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interviewBFMTV· 4 décembre 2025 18 min

Budget, retraites, Shein...L'interview de Patrick Martin, président du Medef, en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

– Vous êtes bien sur RMC et BFM TV, bonjour Patrick Martin. – Bonjour. – Merci de répondre à mes questions ce matin, vous êtes le président du MEDEF, hier vous étiez avec Sébastien Lecornu, dans ce moment où tout se joue, où on ne sait toujours pas d'ailleurs si on aura un budget, pas de budget, est-ce qu'il y aura vraiment dans ce budget ? Et c'est d'ailleurs ma première question, Patrick Martin, pour vous, c'est-à-dire pour les entreprises, est-ce qu'il vaut mieux ce budget-là ou pas de budget du tout ?

0:23
Patrick Martin

– C'est un vrai dilemme, pas ce budget-là, pas ce budget-là. Alors on nous prête derrière des intentions politiques, nous on ne fait pas de politique, on fait de l'économie, on prend en compte la situation du monde et un décrochage assez rapide de la France. Je cite juste un cas, l'Allemagne qui était très excédentaire en balance commerciale sur la Chine est maintenant déficitaire. Et nous en France, on parle de petits sujets, court-termistes, politiciens, c'est ce que j'ai dit au Premier ministre hier, il faut quand même ramener de la raison.

0:52
Présentateur

– Vous allez me dire s'il vous a répondu ou pas, mais vous avez surtout répondu à une partie de ma phrase, je voudrais juste m'assurer que vous aviez bien compris la question. Ma question c'était, est-ce qu'il vaut mieux ce budget ou pas de budget ? Vous m'avez dit, il ne faut pas ce budget. Est-ce que ça veut dire que vous vous dites au fond, il vaut mieux carrément pas de budget ?

1:09
Patrick Martin

– Non, d'abord, l'épreuve n'est pas terminée. Donc nous au quotidien… – Il reste quelques jours. – Oui, on discute avec tous les parlementaires, et je le redis, on essaie de les ramener à la raison, de reculer sur les retraites, vouloir reculer dorénavant, ce n'est pas du législatif mais du réglementaire sur l'assurance chômage, j'ai envoyé un signal terrible, ça veut dire que la France peut se permettre de travailler moins.

Je redis que le monde autour de nous devient très brutal, y compris sur le plan commercial, donc je ne désespère pas que nos parlementaires, parce que c'est évidemment à l'Assemblée que ça va se jouer, et dans un éclair de lucidité, un ressaisissement, et qu'on reprenne en compte la situation économique et sociale réelle du pays, on détruit des emplois, la croissance est molassonne dans le meilleur des cas, il y a des faillites qui se multiplient, il faudrait peut-être à un moment donné lever le nez du guidon et se projeter dans l'avenir.

1:58
Présentateur

– On va essayer de se projeter ensemble, mais ce que je comprends bien, parce que c'est vraiment maintenant que ça se joue, c'est qu'au fond, vous espérez encore que ce budget revienne à la raison, pour reprendre votre expression, si ce n'était pas le cas. Certains disent, il ne vaut mieux pas le voter ce budget, et tant pis, il n'y aura pas de budget, c'est ce que dit Edouard Philippe, c'est ce que commence à laisser entendre une partie de LR, est-ce que, oui ou non, vous vous dites, moi je préférerais qu'ils ne le votent pas ce budget, plutôt qu'on se retrouve avec ces taxes dont vous parliez, avec cette main mise sur une partie des entreprises ?

2:30
Patrick Martin

– Écoutez, au risque de vous choquer, je vais vous dire que les chefs d'entreprise sont fiches, tout ça c'est de la tambouille, nous ce qui nous intéresse c'est de prendre en compte la réalité de la situation économique, et on a peu, on a peu dans nos rangs de constitutionnalistes, ou d'agrégés de droits publics, qui sont capables de vous expliquer ce que c'est qu'une loi spéciale, ce que c'est que des ordonnances, etc.

2:50
Présentateur

– En tout cas, ça ne vous angoisse pas, cette loi spéciale, ces ordonnances, cette manière de reconduire le budget précédent ?

