que la justice est politique. Explique, c'est très intéressant.
Effectivement, vous avez raison. Euh c'est que euh dans le premier procès, c'était quasiment Jean-Marie Le Pen qui parlait. C'est-à-dire effectivement un parti protestataire euh classique qui dénonce une justice aux ordres un petit peu comme euh monsieur Tixier Vignancour qui était très proche de Jean-Marie Le Pen.
Donc pendant la guerre d'Algérie. Euh donc les les partisans de l'Algérie française et de l'AS dénonçaient la justice gauliste. Et la deuxième Marine Le Pen effectivement en procès en appel, c'est normalisé et là on retrouve effectivement une stratégie judiciaire qui est plus en cohérence avec sa stratégie politique de dédiabolisation et de montrer que le Rassemblement national serait devenu un parti de gouvernement respectable de notable exactement comme les députés du Rassemblement national au palais Bourbon se comportent.
C'est vraiment ça l'enjeu au fond. la dédiabolisation du Front National, du Rassemblement national, elle était déjà initiée il y a quelques années au moment où le procès en première instance avait lieu. Est-ce que l'objectif, l'enjeu, c'est pas plutôt, j'allais dire, de tenter un moyen de de trouver un moyen de plaire un peu plus au juges ?
Oui, au juges. Et derrière cela, il y a toujours le tribunal de l'opinion. Or, parfois le tribunal de l'histoire pour Nicolas Sarkozy par exemple, mais pour Marine Le Pen, je pense qu'elle a pris conscience et regardé les sondages aussi que même son électorat aujourd'hui ne suivait plus la diabolisation des juges en quelque sorte, hein.
Il y a des des sondages extrêmement frappants là-dessus et il y a même une forme de renoncement puisque on voit bien, y compris avec les principaux responsables du Rassemblement national d'aujourd'hui que ils se sont fait à l'idée que finalement ce serait monsieur Bardella le candidat, on le verra cet été mais ce sera le candidat aux élections présidentielles. Julien Bisson. Alors Pierre alors en faisant un travail de définition, quelle différence faites-vous entre un procès politique et un procès fait à un responsable politique ?
À quel moment est-ce que il peut y avoir bascule de l'un à l'autre ? Alors c'est la question fondamentale hein, vous avez raison. Euh dans le l'ouvrage que vous citiz tout à l'heure euh Quentin, euh c'est Vanessa Kodeti, un excellente politiste qui fait ce travail de typologie et de définition de manière tout à fait précise.
Ça n'avait jamais été fait. Et effectivement, vous avez raison, il suffit pas qu'un politique euh soit euh mis en examen, hein, pour que ça soit un procès politique. Quelqu'un qui euh fait un crime de droit commun ou un délit de droit commun, c'est pas un procès typiquement politique.
C'est généralement hein, définition du procès politique, c'est quand il y a une instrumentalisation et ce qu'on a essayé de montrer souvent une double instrumentalisation du procès. Je m'explique le la première partie est la mieux connue quand un pouvoir surtout autoritaire voire totalitaire les procès de Moscou par exemple pour l'URSS stellinienne ou même l'État français de Vichi à l'encontre du général de Gaul de Jeanzet ou de Pierreemindes France ou de Léon Bloom au procédrion en 1942 euh utilise des juges Servviles des procédures d'exception des tribunaux militaires souvent pour euh écarter c'est des opposants politiques et puis le la réciproque en quelque sorte et c'est ça qui est très intéressant cette rencontre de deux instrumentalisation quand les accusés essayent de prendre à revers en quelque sorte de retourner l'accusation et de dire non c'est le régime qui m'accuse qui est coupable d'un détournement de procédure. les meilleurs exemples.
Alors, il y a Léon Bloom en 1942 qui remporte la bataille de l'opinion et bien avant il y avait lesong sous le second empire qui d'ailleurs en tire sa stature. Il devient le chef de l'opposition contre Napoléon I grâce au procès qu'on appelle Baudin en en 1868 où il dit mais qu'est-ce que c'est que ce régime qui n'ose même pas fêter son anniversaire ? Évidemment c'était impossible pour le second empire.
C'était le coup d'état et donc échec et mat. Vous voulez dire qu'un procès devient politique quand il ne se joue plus seulement sur le terrain judiciaire ? C'est ça le c'est ça le moment où c'est de bascule.
