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interviewLegend (sur YouTube)· 14 décembre 2025

NICOLAS SARKOZY : INTERVIEW EXCLUSIVE DU PREMIER PRÉSIDENT EMPRISONNÉ

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Aujourd'hui, émission exceptionnelle puisqu'on reçoit le président Nicolas Sarkozy qui a accepté notre interview pour raconter son incarcération. Je pense que le plus beau geste d'amour, c'est celui de Carla qui m'a accompagné à l'Elysée, il m'a accompagné à la santé. C'est ça faire le tour du monde.

C'est pas un défaut en politique d'être sentimental ? C'est sûrement un défaut. Je suis tellement persuadé que c'est normal que l'on m'aime que ça confine à la naïveté.

Bonjour tout le monde et bienvenue sur Légende. Aujourd'hui, émission exceptionnelle puisqu'on reçoit le président Nicolas Sarkozy qui a accepté notre interview. Il n'en fera qu'une d'ailleurs pour raconter son incarcération.

Il a sorti un livre qui s'appelle le journal d'un prisonnier aux éditions Fayard. Il a accepté de venir raconter jour après jour, comme dans le livre, on va suivre le parcours du livre. On va revenir évidemment sur l'affaire judiciaire, sur le procès pour comprendre tout ce qui s'est passé et comment il a vécu lui de l'intérieur son incarcération.

Il y a eu beaucoup de rumeurs sur pas mal de chaînes d'infos. Je vais lui poser toutes les questions comme il m'a proposé de le faire. Juste avant qu'on commence l'émission, je vous rappelle qu'on part en tournée avec Légende.

On prend six invités qui ont marqué la chaîne. On part en octobre et en novembre 2026. Ça va s'appeler le Légende Tour dans les 16 plus grandes villes de France, dans les 16 plus grandes salles de France.

On va mettre une scène au centre et chaque invité viendra raconter trois anecdotes exceptionnelles. On part avec Philippe Boxo, le médecin légiste. On part avec un pilote d'hélicoptère tigre à l'armée, un pilote d'hélicoptère de combat.

On part avec un astrophysicien, un ancien trader devenu banquier qui nous racontera aussi l'envers du décor du système financier. Une thérapeute de couple sera avec nous aussi, Thérèse Zargot. Et enfin, on aura aussi Éméré qui a 10 ans, qui a la maladie des eaux de verre et qui nous parlera aussi de son parcours.

Un invité artiste chaque jour, sur chaque date, dans chaque ville en plus. Et un invité surprise qu'on annoncera juste avant, qui va être énorme. Vous le verrez.

Je ne peux pas encore vous dire qui, mais en tout cas, prenez vos places avant. Faites-moi confiance. Après, il n'aura plus.

Du coup, prenez-les dès que vous pouvez sur légende-tour.fr. J'ai hâte de vous y voir, hâte de vous rencontrer.

On part avec toute l'équipe dans les 16 plus grandes salles de France et de Belgique, d'ailleurs, puisqu'on passe à Forêt Nationale à Bruxelles. En tout cas, merci de faire de légende le premier podcast de France sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts et Amazon Podcasts en audio. Vous pouvez nous suivre aussi, évidemment, sur YouTube.

Vous pouvez vous abonner d'ailleurs à notre chaîne avant qu'on commence. Et c'est parti maintenant avec le président Nicolas Sarkozy sur Légende. On y va.

Bonjour, je suis Nicolas Sarkozy. Je suis invité de Guillaume Pley, Légende, la deuxième fois. C'est parti.

Bienvenue, monsieur le président. Je reprends le clap. Content de vous recevoir à nouveau.

Merci de m'inviter. Vous avez fait une émission il y a un an environ. La première interview vraiment longue, d'ailleurs, sur votre vie, sur votre parcours.

Vous avez accepté de revenir. Je vous remercie de nous faire confiance une deuxième fois. Vous sortez votre livre qui s'appelle « Le journal d'un prisonnier » aux éditions Fayard.

Si vous voulez le chercher, je vous mettrai le lien dans la description pour le commander directement. Je sais que vous avez eu beaucoup de demandes d'interview. Vous parlez de votre détention à l'intérieur.

On va y revenir sur toute l'affaire, sur toute l'histoire. Pourquoi est-ce que vous avez accepté de venir chez nous ? Ce livre est sans doute le plus personnel de tous les livres que j'ai écrits.

Il est important pour moi. Je crois que je dis des choses que je n'ai jamais dites avant. Et je n'avais pas envie de multiplier les interviews dans les médias dits classiques, excusez l'expression, parce qu'ils ont été tellement utilisés pour dire des choses que les gens ne pensaient pas, que j'ai voulu faire un pas de côté.

L'interview que nous faisons ensemble, ça sera sans doute le seul interview audiovisuel. Je voulais avoir le temps. Je voulais, dans cette interview, redonner l'ambiance qu'il y a dans le livre.

Je n'avais pas envie de faire un 20 heures, ils m'ont tous invité. Je n'avais pas envie de rentrer dans le cirque politique habituel. Et je voulais que les gens comprennent que ce n'est pas un livre politique, c'est un livre humain.

Et que ma réponse à la violence qui m'a été faite, j'ai voulu que ça soit une réponse littéraire. Comment vous allez aujourd'hui ? On va revenir en détail sur tout, mais...

Vous ? Je vais bien. Enfin, physiquement et moralement, je vais bien.

Et forcément, après cette expérience à laquelle je ne m'attendais pas, on est changé. Et quand on change dans la vie, il faut espérer de changer en mieux, pas de changer en moins bien. Dans le livre, première page, vous écrivez, « Par souci du respect de la vérité et de la crédibilité de mon propos, j'ai choisi de ne modifier aucun des noms des protagonistes de ce récit.

Chacun pourra donc s'y reconnaître et ainsi assumer sa juste part de responsabilité dans ce qui restera, à n'en pas douter, une douloureuse épreuve judiciaire. » Est-ce qu'il y a des noms que vous avez hésité à mettre dans un livre comme ça, quand vous vous livrez ? Non, c'est un clin d'œil.

Vous savez, souvent, quand vous lisez des romans, des bons romans, il y a un avertissement. Rien de ce qui est écrit n'est vrai. Les personnages sont inventés.

Et si par hasard quelqu'un se reconnaissait, ça serait une erreur. Moi, j'ai voulu faire le contraire. Tout est vrai ?

Tout est vrai. Il faut faire attention, parce que le mot « vérité », dans mon esprit, il ne peut se conjuguer qu'au pluriel. Il n'existe pas au singulier, le mot « vérité ».

Parce qu'il y a ma vérité, mais il y a celle des autres, de ceux qui m'aiment ou de ceux qui ne m'aiment pas. Il y a la vérité du moment, il y a la vérité du passé, il y a la vérité du futur. Mais ce livre, je l'ai mis sur le timbre de l'authenticité, de la sincérité.

Et comment être authentique et sincère si on commence par avoir peur de dire ce qui a eu lieu et de parler des gens qui ont été les acteurs de ce qui a eu lieu ? Est-ce qu'on a peur des conséquences, parfois, sur un nom, de dire « tiens, comment il va le prendre ? » Comment ça va à la sortie du livre ?

Est-ce qu'on se pose la question ? La peur, c'est une question essentielle dans la vie. La peur, c'est le pire des sentiments.

Parce que la peur n'évite pas le danger et parce que si on se laisse emporter par la peur, on ne fait plus rien. On ne se marie pas, on ne fait pas d'enfant, on ne sort pas dans la rue, on ne crée pas son entreprise, on ne change pas de vie, on ne va pas au bout de ses idées. Donc, comme tout le monde, je peux ressentir ce sentiment.

Mais j'essaie toujours de le dominer parce que c'est un sentiment qui paralyse. Et la vie, le sens de la vie, c'est le contraire de la paralysie, c'est le mouvement. C'est le mouvement qui donne un sens à la vie, pas l'immobilisme.

Et pourquoi vous avez eu besoin d'écrire un livre ? On aurait pu le raconter dans une interview. Est-ce que vous l'avez écrit au fur et à mesure, ce livre ?

Comment ça s'est passé en prison pour l'écriture ? Vous savez, je ne m'attendais pas du tout à connaître cette expérience de la prison. Invraisemblable.

Et quand je suis rentré dans ma cellule et que les surveillants ont fermé la porte, puisque j'étais 23 heures sur 24 fermé dans 12 mètres carrés, je me suis assis sur le lit, il y avait un lit et une chaise. Je ne savais pas combien de temps ça allait durer. Je n'avais aucune idée de combien de temps j'y resterais.

Et je me suis dit, si je ne fais pas quelque chose, il y a un risque de devenir fou. Et donc, cinq minutes après être rentré en cellule, seul, il y avait une petite table en bois plaqué, avec une chaise en plastique. Je me suis assis et j'ai commencé à écrire.

Et j'ai écrit jusqu'à quasiment la dernière minute de mon emprisonnement. Vous l'avez appelé le journal d'un prisonnier. Vous avez choisi le titre après l'avoir écrit, dès le début, vous étiez...

Non, le titre m'est venu tout de suite. Et j'ai voulu faire le prisonnier pour banaliser. Je ne voulais pas être dans une démarche de plainte ou de victimisation.

Le prisonnier, c'est un prisonnier comme les autres. Et le journal, c'était le quotidien. Le quotidien d'un prisonnier.

Et ça m'est venu tout de suite dans la tête et je l'ai gardé. Vous l'avez écrit, vous n'aviez pas d'ordinateur dans la cellule. Non, puisque j'étais sans doute l'un des rares détenus de la santé à ne pas avoir de téléphone, qui m'avait été retiré.

Pas de téléphone portable, vous pouvez dire. Pas de téléphone portable, oui. Pas d'ordinateur, je n'avais pas le droit.

Et même la tablette sur laquelle j'avais des abonnements de journaux et sur laquelle je pouvais voir des films, ils n'ont pas voulu que je l'aie. Donc, de toute manière, ce n'était pas question pour moi d'écrire autrement que manuscrits. Et j'ai écrit tous mes livres de façon manuscrite.

C'est les feuilles que m'ont prêtées vos équipes. Le journal d'un prisonnier, on vous voit vraiment écrire de manière manuscrite. Comment vous avez fait en 20 jours, précisément, d'incarcération, comment vous avez fait pour préparer et finir le livre ?

La question que se posaient les gens, comment il a pu écrire un livre en 20 jours, et que ça sorte aussi vite ? Bon, d'abord, quand on est enfermé, 23h sur 24, et l'enfermé n'est pas un mot, la porte de ma cellule était fermée. Non pas à double tour, mais à triple ou à quadruple tour.

Tout mon temps était consacré à ça. Je suis resté 21 jours là-bas, j'ai continué à écrire une semaine après, mais c'est plus de 300, peut-être 350 heures de travail. C'est beaucoup de travail.

Parce que j'écrivais de l'heure où je me levais, je me levais vers 6h30 du matin, jusqu'au soir où je m'endormais vers 22h30. C'était ma seule occupation. Mais c'était une sacrée occupation.

Toute la journée ? Toute la journée, une partie de la nuit, parce que c'était ma façon de m'évader. Parce que mon esprit, mon imagination, ils ne pouvaient pas l'enfermer.

Ils ne pouvaient pas le mettre en prison. Je restais maître de mon aspiration. Il y a eu beaucoup de rumeurs sur vous quand vous étiez en prison.

On entendait des gens crier. Je vous poserai toutes les questions. Il m'a dit que je pouvais vraiment poser toutes les questions.