2:54
Patrick Martin

– On fait confiance à ce gouvernement pour trouver la meilleure voie de passage, mais notre sujet n'est pas là, on voit les carnets de commandes qui se vident, on voit des emplois supprimés, on voit des investissements qui sont rapportés, ou carrément supprimés eux aussi, et on se désespère que le débat parlementaire ne prenne pas en compte cette situation. Après, ça nous dépasse, ce n'est pas nous qui soutiendrons ou pas à l'Assemblée le gouvernement.

3:20
Présentateur

– Vous ne faites pas de politique, dites-vous, mais vous êtes quand même angoissé par la politique et par ses conséquences, c'est-à-dire ce que vous disent les patrons aujourd'hui, on en parlait ce matin avec Emmanuel Lechypre, il dit que c'est comme s'ils avaient presque intégré l'idée que 2026 était une année pour rien.

3:37
Patrick Martin

– C'est pire que ça, et je crois que d'ailleurs l'opinion publique française, au global, se désespère de ce spectacle politique. Mais je voudrais attirer votre attention là-dessus. Au même moment où donc l'UNEDIC, l'assurance chômage étant déficitaire, 450 000 emplois n'étant pas pourvus, les finances publiques étant dans un état d'élabrement avancé, le gouvernement veut rapporter un projet de réforme de l'assurance chômage, on nous dit qu'on va réduire les allègements de charges, donc renchérir le coût du travail à hauteur d'un milliard et demi. Et nous, on se dit objectivement, respectueusement, républicainement, ces gens-là marchent sur la tête.

4:14
Présentateur

– Et là, vous parlez effectivement d'une des propositions toutes récentes, on a l'impression qu'effectivement elles sont glissées les unes après les autres, jour après jour, sur l'idée de supprimer les allègements de charges sur les plus bas salaires. On est bien d'accord ?

4:28
Patrick Martin

– Une partie, et à vrai dire plutôt sur les salaires intermédiaires, dans les professions les plus exposées à la concurrence internationale.

4:34
Présentateur

– Ça aura une conséquence sur l'emploi ? Si ça passe ?

4:38
Patrick Martin

– Mais bien sûr, il y a trois mesures qui sont à l'étude. Je le redis, revenir sur un projet de réforme de l'assurance chômage, alors même que l'assurance chômage va être déficitaire d'un milliard 6 l'année prochaine. Revenir sur les allègements de charges à hauteur d'un milliard et demi, et revenir sur les aides à l'apprentissage. On est en train de foutre en l'air ce magnifique succès collectif sur l'apprentissage. On envoie des signaux qui sont absolument aberrants. Ça pèsera sur le marché de l'emploi. Ça pèsera sur la capacité qu'auront les entreprises à revaloriser les salaires.

Et ça envoie un signal terrible, comme la suspension de la réforme des retraites, à savoir, on peut se permettre de ne pas travailler plus dans ce pays.

5:16
Présentateur

– Il vous a répondu quoi Sébastien Lecornu ?

5:18
Patrick Martin

– Sébastien Lecornu, il est, je pense, comment dire, philosophiquement d'accord, mais très gêné aux entournures de par ce panorama parlementaire. Et puis, disons les choses, une partie de poker menteur qui a été gagnée par le Parti Socialiste et qui, je le déplore, n'est pas aussi responsable qu'il a pu l'être à certaines époques.

5:37
Présentateur

– Ça veut dire qu'il s'est fait avoir, et vous vous êtes fait avoir du coup ?

5:40
Patrick Martin

– Je ne suis pas à sa place. D'ailleurs, je n'aimerais pas être à sa place pour tout le dire, j'en serais incapable. Mais je crois qu'il y a un rapport de force qui s'est instauré et qui est très défavorable. Non pas au Premier ministre lui-même, mais au pays. On va payer tout ça très cher. Ce n'est pas innocemment, je vous ai dit, ce que faisaient les Allemands. Les Allemands vont soutenir leurs entreprises. Ils sont en train, de manière très réactive, de manière très déterminée, de remuscler leur économie parce qu'eux prennent en compte la situation économique et notamment cette concurrence très agressive à certains égards déloyale de la Chine.

