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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 12 février 2026 33 minContradictoireMixteInstitutions & élections

La France insoumise est-elle de gauche ou d’extrême gauche ?

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0:03
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. 11 mars 2024, le Conseil d'État classe la France insoumise, comme le Parti communiste d'ailleurs, à gauche. 4 février dernier, soit la semaine dernière, le ministère de l'Intérieur étiquette la France insoumise à l'extrême gauche, cette fois une première depuis la création du parti mélenchoniste. Aussitôt, Jean-Luc Mélenchon et les membres de son parti ont récusé ce qualificatif, arguant qu'il était porteur d'une connotation disqualifiante et malhonnête, alors que des scrutins majeurs se profilent.

Si certains accusent les partisans de LFI de s'éloigner de l'ordre républicain et de surfer sur un certain communautarisme, d'autres, en revanche, rappellent que leur programme et leur positionnement politique restent dans la droite ligne du socialisme réformiste. Alors la France insoumise est-elle de gauche ou d'extrême gauche ? Où se situe la lisière qui sépare ces deux espaces ? Et plus encore, qu'est-ce que l'extrême gauche ? Deux invités ce soir pour tenter de nous répondre, pour en débattre du moins. Gilles Candard, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes historien spécialiste des gauches et membre du conseil d'administration de la fondation Jean Jaurès. Face à vous, Sylvain Boulouc, bonsoir.

Bonsoir. Vous êtes historien des gauches également, auteur de Communisme et syndicalisme dans la France entre l'entre-deux-guerres. Un ouvrage qui vient de paraître aux éditions du CERF. Merci à tous les deux d'être présents ce soir dans Question du Soir.

1:28
Invité

Vous avez un bloc extrême gauche, un bloc de gauche, un bloc divers, un bloc centre, un bloc de droite, un bloc extrême droite. Et on a fait passer la France insoumise du bloc de gauche au bloc extrême gauche. On prend un faisceau d'indices et parmi ce faisceau d'indices, on a reconnu trois éléments. Le premier, c'est qu'il y a quand même, depuis l'été dernier, chez la France insoumise, une remise en cause très forte de l'autorité judiciaire, de l'autorité, parfois des médias qui sont excusés de partis pris. Et puis, il y a ces accusations systématiques de la police, la police tue, etc.

Vous voyez bien que depuis l'été dernier, il y a une évolution vers une forme de radicalité, parfois des appels à l'ésobéissance civile. Le deuxième sujet, le deuxième point qu'on a pris en compte, c'est quand même une forme de désalliance aussi au sein du bloc de gauche avec la France insoumise qui appelle à sanctionner notamment le Parti socialiste, qui monte des listes contre la gauche traditionnelle. Et puis, troisième argument qu'on a pris en compte, pardon, on peut considérer que la France insoumise s'éloigne un peu de nos valeurs universelles et républicaines en donnant la primauté aux aspects communautaires de l'organisation de la société, aux aspects identitaires.

Et donc, c'est à ce titre-là qu'on l'a classé à l'extrême gauche.

2:35
Présentateur

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, il s'exprimait sur BFM TV. Est-ce que vous êtes d'accord, Gilles Candard, avec le positionnement qui a été établi par le ministère de l'Intérieur d'abord, repris ensuite par le ministre de l'Intérieur lui-même ?

2:49
Invité

Alors, il y a deux choses. Gauche, extrême gauche, on peut toujours discuter. On va le faire d'ailleurs. Oui, nous allons le faire. Extrême gauche, ce n'est pas forcément en soi quelque chose de péjoratif. De par le passé, on s'est parfois réclamé de l'extrême gauche. Quand je dis on s'est réclamé de l'extrême gauche, c'est parfois des gens qu'on ne situerait plus du tout aujourd'hui parmi les extrémistes. Il y a eu sous la Troisième République un groupe de l'extrême gauche à la fin du XIXe siècle.

Il a été présidé par des gens comme Georges Clemenceau, qui est le modèle de tous les ministres de l'Intérieur qui se succèdent à Place Beauvau, ou Louis Blanc ou d'autres qui ont été ministres dans des gouvernements républicains. Donc, en soi, je vois, effectivement, on peut dire qu'est-ce qui irait de choquant à mettre quelqu'un à l'extrême gauche. Mais mettre en 2026 la France insoumise à l'extrême gauche, alors que depuis des années, on l'a située à gauche, mettre le Parti communiste et donc aussi Europe Écologie d'ailleurs, à gauche avec le Parti socialiste, ça me paraît une position baroque.