Je vais vous les poser après. Vous dites une phrase au début du livre, et puis on va rentrer après dans l'histoire. Mais vous dites que vous vous livrez plus facilement à l'écrit.

Alors que vous parlez pourtant...

Oui, j'y réfléchis, parce que quand vous êtes 23h sur 24 dans 12m², la seule personne avec qui vous pouvez discuter, c'est vous-même. Mais réfléchissez, c'est très rare dans la vie. Surtout quand on a ma vie, où ma vie n'a été faite que de rencontres, de voyages, de déplacements, de foules, favorables ou hostiles.

Moi, je me suis toujours nourri de l'échange avec les autres. Là, je n'avais pas de contact avec les autres détenus pour des raisons de sécurité. Je n'avais pas le droit de parler avec les officiers de police qui étaient là pour ma sécurité.

Qui vous accompagnent au quotidien, d'ailleurs. C'est des gens que vous connaissez bien depuis des années. Oui, mais qui ne sont jamais rentrés dans ma cellule.

Qui ont accepté de vous suivre en prison dans Parleram. Ils ont tous été volontaires, ils ont été fantastiques. Et j'en suis tellement reconnaissant.

Mais ils ne sont jamais rentrés dans ma cellule. On n'a jamais parlé ensemble. Et donc, les seuls contacts et échanges que j'avais, c'est au moment de la livraison des repas, où ils ouvraient ma cellule, où ils la fermaient, avec les surveillants, qui sont d'ailleurs des hommes et des femmes à qui je veux rendre hommage, qui ont été remarquables.

Vous avez découvert le milieu carcéral, vraiment ? Vous en parlez beaucoup, des gens qui travaillent en prison. Ce n'est pas quelque chose que je connaissais.

Et donc, on est bien obligé de faire ce travail avec soi-même. Et donc, l'écriture a été d'un grand secours. J'ai écrit ce livre intégralement seul.

Je n'ai pas fait de plan. Je n'avais aucune archive. J'ai écrit.

Et c'est venu. Je vais rappeler les faits dans les grandes lignes pour qu'on comprenne bien de quoi on parle. Tout commence en 2012.

Mediapart va publier un document affirmant qu'un accord de financement libyen aurait existé. Concrètement, on vous accuse d'avoir financé votre campagne présidentielle de 2007 avec l'argent du régime de Muammar Kadhafi, donc le dirigeant libyen. En 2013, la justice française ouvre une information judiciaire pour corruption passive, financement illicite de campagne électorale, recel de détournement de fonds publics libyens et associations de malfaiteurs.

Ça, c'est l'histoire. Le jour de la condamnation, le 25 septembre, vous êtes convoqué au tribunal correctionnel de Paris pour la lecture du délibéré, c'est-à-dire en fait l'ensemble des décisions prises, en gros. Qu'est-ce que vous imaginez à ce moment-là en allant au tribunal ?

Est-ce que vous imaginez une seconde que ça pouvait...

Mais jamais, mais personne n'imaginait ça. Et d'ailleurs, cette décision du tribunal, nous la prenons comme une formidable nouvelle au début, puisque je suis relaxé de trois des quatre chefs d'inculpation et les plus graves. Et le tribunal dit « Le document Mediapart est probablement un faux.

On n'a pas trouvé un centime d'argent libyen ni dans votre patrimoine, ni dans la campagne. Il n'y a pas de financement illégal. » Vous n'êtes pas enrichi personnellement.

Bien sûr, naturellement. Pas de corruption passive, pas de recel de détruisement de fonds publics, pas de financement illicite de campagne électorale. Ils ont reconnu qu'effectivement, le document était probablement un faux.

C'est les termes qu'ils ont employés. Et vous avez pu prouver aussi que vous n'avez pas reçu d'argent de la part de Ziad Takieddin, homme d'affaires franco-libanais, puisqu'il a affirmé vous avoir remis une valise de cash le 28 janvier 2007 et que vous n'étiez pas à Paris ce jour-là. C'est difficile de m'en mettre quelque chose quand je n'étais pas là.

J'étais à 800 kilomètres puisque j'étais dans le Vaucluse chez mon frère, mais bon. Et donc, c'est une injustice que j'ai ressentie comme telle. Et non seulement la peine de 5 ans de prison était complètement ahurissante par rapport aux incriminations, mais le bouquet auquel personne ne s'attendait, c'est l'exécution provisoire.

À aucun moment, avec la présidente qui dit « Ah, monsieur Sarkozy, vous êtes toujours présenté aux convocations de la justice, ce qui est vrai, donc vous allez en prison, exécution provisoire, mais dans trois semaines. Mais s'il y avait un risque, je m'en fuis, pourquoi pas tout de suite ? » Et donc, personne n'imaginait ça. « Mes pires contempteurs ne l'imaginaient pas, et moi non plus d'ailleurs. » Comme la justice au début, quand la présidente va énumérer tout, elle va donc reconnaître l'absence totale de preuves directes d'un financement libyen.

Au début, vous l'expliquez très bien dans le livre, au début, vous êtes rassuré, vous dites « Voilà, ça y est. » C'est mieux. Elle dit que mon trésorier de campagne, Eric Wirt, mon trésorier de campagne est relaxé de financement illégal.

Si mon trésorier de campagne est relaxé de financement illégal, et si en dix ans, vous n'avez pas trouvé un centime de financement illégal, moi je pense, comme tous les observateurs, bon, mais c'est fini. Soulagement. Et là, vous dites, dans le livre, page 98, si vous avez possibilité de le lire, vous allez voir, tout à coup, le ton de la présidente a changé.

Il est soudain devenu plus dur, plus mécanique. Elle fixait ses notes et ne me regardait plus. Vous avez vu ce changement au milieu ?

Oui, je m'en souviens très bien. J'étais...

Je dis, mais qu'est-ce qui se passe ? Je ne comprenais même pas. Il y avait eu deux heures où elle avait dit « Vous n'avez pas fait ceci, vous n'avez pas fait cela.

C'est des faux. Aucun dirigeant libyen n'a apporté la moindre preuve de ce qu'il disait. » Et tout d'un coup, j'ençois ça comme un coup de poing dans la figure.

Et comme vous n'y attendiez pas, vous n'avez pas préparé ? Parce qu'après, vous parlez directement. Enfin, quelques minutes après, vous allez sortir devant les journalistes.

On va vous voir parler. Pour dire la vérité, je ne m'attendais pas à une bonne nouvelle, franchement. Et je savais que si c'était une bonne nouvelle, le parquet financier ferait appel.

Et que si c'était une mauvaise nouvelle, nous ferions appel. Donc, ce n'était pas fini. Ce n'était pas fini.

Et donc, on avait prévu que les avocats, mes avocats, feraient une déclaration devant la gravité de ce qui se passait, devant l'annonce que j'allais aller en prison, qui a provoqué une stupéfaction dans la salle. Il y a eu un cri des gens dans la salle. Vous dites, la salle a poussé à un cri, page 100.

Mais qui n'était ni un cri de soutien, ni un cri d'opposition, qui était un cri de stupéfaction. D'étonnement. Ah, je crois que le mot étonnement est faible.

De stupéfaction. Et à ce moment-là, j'ai décidé d'aller moi-même face aux médias. Il y avait peut-être 150 journalistes.

Et c'était mon rôle d'y aller. Ce n'était pas le rôle des avocats. C'est la première fois qu'un président de la République est condamné à de la prison ferme.

Vous allez parler aux journalistes. Vous allez dire, la haine n'a donc décidément aucune limite. S'ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison.

Mais la tête haute, je suis innocent. Ça vient tout seul ? Là, ça vient du tréfonds de moi.

J'ai été jugé non pas pour ce que j'avais fait ou pas fait, mais pour ce que j'étais. C'est le contraire d'un État, de ce que devrait être un État de droit. Et donc, à ce moment-là, je ne peux pas accepter de reconnaître quelque chose que je n'ai pas fait.

Je suis innocent. Et tout ce que je dis depuis dix ans, rien, en fonction de la durée des instructions, des mises en examen, rien de ce que je dis, depuis le début, n'a été contredit par les faits. J'ai dit le document Mediapart est un faux.

Aujourd'hui, c'est acté. J'ai dit vous ne trouvez pas un centime libyen. Aujourd'hui, c'est acté.

J'ai dit c'est une revanche des Kadhafis parce que c'est moi qui ai fait partir du pouvoir, Kadhafis. Aujourd'hui, c'est acté qu'ils n'ont produit aucune des preuves qu'ils annonçaient. C'est incompréhensible cet acharnement.

Mais je n'ai pas l'intention de baisser la tête. Ça a été reconnu comme un faux ou probablement un faux ? Quand la présidente du tribunal correctionnel dit le document Mediapart est probablement un faux, le probablement un faux, ça pèse lourd.

Vous êtes dans quel état en rentrant ? Parce que vous expliquez, vous dites, on me pense toujours dur et solide, mais je reste choqué à ce moment-là. Comment vous êtes en rentrant ?

Vous êtes avec votre femme, Carla Bonny ? Comment vous êtes au retour du tribunal ? J'ai à la fois envie de hurler parce que c'est une telle injustice et en même temps, il faut garder de la force.

Vous savez, quand on dit les gens sont courageux, ils sont courageux parce qu'ils peuvent être lâches, sinon ils sont inconscients. Et quand on dit les gens sont forts, ils sont forts parce qu'ils dominent leur faiblesse. Il n'y a pas deux mondes.

Un monde avec les gens courageux qui ignorent la peur, un monde avec les gens forts qui ignorent la faiblesse. Il y a un seul monde avec une femme ou un homme qui domine sa peur à un moment donné ou qui domine sa faiblesse à un moment donné. Et celui qui domine à un moment donné sa faiblesse, il se pose légitimement la question que je me suis posée.

Est-ce que cette force va me quitter ou est-ce qu'elle ne me quittera pas ? Votre femme, Carla Bourdie, parce que vous, vous avez choisi ce métier de faire de la politique et vous êtes solide. Mais quand on a une femme, des enfants, un beau-fils, etc., comment elle le vit elle à ce moment-là ?

Est-ce que c'est plus dur à vivre pour elle que pour vous même ? Oui, je pense que pour Carla qui a été exceptionnelle du premier moment jusqu'au dernier...

Vous parlez beaucoup d'elle dans les ventes. Je parle beaucoup d'elle parce qu'elle est importante. Et pour mes enfants, c'est plus dur que pour moi.

Dans l'œil du cyclone, la mer est plus calme que dans sa périphérie. Et quand Carla a dû venir à la prison, que j'avais le droit de la voir avec les enfants trois ou quatre fois, 50 minutes, pas plus, par semaine, et on était enfermés dans une pièce, sans fenêtre. et donc pour ma fille qui est venue, pour mes enfants qui sont venus, pour ma femme, c'est une épreuve.

Et j'ai ressenti cette épreuve avec beaucoup de colère parce que toute cette souffrance injuste, c'est insupportable. Vous allez être convoqué par le parquet national financier qui vont vous poser des questions avant de rentrer en prison. C'est une étape qu'on ne connaît pas, on n'a pas vécu ça.

Ils vont vous demander, le but de ce rendez-vous, c'est quoi ? C'est de comprendre si vous avez, ils vont vous poser des questions très personnelles d'ailleurs, à ce moment-là, notamment si vous avez des envies successives, je crois. Qu'est-ce que vous leur répondez quand vous allez à ce rendez-vous avant l'incarcération ?

