Réponse au discours de politique générale du Premier ministre | Laurent Wauquiez
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier Ministre, chers collègues, nous avons donc écouté la troisième déclaration de politique générale en un an et la France a connu quatre premiers ministres, ce qui n'était pas arrivé depuis un siècle. Et pour quels résultats ? Que de temps perdu, que d'incertitude pour les Français pendant ce temps-là, pour nos entreprises, pour les agriculteurs, pour les artisans, pour les commerçants, pour nos communes, que de projets reportés. Cette situation n'est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d'artisans du chaos.
Elle est le fruit d'irresponsables, depuis la France insoumise jusqu'au Rassemblement national, qui ont choisi de sacrifier la stabilité gouvernementale. Cette responsabilité, votre responsabilité, elle est d'autant plus lourde que notre pays, lui, est au bord de la ruine. L'État s'endette à des taux supérieurs à ceux du Portugal. Et nous sommes perçus comme moins sérieux que la Grèce. Chaque point de taux d'intérêt en plus, c'est moins d'argent pour nos services publics et plus de charges pour payer nos créanciers. Jamais autant de PME n'ont fait faillite depuis 30 ans.
Notre pays est au bord d'un gouffre financier, où la France risque de perdre tout à la fois sa crédibilité et sa souveraineté. Et je tiens à rendre hommage ici à Michel Barnier, parce qu'il est le premier à avoir eu le courage de tenir ce discours de vérité. Est-ce qu'on mesure bien ce que représente aujourd'hui le décrochage de notre pays ? Industriel, éducatif, sécuritaire et même maintenant démographique. Et pourtant, toute une part de la classe politique préfère faire le pitre, détourne le regard. Et plutôt que de travailler à la reconstruction, continue de jouer l'instabilité.
Cette période, quand je vois la façon dont vous vous comportez avec tellement de légèreté, n'est pas sans rappeler certains moments de notre histoire. Celle du 5e siècle, la chute de l'Empire romain. Rome tombait alors dans la décadence. Par contre... Allez, un peu de silence, s'il vous plaît. Par contre, vous jouez assez bien le rôle des Brutus. Ceux qui sont incapables de respecter la démocratie. Ceux qui sont incapables de protéger la République. Ceux qui s'amusent sur les bancs et font les pitres pendant que les Français sont inquiets de votre comportement. Ceux qui voient la médiocrité de la France insoumise dans cet hémicycle.
Ceux qui voient toutes les trahisons auxquelles vous êtes prêts en votant avec le Rassemblement National pour faire tomber les gouvernements. Voilà l'image que vous apportez. Celle de la médiocrité d'une époque que vous avez choisi de soutenir. Voilà ce qu'est votre vérité. L'image de ces factions dont vous êtes bien le reflet, qui sur le Palatina préférait faire tomber les empereurs. Vous avez définitivement choisi d'être du côté de ceux qui ne défendent pas la République, mais préfèrent la fragiliser. Et les périodes d'instabilité politique, celles que vous nourrissez, ne l'oublions jamais, sont toujours les prémices de grand chaos pour notre pays.
Alors oui, face à cette situation inédite, nous avons tous un choix à faire. Le pari de l'instabilité ou l'esprit de la responsabilité, le poison de l'incertitude ou le remède de la stabilité, les petits intérêts des partis ou l'intérêt du pays. Les Français que vous n'écoutez pas aspirent à la stabilité. Ils nous demandent de donner de la stabilité au pays. Et c'est pourquoi avec les parlementaires de la droite républicaine, nous avons fait le choix de la responsabilité. Elle prendra, Monsieur le Premier ministre, la forme d'un soutien exigeant à votre gouvernement. Un soutien, cela signifie que nous ne voterons pas la censure, contrairement à ceux qui n'ont de cesse d'agiter cette menace.
Mais exigeant, cela signifie, et vous l'avez compris, que nous jugerons texte par texte si les orientations prises sont conformes à l'intérêt du pays. Monsieur le Premier ministre, nous prenons vos responsabilités et nous attendons aussi que vous preniez les vôtres. Votre première responsabilité est d'éviter à notre pays de s'enfoncer dans la crise financière. Je n'oublie pas que vous avez été le premier à vous emparer avant d'autres du sujet de la dette. Et c'est désormais l'heure des actes. Nous avons déjà les impôts et les charges les plus élevés du monde. La France n'a pas un problème de moindre recette. Elle a un problème de dépense excessive.
Et si l'on veut baisser les impôts, il faut baisser la dépense. Nous payons aujourd'hui le quoi qu'il en coûte aux autres. Et pour la droite républicaine, notre opposition est constante. Des baisses de dépenses, pas de nouvelles hausses d'impôts. Au cours du débat budgétaire, nous ne ferons aucune proposition de dépenses nouvelles. Uniquement des propositions d'économie. Nous ne ferons aucune proposition de fiscalité nouvelle. Uniquement des propositions d'économie. Nous ne ferons aucune proposition de nouveau secte gouvernemental. Uniquement des propositions d'économie. Au cours des derniers jours, nous vous avons alerté sur le risque d'une fuite en avant de l'irresponsabilité budgétaire.
Le débat politique compte suffisamment de pitres, d'illusionnistes qui promettent de travailler moins et de dépenser plus quitte à fracasser notre pays sur le mur du réel. Demosthènes parlait du danger des paroles qui plaisent plutôt que des paroles qui sauvent. S'agissant des retraites, faire une réforme qui aboutirait à plus de dépenses sans aucune piste de financement serait irresponsable. Ceux qui prétendent que c'est possible mentent. Car cela conduirait soit à aller chercher cet argent en paupérisant les retraités, soit à augmenter les charges sur ceux qui travaillent, soit très probablement aux deux à la fois.
La réforme des retraites, nous l'avons toujours dit, et les députés de la droite républicaine l'ont toujours portée, peut être améliorée. Mais cela ne doit en aucun cas se traduire par des dépenses supplémentaires qui seraient payées soit par les retraités, soit par ceux qui travaillent. Et si l'on veut baisser la dépense, il y a des marges d'économie partout. Non pas sur les services publics dont nous avons besoin, mais sur la bureaucratie administrative. Nous avons porté ce combat avec la droite républicaine, avec Véronique Louvasi, contre ce millier de comités, d'opérateurs, d'agences. Leur budget a doublé en dix ans.
La NCT, l'ADEME, France Stratégie, autant d'organismes à l'utilité douteuse et au coût bien réel. Il faut baisser leur budget, il faut les fusionner, il faut supprimer une large partie, parce que non seulement ces organismes coûtent cher, mais aussi parce qu'ils sont à l'origine des normes qui épuisent notre pays et parce qu'ils aboutissent à déposséder le politique de la décision, ce qui est fondamental dans le fonctionnement d'une démocratie. Ces économies sont nécessaires si l'on veut investir dans la santé, cher Yannick. Ils sont indispensables si l'on veut relancer l'investissement dans nos transports, et nous serons aux côtés de Philippe Tabarro.
Ils sont fondamentaux si l'on veut protéger, cher Rachida, notre patrimoine et faire rayonner la culture française. Il faut les mener si nous voulons pouvoir soutenir nos agriculteurs ou accompagner nos entreprises, chère Sophie, chère Véronique, chère Annie. Par ailleurs, Monsieur le Premier ministre, je voudrais revenir sur un sujet que vous n'avez pas mentionné. Vous connaissez notre volonté de créer une aide sociale unique. Nous sommes convaincus qu'il faut garder le social pour ceux qui en ont vraiment besoin, revenir sur l'assistanat, revaloriser le travail.
De ce point de vue, nous souhaitons que puisse être fusionnée la trentaine d'aides sociales existantes avec une aide sociale unique plafonnée à 70% du SMIC, ce qui ferait à la fois gagner en clarté et en justice. Enfin, et c'est une évidence, notre système social ne peut pas rester, demeurer ouvert au monde entier. On parle souvent à ce sujet de l'AME et on oublie le titre de séjour qui permet de venir en France pour bénéficier de soins gratuits. Nous demandons tout simplement, Monsieur le Premier ministre, que l'accès à la solidarité nationale, comme dans la très grande majorité des pays européens, soit conditionné à un minimum de trois ans de résidence régulière.
Je suis convaincu que cette proposition n'est pas conflictuelle, mais consensuelle. Je suis convaincu qu'elle peut être soutenue par une très grande majorité de Français. Et s'il n'y a pas de majorité ici pour la voter, alors il faut aller au référendum. Et nous vous demandons, Monsieur le Premier ministre, d'en faire la proposition au Président de la République. C'est l'esprit de la Ve République. Le Président lui-même a ouvert, lors de ses voeux aux Français, le souhait qu'il puisse y avoir plus de consultations et de référendums. C'est aux Français de trancher cette question et nous serons vigilants à ce que ce point puisse avancer dans les mois qui viennent.
