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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 13 avril 2026 7 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & international

Élu face à Viktor Orban, Peter Magyar "a quatre ans pour rendre une certaine fierté aux Hongrois", selon Pascale Joannin

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Temps de parole

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0:00
Présentateur

Il est 6h20, les quais du Danube étaient noirs de monde hier soir à Budapest. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour fêter la défaite de Viktor Orban après 16 ans au pouvoir, la fin d'une époque pour la Hongrie. Mais va-t-elle réellement changer de politique ? Le vainqueur Peter Maguiar est un conservateur qui vient du camp Orban, il a longtemps été dans l'establishment. Bonjour Pascal Joannin. Bonjour. Vous êtes politologue, directrice générale de la fondation Robert Schumann, centre de recherche qui oeuvre en faveur de la construction européenne.

Alors que Viktor Orban perde, c'est déjà une info majeure, mais qu'il perde aussi largement ses adversaires de Tisan en décrocher une majorité des deux tiers au Parlement. Vous-même êtes surprise par l'ampleur de cette défaite ?

0:49
Invité

Oui, on espérait bien évidemment que Peter Maguiar mette un terme au règne, au mandat de Viktor Orban. De cette ampleur, c'est assez inattendu. Et ça montre la volonté que les Hongrois ont eue de dégager Viktor Orban et de changer et de remettre la Hongrie au cœur du village européen.

1:12
Présentateur

Avec une participation record qui frôle les 80%.

1:15
Invité

Exactement. Tout à fait. C'est la première fois depuis les élections, le retour de la Hongrie en démocratie en 89, qu'il y a ce pourcentage 77-80 de participation. Ce qui veut bien dire que les gens ont eu à cœur de témoigner, de changer et de mettre un bulletin dans l'urne pour en effet changer le système et remettre une Hongrie plus européenne, avec une autre image que celle que Orban avait écornée.

1:41
Présentateur

Qu'est-ce qui a fait tomber Viktor Orban à lui qui a survolé tous les scrutins précédents ? Qu'est-ce qui s'est passé là en quatre ans ?

1:46
Invité

Alors d'abord, la guerre en Ukraine avec une position qui était quand même un peu marginale sur on soutient l'Ukraine mollement puis on la soutient plus jusqu'au veto du début du mois, du début de l'année pour le dernier plan d'aide à l'Ukraine. Et très pro-Russe, très pro-Poutine ? Très pro-Poutine ? Très pro-Trump ? Donc c'est quelque part la défaite d'Orban, c'est la défaite de Trump. Le vice-président américain était quand même, il y a cinq jours encore, sur les terres hongroises pour soutenir son ami Orban. Je veux dire par là, les Hongrois leur ont fait un bras d'honneur immense. Et il y a la situation économique.

2:26
Présentateur

C'est ce que j'allais vous dire parce que dans les enquêtes d'opinion, finalement, la situation internationale, c'est pas ce que les Hongrois mettent en premier.

2:31
Invité

C'est jamais ce que les électeurs d'un quelconque pays votent d'abord pour des raisons internes. La raison interne, c'est que l'économie hongroise va mal, il y a une inflation, il y a en effet un certain nombre de choses qui ne vont pas bien. Et ça, ça pèse beaucoup dans le système. Il y avait également la corruption qui était de plus en plus difficilement cachable. Il y avait en effet des choses qui étaient apparues concernant le père, le jean, voire le meilleur ami, ancien chauffagiste, qui était parti de rien, qui se retrouve à la tête de la plus grosse fortune hongroise. Oui, 25% de la richesse nationale entre les mains d'amis de Victor Orban. Exactement.

Donc ça, ça a été aussi quelque chose qui n'a plus été toléré quelque part. Donc la situation économique et la corruption ont été les deux principaux facteurs internes. Et puis un candidat qui avait une image positive en Hongrie. Il y a déjà eu d'autres candidats qui ont affronté Victor Orban, mais qui n'ont pas réussi à réunir l'opposition. Vous dites qu'il vient du parti d'Orban. Je vais le dire, c'est un peu sa chance. C'est-à-dire qu'il connaissait le système Orban. Il en est sorti, puisqu'il n'était plus au fidèche.