Et là, dans le commentaire que j'ai entendu du ministre de l'Intérieur, je trouve qu'il apporte des arguments qui sont discutables, qui sont évidemment, il y a le droit de les penser, de les exprimer. Mais on est dans le débat politique et je pense que, évidemment, la France insoumise est fondée à lui répondre et à demander au Conseil d'État de dire le droit afin que les choses soient claires.

4:17
Présentateur

Parce qu'effectivement, la France insoumise a déposé une plainte au Conseil d'État. Sylvain Boulouc, alors est-ce qu'en 2026, votre position est baroque ? Puisque vous pensez vous-même que la France insoumise mérite cette étiquette de parti d'extrême gauche ?

4:29
Invité

Oui, mais pas forcément pour les raisons qu'évoque le ministre de l'Intérieur.

4:35
Présentateur

Lesquelles alors ?

4:35
Invité

Alors, déjà, il faut prendre l'étiquette extrême gauche. Dans la bouche du ministre de l'Intérieur, c'est une étiquette plutôt infamante. Moi, je le prends comme une étiquette historique et comme un positionnement historique. Si on reprend les différents stades de ce qu'a pu être l'extrême gauche, Gilles vient d'évoquer qu'il y avait eu, sous la troisième, des gens qui sont après devenus, pour faire d'un mauvais esprit d'extrême centre, on va dire, comme Clémenceau, qui ont siégé à l'extrême gauche.

L'extrême gauche, réellement, historiquement, apparaît, on va dire, au tournant des années 1920, avec la naissance du Parti communiste, et on a eu tendance à classer à l'extrême gauche tout ce qui était à gauche du Parti communiste, à partir de 1936, pour être plus précis, puisque jusqu'en 1936, le PC était considéré comme d'extrême gauche. L'expression est restée valable jusque dans les années 70-80, puisqu'on avait tous les groupes trotskistes, maoïstes, etc., qui étaient à la gauche du Parti communiste, et qui étaient qualifiés d'extrême gauche, et qui se revendiquaient comme tels. Les choses ont changé avec la fin de l'URSS, et le fait que le communisme ne soit plus aussi important.

Cela étant, le Parti communiste existant toujours, on peut considérer que ce qui est à la gauche du PC est encore d'extrême gauche.

5:54
Présentateur

C'est ce qu'affirment même beaucoup de politistes aujourd'hui, est considéré d'extrême gauche comme l'ensemble des partis, des groupes, des organisations à gauche du Parti communiste.

6:04
Invité

Mais il y a eu entre-temps des évolutions sémantiques, c'est-à-dire qu'avec la chute du mur de Berlin, on est passé, pour qualifier une partie de la gauche anticapitaliste, à la gauche antilibérale. C'était un peu le cas jusqu'à 2005, au moment du non-référendum, c'était le nom de gauche antilibérale. Après 2005, cette gauche est devenue une gauche qu'on a appelée radicale. Alors le terme est un peu fourre-tout, parce que la gauche radicale, on pouvait aller du NPA, qui était encore la Ligue communiste révolutionnaire, jusqu'à le Parti de Gauche, qui est une des composantes de la France insoumise. Aujourd'hui, la France insoumise en tant que telle est plus à gauche que le Parti communiste.

Donc c'est un des arguments, sur un plan historique, qui me fait justifier cette position, non pas avec les mots du ministre de l'Intérieur, mais sur l'analyse et le continuum de ce qui a pu se passer depuis un siècle.

6:58
Présentateur

Donc la variable première, la vôtre en tout cas, Sylvain Boulouc, au regard de l'histoire, c'est d'abord et avant tout le positionnement par rapport au Parti communiste. On pourrait arguer que c'est une question, d'ailleurs pour vous Gilles Candard, que le PC s'est simplement droitisé. Et si la France insoumise est restée statique, alors est-ce qu'elle mérite, c'est une question là aussi, est-ce qu'elle mérite d'être qualifiée comme parti d'extrême gauche ?

7:18
Invité

Je ne suis pas sûr que le Parti communiste se sente moins à gauche que la France insoumise. On peut dire qu'il est dans une logique, peut-être actuellement, davantage de rassemblement, parce que, bon, sans doute, effectivement, compte tenu de l'état de ses forces, il y a besoin de faire des alliances. Il fait parfois des alliances avec les écologistes, plus souvent avec les socialistes, mais aussi, dans un certain nombre de cas, avec la France insoumise. Donc, utiliser l'argument que LFI serait, sur certains sujets, plus à gauche que le Parti communiste, ne me semble pas, à l'heure actuelle, être encore démontré.