Ils m'ont demandé d'abord si je me droguais. Ça m'a fait sourire parce que je pensais que depuis qu'ils m'écoutaient, qu'ils me suivaient, qu'ils m'auscultaient, ils avaient compris que je n'ai jamais fumé une cigarette de ma vie. Et je n'ai pas été choqué d'ailleurs qu'on me pose ces questions.

Et la dame qui a posé ces questions était plutôt humaine. Elle m'a dit « Excusez-moi, des tendances... » Madame, j'ai 70 ans, jusqu'à présent, non.

Elle me dit « Mais vous savez, on ne sait pas comment les gens résistent à l'enfermement. » « Vous avez raison, je ne sais pas. On verra. » On verra.

Petit aparté, mais dans la première émission, vous aviez dit que vous n'aviez jamais fumé une cigarette de votre vie et bu une goutte d'alcool. Il y a eu des montages qui ont été faits, qui ont fait des dizaines de millions de vues de vous avec une cigarette dans la main mais qui n'était pas allumée. Et parfois, vous aviez une cigarette dans la main ou un verre d'alcool.

Je crois que c'est peut-être au salon d'agriculture où vous faisiez semblant. Est-ce que parfois, pour expliquer cette séquence qui a beaucoup tourné, est-ce que vous faisiez semblant de boire au salon d'agriculture quand vous tendez un verre ? Je n'ai jamais bu une goutte d'alcool de ma vie.

Un jour, j'étais au salon du Beaujolais Nouveau. On m'a tendu un verre. Je n'ai pas bu.

J'ai fait chin-chin. Vous êtes inquiet ? J'ai porté le verre et c'est tout.

Et sur la cigarette, peut-être qu'un jour, il y a une photo avec de moins une cigarette, mais je n'ai jamais fumé de ma vie. On va vous retirer. Vous parlez d'Emmanuel Macron, le président de la République.

On va vous retirer d'ailleurs la Légion d'honneur. Il va vous proposer quelque chose aussi. Je vais revenir sur les deux points, si vous voulez bien, qui sont dans le livre.

Le 17 octobre, donc c'est à quelques jours de votre entrée dans la prison de la santé, vous êtes invité par le président à l'Élysée. On va en parler dans deux secondes, mais je voudrais juste revenir sur la Légion d'honneur parce que c'est quelques mois plus tôt. On vous l'a retirée.

Vous l'aviez reçue en 2005 des mains de Jacques Chirac à l'époque. C'est seulement la deuxième fois depuis le maréchal Pétain qu'on retire la Légion d'honneur à un chef d'État français. Comment vous l'avez vécu, vous, maintenant, cette décision ?

Non, je ne l'ai pas ressenti. Enfin, je ne l'ai pas ressenti douloureusement. En 2005, quand Jacques Chirac mormait la Légion d'honneur dans son bureau, il ne fait pas de discours, mais il dit devant ma famille qu'il est content de me la remettre.

Il me dit même comme tu as été député et ministre, on ne pouvait pas te la remettre puisque tu quittes le gouvernement, je te la remets et je pense à ce que tu as fait pour sauver les enfants dans l'affaire HB. human bombes à Neuilly, que vous êtes rentré dans une...

Vous l'avez raconté à la première émission que vous rentrez pour sauver les enfants d'une prise d'otage. Ça, c'est là où j'ai eu la Légion d'honneur. Et la deuxième Légion d'honneur, c'est quand je suis devenu grand maître de la Légion d'honneur parce que j'ai été élu président de la République.

Mais moi, je n'ai pas sauvé les enfants pour avoir la Légion d'honneur et je n'ai pas été élu président de la République pour avoir la Légion d'honneur. qu'un obscur général grand chancelier de la Légion d'honneur me le retire. Ce n'est pas grave.

Enfin, je pense que c'est plus grave pour lui qu'il le fait que pour moi qu'il le subit. Mais à mon âge, avec la vie que j'ai eue, la chance que j'ai eue, restons calmes sur les honneurs un peu factices. Je parle en temps de paix parce que la Légion d'honneur en temps de guerre, c'est autre chose.

Vous dites depuis sa funeste décision de dissoudre l'Assemblée nationale en 2024, nos relations s'étaient distendues. Je n'avais pas compris encore moins à accepter ce que j'avais considéré comme un caprice qui fait autant de mal à la France qu'à son auteur. Vous dites vraiment ce que vous pensez dans le livre.

Oui, c'est exactement ce que je pense. Cette décision était une funeste décision qui a fait beaucoup de mal au pays puisque ça l'a plongé dans la période d'incertitude et de pagaille qu'on voit aujourd'hui. Une funeste décision pour le président qui depuis a fait mal à rassembler la confiance des Français autour de lui.

Vous réfléchissez à accepter son invitation quand il vous invite à l'Elysée avant de rentrer en prison ? Oui, j'hésite. Et autour de moi, quelques-uns de mes amis ou proches collaborateurs disent « N'y allez pas. » Et j'y ai été d'abord parce que refuser l'invitation du président de la République, ce n'était pas respectueux vis-à-vis de l'institution et du rôle que moi-même j'ai eue.

Et deuxièmement, je suis sentimental. C'est un grand défaut. Et donc, même si on m'a blessé avant, je suis toujours prêt à pardonner après.

Il vous dit qu'il a appris juste avant que vous alliez rentrer en prison. Est-ce que c'est possible vraiment que le président l'ait appris juste avant ? Je ne dis pas qu'il l'a appris.

Je dis qu'il m'a donné le sentiment. C'est ma vérité. C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.

La vérité au singulier, la vérité au pluriel. Sans doute lui-même a une autre vérité. Mais je l'ai trouvé comme stupéfait par cette perspective.

Alors, je comprends très bien. Je voyais beaucoup de Français qui ne croyaient pas que j'irais à la santé. Qui pensaient que c'était virtuel.

Malgré la décision du tribunal. C'est tellement invraisemblable qu'il a fallu un moment pour coller la réalité et cette perspective. Et j'ai eu le sentiment qu'il était étonné et qu'il voulait faire quelque chose.

Je lui en suis d'ailleurs reconnaissant. J'ai trouvé qu'humainement c'était bien et il était très préoccupé de ma sécurité en prison. Il va vous appeler le lendemain après ce rendez-vous à l'Élysée et il va vous proposer de changer de prison.

De ne pas aller à la santé. Pour quelle raison il vous propose ça ? Parce qu'il y avait beaucoup d'inquiétudes sur la capacité de la prison de la santé à assurer ma sécurité.

En tant qu'ancien chef d'État ? Bien sûr. La prison n'était pas adaptée pour cela.

Et moi j'ai dit c'est pas moi qui ai choisi d'aller à la santé. Le tribunal décide que je dois aller à la santé. J'irai à la santé et nulle part ailleurs.

Vous leur refusez la proposition de...

Non. Je refuse toute perspective d'aménagement. Je ne voulais en aucun cas qu'on puisse considérer que j'étais privilégié.

On vous voit aller voir un match du PSG deux jours avant l'incarcération. Vous expliquez la raison. Si vous n'y seriez pas allé normalement est-ce que vous pouvez expliquer pourquoi vous êtes allé au stade on vous a aperçu au loin ?

Vous savez ça fait un peu plus de dix ans que je m'occupe des enfants qui ont un cancer. Et donc chaque année je participe à des événements d'ailleurs avec Brigitte Macron pour lever des fonds pour la cause des enfants qui ont un cancer. Car le cancer des enfants n'a rien à voir avec le cancer des adultes.

Car leur système immunitaire n'est pas développé comme le nôtre. C'est un drame abominable. Chaque année il y a près de trois mille enfants qui ont un cancer et sur ces trois mille il y en a dix pour cent qui meurent.

Et chaque année je vais passer une après-midi avec eux. Alors qu'il y a quelques mois j'avais passé une après-midi avec eux j'ai vu un jeune qui doit avoir quatorze, quinze ans avec un épouvantable cancer qui lui donnait des aftes partout il ne pouvait plus boire, ne plus manger il était vraiment dans une situation difficile. Il y avait sa mère et sa soeur.

