Erwan Balanant - Le Barbier du matin du 18/12/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Erwann Balanand, bonjour. Bonjour. Député Les Démocrates, député Modem du Finistère. Un Premier ministre, on en a un, c'est François Bayrou pour l'instant. Cette première polémique sur sa présence au Conseil municipal de Pau, alors qu'il y avait la réunion de crise pour Mayotte, est-ce que c'est une erreur dépassée maintenant ou est-ce qu'il faut persister ?
Non, je pense qu'il faut passer très vite à autre chose. Il y a eu des incompréhensions. Ce n'est pas illogique qu'il y ait des incompréhensions, mais moi je veux dire que François Bayrou a suivi cette réunion interministérielle du début jusqu'à la fin. Il a fait ensuite son conseil municipal à Pau, ville dans laquelle il est engagé depuis très longtemps. On est en période budgétaire.
C'est un signe politique aussi. Je ne tourne pas le dos à la province mais éloignée.
Je crois que c'est ce qu'il a voulu dire en y allant, en disant vous avez un Premier ministre qui est ancré sur un territoire, qui a une vie sur un territoire et qui n'est pas peut-être effectivement issu des sphères parisiennes. Visiblement, les oppositions ont pris ça comme quelque chose de pouvant faire une polémique. Ils en ont fait une polémique. Elle a l'air d'avoir pris, dont acte. Moi je pense qu'il faut passer à autre chose parce que sur cette crise, rien n'a été ignoré, rien n'a été, comment dire, tout a été fait.
Mais qui pilote ces matignons, l'Elysée ?
Mais tout le monde pilote. Le ministère de l'Intérieur, les services de l'État. Le Premier ministre était dans toutes les réunions qui ont été nécessaires pour gérer cette crise. Cette crise qui est terrible et moi je veux avoir un mot pour les Mahorais. Aujourd'hui, ça serait peut-être ça. La priorité, c'est avoir un regard pour eux plutôt que de tomber dans des polémiques complètement vaines qui ne feront pas avancer. Ce n'est pas les polémiques qui feront arriver plus vite l'eau sur place. Ce n'est pas les polémiques qui feront reconstruire l'île.
C'est le travail collectif commun de toutes les forces politiques pour se dire quelles idées on a pour améliorer très rapidement le sort des Mahorais.
Alors la situation politique est particulièrement difficile depuis la dissolution. Vous avez été champion de saut en hauteur. Oui, c'était un autre temps. Est-ce que la barre n'est pas trop haute pour François Bayrou ? Non pas à cause de ses qualités personnelles mais de la situation trop difficile.
Mais la situation est difficile. Moi, je l'ai vu vendredi après la passation de pouvoir. J'ai senti quelqu'un qui était en pleine humilité et en conscience des difficultés à venir. Et je crois que c'est ce qu'il faut que collectivement, toute la classe politique se dise. C'est peut-être temps d'arrêter les enfantillages. Tout à l'heure, vous parliez de Noël. Moi, ça pourrait être mon compte de Noël. Que tout le monde se mette enfin autour de la table pour travailler et pour avancer pour les Français. C'est ça que les Français attendent. En tout cas, moi, c'est ce que j'entends des Français. Ils nous disent, dans notre circonscription, Travaillez ensemble.
Il y a plus de choses qui vous unissent, qui vous séparent. Donc voilà, peut-être que c'est un bisounours au moment de Noël. Mais moi, j'y crois.
Est-ce que les négociations qui se poursuivent avec les groupes parlementaires, il y en a encore d'autres reçues aujourd'hui à Matignon, est-ce que ça sert à quelque chose dans ce sens-là ?
Mais bien sûr, ça sert à quelque chose. On est dans une première phase où le Premier ministre reçoit en bilatéral, comme ça, les groupes politiques et écoute leurs propositions. Alors certains sortent en disant, on est déçus, il ne nous a rien dit. Évidemment, il ne va pas sortir des propositions maintenant avant d'avoir vu tout le monde. Et viendra le temps des propositions au moment du discours de politique générale. 14 janvier. 14 janvier. D'ici là, il y aura la constitution d'un gouvernement, gouvernement qui sera issu justement aussi de cette discussion. Moi, je souhaite un gouvernement équilibré. C'est quoi un gouvernement équilibré ?
Un gouvernement équilibré, c'est un gouvernement qui prend la photographie de l'Assemblée nationale, qui enlève les extrêmes, extrême droite, extrême gauche, et à partir de cet axe modéré, républicain, démocrate, constitue un gouvernement. Donc, c'est quelque chose où il y aurait un gouvernement, où il y aurait des gens de gauche, des gens du centre et des gens de la droite. Les gens de gauche.
Le PS a dit, quiconque qui va dans ce gouvernement irradier du parti, ça part mal.