Vous avez raison quand le prêtoire est utilisé alors on a utilisé dans dans le le sous-titre de l'ouvrage tribune ou tremplin hein. C'est c'est très intéressant que les oppositions essayent soit d'abord de mobiliser l'opinion. Évidemment les médias jouent un rôle très important.
Donc au 19e siècle dès le début du 19e siècle l'ouvrage se commence là-dessus. Les procès sous les monarchies sensitaires, hein. La restauration à la monarchie de juillet, par exemple, notre collègue Olivier Thor montre très bien que euh sous la restauration, l'opposition libérale, donc la gauche à l'époque hein libérale au sens de toutes les libertés individuelles et publiques, utilise euh le prêtoir et le relais du prêtoir qui est la presse écrite.
Et à l'époque, les journaux parisiens avaient des relais très importants et leurs articles étaient repris par les la presse de province pour justement mettre en accusation le régime de la restauration et demander l'extension des libertés. Et comme cela, tout le 19e siècle et le 20e siècle bien sûr sont traversés par justement ces instrumentalisations à rebour, hein, par les accusés et donc qui demandent davantage de de liberté. Si l'on vise, si l'on tente d'atteindre Pierre et Laurent la frontière du procès politique, l'État va parfois mobiliser également des juridictions d'exception.
Expliquez-nous là aussi. Alors, les juridictions d'exception, donc c'est celles qui sortent des tribunaux de droit commun. C'est utilisé par exemple bah dès euh les monarchies euh sensitaires ou euh alors là c'est assez original hein.
Vous savez qu'on est généralement en France dans un système de bicamérisme donc avec deux chambres comme aujourd'hui l'Assemblée nationale et le Sénat. Euh sous les monarchies, c'est la chambre des des représentants, des députés si vous voulez élu euh par les principaux propriétaires et puis ce qu'on appelle la chambre des pères qui est un peu l'équivalent de la chambre des lords en euh britannique. C'est cette chambre des paires qui joue le rôle hein, qui est en en formation de de de cours de justice, donc pour juger des accusés politiques.
Donc évidemment, ils sont jugés partis puisque eux-mêmes sont des des parlementaires. Julien Bisson. Alors, est-ce qu'il y a des procès qui sont sur des affaires de mœurs, donc a priori pas sur des questions politiques qui peuvent devenir politiques.
Alors politique au sens large, du terme, vous avez tout à fait raison. Ce qui a beaucoup marqué par exemple le dernier demi-siècle hein, c'est le procès de Bobini euh donc instrumentalisé et pour la bonne cause par Giselle Alimi, hein, grande avocate et grande militante euh féministe et anticolonialiste et qui saisit le procès fait à la jeune Marie-Claire, donc pour un avortement pour poser une question sociale, on dirait plutôt sociétale aujourd'hui majeure devant l'opinion. C'est toujours le tribunal de l'opinion qui compte.
C'est pas tellement le le déroulement du procès, le verdict, mais de mettre grâce aux journaux, grâce à la télévision, grâce à la radio, hein, un problème, un sujet au cœur de l'actualité. Je voudrais Pierre à Laurent que vous nous racontiez une histoire. En 1914, la femme du président du conseil Joseph Caillot assassine le rédacteur en chef du Figaro, Gaston Calmette.
Le procès devient alors politique parce que l'affaire est au cœur de la scène politique. On a comme le disait Julien Bisson, une affaire de mœur qui s'ancre dans un environnement politique et peu à peu le process politise. Oui, tout à fait hein.
C'est-à-dire que au départ, vous avez raison, ça n'a rien de de politique. C'est un un crime lié à une femme trompée parce que donc ce journaliste Gaston Calmet, très connu à l'époque, ami de Marcel Prou, Marcel Prou lui déd enfin lui dédie en quelque sorte la recherche du don perdu et bien a retrouvé des enfin en tout cas a été en possession de courriers adultère de Joseph Caillot qui est l'un des des personnages politiques les plus importants de l'époque he chef du gouvernement radical et cetera. président du conseil. [raclement de gorge] Président du conseil.
Voilà. Et donc la la femme de de Joseph Caillot ne supporte pas cette ce déshonneur et donc assassine ce ce journalisme. Donc ça devient un procès politique puisque ça affaiblit Joseph Caillot.
C'est au moment aussi un moment dramatique he puisque c'est le moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale et d'un autre crime là qui est vraiment politique, l'assassinat de Jean Jorè. Je voudrais vous faire entendre une archive de 1956 qui raconte la condamnation à mort de Fernandon, un militant communiste accusé de terrorisme, condamné à mort donc par le tribunal permanent, c'est Jeanta Alger. On reviendra là aussi sur son histoire.