Je rentre dans sa chambre enfin je ne décris pas tous les problèmes physiques qu'il avait mais ça ne l'est pas. Et sa mère me dit il est comme vous un fan du PSG et je me tourne vers lui je lui dis écoute je suis sûr que tu vas t'en sortir à la minute où tu peux sortir de l'hôpital tu m'appelles et je t'emmène au match avec moi et je laisse mes coordonnées et quelques semaines avant mon incarcération alors que je ne savais pas que j'allais être incarcé on prend rendez-vous et il me dit je veux vraiment venir je lui dis bien sûr est-ce que je peux venir avec ma mère et ma soeur je me retrouve avec les trois là-dessus je suis condamné 25 j'ai aucune envie d'aller me montrer alors que je viens de prendre 50 prisons fermes et que je vais aller à la santé mais je réfléchis j'ai pas le droit de décevoir cet enfant ce jeune si par confort de moi-même je refuse d'y aller c'est le rêve du petit qui s'écroule c'est vous qui l'a mené vous aviez eu les places pour lui c'est un chômage non mais c'est pas pardon c'est pas la même chose qu'il y aille seul il peut avoir les places et qu'il y aille avec moi parce que je l'ai emmené voir les joueurs le vestiaire donc j'ai maintenu pour lui pas pour moi pour lui et on a passé une soirée fantastique vous allez entrer à la prison de la santé le 21 octobre c'est la date qu'est-ce que vous faites la veille comment est-ce que on se prépare à aller en prison mais on se prépare pas je refuse d'arrêter de vivre parce que je subis cette injustice je vais pas en plus commencer l'emprisonnement le 25 septembre alors que je rentre en prison le 21 octobre je refuse cela vous voulez m'étrangler je vis vous voulez m'enfermer je vis je vis je vis normalement j'amène ma fille à l'école je vais faire mon jogging quotidien je vais au bureau j'emmène ma femme au restaurant je vis journée normale quoi pas journée normale vie normale je ne vais pas commencer l'emprisonnement avant qu'il ne commence ou alors c'est que j'accepte l'injustice vous arrivez à dormir la veille bien sûr je vais donc leur faire le cadeau de mes jours et de mes nuits depuis 10 ans je vais arrêter de vivre pour ça parce que je subis une injustice abominable je vis j'ai vécu je vis et je vivrai il y a un sujet que vous abordez à plusieurs reprises c'est la foi page 17 vous dites je n'en ai jamais fait la confidence à personne mais j'ai pensé à ce moment précis de ma vie que la prière pouvait être un précieux recours c'est un sentiment nouveau pour moi ça a réveillé quelque chose d'abord vous m'avez posé tout à l'heure une question à laquelle je n'ai pas répondu qui est toute ma vie l'instrument de la conquête a été la parole et je me suis aperçu que l'instrument de la confession pour moi c'est l'écrit je suis plus pudique en parole qu'à l'écrit ensuite vous êtes seul dans 12 mètres carrés 23 heures sur 24 j'allais pas refuser l'aide y compris du haut avec qui je pouvais parler qui pouvait m'aider à ce moment là on est comme celui qui est au bord d'un précipice il y a une main qui se tend il se demande pas s'il est céleste ou terrestre il l'apprend et peu m'importe les jugements là-dessus il y a une grâce dans toutes les situations et dans cette situation là d'extrême dénuement humain il faut rester ouvert à toutes les opportunités y compris les opportunités supérieures on va y revenir sur le sujet si vous voulez bien après quand vous partez vous sortez de chez vous vos enfants sortent petits enfants enfants tout le monde sort et vous avez suivi après avec Carla Bruni avec votre femme vous avez descendu la ruelle qui est de chez vous il y a beaucoup de français qui vous attendent en bas je ne saurais pas dire combien suivant les plans de l'Athée on a toujours du mal à savoir mais beaucoup beaucoup de gens des centaines peut-être des milliers qu'est-ce que ça vous fait parce qu'on ne s'est jamais posé la question vous n'avez pas reparlé depuis qu'est-ce que ça vous a fait de voir qu'il y a autant de monde qui était venu vous voir à je ne sais plus quelle heure du matin 8h peut-être du matin au mois d'octobre d'abord ma fille avait été malade toute la nuit et on ne voulait pas qu'elle descende mais elle a voulu absolument descendre et là je suis très ému de la présence de tous ces gens mais je me concentre pour ne pas craquer pour rester digne réservé pudique c'est pas facile c'est ce que vous dites en page 19 vous dites j'embrassais ma fille les larmes montaient aux yeux je me jetais littéralement dans la voiture pour ne pas craquer devant personne bon disons que j'ai senti qu'il ne fallait pas allonger ce moment vous ne savez pas combien de temps vous allez être séparé à ce moment-là non quand vous dites au revoir à vos proches à votre famille vous ne savez pas pour combien de temps vous partez vous n'avez aucune indication à l'avance est-ce qu'on vous dit dans une semaine vous pourrez peut-être faire une demande dans un mois dans six mois est-ce que vous avez une indication je n'ai aucune indication de combien de temps je resterai en prison vous emmenez quoi avec vous vous avez parlé de livres de certains livres etc j'avais le droit d'avoir trois livres du papier un bic peu d'affaires puisque il n'y a pas de quoi ranger et puis de toute manière je n'avais pas besoin de grand chose j'ai vu que vous aviez pris le compte de Montecristo je crois dans un article est-ce que vous avez pu le lire vous n'avez même pas pu parce que vous avez écrit tout le long je l'ai lu mais je l'avais déjà lu mais j'ai lu moins que je l'imaginais puisque comme l'écriture me prenait entre 8 et 10 heures par jour ça remplissait un grand moment mais j'avais emporté la biographie de Jésus le compte de Montecristo et un livre de Saint-Exupéry Lettre à un otage vous allez être escorté par des motards qui sont postés devant chez vous vous dites à un instant je me serais cru revenu à la soirée de mon élection en mai 2007 vous saviez qu'il y avait les motards qui attendaient les escortes présidentielles pas vous qui les demandez vous avez découvert je n'ai rien demandé du tout et j'ai retraversé Paris avec les gens qui faisaient des signes amicaux sur le trottoir les motards devant un cortège de motos de presse derrière c'était complètement irréel et même j'arrive à la prison de la santé avec 20 minutes d'avance sur l'horaire prévu et l'administration pénitentiaire n'est pas en mesure de me recevoir donc on fait attendre le cortège c'est pour ça que vous êtes resté devant longtemps bien sûr on me dit on n'est pas prêt attendez donc vous voyez que le risque de fuite n'était pas tant puisque je suis arrivé à la prison 20 minutes avant l'heure prévue c'est quoi votre première impression quand cette porte s'ouvre et que vous vous retrouvez honnêtement je me serais senti j'aurais été à 10 000 kilomètres de là avec 12 heures de décalage horaire que j'aurais pas été plus dépaysé quoi il y a cette cour sinistre en pente parce que c'est là où on guillotinait les gens à l'époque et c'était en pente pour que le sang puisse couler tout est gris tout sent la tristesse et la désespérance et c'est un choc vous avez un numéro d'écrou vous donne comme chaque prisonnier un numéro d'écrou 320-535 qu'est-ce que c'est qu'un numéro d'écrou j'arrive on m'amène chez une dame très gentille d'ailleurs derrière un guichet renforcé je sais pas si il était blindé mais en tout cas renforcé et elle me donne mon numéro d'écrou c'est ainsi que je serai désormais désigné c'est votre nom en fait on vous appelle par un numéro d'écrou on m'appelle pas par un numéro d'écrou mais c'est ma dénomination administrative comment on vous accueille est-ce qu'il y a un directeur de la prison qui vous accueille à l'arrivée à l'intérieur il y a trois personnes le directeur de l'administration pénitentiaire le directeur régional de l'administration pénitentiaire et le directeur de la prison vous dites page 29 mes futurs voisins seraient au choix des terroristes islamistes des assassins ou des narcotrafiquants disons qu'on me signale on me signifie tout de suite que je serai mis à l'isolement c'est-à-dire dans un bâtiment spécifique où personne ne va à mon état j'avais 11 cellules j'avais la cellule numéro 11 et c'est l'étage des plus dangereux mais c'est là où vous êtes le plus en sécurité c'est pas ma décision mais ça rend encore plus bizarre tout ce qui s'est passé vous aviez une cellule PMR donc pour quand on est en fauteuil voilà personne à mobilité réduite vous aviez un miroir très bas je crois vous en parlez pour vous raser donner des détails je ne comprenais pas pourquoi le miroir sur le lavabo était mis à la hauteur de ma ceinture j'ai demandé c'est curieux parce que dans cette cellule on peut mettre des personnes à mobilité réduite donc je devais me plier en quatre pour me raser pour me peigner ou pour me brosser les dents enfin faire des gestes au quotidien vous dites en m'asseyant sur le lit qui n'était pas fait j'ai eu un choc je n'avais jamais senti y compris à l'armée lors de mon service militaire un matelas plus dur une table aurait presque été plus souple H35 qu'est-ce qui vous a le plus marqué en rentrant quand les surveillants vont fermer la cellule vous vous retrouvez tout seul par la première fois enfermé qu'est-ce que vous remarquez de particulier non je comprends que en prison il faut rester attentif et vigilant vis-à-vis de l'extérieur comme vis-à-vis de soi-même parce que vite on peut aller vers la tristesse sombrer sombrer donc il faut tout de suite se prendre en main donc je décide de faire mon lit et de commencer à écrire page 47 vous dites un match de la Champions League pour la première soirée d'incarcération c'était soit un hasard soit un signe de la Providence vous allumez la télé vous avez la télé quand même oui oui il y a une petite télévision avec les chaînes Ertienne vous avez regardé le match ? oui oui j'ai regardé le match oui avec moins de plaisir que quand je le regarde chez moi il y a eu beaucoup de choses qui sont sorties de vidéos on entend des gens crier vous interpeller dans la cellule vous menacez d'ailleurs il y a eu des je crois des gens qui ont été arrêtés le lendemain enfin ils étaient déjà en prison mais ils sont allés les chercher dans la cellule ils ont été identifiés il y a des gardes à vue est-ce que vous les avez entendus de votre cellule les menaces ? oui bien sûr parce que la première nuit vous n'avez pas l'expérience donc j'avais ouvert la fenêtre cette fenêtre était occultée par des grillages très fins enfin très solides mais très serrés des barreaux et une plaque en plastique qui faisait qu'on ne pouvait pas me voir mais que je ne pouvais voir personne et par ailleurs je ne savais pas quel temps il faisait puisque je ne pouvais pas voir dehors mais quand j'ai ouvert la fenêtre j'ai clairement entendu le bruit les cris les menaces bien sûr ça vous a fait peur d'entendre tout ça est-ce que ça vous met dans quelle peur je ne dirais pas mais j'ai compris que le milieu était assez hostile il y a une deuxième rumeur qui est sortie j'ai fait beaucoup d'articles dessus je leur ai fait que vous ne mangiez pas du tout en prison vous ne mangez que des yaourts j'ai vu des articles passés sur ça est-ce que c'est vrai ? vous savez la caractéristique de beaucoup de journalistes c'est d'écrire sans savoir ceux qui savaient n'ont rien dit et ceux qui ne savaient rien ont beaucoup parlé c'est vrai que je ne prenais pas les repars qui étaient préparés par les détenus mais j'ai pu faire ce qu'on appelle cantiner c'est-à-dire commander des choses au grand acheté quoi au cacheté des choses enfin j'ai vite compris que je n'étais pas là dans un séjour gastronomique donc le problème n'était pas celui-là à un moment donné un médecin de l'établissement est venu et a demandé que je me pèse parce qu'ils étaient inquiets que je ne maigrisse pas trop mais bon vraiment la question de la nourriture n'était pas le sujet essentiel est-ce que vous faites du sport en prison ? est-ce que vous avez une possibilité est-ce que vous n'aviez pas de je ne sais pas si vous avez une cour je crois que vous ne vouliez pas trop y aller dans la cour est-ce que vous aviez entendu qu'il y avait peut-être une possibilité d'être pris en photo ? non j'avais le droit une heure par jour que je ne l'ai jamais utilisée d'aller dans une cour réservée au seul détenu à l'isolement enfin la cour faisait je crois 12 ou 14 pas en longueur et 7 ou 8 pas en largeur étaient recouvertes par trois rangées très denses de barbelés de grilles c'était plus une cage qu'une cour je ne vois pas ce que j'y aurais fait en revanche il y avait une toute petite salle de sport avec trois équipements et j'ai fait mon jogging quotidien tous les jours je crois que j'ai dû courir plus de 170 kilomètres sur cette sur cette machine vous y alliez tous les jours ? tous les jours une heure c'est moins agréable que de courir dehors ? d'après vous moi je n'aime courir que dehors pour ventiler pour être dans le bois pour rencontrer des gens là j'étais entre quatre murs d'une pièce qui devait faire 10 mètres carrés je voudrais qu'on parle de vos enfants Pierre, Jean, Louis, Giulia et votre beau-fils Aurélien fils de Carla comment eux ont vécu votre emprisonnement ? comment vous l'avez appris après ? ils ont été formidables de courage de droiture c'est eux qui ont appelé au rassemblement amical le jour de mon départ et ils m'ont rempli de fierté et c'est très important de tenir justement pour eux et mon fils Louis a eu son fils son premier enfant à qui il a donné comme deuxième nom Nicolas alors que j'étais à la santé et Pierre et Jean se sont occupés de Carla et de leur soeur magnifiquement et Aurélien tout autant donc ça a beaucoup soudé la famille est-ce que vous craquez en prison ? est-ce qu'il y a un moment donné ? non à aucun moment c'est dur mais si vous craquez ça l'est encore plus et puis pourquoi j'offrirais ce plaisir à ceux qui ont voulu cette injustice ? non je suis en colère je suis très en colère car c'est une injustice le scandale n'est pas du tout qu'on est enfermé à un ancien président de la République si l'ancien président de la République quelqu'un vole de l'argent c'est tout à fait normal le scandale c'est l'innocent je suis innocent c'est un scandale elle vous a ramené des photos Carla Bruni en prison il y en a plusieurs qui vous ont touché vous avez même je crois gardé dans la cellule il y en a une particulièrement c'est un tag sur une porte est-ce que vous pouvez expliquer ce que c'est ? oui vous savez l'ancienne maison de Serge Gainsbourg est intégralement taguée et Carla voit passer sur les réseaux au milieu des tags sur la maison de Gainsbourg un tag immense Free Sarko avec un cœur immense elle est là la photo ah ben voilà c'est celle-là et ben je l'ai accrochée juste au-dessus du petit bureau sur lequel j'ai écrit le journal d'un prisonnier vous avez dit j'aimerais bien savoir qui a fait ça pour le remercier parce que ça m'a donné de la joie en prison si vous avez su qu'il a fait j'ai jamais su qu'il a fait mais j'ai reçu tellement de lettres bouleversantes en prison ? vous écrivez directement là-bas ? je recevais des sacs entiers de prison je crois que j'ai reçu plus de 20 000 lettres il y a une dame de 90 ans qui voulait venir à la prison de la santé pour être emprisonnée à ma place j'ai reçu 22 bibles j'ai reçu des chapelets j'ai reçu des cadeaux j'ai reçu des cartes postales de paysages magnifiques où les gens me disaient mettez-les sur les murs de votre cellule comme ça vous pourrez vous évader par la pensée c'était bouleversant les témoignages je ne sais pas comment remercier tous ces gens et tous les matins les surveillants amenaient le courrier je ne pouvais pas le garder je n'avais pas de place des sacs entiers encore il y a deux jours ça continue d'arriver ?