6:12
Présentateur

– Vous aimeriez qu'on s'en inspire davantage ? Et puisque vous évoquez la Chine, rencontre cette nuit entre Emmanuel Macron et Xi Jinping, la rencontre, le voyage qui se poursuit, la concurrence chinoise est-elle aujourd'hui déloyale ?

6:27
Patrick Martin

– Elle est en bonne part déloyale. Elle est en bonne part déloyale. Enfin, c'est avéré sur l'acier, sur le photovoltaïque, sur certains produits chimiques. Ça l'est dorénavant sur le commerce de détail. Je suis, je crois, le seul en France à avoir rencontré à deux reprises le CEO, le patron mondial de Chine, la fameuse place de marché. Mais je peux vous dire qu'en industrie, mais également dans le commerce, c'est un rouleau compresseur avec des stratégies très prédatrices qui sont exacerbées par le fait que la Chine, ne pouvant plus déverser sa production sur les États-Unis, elle la reporte sur l'Europe et sur la France. On va déstabiliser les pans entiers de notre économie.

7:00
Présentateur

– Faut-il que l'on referme nos frontières ? C'est presque ce que demande le patron de la BPI, Nicolas Dufourque, qui dit que l'industrie chinoise va tuer toutes nos PME de Pologne jusqu'au bout de la Bretagne. Je redis régulièrement cette phrase parce qu'elle m'a énormément marqué. Et il invite l'Union européenne à se refermer le temps de se réarmer. Est-ce que vous l'invitez également à faire cela ?

7:23
Patrick Martin

– De prendre des mesures de protection temporaires, le temps de se réarmer, à l'égard des pays qui sont agressifs et déloyaux, mais pas d'une manière générale. Il faut que dans le même temps, l'Europe, la France, s'ouvrent de nouveaux marchés. Je pense en particulier à l'Amérique latine.

7:37
Présentateur

– Donc vous êtes favorable au Mercosur ?

7:39
Patrick Martin

– Mais bien sûr, avec des mesures d'accompagnement pour les quelques filières agricoles qui pourraient souffrir de cet accord.

7:44
Présentateur

– Est-ce que vous êtes favorable également à la suspension de Chine, au moins temporaire ?

7:50
Patrick Martin

– Oui, parce que je le dis quand j'ai discuté avec M. Donald Tang, le patron de Chine, très talentueux. Il a fait mine de s'étonner que sur sa place de marché, existent des produits strictement illégaux, on sait lesquels, des produits non conformes à nos réglementations, y compris sur le plan sanitaire, qu'il y a du contournement de nos réglementations fiscales. Donc à un moment donné, il faut rétablir de l'équité. Sans quoi ? De la même manière qu'on a détruit en bonne part notre industrie automobile, en laissant les Chinois submerger le marché européen, l'Europe a été coupable dans cette affaire demain matin et c'est parti pour.

On n'aura plus de commerce de centre-ville et en amont de ces commerces de détail non alimentaire, il y a l'industrie du jouet, il y a l'industrie textile, il y a l'industrie de la cosmétique qui, par contre-coup, vont elles aussi être affaiblies.

8:38
Présentateur

– Est-ce que l'Union européenne, vous dites, elle a été coupable ? Est-ce qu'elle a encore aujourd'hui une forte responsabilité ? Pas seulement dans l'ouverture à la Chine, mais dans le fait d'avoir imposé, et c'est ce que disent un certain nombre de patrons, notamment dans l'automobile, d'avoir imposé trop tôt des normes trop contraignantes qu'elle n'imposait pas aux autres.

8:53
Patrick Martin

– Oui, mais de la même manière que je vous disais que l'Allemagne se ressaisit, avec beaucoup de détermination, l'Europe est en train de se ressaisir également, en prenant enfin un certain nombre de mesures, qui, soit dit en passant, sont toutes écrites dans le rapport Draghi, auquel le MEDEF a beaucoup contribué.

9:10
Présentateur

– Et qu'on aurait donc dû lire plus tôt.

9:12
Patrick Martin

– Oui, qu'on aurait dû lire plus tôt, et puis j'insiste là-dessus, ce n'est pas qu'un rapport ou une stratégie, au-delà du rapport défensif, c'est au contraire pour redonner un espoir, redonner une ambition, redonner toute sa place à l'Europe, par voie de conséquence à la France.