Le tribunal permanent des forces armées siégeant à Alger vient de condamner à mort Fernand Yvon qui avait déposé le 14 novembre une bombe à retardement dans un local de l'usine de l'électricité et du gaz d'Algérie. Yvton, membre du Parti communiste depuis l'âge de 16 ans, avait reçu de son chef de cellule, le nommé Haschlaf, actuellement en fuite, les directives nécessaires en ce qui concerne la livraison de deux bombes qu'une femme blonde devait lui remettre en se faisant reconnaître par le mot de passe suivant. Est-ce bien vous qui attendez mon mari ?
Les deux avocats commis d'office pour défendre Yvon ont souligné le fait que l'accusé avait surtout voulu faire une démonstration et qu'il obéissait aux ordres d'un parti qui aujourd'hui l'abandonne. Ifton est condamné à la peine capitale. Julien Bisson.
Ce ce cette peine capitale prononcée contre Fernandon, ça pourrait être le grand procès politique de la garde d'Algérie et pourtant ça ne le sera pas. Alors, pourquoi est-ce que certaines affaires euh ne mobilisent pas finalement l'opinion publique, les les acteurs politiques ? Qu'est-ce qui explique que cette affaire Ifton, n'est pas devenue ce grand procès politique ?
Alors là, là aussi magnifique archive d'ailleurs hein, euh qui qui dit tout l'abandon euh par le Parti communiste français. Alors, pourquoi le Parti communiste français n'a pas saisi effectivement cette affaire judiciaire pour la médiatiser comme il va comme il l'avait fait quelques années auparavant pour la guerre d'Indochine avec Henri Martin he qui était un militant communiste aussi ? La grande différence, c'est que le Parti communiste français est contre la sale guerre d'Indochine qui a un lien avec la guerre froide également, donc avec l'Union Soviétique et et la Chine communiste.
Alors que à l'époque le Parti communiste français n'est pas hostile à la présence française en Algérie, n'est pas pour l'indépendance de l'Algérie. Donc euh monsieur Ifton n'est pas défendu par le Parti communiste. C'est c'est très frappant la différence hein de médiatisation. deux articles de l'humanité en défense difton et encore euh très molle, 400 pour Henry Martin, c'est-à-dire un par jour.
Et la différence est très frappante puisque Henry Martin qui donc était un jeune résistant, un mécano et cetera qui avait été traumatisé par le bombardement du port d'fong par la marine française, Henri Martin est libéré et c'est hyper médiatisé puisque quand Fernand Léger, quand Picasso font son portrait, voilà, on aboutit donc en 53 1953 à la libération de Henry Martin alors qu'Iffton est le seul européen de toute la guerre d'Algérie à être guillotiné puisque François Mitteran refuse sa grâce. Vous voulez dire que ces procès servent aussi des récits politiques plus large soit justement en faveur soit soit quand on ne s'y mobilise pas pour ne pas forcément construire ce récit. Tout à fait hein.
Là il y a il y a une il y a absence de volonté du Parti communiste d'en faire une affaire de faire du procès une affaire et symbole très important que que rappelez votre archive il a des avocats commis d'office. Pourquoi ? Parce que il Fernand Iveton dit un militant communiste doit avoir des avocats communistes et donc Giselle Alimi dont on parlait pour une toute autre affaire se propose il refuse et il est guillotiné.
Et sur cette affaire Fernandon, je voudrais par ailleurs recommander la la lecture de ce roman exceptionnel intitulé de nos frères blessés signé de l'auteur Joseph Andras. J'en reviens Pierre à Laurent à nos à nos procès politiques. Il faut également parler des un peu plus des accusés des oppositions.
Comment utilisent-ils aussi ces ces procès pour au fond pour faire levier pour pour servir également leurs propres intérêts. Alors, les les très bons exemples, j'évoqué Léon Gambetta tout à l'heure, c'est par exemple les opposants sous le second empire parce que par exemple en enfin la première décennie du second empire, les oppositions n'existent pas. Elles sont sous le sous sous sous la condamnation et l'exil et cetera.