ça continue des dizaines et des dizaines et des centaines de lettres des dessins d'enfants j'ai vu tout à l'heure mais formidable il y a un enfant de 11 ans qui a fait un dessin mon père m'a dit que vous étiez en prison et que c'était injuste alors j'ai fait un dessin pour vous c'est tellement beau je l'ai vu tout à l'heure c'est tellement beau c'est tellement extraordinaire vous avez eu des gens que vous avez aidés des parents aussi de victimes parfois d'attentats mais j'ai reçu la lettre de la mère de Mia qui est une jeune fille qui a été prisonnière du Hamas dont j'ai aidé à la libération qui m'a écrit Ingrid Bettencourt qui m'a écrit Florence Cassez qui m'a écrit un jeune enfant que j'ai sauvé des griffes d'HB m'a écrit de l'attentat de Neuilly à l'époque de l'attentat de Neuilly il m'a écrit alors qu'il était en il avait 3 ans à l'époque il m'a écrit en me disant on ne peut pas accepter ce qui arrive non c'était très bouleversant ça vous a aidé ? non ça ne m'a pas aidé ça m'a beaucoup aidé tout cet amour désintéressé gratuit je ne suis pas candidat à quoi que ce soit était très bouleversant et on dit long d'ailleurs des racines judéo-chrétiennes de la France le nombre de gens qui disaient on prie pour vous on prie pour vous c'était pas tous des grenouilles de bénitier comme l'on dit mais la présence de la transcendance au coeur de l'épreuve que je vivais c'est une réalité française vous avez reçu une lettre qui vous a étonné c'est celle de Patrick Gâteau vous l'expliquez dans votre livre je rappelle qui est Patrick Gâteau pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire c'est un criminel multirécidiviste condamné en 2005 à l'époque à la prison à perpétuité pour l'assassinat de Nelly Kremel c'était une joggeuse qui avait 39 ans je crois à l'époque vous étiez ministre de l'intérieur à cette époque là vous avez quel souvenir de cette affaire parce que c'est une lettre improbable que vous avez reçue vous savez quand Véronique Waché qui est mon amie puis qui travaille avec moi m'a envoyé cette lettre enfin elle sélectionnait parce que je ne pouvais pas avoir toutes les lettres j'ai tout de suite su qui était Patrick Gâteau ça rappelait ? bien sûr ce n'est pas lui qui a tué Nelly Kremel Patrick Gâteau est un homme qui avait déjà tué une femme et qui était complice de l'assassinat de Nelly Kremel il était sur la scène de crime il n'a rien fait pendant que l'autre assassinait Nelly Kremel Nelly Kremel c'est une femme ça m'avait bouleversé de 42 ans partie faire son jogging en Seine-et-Marne qui rencontre ces deux hommes et qui est tué je suis ministre de l'intérieur je vais à la messe d'enterrement sa fille il y a une dizaine d'années le mari est un ancien militaire un homme remarquable l'ambiance est bouleversante la petite me prend la main il me dit pourquoi tu as laissé tuer ma mère donc je m'en souviens très bien Patrick Gâteau est condamné à 22 ans de prison parce qu'il est récidiviste en plus et quand il m'écrit il a déjà fait 19 ans de prison et il m'écrit pour me dire qu'est-ce que vous faites en prison c'est pas votre place etc il vous dit ça ? je n'ai pas encore répondu parce que je suis partagé entre l'humanité qui fait qu'un monsieur qui est en prison depuis 19 ans vous ne pouvez pas refuser vous ne pouvez pas refuser un geste d'humanité et en même temps je n'ai pas oublié le mari et la fille de Nelly Crimmel j'ai souvent pensé à eux et ça fait partie des moments étranges que j'ai vécu dans cette période insensée vous dites c'était de ce drame que datait la détestation d'un certain nombre de magistrats à mon endroit pour quelle raison ? parce que j'avais dit ce jour-là que le magistrat qui avait décidé de remettre en liberté Patrick Gâteau devrait en assumer la responsabilité je ne ciblais pas les magistrats particulièrement mais je pense que chacun d'entre nous on assume ses responsabilités j'assume mes responsabilités de l'ancien président vous assumez vos responsabilités si sur votre plateau on insulte quelqu'un on bafoue le droit de quelqu'un le médecin qui fait une erreur assume ses responsabilités l'architecte qui se trompe assume ses responsabilités ça avait provoqué une vague d'indignation au sein de la profession de magistrat et l'un des magistrats avait dit si Sarkozy cherche la guerre il l'aura voilà un homme prémonitoire quelques années plus tard il y a votre photo qui va être affichée sur ce qu'ils appelaient le mur des cons je vous mets à l'image il y avait une photo une image qui était sortie d'un journaliste à l'époque qui avait filmé ça c'était un panneau qui était à l'époque affiché dans le bureau du syndicat de la magistrature avec des photos de plusieurs personnalités publiques dont deux paires de victimes de résidivistes je crois qui avaient condamné le laxisme de la justice qui avait été affiché dessus il vous reprochait ça le fait d'avoir dit ça c'est pour ça que vous étiez affiché sur ce mur ce mur si vous me permettez n'est pas le mur des cons c'est le mur de la honte la honte il y a à côté de moi sur ce mur comme personnalité détestée par le syndicat d'administrature monsieur Escarfay qui est-il ? le père de la première jeune fille est tué par Guy Georges comment peut-on insulter un homme dont la fille a été vue et tuée ? comment peut-on ? comment ose-t-on ? et moi je dois accepter d'être jugé par des femmes et des hommes membres de cette organisation qui me met en tête d'affiche du mur des cons qui accepterait ça ? qui accepterait d'être jugé par des juges qui ont fait de ma détestation une profession de foi ? on attend de la justice l'équilibre l'indépendance l'impartialité car l'indépendance sans l'impartialité c'est rien vous avez vous parlez dans votre livre je mets le lien si vous voulez le commander il est dans la description vous n'avez plus qu'à cliquer directement sur description sous la vidéo YouTube c'est aux éditions Fayard si vous voulez le prendre le journal d'un prisonnier par Nicolas Sarkozy et si vous nous écoutez en podcast audio sur Spotify Deezer Apple Podcast Amazon Podcast il y aura le lien dans la description pour le commander merci en tout cas de faire de légende premier podcast de France chaque semaine et de nous suivre vous pouvez directement cliquer vous pourrez le commander rapidement vous parlez du soutien dans le livre des politiques des célébrités on va vous en parler on va vous tenir au courant vous avez la télé vous dans la cellule est-ce que vous voyez vous regardez aussi qui parle qui vous soutient est-ce que vous suivez ça de l'intérieur ? bon je regarde pas trop la télé pour dire la vérité sauf le match de foot du coup non le sport c'est autre chose le sport ça fait partie de ma vie et le sport c'est ma respiration mais je regarde pas trop la télé surtout quand c'est des émissions où je suis mais j'avais acheté une radio à la prison donc j'écoutais et il y a des des témoignages qui m'ont beaucoup touché quand j'ai été menacé de mort par un individu dans la prison qui lui avait un portable lui il avait un portable puisqu'il s'est filmé et j'ai découvert par la suite que cet homme charmant avait été condamné à 13 ans de prison pour avoir démoli physiquement une personne en raison de ses orientations sexuelles très ennuis c'était pas une plaisanterie mais j'ai lu avec beaucoup d'émotion le l'édito de Pascal Praud je pense à lui j'ai entendu l'émission de Laurence Ferrari qui relatait la nuit que j'avais passé avec les menaces et oui c'est des témoignages qui m'ont beaucoup touché il y en a qui vous ont étonné que vous n'attendiez pas mais parfois des gens qui ne sont pas des sympathisants des gens qui vous aiment bien mais vous avez été étonné dans le bon sens et vous l'avez dit honnêtement il y a notamment un parlementaire du rassemblement national Sébastien Chenu qui m'a écrit toutes les semaines une très longue lettre très humaine et qui m'a beaucoup touché qu'est-ce qui peut attendre de moi rien c'était vraiment assez bouleversant vous parlez de Jean-Michel Abati aussi vous dites qui n'est pas un ami comme vous le savez et nous ne partageons pas les mêmes valeurs mais je l'ai vu plusieurs reprises à plusieurs reprises dans l'émission Le Quotidien où il a pris ma défense non pas parce qu'il m'aimait mais parce qu'il était profondément choqué des torsions que l'on faisait avec les règles fondamentales de l'état de droit ça vous a surpris qui vous ça m'a surpris parce que voyez-vous je suis toujours surpris par le courage qui est si rare il y en a qui vous ont déçu sans forcément les citer vous attendiez un peu plus de non la question vous savez le talent est assez répandu le courage les gens doués il y en a beaucoup les gens audacieux il y en a très peu et nous sommes dans la république des des textos des vidéos volées des réseaux sociaux où le moindre mot fait polémique et j'ai observé que ça paralyse beaucoup les réactions et j'ai trouvé que certaines réactions par exemple du bloc central étaient très gentilles avec moi humainement mais la question n'était pas de prendre mon pouls la question n'était pas d'envoyer des condoléances à ma femme la question était est-ce que c'est choquant ou est-ce que ça ne l'est pas est-ce que les règles ont été appliquées ou est-ce que elles n'ont pas été et j'ai vu à ce moment-là la pression du climat en bien la peur dont vous parliez c'est une réalité de certains politiques etc je peux les comprendre je peux les comprendre vous avez été surpris en bien aussi j'ai oublié de les citer d'ailleurs Marine Le Pen vous en parlez dans le livre et de la famille Chirac bon la famille Chirac ça m'a fait très plaisir parce que j'ai reçu une lettre magnifique de Claude de son fils Martin de son mari et de Bernadette et franchement ça m'a fait plaisir ils étaient bouleversés ils ont tenu à me le dire on a eu des désaccords mais j'ai compris à ce moment-là qu'on était du même sang de la même famille la famille des gens passionnés la famille des gens intenses et au moment essentiel cette famille-là elle se reconstitue et Marine Le Pen quand j'ai été menacé en prison a envoyé un message à l'une de mes collaboratrices Véronique pour ne pas la citer en disant je m'étouffe de rage de voir comment est traité Nicolas Sarkozy vous allez recevoir les mots sont forts ça vous a étonné ? je suis toujours étonné des témoignages de soutien et d'amitié quand ils sont sincères vous allez parler à l'inverse des gens qui vous ont vraiment surpris dans le bon sens vous avez juste cité une personne c'est Ségolène Royal dans le livre page 74 du journal d'un prisonnier vous dites cela n'empêchera n'empêcha pas Ségolène Royal d'affirmer sans rire qu'elle avait perdu l'élection de 2007 à cause de l'argent de Kadhafi plus c'est gros plus cela passe et avec elle ce n'est jamais assez gros à son crédit je dois dire que je ne suis pas certain qu'elle comprenne toujours le sens de ce qu'elle dit cela la sauve de la honte qu'est-ce qu'il y a rajouté ? rien mais c'est vraiment ce que je pense et je ne suis pas le seul à le penser vous n'avez pas peur qu'on vous en veuille quand vous sortez un livre et vous dites ce que vous pensez comme ça ? c'est une question intéressante vous savez si vous faites un livre c'est parce que vous avez des choses importantes à dire que vous pensez importantes si vous n'avez rien à dire ne faites pas de livre mais faire un livre pour rien dire ça n'a pas de sens donc pour moi le livre c'est un élément du lien avec ceux qui me liront c'est très important pour moi le livre c'est sérieux et d'ailleurs moins on lit en France plus on considère que le livre est important parce que le livre fait peur et ce qui est écrit dans un livre ça reste vous respectez ça souvent on me dit mais comment vous faites vous avez de la chance vos livres ont eu beaucoup de lecteurs mais je donne tout je donne tout dans le livre vous cachez rien je donne tout et quand on donne on reçoit vous ne mentez pas au lecteur vous ne mentez pas au français si c'est un livre de commande écrit par un autre ou vous dites le quart de ce que vous pensez ça ne peut pas marcher il faut tout donner dans la vie et quand on donne tout on a une chance de recevoir beaucoup c'est en cela que je me sens privilégié et c'est pour cela que je ne me plains jamais car ce livre c'est le contraire de la plainte c'est au contraire la leçon que j'ai reçue de la vie toutes les épreuves vous permettent de vous enrichir intellectuellement spirituellement profondément c'est ça la vie vous vous êtes enrichi en prison vous avez ça vous a changé je suis devenu plus grave j'ai mieux connu les autres et moi-même j'ai vu la grâce qui était celle d'avoir une famille comme la mienne une femme comme Carla des enfants comme les miens des amis comme les miens des soutiens comme les miens quand même aller à la santé et susciter tant d'amour mais c'est un privilège extraordinaire je voudrais qu'on parle des visites que vous avez eues en prison on a eu beaucoup d'articles Gérald Darmanin est venu vous voir on a reçu ici garde des Sceaux ministre de la justice c'est parti de son droit il peut en tant que ministre aller rendre visite rentrer dans la prison etc qu'est-ce qu'il est venu faire en prison il est venu vous soutenir vous voir en tant qu'ami voir si vos conditions étaient respectées en prison voir si vous étiez assez protégé c'était quoi le but pour dire la vérité j'ai préféré la visite Gérald Darmanin à celle des deux députés LFI deux députés LFI qui viennent avec un photographe du journal Le Monde dans la prison dans la prison ils sont restés neuf heures pour me prendre en photo dans ma cellule au quartier de l'isolement ça ce sont des gens qui respectent les droits de l'homme ça c'est des gens qui respectent l'intimité de quelqu'un ça c'est des gens qui ignorent ce que veut dire le mot courage parce que quand on est enfermé on ne peut pas se défendre eux ils sont venus me voir comme on vient de voir le panda blanc aux eaux de Bolval quelle honte Vous les avez vus physiquement ?