9:25
Présentateur

– Demain, première réunion d'une nouvelle conférence à nouveau sur emploi, retraite, travail. Et vous n'y serez pas ?

9:34
Patrick Martin

– Non, nous n'y serons pas, parce que nous considérons que c'est un exercice de style, et on ne peut pas d'un côté nous attirer, je dirais, sur un nouveau conclave en définitive, et d'un autre côté, prendre toutes les mesures que je viens d'évoquer qui vont pénaliser la performance économique, donc la performance sociale de la France. Il y a une forme d'urgence, prenons les choses dans l'ordre, bien sûr qu'il va falloir retravailler le sujet des retraites, bien sûr qu'il faut s'interroger sur la qualité de vie au travail, mais je vais vous dire, le vrai sujet de la France en ce moment, prioritairement, c'est quoi ? C'est de préserver l'emploi et de préserver le pouvoir d'achat.

Donc l'espèce de grand barnum que serait cette conférence ne nous paraît pas être très motivant, en tout cas très prioritaire.

10:15
Présentateur

– Vous n'êtes plus très copain avec vos confrères, avec la CPME, qui, elle, y va ? J'ai quand même l'impression que le patronat est un peu divisé aujourd'hui.

10:24
Patrick Martin

– Pas du tout.

10:25
Présentateur

– Vous ne vous êtes pas mis d'accord pour ceux qui y vont ?

10:27
Patrick Martin

– On a adressé au Premier ministre et au ministre du Travail il y a maintenant deux jours, une lettre commune précisément.

10:32
Présentateur

– Oui, parce qu'il vous avait écrit à vous tous.

10:35
Patrick Martin

– Non, il ne nous avait pas écrit à nous d'ailleurs.

10:36
Présentateur

– Enfin, il a écrit au patron de France.

10:39
Patrick Martin

– Ah, le Premier ministre ? – Oui. – Non, je pensais au ministre du Travail. – Non, non. – Bien sûr, mais le Premier ministre est parfaitement conscient que, à la base, dans le patronat, les petits, les grands, les moyens entrepreneurs ne comprennent plus ce qui se passe et qu'il y a l'apparition d'un phénomène de colère.

Moi, je peux vous le dire, je n'ai jamais eu autant de monde dans les réunions que je mène dans nos territoires, en province, je suis provincial, c'est 1000 personnes, c'est 1200 personnes, c'est 1500 personnes, alors on ne descend pas dans la rue, ce n'est pas violent, mais quand même, il y a l'expression au moins d'une incompréhension et progressivement d'une forme de colère. On ne comprend pas sur quel terrain jouent les politiques.

11:17
Présentateur

– Mais vous dites on ne descend pas dans la rue, on ne manifeste pas, vous avez failli ?

11:20
Patrick Martin

– On a failli, on a failli, mais comme il n'y a plus de gouvernement à ce moment-là, on ne savait pas à qui parler.

11:24
Présentateur

– Cette idée d'un grand meeting des patrons, elle n'est toujours pas d'actualité, enfin, elle n'est plus d'actualité, ou vous pourriez la réveiller ?

11:32
Patrick Martin

– J'espère qu'on n'aura pas à la réveiller, et je pense qu'on n'aura pas à la réveiller, parce que quand même, l'entretien depuis deux heures et demie que nous avons eu hier avec le Premier ministre, tout le bureau exécutif du Medef, donc toutes les filières représentées, était un discours, enfin du moins une discussion, à certains égards rassurante, – Rassurante, sauf sur le social, je reviens sur ce que je viens de vous dire, après la suspension de la réforme des retraites, suspendre la réforme de l'assurance chômage, vouloir rogner encore les allègements de charges pour les entreprises et revenir sur l'apprentissage, ça nous paraît aberrant, et on l'a dit avec énergie.

12:06
Présentateur

– Patrick Martin, Sophie Binet, vous cible dans un entretien qu'elle accorde au journal Le Monde cet après-midi, elle dit, on a l'impression que le Medef a eu l'impression d'avoir tous les droits, nous sommes face à des caprices d'enfants gâtés, et nous sommes face à une radicalisation du patronat.