3:48
Présentateur

Mais pas il y a super longtemps. Il y a deux ans, quoi. C'est un opposant de la dernière heure, quand même.

3:52
Invité

Il y a trois ans, juste avant. Je pense que la guerre en Ukraine a fait beaucoup de choses, encore une fois. Mais il est sorti. Et il connaissait donc le système de l'intérieur pour pouvoir appuyer là où ça fait mal et révéler les contradictions de Victor Orban, les mensonges de Victor Orban. Et c'est ça qui a permis peut-être aux Hongrois d'avoir confiance en lui et de lui apporter aussi massivement son soutien.

4:18
Présentateur

Et est-ce que la politique va réellement changer, puisqu'il est quand même dans la ligne politique de Victor Orban sur plein de sujets, en dehors de l'Europe ? Sur l'Europe, il est pro-européen. On va prendre les points les uns après les autres. Justement, sur l'Europe, est-ce que ça va changer les équilibres au sein de l'Union ?

4:32
Invité

Ah oui, bien sûr. Orban, il siège avec les Patriotes, dont le groupe est présidé par Jordan Bardella. Donc, ils sont quand même très marginaux. Peter Maguiar, il est député européen, à l'heure où on se parle, il sera Premier ministre dans quelques jours. Du groupe, le principal groupe au Parlement européen, le PPE, où il y a la CDU allemande, où il y a un certain nombre de partis pro-européens, de centres-droit. On peut les appeler conservateurs si on veut, mais comme il y a des vrais conservateurs à côté, c'est Mélanie et les Polonais. C'est un peu un mauvais truc, parce que si eux sont conservateurs, que sont les autres derrière ? Donc, il vient du principal groupe au Parlement européen.

Donc, il revient dans la famille, et donc ça va permettre en effet deux choses. Peut-être en effet, la fin d'un isolement où on voyait dans le dernier sommet européen qui avait lieu au mois de mars, j'allais dire, Orban tout seul, les 26 autres à côté. Donc là, on va revoir le Hongrois au milieu de la photo et plus sur la marge. Et puis, quelque chose qui tient beaucoup à cœur aux Hongrois, qui sont toujours restés européens dans les sondages au fil des années Orban, c'est que nous avions mis en place un certain nombre de sanctions pour non-respect de l'état de droit, la liberté de la presse, la liberté de la justice, etc. D'où gelé des fonds après la crise Covid, etc.

Donc, Maguiar va peut-être en effet permettre de récupérer un peu de ses fonds européens, et les Hongrois vont voir arriver l'argent européen qui était bloqué jusqu'alors.

6:06
Présentateur

Alors, Victor Orban s'en va, mais il reste quand même justement ce que vous venez d'évoquer, tout le système qu'il a mis en place, avec des gens inféodés un peu partout dans les institutions, le contrôle des médias, de la justice. Est-ce que Maguiar veut ou peut rétablir l'état de droit ?

6:19
Invité

Alors, veut sans doute, et peut, il va pouvoir le faire avec cette majorité des deux tiers. Corban avait institué, ce n'est pas quelque chose qui est traditionnel en Hongrie, il avait en effet mis en place cette majorité des deux tiers pour pouvoir réformer la constitution et réformer un certain nombre de changements plus facilement. Donc là, comme Maguiar a les clés, il ne peut pas se défausser, si vous voulez.

Donc maintenant, il a quatre ans pour faire un certain nombre de choses, et donc il va détricoter, évidemment, les plus mauvais côtés du système Orban, notamment en effet l'image internationale ou l'image européenne, et puis surtout permettre de rendre une certaine fierté aux Hongrois, et en effet d'améliorer leur situation économique.

7:07
Présentateur

Il s'appelle donc Peter Maguiar, on va retenir son nom, il est là pour quatre ans. Oui, il est jeune et il incarne l'avenir de la Hongrie. À la tête de la Hongrie, donc il a 44 ans, et Peter Maguiar, merci beaucoup Pascal Johanin, politologue et directrice générale de la Fondation Robert Schumann. Vous est-il invité du 5-7 ?