Non Ils ont essayé de rentrer dans votre éleve Ils ont demandé et l'administration pénitentiaire m'a défendu et je l'en suis très reconnaissant Je dois dire d'ailleurs que tout le personnel de la santé a été merveilleux d'humanité de délicatesse de sang-froid C'était pas facile de gérer un colis comme moi qui vous arrive comme ça surtout qu'on n'était pas même pas à la période de Noël Gérald est venu je ne lui ai rien demandé Il est venu parce qu'il estimait que son devoir c'était de s'assurer que les conditions de sécurité étaient remplies Est-ce que ça m'a fait plaisir ? Oui Est-ce que c'était courageux ? Oui Est-ce que d'autres ne l'auraient pas fait ?

Certainement Je n'en dirai pas plus pour ne pas le gêner Mais j'ai de la mémoire et cette mémoire-là elle est dans mon cœur elle n'est pas dans ma tête donc c'est celle qui dure Vous avez de la mémoire dans les deux sens vous vous rappelez plus des belles choses ou est-ce que vous n'oubliez pas quand Je n'ai pas de haine je n'en veux à personne parce que comme tous les bagarreurs et je suis un bagarreur une fois que j'ai exprimé j'oublie et par ailleurs je sais que je suis un privilégié je sais que j'ai beaucoup de chance je sais qu'au plus profond de la solitude je n'ai jamais été seul parce que j'ai cet amour de ma famille de ma femme de mes amis de mes soutiens et ça c'est un privilège considérable et il n'y a aucun barreau de prison qui peut empêcher ça il n'y a aucune décision judiciaire qui peut empêcher ça j'ai dit je rentrerai la tête haute à la santé je suis rentré la tête haute je suis resté la tête haute et je suis sorti la tête haute et c'est très bien ainsi est-ce qu'on peut parler de quelque chose de très personnel que vous avez vécu en prison il y a des moments difficiles vous avez vécu des beaux moments vous êtes allé chercher vous-même vous vous êtes agenouillé dans votre cellule vous dites et vous avez prié est-ce que ça vous a qu'est-ce que ça vous a fait vous en parlez dans le livre vous ne l'aviez pas fait depuis très longtemps vous savez dans la cellule il n'y avait pas de rideau pas de volet pas de façon d'occulter la lumière et quand la nuit venait que le personnel était pour la plupart rentré chez eux il y avait beaucoup de solitude et souvent on m'avait parlé de la grâce qu'il y avait dans l'extrême solitude pour s'ouvrir à la transcendance et j'ai essayé de rester disponible pour cette grâce et c'est pour ça que la prière était une façon d'alléger la solitude et d'écouter et de recevoir qu'est-ce qu'on demande dans ces prières quand on est en présent ? non c'est pas une question de demander c'est une question d'essayer de rester serein fort et une nuit il y avait beaucoup de bruit beaucoup beaucoup de bruit c'était pas possible de dormir et j'ai lu l'être à un otage de Saint-Exupéry et j'en croyais pas mes yeux parce que je me suis retrouvé à une page où Saint-Exupéry en 1940 écrit dans le désert il n'y a rien à voir rien à entendre rien à faire et pourtant l'esprit humain loin de s'affaisser se développe l'esprit humain doit se laisser guider par les forces de l'esprit je dis c'est un message je suis dans le désert il faut que je me laisse guider par les forces de l'esprit vous allez faire une belle rencontre en prison une personne qui va vraiment compter au fur et à mesure des semaines qui vont passer c'est votre fils Jean je crois si vous dites page 80 mon fils Jean a eu l'idée de demander à l'aumônier de la prison de la santé s'il pouvait me rendre visite quand il vous dit ça qu'est-ce qui vous passe par la tête au début vous vous dites bon vous savez le dimanche c'est pas un jour facile parce que vous n'avez droit à aucune visite vous voyez personne même pas les avocats et mes avocats sont tous les jours qu'il s'agisse de Christophe Ingrain ou de Jean-Michel Darrois ils m'ont bien défendu et ils ont été présents de manière admirable admirable et donc le dimanche vous êtes complètement seul au fond Carla avait quitté le parloir à 17h30 et jusqu'au lundi vous êtes seul donc la perspective de voir ce prêtre c'est pas que mon emploi du temps était chargé donc j'ai été heureux de le voir et j'ai vu quelqu'un que j'ai beaucoup aimé tout de suite un homme très doux très pudique très profondément gentil et nous avons parlé donc trois dimanches et c'était toujours extrêmement profond extrêmement enrichissant j'ai aimé cette rencontre vous dites page 83 je m'apprêtais à communier pour la première fois depuis de nombreuses années j'en étais heureux et même ému ça vous a même changé le rapport aux autres êtres humains vous dites j'aurais pu me dire tiens et puis finalement ce monsieur là je vais avoir des discussions profondes avec lui imaginez la scène on est au quatrième étage à l'étage de l'isolement les plus dangereux on est enfermé avec ce prêtre que je ne connaissais pas cinq minutes avant je lui demande s'il célèbre la messe il me dit oui je lui demande s'il y a une chapelle il n'y a pas de chapelle il dit ma cathédrale c'est le gymnase je lui dis peut-être que je pourrais venir à votre messe ah il me dit non non parce que mes paroissiens ne viennent pas toujours pour des bonnes raisons et pour des raisons de sécurité je n'aurais pas pu être au milieu de 50 ou de 60 détenus et il sort un petit flacon en verre il dit voulez-vous communier ? il y avait deux hosties une pour lui une pour moi je lui dis oui ça a été la messe la plus courte à laquelle il m'était donné d'assister c'était irréel on était enfermés tous les deux au milieu de nos mères improbables mais c'était un moment de paix de sérénité de profondeur votre rapport à la fois a changé entre votre arrivée en prison et votre sortie oui enfin un rapport j'irais un rapport au sens au fond d'essayer d'accepter que toute épreuve a un sens que toute épreuve sert à quelque chose et que le destin de l'être humain tous il n'y a pas que moi tous nous sommes confrontés à des épreuves et nous serons confrontés à des épreuves et la question essentielle c'est de lui donner un sens et quand vous donnez un sens vous pouvez surmonter la question n'est pas de surmonter une épreuve parce que ça il ne s'agit pas d'avoir des gros biceps ce n'est pas que ça mais si vous comprenez que l'épreuve qui vous est imposée aussi injuste soit-elle a une signification et que cette signification vous est adressée pour que vous deviez quelqu'un de meilleur à ce moment-là vous commencez à l'accepter et donc vous commencez à la surmonter et vous n'avez pas envie de parler de futilité la solitude vous amène à l'essentiel si un peu les pensées vous savez les pensées de Pascal on dit toujours le pari pascalien c'est faux ce que Pascal a dit c'est que plus un homme ou une femme est haut dans l'échelle sociale plus on essaie de le divertir et plus il se divertit moins il a de temps à consacrer à ce qui est essentiel pour lui la mort et donc l'extrême solitude oblige à concentrer ses pensées sur ce qu'il y a de plus profond et non pas sur ce qu'il y a de plus anecdotique alors dans la société quand on rencontre des gens on est sans arrêt happé par l'anecdotique dans la solitude on doit être appris vers les profondeurs vous parlez de l'aumônier vous avez des discussions profondes est-ce que vous avez des discussions profondes avec le personnel vous dites qu'ils ont été adorables avec vous enfin professionnels est-ce que vous avez des discussions un peu enfin profondes parce que d'abord ça a duré pas si longtemps parce que c'est pas qu'ils venaient s'asseoir dans la cellule pour discuter c'est pas leur rôle et ils avaient pas le temps mais oui on parlait de nos enfants de nos familles il y a un surveillant qui m'a dit qu'il avait voté pour moi il y en a un autre qui m'a dit ma femme vous adore il y en a un troisième qui m'a demandé des conseils sur où scolariser ses enfants il y en a un quatrième qui est un supporter de Marseille il y en a un cinquième qui m'a dit au moment de partir il m'a dit vous avez été important pour nous ah bon je lui ai dit merci merci ah oui comment vous travaillez et comment vous êtes régulier pour votre sport c'est une leçon pour nous j'ai dit mais vous savez moi vous m'avez donné une leçon par votre calme et votre profonde humanité une nuit il y avait eu beaucoup de bruit un détenu à l'étage était très agité très frappé dans sa cellule criait et un jeune gardien un jeune surveillant m'a dit oh c'est un détenu impatient pas plus et je trouvais que c'était fantastique vous avez été réveillé une nuit par un bruit sourd vous dites en plein milieu de la nuit parfois il y a la lumière qui s'allumait dans la cellule et parfois une fois un énorme bruit oui j'ai su le lendemain qu'un détenu au quartier disciplinaire avait mis le feu essayé de mettre le feu à sa cellule ce qui avait déclenché dans la mienne des extracteurs extrêmement puissants et je me demandais ce qu'il se passait quoi je comprenais pas ce qu'il se passait c'est un environnement très bruyant dans la prison c'est un environnement hostile où tout peut prendre une proportion démesurée et où j'ai vite compris qu'il fallait être vigilant de tout et d'abord de soi-même vous dites certains pourront ironiser sur cette forme de conversion subite en parlant de la communion et du fait que vous rapprochez de l'aumônier ils l'interpréteront sans doute comme un signe de faiblesse au mieux passagère vous vous êtes senti faible un moment donné ou pas du tout justement et c'était plus je me suis senti faible et je me sens faible à chaque instant et c'est pour ça que je suis fort parce que si vous ne vous sentez pas faible vous n'êtes pas fort le fort est celui qui domine sa faiblesse le courageux est celui qui domine sa lâcheté donc c'est lié il n'y a pas le monde il n'y a pas le monde des faibles il n'y a pas le monde des forts il y a le monde de ceux qui essayent de toute leur force de faire face j'ai souvent ressenti ça face à des gens malades en me disant mais si j'étais dans cette situation est-ce que j'aurais son courage et donc la question de la quand j'ai monté les escaliers pour la première fois les 85 marches pour aller à ma cellule la question de comment je réagirais dans la cellule je ne savais pas qui peut le savoir et enfin les commentaires j'aime le rire j'aime les pleurs je déteste le ricanement car le ricanement c'est au fond le rire sans le courage ou les pleurs sans le sentiment c'est les gens qui sont au bord de la rivière qui la regardent passer et qui commentent moi j'aime mieux les acteurs il y a une phrase qui m'a marqué dans le livre vous dites sans doute m'était-il arrivé tant de fois dans le passé de ne pas accorder assez d'attention à des interlocuteurs dont j'avais sans doute sous-estimé l'intérêt l'originalité la profondeur vous regardez les gens différemment aujourd'hui oui oui j'étais trop pressé peut-être pas assez humain et toute ma vie j'ai cherché les lieux extraordinaires les gens extraordinaires les moments extraordinaires et en prison il y a le dénuement donc un détail peut devenir extraordinaire une pensée peut être extraordinaire et on apprend à être plus attentif et plus humain vous voyez j'avais beaucoup de voisins qui criaient qui hurlaient qui étaient au fond de la détresse la plus totale en liberté quand un voisin fait du bruit on est exaspéré en prison quand un voisin fait du bruit on dit pauvre homme comme il doit souffrir on comprend mieux les autres on est moins dur vous parlez de l'injustice l'aumônier vous dit à un moment donné comme c'est étrange cette haine que vous suscitez vous citez Saint Matthieu l'évangile de Saint Matthieu heureux ceux qui sont persécutés dans la justice car le royaume des cieux est à eux heureux êtes-vous si l'on vous insulte si l'on vous persécute et si l'on vous dit faussement toutes sortes de mal