Au fond, tous les deux manifestent un certain attachement, je dirais, à une économie un peu dirigée, avec un fort programme social, avec une planification démocratique, etc. Il n'y a pas d'énormes différences, sur le plan doctrinal, entre la France insoumise, où il y a beaucoup d'anciens militants, soit socialistes, soit trotskistes, soit parfois venus aussi du Parti communiste, et le Parti communiste français, ou d'autres courants, de gauche ou de l'extrême-gauche. Donc, la classification, il y a donc celle de Laurent Nunez, il y a celle de Sylvain Boulou, qui vient d'être donnée.

Ce sont des classifications intéressantes, sans doute, mais qui, toutes les deux, me paraissent pouvoir être remises en question. Et donc, je suis un petit peu surpris que, brusquement, comme ça, le ministre de l'Intérieur change ses règles, en quelque sorte, en face à classification, pour des élections municipales, où il va y avoir, justement, de toute façon, énormément de listes d'union, pas forcément toujours au premier tour, mais souvent au second tour.

9:03
Présentateur

Sylvain Boulou, votre réaction, et après, je reviendrai à la charge, Gilles Condard, sur la définition de ce qu'est l'extrême-gauche.

9:09
Invité

Alors, il y a plusieurs choses. Si on laisse de côté la définition faite par le ministre de l'Intérieur, il y a aussi tout le travail théorique extrêmement important, avec des clins d'œil historiques. La dernière brochure, enfin, le dernier texte signé par Mélenchon, Guété, Bompard et Pannot, qui s'appelle « Comment faire ? ». Vous voyez, là aussi, la référence à Lénine, donc, au texte « Que faire ? », marque un certain nombre d'indicateurs qui permettent de qualifier le programme de LFI de nettement plus à gauche que celui du PC. Quand on compare les deux programmes, ça, c'est indéniable. La deuxième chose, le PC ne parle plus de révolution.

Une des expressions phares de LFI est la révolution citoyenne. Il y a dans le programme de LFI un certain nombre d'éléments. L'appel à une constituante, donc, à une VIe République qui est en rupture avec la Ve République. Alors, ça, ce n'est pas quelque chose de forcément nouveau pour LFI, mais il y a une rupture très nette, avec un refus dans ce programme que les anciens députés siègent dans cette constituante.

Donc, on est quand même dans une définition et une redéfinition du politique, parce qu'il y a un certain nombre d'autres éléments qui redéfinissent le politique, qui sont en rupture complète et qui, bon gris malgré, se rapprochent des programmes de l'extrême gauche tel qu'on a pu les lire. Avec cette nuance, c'est comme il reste un certain nombre d'autres groupes d'extrême gauche comme le NPA, enfin, les NPA maintenant, plus Lutte Ouvrière, plus Révolution Permanente, la discussion peut être compliquée. Dans les pratiques militantes, on retrouve quand même un certain nombre d'éléments communs qui soient de l'ensemble des groupes que je viens d'éloquer, y compris à LFI.

10:56
Présentateur

Sur le programme, c'est intéressant, Gilles Candard, parce qu'en retour, beaucoup de personnes, et notamment membres de la France Insoumise, qui refusent l'étiquette d'extrême gauche pour leur propre mouvement, arguent du fait que le programme de la France Insoumise n'est pas d'extrême gauche, qu'il correspond, dans le fond, à ce que, dès les années 70, le Parti Socialiste, allié au Parti Communiste, établissait, et qu'il n'y a pas de grande évolution de fond. A l'époque, on ne parlait pas d'extrême gauche, on parlait d'un programme de gauche.

11:27
Invité

Oui, et encore une fois, à la limite, on avait toujours mis la France Insoumise à l'extrême gauche, depuis qu'elle existe. Bon, je pourrais davantage entendre. Mais sur le programme, alors, si on s'intéresse au programme en particulier. Oui, donc je veux répondre sur le programme, effectivement, moi, j'ai le souvenir du programme commun ou des envolées de François Mitterrand, lorsqu'il disait que pour être socialiste, il fallait au moins accepter la rupture, la rupture avec l'ordre établi, et quand il y avait les campagnes des années 70, jusqu'en 1981, avec un programme de nationalisation très étendu, parfois même aussi une remise en cause des alliances internationales.

D'après tout, le maintien du parti socialiste dans l'international socialiste avait été adopté à une courte majorité au début de l'histoire du parti socialiste. On entendait quand même un discours aussi bien chez les socialistes, évidemment a fortiori chez les communistes, dans les années 70 et 80, qui apparaissaient comme étant beaucoup plus en rupture avec, je dirais, à la fois les habitudes parlementaires, mais surtout, je dirais, le positionnement économique ou social de la majorité ou même de ce qui se passait dans beaucoup d'Europe avec des gouvernements sociodémocrates.