C'est un peu dommage de faire des oukazes de ce type, alors que justement, on est dans un monde difficile, où on est dans un temps particulier pour la France, où on a besoin d'être ensemble, de faire corps. Et moi, je vois bien leur vision politicienne, leur agenda présidentiel. Mais ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est aujourd'hui, comme ces familles politiques ont su faire dans d'autres temps, et je pense à l'après-guerre, et je pense au moment difficile, au moment de la guerre d'Algérie, faire corps et travailler ensemble.
Vous avez des informations sur le calendrier ? Est-ce qu'on nous avait dit avant Noël ? Puis après, on nous a dit plutôt début janvier, puis maintenant, ça serait dans les prochaines heures ?
Oui, moi, je n'ai aucune information, et je crois que quiconque se risque à donner des dates, des heures, prend des risques de se tromper. Concentrons-nous sur comment chacun peut faire le pas de côté pour rejoindre une équipe pour la France. Voilà, c'est tout ce que moi, je souhaite.
En 2015, vous aviez pris vos distances avec le Modem, que vous trouviez trop à droite.
Non, c'était un peu plus compliqué que ça. J'étais en désaccord avec des constitutions de listes sur les régionales. Voilà, et comme je ne suis pas du genre à être un passager clandestin, je ne me sentais pas complètement en phase, et j'avais pris mes distances, tout en restant extrêmement proche de Marc Fénaud, de Jacqueline Gourault, et d'un certain nombre de personnes, et c'est ma famille politique.
Aujourd'hui, vous ne craignez pas que votre famille politique soit, entre guillemets, un peu dominée par les LR dont vous ne pouvez pas vous passer.
Oui, mais la logique serait qu'on ne pourrait pas se passer non plus de la gauche modérée. Moi, je leur dis à la gauche modérée, si vous, vous n'arrêtez pas de brandir la menace Marine Le Pen. Si la gauche modérée dit, nous n'allons pas censurer de façon automatique, et nous allons même être dans une vision constructive, tout d'un coup, vous donnez le pistolet à Marine Le Pen pour nuire, c'est un pistolet que vous chargez à blanc. Et donc, à partir du moment où les forces politiques modérées, je le dis, républicaines et démocranes, prennent leur responsabilité dans ce pays, on peut parfaitement mettre à distance l'extrême gauche et l'extrême droite.
Donc, c'est une question de responsabilité des uns et des autres.
Ce pacte, cet engagement de non-censure, il est possible, le PS ne l'exclut pas, mais en échange, il veut par exemple le renoncement au 49-3. Vous y êtes prêt, y compris au 49-3 pour le budget ?
Alors, le 49-3 pour le budget, c'est illusoire. On le sait très bien et ils le savent, et je pense que ça va être la négociation. Après, sur les autres textes, François Bayrou, je suis à peu près sûr, je ne vais pas me parler pour lui, mais le connaissant, on en a déjà discuté au bureau exécutif du Modem, le 49-3 pour tous les autres textes, il l'abandonnera. Ça, j'en suis à peu près sûr, parce qu'on considère que si ça doit passer, ça passe, si ça ne passe pas, ça ne passe pas. Par contre, sur le budget, on a une vraie problématique, c'est que vous pouvez avoir un budget qui va ressembler très vite à rien du tout, parce que vous avez à voir les coalitions des contraires sur certains sujets.
Donc, ça va être le fruit d'une négociation, ça va être le fruit, évidemment, de compromis, et je pense qu'il y aura des compromis. Je ne vais pas faire des annonces maintenant à la place du Premier ministre, mais j'ai la conviction que sur un certain nombre de sujets, il y aura des bougées pour avancer et pour aller dans l'intérêt des Français.
L'une des décisions, ça sera de ne pas toucher aux retraités, parce que c'est en voulant désindexer les retraites et l'inflation qu'on a créé la crise politique.
Oui, ce n'est pas que ça. Je crois que la crise politique, elle est surtout issue d'une volonté d'un certain nombre de nuire, d'aller vers une précipitation du calendrier électoral. Il y a certains qui veulent, et je crois que Marine Le Pen, on le sent bien, est en embuscade. Elle veut que ça s'accélère. Elle veut que des élections présidentielles anticipées aient lieu. Moi, je pense que ça serait la pire des choses. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, on n'aurait pas de temps démocratique. Parce que s'il y a des élections présidentielles anticipées, déjà, un, ce n'est pas le sens de nos institutions, et deux, ça veut dire qu'on va avoir des élections présidentielles en 40 jours.
40 jours pour dessiner un projet pour la France, ce n'est pas suffisant. Il faut du temps. La démocratie a parfois de temps. D'ailleurs, si ce deuxième mandat d'Emmanuel Macron était mal embarqué, c'est peut-être parce qu'il n'y a pas eu de campagne électorale. C'est peut-être parce que, justement, le projet n'a pas été redéposé, n'a pas été expliqué aux Français. La démocratie, c'est expliquer, convaincre, et ensuite, les élections tranchent, et on accepte ou pas, mais généralement, on doit accepter le résultat des urnes. Et dans ces 40 jours, on aurait évidemment, sans doute, une catastrophe démocratique si on le faisait dans ce calendrier.