contre vous réjouissez-vous soyez dans l'allégresse car votre récompense est grande dans les cieux non mais c'est extraordinaire parce que c'était le texte du jour de la messe du jour de la Toussaint tout prend une résonance on cherche des signes on entend les signes on les voit arriver chercher non c'est se placer au-dessus de sa condition mais disponible pour les recevoir c'est la question la question n'est pas de chercher la question c'est la disponibilité est-ce que on est disponible pour recevoir et en prison dans le dénuement complet on est disponible pour recevoir et peut-être que cet évangile de Saint Matthieu au milieu de douze occupations avec quarante personnes qui me regardent ou qui me sollicitent j'irai pas prêté attention là c'est différent vous dites genre regretter presque mes conversations avec ce prêtre vous aimeriez le revoir genre ? je vais le revoir vous savez que j'ai récupéré et retrouvé son numéro je voulais vous faire une surprise pour qu'il vienne et qu'il vous salue au moins à l'extérieur je voulais qu'il vienne là sur le plateau rapidement il a été adorable au téléphone j'ai eu du mal à retrouver ses coordonnées d'ailleurs et il m'a dit je n'ai pas la force le courage d'aller sur un plateau je suis quelqu'un de l'ombre et pas de la lumière mais vous lui transmettrez voilà il avait envie de venir mais il ne sentait pas c'était une vraie rencontre avec un homme très doux très doux qui m'a dit la première fois je lui ai dit mais qu'est-ce que vous faites à la santé pourquoi ? il m'a dit vous savez j'aime les marges et ici je suis servi alors peut-être que pour lui je suis une marge qu'est-ce que vous avez appris en prison ? l'un des autres ? paradoxalement j'ai appris la chance qui était la mienne et j'ai appris à apprécier tout ce que j'avais je n'avais pas eu le sentiment d'être tellement privilégié avant je l'ai maintenant quand vous rentrez dans votre vrai lit vous voyez la différence ? non c'est pas simplement même matériel ? non mais aussi on ne se rend pas compte quand on a eu bien sûr c'est vrai je l'écris d'ailleurs mais j'apprécie chaque instant plus qu'avant ? plus qu'avant même notre échange je l'apprécie plus dans cette deuxième expérience que dans la première pour terminer on va parler de votre sortie juste est-ce que votre regard sur la prison était faussé avant d'y aller ? est-ce que vous avez changé de regard sur la prison ? oui c'est pas qu'il était faussé c'est qu'il était ignorant je pense que on ne devrait jamais être chasseur si on n'a pas été auparavant gibier tant de gens parlent de la prison sans jamais y avoir mis les pieds c'est une expérience qui forcément change le regard sur le lieu sur ceux qui le gardent et sur ceux qui y sont vous dites en parlant de l'atmosphère à l'intérieur pour terminer sur le sujet certains de mes voisins ne semblaient pas bénéficier d'un équilibre mental optimal un détenu s'acharné a frappé les barreaux de la cellule avec un objet métallique ce vacarme a duré plusieurs minutes elles m'ont paru interminables l'ambiance était menaçante bienvenue en enfer est-ce que la prison quand on y reste longtemps peut rendre fou est-ce que vous comprenez que des gens ressortent en fait pire qu'ils y sont entrés oui oui c'est un problème immense car la sanction doit être rude mais la sanction doit apprendre elle ne doit pas exterminer et là c'est pas le cas aujourd'hui non quand vous êtes quatre dans une cellule de 12 mètres carrés et que vous devez même rajouter le matelas pour le quatrième vous n'apprenez pas vous êtes détruit vous allez sortir de prison au bout de 20 jours 21 21 comment est-ce que vous allez l'apprendre ? je ne l'apprends pas je ne sais absolument pas ce qui va se passer à l'audience j'ai quelques signaux positifs parce que le directeur de la prison je veux rendre hommage d'ailleurs me dit le matin de l'audience oh le quartier a été bouclé il y a même deux motards qui attendent que vous sortiez mais moi je ne sais pas si je vais sortir car là il est très angoissé la veille au soir je ne sais absolument pas ce qu'ils vont décider je n'ai aucune information c'est juste des signaux j'interprète mais personne ne me donne la moindre information c'est d'être remis en liberté donc c'est le 10 novembre la date sur la décision de la cour d'appel de Paris qui va décider ça qu'est-ce que vous ressentez quand on vous le dit après avoir vécu 21 jours d'enfermement vous l'avez j'ai qu'une seule idée c'est de remonter dans ma cellule pour faire mon petit pactage et m'en aller le plus vite possible voilà envie de rester non non je sais que Carla est dans la voiture et qu'elle m'attend j'ai envie de la retrouver et de m'en aller vite et d'ailleurs je ressens une grande fatigue car la prison m'en suis rendu compte ça fatigue c'est fatiguant même si on n'a pas une activité immense c'est fatiguant qu'est-ce que quelle est la première chose que vous faites en sortant ? je monte dans la voiture Carla m'attend et elle me tend mon portable je réallume mon portable et j'ai 332 messages en attente et du coup vous refermez votre portable non je ne referme pas mais je ne réponds pas on retraverse Paris derrière les motards ce qui est inouï il y a beaucoup de gens devant la maison les journalistes font l'assaut de ma maison et j'arrive chez moi et je suis un peu étourdi je n'ai pas tellement envie de parler simplement un sens de décompression quoi ça pésait comment vous vivez cette première nuit en dehors ? je dors mais je n'ai pas encore réalisé je n'ai pas encore repris mon souffle en vérité vous partez en vacances quelques jours juste après pour décompresser ? absolument pas au contraire je veux reprendre mon travail je veux revivre je veux re-respirer et je suis deux jours après au bureau pour retourner bosser je dirais ? oui mais l'être humain est fait pour deux choses aimer et travailler travailler et aimer je ne me voyais pas du tout partir en vacances à ce moment-là je dois m'occuper de mes affaires faire les rendez-vous que j'ai pu faire remercier les gens qui ont tellement donné non il faut vivre vous allez être placé sous contrôle judiciaire pour donner les termes exact avec interdiction de quitter le territoire et interdiction d'entrer en contact avec les autres prévenus ainsi que Gérald Darmanin le ministre de la justice le garde des eaux on en parlait tout à l'heure pourquoi ? vous n'avez pas le droit de rentrer en contact avec le ministre de la justice j'ai vu des gens qui se posaient la question je ne suis pas le seul à ne pas l'avoir compris et pour des raisons que vous comprendrez je ne ferai aucun commentaire sur ça là vous attendez vous faites appel de la décision la décision de justice rendue le 25 septembre vous faites appel de cette décision qu'est-ce que vous attendez de cet appel ? mais je suis innocent j'attends la vérité est-ce que quand une affaire commence sur un complot et qu'après 10 ans d'enquête on ne trouve pas un centime un financement illégal sans financement je veux la vérité je veux que mon innocence soit démontrée point ça prendra le temps que ça prendra mais tant que j'aurai un souffle je me battrai pour ça page 15 pour terminer vous dites je devais surtout contenir les poussées de colère et l'indignation et l'indignation qui m'étreignait le coeur dès que je pensais au complot invraisemblable ordi pour fabriquer cette sinistre affaire de prétendus financements libyens est-ce que vous avez une idée de qui peut être derrière ce complot ? pensez qu'il y a un complot ? ma colère elle est sur le mal qu'on a fait à ma famille ça j'ai du mal plus que sur vous ? oui parce que si vous voulez je viens de si loin je suis monté si haut que c'est normal que ça crée les conditions de la revanche mais ma famille non vous pensez que ça a coûté beaucoup d'argent vous en parlez dans le livre vous dites cette affaire le nombre de personnes qui travaillent dessus pour n'avoir trouvé aucun centime de détournement etc vous parlez de ce sujet là qui est important que ça coûte de l'argent à la France mais c'est un désastre c'est tout simplement un désastre c'est-à-dire quoi être libre pour vous ? on parle de liberté vous sortez c'est quoi la liberté pour vous ? la liberté c'est vivre libre c'est vivre vivre c'est avoir des projets c'est construire c'est bâtir c'est développer des liens c'est aimer et c'est travailler est-ce qu'aujourd'hui on est libre en France ? question qui se pose souvent c'est une question la liberté elle est vraiment en chacun de soi la question c'est est-ce qu'aujourd'hui on est fier d'être français ? poser la question c'est déjà y répondre est-ce que vous avez changé des choses dans votre quotidien depuis votre sortie de prison ? est-ce qu'aujourd'hui vous avez changé quelque chose ? au contraire j'ai repris mon quotidien et je refuse de le changer je fais mon sport tous les jours je lis tous les jours je travaille tous les jours et la seule chose que peut-être j'ai changé c'est que je consacre plus de temps aux gens que j'aime est-ce qu'on peut tout pardonner ? je ne suis pas capable de ne pas m'en redonner j'ai une capacité d'oubli invraisemblable parce que j'aime la vie et celui qui aime la vie regarde devant il ne regarde jamais derrière vous dites je suis décidément un incurable sentimental que l'on peut aisément faire fléchir par la gentillesse l'attention ou même l'amitié ce n'est pas un défaut en politique d'être sentimental ? c'est sûrement un défaut mais je suis tellement persuadé que c'est normal que l'on m'aime que ça confine à la naïveté c'est quoi le plus beau geste d'amitié qu'on ait fait pour vous ? je pense que le plus beau geste d'amour c'est celui de Carla qui m'a accompagné à l'Elysée qui m'a accompagné à la santé c'est ça faire le tour du monde c'est deux lieux très différents c'est ça faire le tour du monde est-ce qu'on aime différemment quelqu'un lorsqu'on a 40 ans et lorsqu'on a 70 ans ? non je ne l'aime pas plus d'ailleurs qu'avant mais je l'admire davantage Michel Drucker qu'on a reçu sur le fauteuil nous racontait qu'il avait rencontré plusieurs présidents durant sa vie et qu'il y en avait qui étaient de grands séducteurs est-ce que vous êtes un pour être dans la politique je parle séduction générale est-ce que vous êtes un séducteur ? non parce que j'ai toujours préféré la conviction à la séduction il y a de la séduction dans la conviction mais la séduction est toujours postérieure à la conviction j'ai toujours cherché à convaincre avant de chercher à séduire en cela je suis différent de nombre de mes successeurs depuis novembre 2007 vous êtes en couple avec Carla Bruni vous n'êtes jamais quitté quatre mois plus tard je crois vous étiez déjà marié vous racontiez trois mois trois mois vous racontiez cette rencontre lors de la première émission qu'on a faite je vous mettrai le lien si vous n'avez pas vu d'ailleurs la première émission qu'on a faite ensemble qu'est-ce que vous admirez le plus chez elle ? on sent que vous en parlez il y a un amour énorme durant tout le livre mais son intelligence c'est sa droiture est-ce qu'on peut être jaloux quand on est aussi haut que vous après avoir été est-ce qu'on reste un homme comme tous les autres en amour mais d'abord si vous n'êtes pas du tout jaloux c'est que vous n'aimez pas mais la jalousie elle est saine quand elle n'est pas folle moi je ne suis pas quelqu'un de jaloux au sens que ça ne me dévore pas la jalousie qui vous dévore est quelque chose de terrible et la jalousie n'est pas un problème avec l'autre c'est un problème avec vous c'est parce que vous n'avez pas confiance en vous que vous êtes jaloux et je crains hélas avoir trop confiance en moi dernier sujet mais vous abordez beaucoup le sujet du courage dans le livre à quoi on reconnaît un homme courageux vraiment ?

