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interviewPublic Sénat· 21 septembre 2023

Charles III au Sénat : le discours de Gérard Larcher

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Madame la Présidente de l'Assemblée nationale, Monsieur le Secrétaire d'État aux Affaires étrangères, au Commonwealth et au Développement, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, mes chers collègues parlementaires, Sire, C'est un moment inédit que nous fait vivre Votre Majesté en nous faisant l'honneur de s'adresser, dans cet hémicycle du Sénat, à la représentation parlementaire française. Pour la première fois dans l'histoire multiséculaire de nos deux pays, un souverain britannique va prendre la parole devant le Parlement français, réuni dans sa composition bicamérale et dans sa diversité politique. Vous me permettrez de souhaiter la bienvenue à la Présidente de l'Assemblée nationale et à vous tous, chers collègues députés, qui siégez aujourd'hui parmi vos collègues sénateurs.

J'ai le plaisir également de saluer les membres de la Chambre des Communes et de la Chambre des Lords qui se sont joints à nous ce matin. Vous avez tenu, Sire, à réserver au Parlement français le discours public que vous prononcerez dans votre visite d'État. C'est dire l'estime nouée entre la plus ancienne des nations parlementaires, le Royaume-Uni, et le parlementarisme français.

De l'Abeas corpus à la Charte des Droits, le Royaume-Uni a ouvert la voie au parlementarisme moderne. Il faut avoir assisté comme Châteaubriand aux séances du Parlement britannique pour s'exclamer dans les mémoires d'outre-tombe, je le cite, « La liberté contenue dans les limites de l'ordre semblait se débattre à Westminster », fin de citation, Châteaubriand. La démocratie parlementaire, et j'en suis persuadé le plus sûr antidote pour juguler les passions politiques.

Et entre nos deux pays, c'est bien de passion dont il s'agit. Parfois ennemis, souvent alliés, longtemps concurrents, le Royaume-Uni et la France ont destin liés. Dans les heures sombres, le Royaume-Uni fut un refuge pour tous les Français, contraints à l'exil.

Il fut même un temps, en juin 1940, où la capitale de la France s'était en quelque sorte transportée à Londres pour édifier ensemble une digue commune au totalitarisme et à l'empire de la brutalité. Dans l'adversité se réalisait, après bien des tumultes, la vision prophétique de Victor Hugo, qui a siégé ici, sur ses bancs. L'Angleterre, toujours, sera sœur de la France, écrivait Victor Hugo.

Aujourd'hui, alors que nous nous apprêtons à commémorer, au printemps prochain, le 80e anniversaire du débarquement en Normandie, le destin du Royaume-Uni demeure intimement lié au continent européen. Le Brexit, sire, n'y a rien changé. Votre nation est un acteur primordial de la sécurité en Europe.

Le Royaume-Uni et la France, deux nations de tradition militaire, dont l'une, la vôtre, n'a jamais été envahie, sauf par Guillaume le conquérant, français avant l'heure. Oui, le Royaume-Uni et la France se sont à de multiples reprises éprouvées, mais toujours respectées. Depuis l'entente cordiale, il y aura bientôt 120 ans, elles se tiennent côte à côte.

Elles sont aujourd'hui fidèles à leur vocation, en se portant au secours de l'Ukraine, agressées et meurtries. Vous avez choisi, sire, comme la reine Elisabeth II, lors de sa visite d'État en 2004, de vous rendre au Sénat. Au-delà du respect porté à la reine, dont je tiens à saluer la mémoire, nous voulons y percevoir un hommage au territoire de la République, que les souverains britanniques ont si assidûment parcouru et que le Sénat représente.

Un hommage à cette diversité de territoires et de paysages, dont la préservation vous tient sire tellement à cœur et qui constitue l'une des grandes causes de notre temps. Les collectivités territoriales de nos pays, au travers notamment des communes, ont noué tant de relations entre elles. Elles sont le socle le plus solide de notre amitié.

À travers les territoires se forge le génie d'une nation. Cette idée n'est pas mienne. Elle provient du plus français des historiens britanniques.

Théodore Zeldin, dans l'histoire des passions françaises. Et concédons-le, oui, concédons-le à notre fierté nationale. Il faut bien un historien britannique de grand talent pour réussir à décrypter les méandres des passions françaises.

Sire, Sire, rares sont les pays européens qui, comme le Royaume-Uni et la France, ont préservé une même inspiration à considérer le monde dans sa globalité et tisser autant de liens de solidarité avec les pays les plus vulnérables. Avec un constat partagé. L'exacerbation des fractures nord-sud ne sert que les ambitions de puissance des gouvernants qui les attisent.

Le néocolonialisme est le fait d'États prédateurs et non des colonisateurs d'hier. La France et le Royaume-Uni disposent des ressorts nécessaires pour proposer un autre horizon. Des coopérations équilibrées, la sécurité, un développement qui soit durable et une attention particulière à la jeunesse de ces pays.

Le moment me semble venu de rassembler les grandes familles du Commonwealth et de la francophonie pour qu'elles forgent une ambition et un langage commun. Ce que préfigurait avec humour le général de Gaulle qui se confiait à Winston Churchill, et je le cite, « Plus vous progressez en français et plus vous comprenez mon anglais ». Cette morbule me va assez bien aussi pour mon anglais.

Sire, Sa Majesté, la Reine Elisabeth, avait déclaré en 1996, lors d'une autre visite d'État, celle du président Jacques Chirac à Londres, et je la cite, « S'il est vrai que nous ne conduisons pas du même côté de la route, il est tout aussi vrai que nous avançons dans la même direction ». De ce trait d'esprit, qui nous paraît à nous, aux Français, si typiquement britanniques, « so British », nous distinguons une vérité essentielle. Nos chemins peuvent être différents, ils divergent même parfois, mais par une constante qui défie les règles de la logique et de la géographie, de Londres, ils nous ramènent toujours à Paris, et de Paris à Londres.

Ainsi s'incline le cartésianisme français devant l'humour et l'esprit britannique. Sire, maintenant, à travers les parlementaires réunis, c'est la nation française toute entière qui vous écoute. Merci.