12:22
Patrick Martin

– Alors si par enfant gâté, elle vise les 70 000 chefs d'entreprise qui cette année vont déposer le bilan, perdent leurs salariés, perdent leur patrimoine, je trouve que c'est particulièrement malvenu. si, disant ça, elle vise tous ces chefs d'entreprise, toutes ces entreprises, à vrai dire, au-delà de leurs responsables, qui sont confrontées à la concurrence, dont chinoise, je pense qu'elle fait une lourde erreur d'analyse. Donc voilà, moi je ne veux pas polémique avec elle, je prends connaissance.

12:50
Présentateur

– C'est quand même en train de virer au bras de fer.

12:52
Patrick Martin

– Non, non, non, non.

12:53
Présentateur

– Elle parle de votre radicalisation, de votre caprice d'enfant.

12:57
Patrick Martin

– Mais, moi je ne rentre pas dans des querelles personnelles, surtout avec Sophie Binet, que j'estime comme toutes ces homologues. – Bien, ça n'est pas la question. Ce n'est pas un caprice d'enfant, ce n'est pas une radicalisation du MEDEF, c'est une radicalisation de la situation économique et par voie de conséquences sociales. Que je sache, que je sache, on est en train de détruire des emplois. Dans le secteur privé, en l'espace d'un an, c'est plus de 100 000 emplois. Et ça s'accélère. C'est ça, notre souci, et ça devrait être le sien aussi.

13:26
Présentateur

– Sophie Binet, qui hier disait à propos de LVMH, je cite, que l'essentiel des emplois du géant du luxe est à l'international, que finalement, LVMH n'est pas un point fort de l'économie française, voire même que c'est un handicap pour la France.

13:45
Patrick Martin

– C'est lamentable, c'est lamentable de dire ça. Je pense qu'on devrait se réjouir, en tout cas moi je me réjouis qu'on ait des grands groupes, dont LVMH, qui se projettent à l'international, que je sache qu'on a encore une balance commerciale déficitaire de 80 milliards d'euros par an. Je crois que ça devrait nous réunir au contraire, pour qu'ensemble on travaille sur le modèle productif, organisation syndicale, organisation patronale, en tout cas c'est la demande du MEDEF, pour qu'ensemble on identifie les voies et moyens de se redresser.

14:11
Présentateur

– Le fossé est en train de se creuser davantage ?

14:15
Patrick Martin

– Non, mais certains font de la politique, le MEDEF ne fait pas de politique. Moi je ne vais pas aller faire des numéros de claquettes, je ne prends pas parti pour un tel ou un tel, on sait très bien qu'une élection présidentielle qui se rapproche et que ça nous met tous sous pression.

14:27
Présentateur

– Elle fait de la politique la CGT.

14:28
Patrick Martin

– Mais bien sûr, moi ce qui m'intéresse c'est de savoir comment on pourra sainement, je dirais, redistribuer du pouvoir d'achat en créant de la richesse dans ce pays.

14:37
Présentateur

– Un mot quand même aussi sur ces prises d'opposition et les phrases utilisées, elle l'avait dit à propos des patrons qui pouvaient être tentés d'investir aux Etats-Unis, les rats quittent le navire. Cette phrase, elle a été attaquée par une patronne, Sophie de Menton, et pour l'instant la justice la suit puisqu'elle a décidé de mettre en examen Sophie Binet. Quand on est un patron syndical, du côté du patronat, du côté des travailleurs de la CGT, est-ce qu'on doit avoir le droit de pouvoir dire une phrase comme les rats quittent le navire ? Est-ce que vous regrettez cette judiciarisation ou est-ce qu'on comptera ? Vous comprenez ?

15:11
Patrick Martin

– Non, c'est une question de droit, c'est une question de bon sens. Ce n'est pas à nous, je pense, partenaires sociaux, en tout cas le MEDEF ne le fera pas, ce n'est pas à nous de remettre de l'huile sur le feu. Le pays est assez inflammable comme ça. Et ce que j'observe, avec beaucoup de prudence, c'est que pour l'instant l'entreprise reste un des derniers lieux de cohésion sociale, un des derniers lieux d'inclusion. Donc c'est un bien précieux, ce n'est pas un bien précieux que pour les chefs d'entreprise. Vous avez 80% des salariés qui disent être bien dans leur entreprise, et je pense qu'il y a beaucoup de bon sens chez les Français.