à la circonstance et au moment où il l'est le courage n'est pas une valeur absolue c'est toujours une valeur relative face à un événement celui qui est courageux peut être lâche une seconde après le courage est une affaire de circonstance j'ai été confronté à des situations où j'ai dû faire preuve de courage mais c'est pas parce que j'ai fait preuve de courage que je suis courageux qu'est-ce qui vous a demandé le plus de courage dans votre vie ? le moment où il fallait être le plus courageux dans un parcours comme le vôtre ? l'affaire HB reste un moment important je voulais juste qu'on parle de Louis enfin de vos enfants rapidement si vous voulez bien on voit beaucoup Louis Sarkozy partout votre fils qui est à Menton aujourd'hui est-ce que vous suivez on le voit de plus en plus dans les médias se lancer en politique déjà est-ce que vous êtes content qu'il y ait de vos enfants qui partent en politique ? moi je suis content que mes enfants fassent ce qu'ils aiment ce qu'ils aiment après je suis aussi fier de Pierre de Jean de Louis de Julia ou d'Aurélien je n'ai pas de ce qui compte pour moi c'est ça qu'ils aillent au bout de leurs rêves Louis a ce rêve il a le talent pour ce rêve c'est fantastique il faut regarder ces émissions quand il va mais je regarde même quand Pierre fait un concert puisqu'il est DJ je regarde ce qu'ils font en essayant à toute force de ne pas les limiter parce que quand vous avez en face de vous et Carla et moi on pourrait prendre beaucoup de place donc ce qui compte pour nous Carla comme moi c'est de nous effacer devant eux et ne pas les asphyxier ils sont ce qu'ils sont et je suis fier de ce qu'ils sont devenus tous et mon souci c'est de ne jamais les étouffer et surtout pour celui qui semble vouloir choisir le chemin que j'ai fait et vous lui donnez des conseils parce que là c'est votre métier donc c'est quelque chose que vous connaissez bien est-ce que vous lui dites tiens fais attention à ça fais plus ça non je réponds à ces questions c'est très différent quand il a une question il en a souvent je lui réponds mais donnez un conseil vous savez l'expérience des autres c'est une lanterne qui éclaire derrière pas devant donc quand il me pose une question j'y réponds je ne sais pas si vous en avez beaucoup parlé je ne pense pas vous êtes devenu grand-père une fois de plus mais lorsque vous étiez incarcéré et je crois juste après votre incarcération c'était pas de bêtise non pendant mon incarcération mais c'est juste après être rentré en prison vous avez raté de quelques heures ou jours oui j'ai demandé l'autorisation d'aller voir mon petit-fils qui venait de l'être combien de temps après deux jours je crois une semaine je ne sais plus et cette autorisation m'a été refusée pourquoi il a été écrit il n'y avait pas d'urgence certes depuis j'ai appris qu'un célèbre trafiquant de la drogue avait eu l'autorisation d'aller rencontrer un futur employeur pendant deux ans ça m'a fait sourire et c'est la preuve que je n'ai bénéficié d'aucun privilège vous suivez le parcours aussi de Julia votre fille sur les réseaux sociaux et mais des vidéos parfois est-ce que vous la conseillez est-ce que vous la vous me disiez l'autre fois est-ce que vous la surveillez un peu mais pas qu'un peu en tant que père on fait attention à ses enfants non mais Julia a vraiment voulu venir me voir en prison j'ai hésité c'était pas facile parce qu'elle est toute jeune elle a été formidable elle est venue et quand elle m'a vu elle m'a dit tu sais papa même en prison t'es élégant alors pour elle c'était même en prison tu t'effondres pas je lui dis tu vois dans la vie on a des places pour aller au foot facilement mais on peut se retrouver avec une place à la santé il faut accepter les deux c'est une inquiétude pour vous en tant que père qu'elle s'expose parfois sur les réseaux sociaux vous vouliez bien sûr mais c'est une inquiétude pour tous pour tous mes enfants mais en même temps je veux pas non plus la brider elle je veux pas la brider et elle m'a dit tu sais la seule chose qui m'embêterait vraiment c'est si tu pensais que j'étais faible je lui dis là tu as marqué un but depuis la dernière émission vous aviez 69 ans vous avez 70 ans comment vous avez vécu ce passage la dizaine pour terminer non non à la dernière émission j'avais 18 ans maintenant j'en ai 19 pour moi c'est vraiment une question que je me pose jamais c'est vrai mais jamais jamais parce que l'âge est une valeur tout à fait relative ce qui compte c'est en bonne forme c'est pas l'âge on a commencé en parlant de ces jeunes qui ont le cancer 3 ans 4 ans 14 ans et je vais venir me plaindre parce que j'ai 70 ans mais moi pour moi je me sens plus jeune que vous c'est pas quel âge peut-être parfois je me dis tiens pourquoi il est si vieux ce guillot non mais parfois dans le temps on dit qu'est-ce qui vous manque de vos 20 ans de vos 30 ans mais rien qu'est-ce qui vous manque de vos 40 ans mes 20 ans t'étais très occupé mes 30 ans très occupé et mes 70 ans très occupé tant qu'il y a un souffle de vie il faut le vivre à 100% est-ce qu'il vous reste dernière question est-ce qu'il vous reste quelque chose que vous n'avez pas encore réalisé un rêve que vous aimeriez mais plein de choses il y a tellement de choses que j'ai pas lu il y a tellement de choses que je ne sais pas il y a tellement de choses que j'aimerais faire je suis gourmand j'aime la vie et même à la santé je l'aimais c'est une philosophie la vie est si courte 3 secondes 3 minutes 3 ans 30 ans c'est la même distance ça passe aussi vite à la prison c'est une succession de moments interminables mais l'ensemble passe vite comme la vie donc tant qu'il y a cette vie là je la vivrai intensément vous dites si je sortais de cet enfer j'irais à Lourdes voir les malades et les désespérés page 213 vous parlez de la foi de l'aumônier du prêtre etc est-ce que vous allez aller à Lourdes ? j'y ai été je tiens toujours mes promesses vous êtes déjà allé à Lourdes depuis la sortie ? depuis la sortie j'étais à Lourdes avec Carla et j'ai fait exactement ce que j'avais dit et quand j'ai vu tous ces gens qui souffraient tellement plus que je ne souffrais moi-même qui avaient une telle espérance c'était magnifique et j'ai vu à Lourdes une France éternelle une France qui espère une France qui est ancrée dans son histoire on peut croire ou ne pas croire mais l'histoire de cette petite jeune fille qui a vu 18 fois la dame c'est une histoire magnifique j'ai été là-bas j'ai honoré ma promesse comme j'honorerai toutes mes promesses y compris celle de démontrer mon innocence vous finissez le livre d'ailleurs en disant il y a 217 pages mais quelques pages avant vous dites tant que je disposerai d'un souffle de vie je me battrai de toutes mes forces pour démontrer mon innocence complète quel que soit le temps que ça prendra je veux ma réhabilitation complète mais la phrase importante c'est la dernière à la santé j'ai recommencé ma vie ceux qui voudraient me faire taire ont échoué je vais parler je vais dire et je vais démontrer vous recommencerez votre vie vous l'imaginez comment cette deuxième vie passionnante et passionnée merci beaucoup merci hein merci d'être venu monsieur le président merci beaucoup je mets le lien de votre livre vous allez j'imagine qu'on sort un livre comme ça on est content de voir le retour des gens etc vous avez envoyé à des amis j'imagine avant la sortie déjà pour avoir le tu n'as envoyé aucun livre et pour moi le livre il est sorti de moi maintenant il ne m'appartient plus il appartient au lecteur le livre appartient autant à celui qui le lit et qui met ses propres sentiments qu'à celui qui l'a écrit le journal d'un prisonnier voilà aux éditions Fayard si vous voulez aller le chercher on a cité quelques anecdotes quelques extraits durant l'émission mais il y en a bien plus il y a 217 pages donc sinon l'émission aurait duré 15 heures mais merci d'avoir pris le temps d'être venu nous voir monsieur le président je vous mettrai le lien 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