Donc les premières élections, on dirait aujourd'hui législatives au corps législatif et bien sont un monopole écrasant de la représentation bonapartiste. Et puis il y a un sursaut en 1863 parce qu'il y a un comité qui se met en place pour organiser l'élection partout en province avec tous les opposants républicains, monarchistes et cetera. Et à partir de cela, le régime qui est resté répressif, le régime bon artiste, euh organise un procès qu'on appelle le procès des 13 qui un petit peu sorti des mémoires aujourd'hui mais qui a été très très important à l'époque.
Alors procédé 13, pourquoi ? parce qu'à l'époque la liberté d'association était très faible et on avait pas le droit de faire une association politique de plus de 20 personnes. Alors 13 20 c'est un petit peu difficile à comprendre mais parce que au fur et à mesure justement du de l'instruction et du procès qui s'est complètement délité un peu comme le procès de rillon en 1942 et bien le l'accusation a dû retirer hein des des opposants de de sa liste de de d'accusés.
Et ce procès est vraiment symptomatique parce que pour répondre directement à votre question, les plus grands avocats de Paris euh sont mobilisé de d'Antoine Berrier à Jules Ferry enfin euh la fine fleur du barreau euh de Paris euh à la fois parmi les accusés et parmi leurs défenseurs. La presse reprend alors c'est la grande erreur du pouvoir, tant mieux d'ailleurs hein du pouvoir. Il aurait dû faire le H clos bien entendu.
C'est repris par toute la presse. est publié en brochure le procès des 13 le procès des 13 en appel ils sont condamnés bien sûr puisque dans on est dans une justice politique mais à des peines donc et et à des amendes à des peines assez légères surtout avec surc et des amendes et ça sert à structurer l'opposition surtout républicaine qui était assez divisée et qui va faire émerger un leader et rebelote en quelque sorte et deuxème étape c'est le procès baudin dont nous avons déjà parlé en 1868 qui donne un leader donc qui donne une incarnation à cette opposition avec Léon Gambetta. Vous nous avez parlé tout à l'heure de Giseli.
Jeis vous proposer d'écouter cet archive de 1972 qui revient sur le procès de Bobini où une jeune femme est passée en jugement pour avoir avorté après un viol. Cet enfant. Les femmes d'aujourd'hui sont-elles libres de le vouloir ou de le refuser ?
La question est posée publiquement en octobre au procès de Bobini. Marie-Claire, 17 ans, est jugé ce jour-là pour s'être fait avorté. car on estime que elle n'avait pas délibérément choisi de commettre ce délit alors qu'elle l'a reconnu le combat le il est certain que ce jugement est à l'image même du désarroi des juges devant cette loi sur l'avortement vous l'avez senti dans les attendus ma je l'ai senti dans les attendus parce que MarieClaire a déposé et a dit dans quelles conditions tout s'était passé pour elle et dans quelles conditions elle avait décidé son avortement Les magistrats ont semblé ne pas l'avoir entendu.
C'est une des motivations de leur jugement. Ce jugement ce jugement pas besoin de changement vers un changement de la loi. Julien Bisson, est-ce que ici Pierre à Laurent le tribunal devient finalement un grand théâtre pour mettre en scène cette opposition pour mettre en scène des revendications ?
Oui, tout à fait. Alors, c'est pas une opposition au sens strictement politique ou parlementaire hein. C'est pas le but là de de Giselle Alimi, mais on l'entend, elle parle devant l'ensemble des micros des radios.
Il y a les images de enfin il y a la télévision et cetera. Elle médiatise formidablement à partir d'une affaire. Mais finalement que ça soit une cause sociale comme ici, une publicisation de d'un problème social émergent en tout cas qui qui où les mœurs et la loi apparaissent en contradiction ou une affaire strictement politique, c'est un peu les mêmes ressorts, un peu les mêmes vecteurs.
C'est toujours mobiliser les médias pour atteindre l'opinion. Et même si les juges vous donnent tort, gagner la bataille devant l'opinion publique, voire ensuite de devant l'histoire. Je voudrais qu'on parle Pierre à Laurent d'un procès plus actuel, le procès Mazant.
Est-ce que la volonté de Giselle Pélico de lever le HC clos et donc de publiciser au fond tout ce qui se trame au cours de ce procession aussi de le politiser et d'en faire au sens noble du terme un procès politique ? Oui, tout à fait. C'est exactement la même démarche entre les deux Giselle, si j'ose dire, Giselle Alimi et Giselle Péico, au-delà du demi siècle qui les sépare.