Autre axe essentiel, que vous avez mentionné, la suppression des normes, ZAN, DPE, ZFE, autant de sigles qui pavent l'enfer bureaucratique français. Cela ne coûterait rien à l'État de les supprimer, mais cela apporterait de l'oxygène au pays. Laissons vivre les Français, laissons vivre les artisans, les agriculteurs, les entreprises, les commerçants, les professions libérales qui sont aujourd'hui épuisés de toutes ces règles. Au-delà de cette urgence économique et budgétaire, il y a deux chantiers de fonds dont votre gouvernement doit se saisir. D'abord, rétablir l'ordre.
Nous voyons encore, avec les derniers chiffres, l'explosion de la délinquance partout en France, à laquelle Bruno Retailleau fait face avec beaucoup de courage. Il a tout notre soutien. Et pour mettre fin au laxisme, il faut un principe simple que nous avons toujours défendu ensemble, à chaque infraction, une sanction. Et pour ne plus se payer de mots, il n'y a pas en France, contrairement à ce que certains disent, une surpopulation carcérale, il y a une sous-capacité carcérale.
Et comment comprendre que alors que nous, pour les Jeux Olympiques et leurs équipements, nous avons adopté une loi de simplification, nous ne soyons pas capables de prendre une loi d'exception pour la construction de prison pour assurer la sécurité de nos compatriotes. S'agissant enfin sur ces questions, cher François Noël du département de Mayotte, si durement dévasté, il ne pourra être reconstruit sans arrêter la submersion migratoire. Ce n'est pas un sujet de débat. Nos compatriotes maorais nous le demandent.
Nous proposerons donc, Madame la Présidente, dans la niche parlementaire de la droite républicaine, dès le mois prochain, d'y supprimer le droit du sol pour les immigrés illégaux en lien avec le ministre de l'Intérieur pour que, enfin, cette question puisse avancer et être tranchée. Enfin, et vous savez à quel point ce sujet est important pour nous, il faut revaloriser le travail. La plus grande injustice dans notre pays, c'est la situation des travailleurs pauvres. La plus grande injustice en France, c'est de travailler et de ne pas pouvoir vivre dignement. La plus grande injustice en France, c'est qu'aujourd'hui règne le travailler plus pour payer plus.
C'est-à-dire que l'on travaille pour payer plus d'impôts et bénéficier de moins d'aide, curieuse reconnaissance pour ceux qui ont le sens de l'effort et du mérite. Nous proposerons donc avec notre groupe que les heures supplémentaires soient exclues du revenu fiscal de référence. Celui qui travaille doit pouvoir vivre du fruit de ses efforts. Celui qui a travaillé toute sa vie doit être reconnu. Et je le dis clairement, celui qui abuse de la solidarité nationale doit être sanctionné.
Les 15 heures d'activité en contrepartie du RSA que la France Insoumise et le Rassemblement National ont rejeté de concert comme ils le font bien souvent en votant ensemble donnent aujourd'hui des résultats et montrent ce que peut être la refondation nécessaire de notre système social. Le vrai social, c'est le travail, pas d'aide sans devoir. Ça, c'est la justice d'un système social refondé. Face à ces enjeux, Monsieur le Premier ministre, qui peut croire que l'instauration de la proportionnelle soit une priorité ? Sérieusement. En 1958, le général de Gaulle a mis fin à l'instabilité de la Quatrième République.
Notre responsabilité à tous est tout simplement de protéger notre pays contre l'image pitoyable qu'offre aujourd'hui trop souvent la scène de cet hémicycle. La proportionnelle sera la garantie que le désordre politique exceptionnel que nous connaissons aujourd'hui deviendra la règle. La proportionnelle, Monsieur le Premier ministre, ancrerait au cœur de nos institutions l'instabilité politique et la primauté des intérêts partisans sur l'intérêt général. Nous, nous y opposerons et la droite républicaine assumera ses responsabilités.
Alors, vous l'avez compris, Monsieur le Premier ministre, un soutien, mais un soutien exigeant texte par texte, ce sera la feuille de route de la droite républicaine et nous veillerons à ce que dans les semaines à venir, elle se traduise en actes. Je vous remercie. Merci beaucoup, Monsieur le Président.
Laurent Wauquiez