Si Marine Le Pen parle de présidentielles anticipées, c'est moins parce qu'elle la souhaite qu'elle considère que le président de la République est très affaibli, impopulaire, bloqué institutionnellement. Elle dit même qu'il n'a pas réussi à nommer le Premier ministre qu'il voulait, que Bayrou s'est imposé. Est-ce que vous constatez cet affaiblissement ?
C'est tout simplement la logique institutionnelle. À partir du moment où il n'a pas de majorité à l'Assemblée, effectivement... Il ne peut pas se représenter. En plus, il ne peut pas se représenter. Donc, effectivement, il est dans une position qui n'est pas la position jupitérienne de 2017. C'est évident. Mais je ne pense pas que le pays soit condamné à être paralysé. Si chacun prend ses responsabilités, durant les 30 mois qui viennent, nous pouvons faire des choses pour les Français.
Faire des choses pour les Français, c'est par exemple instaurer la proportionnelle ou c'est totalement secondaire ?
Non, alors la proportionnelle, c'est un... J'ai envie de dire, ça serait un paquet de notre vision démocratique et d'une révision démocratique. Vous voulez la Sixième République ? Non, je ne veux pas la Sixième République. Mais on voit bien que nos institutions ont besoin d'être adaptées sur un certain nombre de sujets. Les pratiques politiques des Français se sont transformées. Les Français appréhendent la politique différemment. Et donc, je crois qu'il faut qu'on ait cette... Comment dire ? Cette réflexion. La proportionnelle, c'est une promesse depuis 2017.
Il faut peut-être avancer, mais il faudra avancer aussi sur d'autres sujets, c'est-à-dire le lien entre le président et le reste de l'État, et le reste de la nation. On voit qu'aujourd'hui, l'hyperprésidentialisation a peut-être atteint ses limites. Justement, vous vous avez plaidé pour la suppression de l'élection présidentielle au super-arrivée universelle directe et un septennat. Oui, vous savez, quand on est parlementaire, pour pousser des questions, pour pousser des sujets, parfois, on fait des amendements d'appel. Et ça avait plutôt bien marché, puisque la question s'était posée.
Et vous avez un certain nombre de constitutionnalistes, un certain nombre de penseurs politiques qui se disent, oui, pourquoi pas ? Est-ce que c'est une solution ? Bon, moi, je l'ai poussé. Je crois quand même que les Français sont maintenant attachés au vote direct. On peut le maintenir, mais on peut revoir la façon dont ça fonctionne. Moi, je rappelle souvent, et j'invite souvent les Français à lire le discours de Debré en 1958 devant le Conseil d'État, où il présente la Constitution. Ce qu'il demande, c'est un régime parlementaire. On voit bien qu'on est très loin du régime parlementaire. Et moi, j'ai toujours considéré qu'il n'y a pas de démocratie forte sans régime parlementaire fort.
Donc, je plaide pour un régime parlementaire avec tous les aléas que ça peut avoir, mais je pense que c'est la meilleure des solutions.
Parce que la proportionnelle, en Israël, ça donne le pouvoir aux partis les plus extrémistes. En Italie, ça a donné des alliances rouge-brun.
En Belgique, ça a donné la paralysie. Ce n'est pas l'idéal. Oui, mais ce n'est pas l'idéal. Mais enfin, je fais remarquer quand même que tous les pays européens ont des scrutins proportionnels à part deux pays, la France. Et l'Angleterre. Donc, il y a un moment donné, il faut peut-être se dire que si ça marche dans les autres pays et si dans les autres pays, ils arrivent à avancer, c'est que c'est possible chez nous. Le régime, on est dans notre pays sur le fait majoritaire. Avec cette culture de celui qui gagne prend tout. Les résultats des courses, c'est la course à l'arrogance, c'est la course aux luttes de pouvoir. Et on oublie toute discussion collective.
Je pense qu'on peut passer dans notre pays à une politique du compromis, à une politique justement sur un scrutin qui équilibre les forces et qui, en équilibrant les forces, permet quand même de travailler ensemble. Parce qu'aujourd'hui, nous sommes dans une situation où tout le monde a été élu pour ou contre avec un schéma, un éclatement qui est le même que la proportionnelle. Donc, évidemment, c'est un peu le bazar.
Erwann Malanant, député du Finistère, merci d'être venu sur Radio-J ce matin et bonne journée. Merci messieurs et merci à Christophe Barbie. On vous retrouve demain, même endroit, même heure. A demain. Avec David Amiel.
Erwan Balanant