Donc ne nous laissons pas impressionner par les postures, par les diatribes, par les anathèmes. Ce qui nous importe, c'est les faits.

15:46
Présentateur

– Mais je n'ai pas compris, vous condamnez ces propos, ou vous condamnez le fait que ça soit judiciarisé ?

15:51
Patrick Martin

– Non, je ne condamne pas le fait que ce soit judiciarisé. – Vous trouvez que c'est fond ?

15:56
Présentateur

– Ça imposera que le dialogue soit plus court ?

15:59
Patrick Martin

– Je ne veux pas tomber dans ce panneau-là. Je ne veux pas tomber dans ce panneau-là. Au MEDEF, nous sommes des gens raisonnables, nous sommes des gens qui travaillent, nous sommes des gens qui réfléchissent, et nous sommes des gens qui proposent. Donc tout ça, c'est l'écume des choses, et ce n'est pas le MEDEF qui ira hystériser le débat public.

16:14
Présentateur

– Vous parlez avec le RN ?

16:15
Patrick Martin

– On ne parle pas plus avec le RN qu'avec LFI, donc pas beaucoup. Et pour nous, ça n'est toujours pas le sujet du moment.

16:22
Présentateur

– Mais ce que je veux dire, c'est, est-ce que vous estimez, puisque je vous pose la question sur le RN, vous répondez LFI, est-ce que vous mettez les deux sur un plan d'égalité ?

16:28
Patrick Martin

– Mais non, on n'en est plus là. C'est terrible à dire, on n'en est plus là. Nous, on se déconnecte, c'est terrible à dire, on se déconnecte de ces débats parlementaires, de ces postures parlementaires qui sont indéchiffrables.

16:41
Présentateur

– Mais est-ce que vous refusez de les voir, ou est-ce que juste vous ne les voyez pas ?

16:44
Patrick Martin

– On ne refuse pas de les voir, mais on veut s'extraire, s'extraire de ces postures politiciennes court-termistes, qui peuvent être celles du RN quand on regarde, comme d'un vote à l'autre, ils peuvent changer de posture, mais ça s'applique à d'autres formations politiques. On ne veut pas se laisser embarquer là-dedans.

17:03
Présentateur

– Quand vous voyez que, effectivement, le RN, pour certains, est devenu communiste, c'est la critique que lui envoient notamment les partis de droite, pour d'autres, il serait au contraire devenu trop libéral, est-ce que le rapport aux entreprises du RN s'est normalisé ?

17:16
Patrick Martin

– Je ne sais pas vous répondre, je ne sais pas vous répondre, et pardon, ça n'est pas mon problème, ça n'est pas le problème des chefs d'entreprise. Beaucoup de chefs d'entreprise sont le dos au mur, beaucoup de chefs d'entreprise ont des problèmes…

17:27
Présentateur

– Mais je m'ai dit que vous avez regardé leur programme économique.

17:28
Patrick Martin

– Mais j'avoue que je ne le comprends pas toujours.

17:31
Présentateur

– En tout cas, vous n'êtes au minimum pas du tout convaincu.

17:33
Patrick Martin

– Non, mais pardon, nous, notre problème, c'est de savoir si on va rentrer des commandes, si on va pouvoir préserver des emplois, et si possible en créer, si on va pouvoir tenir tête à la concurrence internationale. Et je redis que le débat parlementaire en ce moment nous éloigne tellement de ces préoccupations existentielles pour les entreprises et pour le pays, que finalement on prend le parti de ne même plus chercher à suivre l'actualité politicienne au quotidien.

17:57
Présentateur

– Vous lancez une véritable alerte, je le sens.

17:59
Patrick Martin

– Je lance une véritable alerte. La France n'est pas un monde à part, mais la France politique actuellement est un monde à part. Eh bien écoutez, à un moment ou à un autre, on va le payer, et nous, on veut absolument éviter ça. Il faut un ressaisissement, il faut de la lucidité, il faut du courage.

18:14
Présentateur

– Merci Patrick Martin d'avoir répondu à mes questions ce matin. Président du MEDEF sur RMC et BFM TV, il est 8h47. Président du MEDEF sur RMC et BFM TV, il est 8h47.

18:24
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada