Jean-Michel Magnac, ancien médecin de campagne à Eymet
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:22OuverteRéponse directe
Pourquoi vous avez voulu écrire ce livre ?
- 1:17OuverteRéponse directe
C'est quoi ce qui était devenu trop dur, trop pénible pour vous ?
- 2:06OuverteRéponse directe
On parle de désertification médicale. Vous êtes senti de plus en plus seul ?
- 2:58OuverteRéponse directe
On dit que les jeunes médecins ne veulent plus faire autant. Vous le comprenez ?
- 4:04OuverteRéponse directe
Les élus locaux, est-ce qu'ils ont la possibilité d'influer là-dessus ?
- 4:47OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes favorable à l'obligation de l'installation des médecins dans les zones sous-dotées ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:59InvitéFait
« Je crois que la médecine souffre de mauvais choix politiques, d'une absence totale d'anticipation. »
- 3:21InvitéChiffre
« Si je vous donne un exemple, par exemple, en Dordogne, en 2020, on savait que 35% des médecins avaient plus de 60 ans. »
- 5:07InvitéFait
« Déjà en 1988, et jusqu'en 2003, on avait mis le MICA, c'est-à-dire cette prime pour inciter les médecins à partir en pré-retraite à 56 ans. »
- 5:40InvitéFait
« Mais pour les professionnels de santé, il s'agissait simplement d'augmenter l'indemnité kilométrique qui n'a pas été modifiée depuis 1995. »
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7h47, bon début de journée avec votre radio, ici Périgord. Il a travaillé pendant 40 ans comme médecin à la campagne dans le Bergeracois. Cet ancien médecin d'Aïmé a écrit un livre pour raconter son quotidien. Il est l'invité d'ici Périgord, Louis de Bergevin. Bonjour Jean-Michel Maniac.
Bonjour M. Bergevin.
Un médecin à la campagne, mon combat de souveraineté, c'est le titre de votre livre. Pourquoi vous avez voulu écrire ce livre
? C
'est un livre qui raconte une vie de médecin en milieu rural. C'est la mienne.
Et
dans ce livre, j'exprime ce sentiment de métamorphose de la médecine qui ne ressemble plus à celle que j'ai exercée, qui était libre, personnalisée, peut-être un peu plus humaniste.
Et
dont j'ai décidé d'arrêter de l'exercer devant la pression administrative, la charge administrative qu'on recevait tous les jours.
Ça a changé en 40 ans, ça a complètement changé de visage ?
Oui,
la médecine a changé de visage. Je crois que la médecine souffre de mauvais choix politiques, d'une absence totale d'anticipation. Et aujourd'hui, de nombreux patients en souffrent à la recherche d'un médecin traitant, alors que des progrès scientifiques ont été spectaculaires pour de nombreuses spécialités.
Concrètement, dans votre quotidien de médecin, c'est quoi ce qui était devenu trop dur, trop pénible pour vous ? Est-ce que vous avez des exemples
? Alors,
la charge de travail, la demande de l'administration, des agences qui demandaient toujours beaucoup plus de papiers, d'administratifs. Et c'est vrai que même quand on était de garde, quand on intervenait pour le centre 15, on avait souvent, devant des situations complexes, un sentiment de solitude, d'isolement.
C'est-à-dire, personne à qui vous adresser pour demander des conseils, échanger le fait d'être trop seul
? Oui,
et puis la surcharge des services d'urgence, etc., qui demandait beaucoup de temps pour essayer de trouver une place pour un patient qui demandait des soins en urgence.
On
parle de désertification médicale. Vous êtes senti de plus en plus seul entre le début et la fin de votre carrière
?
Oui. Moi, on a eu la chance de travailler en groupe médical, en association.
On
a été jusqu'à cinq médecins. Et c'est vrai que moi qui voulais m'installer seul dans une grande ville, je me suis retrouvé dans une association en milieu rural. Et ça a été quand même un grand bénéfice. Voilà. C'était beaucoup plus facile que d'exercer tout seul. Mais au fil des années, des départs à retraite et tout, où on s'est retrouvés de moins en moins nombreux. On s'est retrouvés même à deux avec un de mes associés. Et heureusement, quelques jeunes médecins sont venus nous soutenir.