Décision extrêmement courageuse individuellement et c'est véritablement pour dépasser un cas individuel dramatique, hein, tragique et en faire une cause. Et de ce point de vue-là, Giselle Péico a tout à fait réussi. Ce qui est très logique dans sa démarche, c'est que ça aboutisse à un ouvrage aujourd'hui par exemple.
Donc c'est toujours prendre l'opinion à témoin. Julien Bisson, si j'en reviens à la première acception que nous avons que nous avons prise du procès politique, c'est-à-dire celui de l'accusation de procès aux ordres du pouvoir, est-ce que le fait que cette cette accusation revienne comme ancienne finit par créer une forme de défiance de la part de l'opinion vis-à-vis de la justice ? Est-ce que on peut on peut voir se dégager une une défiance du monde politique et de l'opinion ?
C'est une grande responsabilité, vous avez raison, de des hommes politiques ou [raclement de gorge] des femmes, mais et en particulier de ceux qui ont exercé les plus hautes fonctions. On a commencé avec Nicolas Sarkozy quand un président de la République, il parle d'état de droit, le président de la République est le garant de de du bon fonctionnement de de la constitution, donc y compris de l'autorité judiciaire. Vous savez qu'il y a pas de pouvoir judiciaire en France, il y a de pouvoir lisatif exécutif, mais une autorité judiciaire.
C'est dramatique qu'un ancien président de la République remette en cause les juges comme si on était dans un état total. Ça brouille les repères en tout cas hein. Donc c'est particulièrement grave parce que Nicolas Sarkozy quand il a été élu se voulait quand même un héritier du gaolisme.
Bon le gaisme était très loin mais c'est difficile pour l'opinion. Autant des opposants au régime, des gens qui veulent la 6e République par exemple comme Jean-Luc Mélenchon qui a théorisé hein justement cette justice politique avec la théorie du low fair hein que il n'a pas créé mais qu'il a effectivement développé. C'est-à-dire une justice qui est faite pour euh tuer euh politiquement les les opposants, les écarter hein, les les comment dire les décrédibiliser en quelque sorte hein, hein, les délégitimer.
Exactement, hein. Euh mélangchons d'un côté où euh le Front National classique de l'autre, ils étaient dans leur logique. Quand c'est Nicolas Sarkozii, quand c'est François Bairou avant d'être premier ministre sur donc une affaire également d'assistant parlementaire qui servait à autre chose, c'est particulièrement grave.
En quelques mots, pour finir Pierre à Laurent, est-ce que les personnalités politiques sont des justiciables comme les autres ? Ah très compliqué parce que pour des crimes et des délits ordinaires, oui, vous savez que il y a une jurisprudence du Conseil constitutionnel qui dit que un président de la République en exercice ou même parfois après l'exercice du pouvoir pour les faits liés à sa fonction n'est pas injusticiable ordinaire. Donc voilà, le grand élément de de langage et de et de défense de Nicolas Sarkozi, c'était de dire qu'il n'est pas au-dessus des lois mais qu'il n'est pas non plus en dessous des lois.
Là aussi, qu'est-ce que cela signifie dans son rapport peut-être à la justice ? Alors, c'est un rapport compliqué, hein, puis a une accumulation de d'affaires, mais c'est euh euh effectivement disyer le soupçon d'une partialité des juges. Or, on sait très bien aujourd'hui que par exemple, j'évoquais tout à l'heure le syndicat de la magistrature, il est qui est situé à gauche, c'est vrai, est très minoritaire au sein de la magistrature.
Peut pas dire que les magistrats ni soient aux ordres aujourd'hui, ni soient tous par exemple de gauche ou d'extrême gauche, c'est hostile à Nicolas Sarkozi. C'est une fable. Merci beaucoup Pierre Laurent, c'était passionnant de vous écouter, de vous lire également.
Je redonne le titre de cet ouvrage collectif procès politique, tribune ou tremplin pour l'opposition. France 19e 20e siècle, c'est au presse universitaire de Rennes et je me traîne je me je me tourne vers vous Julien Bisson. Merci par ailleurs de m'avoir aidé tout au long de cet entretien.
Qu'est-ce que l'on trouve dans l'hebdomadaire le 1 semaine ? Quelques jours après l'hommage rendu à Lunel Jospin, on se demande si on peut réconcilier les gauches avec un grand débat entre Marine Tondouier et François Ruf. C'est ma voix qui traîne.
Merci beaucoup à tous les deux d'être venus ce soir à question du soir. Merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission. Bruno Barada, Bert Bourdon à la réalisation les racines.
François Bayrou