Vous parlez aussi dans votre livre, vous évoquez la charge de travail,
vous
parlez dans votre livre des visites jusqu'à 10h le soir, des journées qui commencent à 7h le matin. Aujourd'hui, ça a changé. On dit que les jeunes médecins ne veulent plus faire autant. Vous le comprenez, ça
? Ah
oui, je le comprends. Moi, je ne veux pas critiquer les jeunes médecins. Ils sont un petit peu comme notre société, où la valeur travail a un petit peu changé. Ils veulent prendre du temps pour eux. Et je ne pense pas qu'ils aient tort. Je crois qu'ils ont raison. C
'est pas
ça le cœur du problème, en fait
?
Non, le cœur du problème, c'est surtout un manque d'anticipation. Si je vous donne un exemple, par exemple, en Dordogne, en 2020, on savait que 35% des médecins avaient plus de 60 ans. On ne s'est jamais préoccupés, à ce moment-là, de savoir s'il fallait travailler plus pour avoir davantage d'étudiants. Il y a eu le numéro sclosus,
qui
a diminué le nombre d'étudiants. Maintenant, depuis 2025, on a mis le numéro aperçu,
c
'est-à-dire ouverture des candidats. Mais ça donnera un résultat dans 10 ans, si vous voulez.
Oui, parce que je précise aussi, Jean-Michel Maniac, vous avez été maire d'Aimé pendant deux mandats, conseiller général aussi. Donc, vous avez cette vision politique de l'élu local. Les élus locaux, est-ce qu'ils ont la possibilité d'influer là-dessus ou est-ce qu'ils se sentent impuissants
? Les
élus locaux ne peuvent pas faire grand-chose. Aujourd'hui, à travers les primes, les bâtiments offerts, etc., aux médecins, ils font de leur possible. Ils font tout ce qu'ils peuvent. Mais je crois qu
'ils
ont énormément de difficultés à recruter des médecins en milieu rural. Parce qu'effectivement, on a beau offrir, par exemple, sur Aïmé, une école, un collège, une garderie, un centre de loisirs, ça ne va pas attirer beaucoup de médecins qui sont souvent en couple et dont le mari
travaille ailleurs.
Et vous dites que c'est aux élus nationaux de faire quelque chose justement pour ce problème. Est-ce que vous êtes favorable, vous, par exemple, à l'obligation de l'installation des médecins dans les zones sous-dotées
?
Écoutez, comme le Conseil de l'Ordre,
le
défunt, on veut rester une médecine libérale. Je crois qu'aujourd'hui, on nous prépare une médecine salariée, et puis, je le crains pour demain, une médecine étatisée. Mais il faut bien savoir qu'il y
a
eu de très mauvais choix. Déjà en 1988, et jusqu'en 2003, on avait mis le MICA, c'est-à-dire cette prime pour inciter les médecins à partir en pré-retraite à 56 ans. Alors, 88-2003, ce n
'est
pas le Moyen-Âge, c'était hier. Et c'était Michel Barzac, une des trois ministres, d'ailleurs. Il y a eu en 88 trois ministres de la Santé, mais Michel Barzac était gynécologue, donc elle connaissait le problème.
Eh
bien, merci beaucoup, Jean-Michel Maniac, donc ancien médecine.
Un dernier mot, comme aujourd'hui, il
y
a ce problème du carburant. Il n'y a pas un énarque, on va encore verser des primes. Mais pour les professionnels de santé, il s'agissait simplement d'augmenter l'indemnité kilométrique qui n'a pas été modifiée depuis 1995. Il n
'y
a pas un énarque qui aura pensé à ça. Ils vont balancer des primes qui sont encore un élément de communication.
Et donc, vous visez effectivement les élus, la politique nationale pour résoudre ce problème de la solitude des déserts médicaux. Jean-Michel Maniac, vous êtes ancien médecin à IMEI. Vous avez écrit le livre « Un médecin à la campagne, mon combat de souveraineté » aux éditions Les Trois Colonnes. Merci beaucoup d'être venu ce matin sur l'antenne d'ici Périgord. Merci.
Merci. Merci.