Et à l'époque, enfin, je disais à l'époque, vous savez, les ministères de l'intérieur, ils ont toujours fait un petit peu comme ça, parce que je me souviens bien de Jacques Chirac parlant des communistes et de leurs alliés socialistes du programme commun en insistant sur l'assolence pour qu'on comprenne que les socialistes étaient en fait des auxiliaires du parti communiste. Mais justement, si on compare ce programme...

12:57
Présentateur

On est dans un jeu de cette nature. Si on compare ce programme commun, donc le programme d'union de la gauche dans les années 70 au programme de la France insoumise aujourd'hui, comment établir cette comparaison, Sylvain Boulou ? Est-ce que le programme de la France insoumise vous paraît plus à gauche, plus à droite que celui du programme commun ?

13:16
Invité

Là, la réponse est quasiment impossible terminologiquement, enfin, de programme à programme dans la mesure où le monde a complètement changé. Il y a une donnée fondamentale

13:27
Présentateur

qui... Le marqueur, par exemple, des nationalisations... Non, non, non,

13:30
Invité

il y a une autre donnée fondamentale qui était l'existence de l'URSS qui déterminait un nombre d'alliances et de rapports à gauche qui était extrêmement important, y compris avec l'extrême-gauche quand elle existait, donc les trotskistes, les maoïstes ou les anarchistes, qui faisaient que c'était... La politique internationale vis-à-vis du RSS était un élément déterminant. Ils sont incomparables, donc, ces programmes ? Alors, ils sont comparables sur certains points sur la question des nationalisations, mais il y a aussi un certain nombre d'autres éléments qui sont totalement nouveaux.

Toute la question écologique, de la planification écologique qui n'a rien à voir avec la planification industrielle dont se revendiquait le programme commun, la question des nationalisations, de la gestion des nationalisations n'est plus la même. Un autre thème très intéressant dans le programme de LFI, c'est toutes les réflexions qu'ils mènent autour du communalisme.

Communalisme, terme qu'ils ont emprunté à un libertaire américain qui s'appelait Murray Bookchin qui veut redonner, avec des nuances puisqu'ils ne sont pas du tout libertaires sur cet aspect-là, avec des nuances parce qu'ils veulent quand même que le pouvoir ne leur échappe pas, mais vous avez cette dimension fédérale des communes qui est intégrée dans une partie du programme de LFI. Et dernière chose, j'en reviens à ce texte parce qu'il est vraiment important à mon avis, c'est que ce Comment faire dit tout ce qui s'est passé avant, c'est fini, il faut qu'on arrive à redéfinir le politique autrement par rapport au vieux parti et par rapport au vieux message qui pouvait exister.

Donc je pense qu'on est aussi dans une nouvelle ère qui fait qu'il y a une redistribution des cartes et une redistribution de l'espace politique dans lequel LFI avec une formule qui est absolument magnifique qui dit un pied dedans un pied dehors LFI joue sur les deux tableaux ce qui leur permet d'être par moment du côté de l'extrême gauche d'un autre moment d'apparaître comme un parti de type réformiste plus classique.

15:32
Présentateur

Comment analysez-vous Gilles Condard cette ambiguïté décrite par Sylvain Boulouk et cette ambiguïté notamment de positionnement comme un pont entre une gauche peut-être plus extrême d'un côté et une gauche plus réformiste de l'autre ?

15:45
Invité

Il y a des différences au sein des gauches oui aujourd'hui comme hier mais sur la position de la LFI la position de la LFI moi me rappelle un peu ce qu'on fait parfois alors effectivement en général la partie de la gauche qui est qui essaie de capter le plus disons les aspirations à un changement radical ou un changement important les communistes savaient aussi très bien gérer leur municipalité et en même temps agiter disons l'espoir d'une société radicalement différente les soviets de partout etc les socialistes à l'époque de Jaurès et Gued sont aussi à la fois au niveau parlementaire souvent dans des logiques d'alliance républicaine avec les radicaux pour faire passer je ne sais pas moi la séparation des églises et de l'état ou le droit à la retraite enfin les premières retraites ouvrières ou la diminution du temps de travail d'autres réformes et ils sont porteurs auprès de leur électorat d'une espérance révolutionnaire qui va beaucoup plus loin et ce que Sylvain dit très justement sur disons les innovations qu'apporte la France insoumise pour moi mais c'est peut-être aussi une différence d'âge me fait beaucoup penser à ce qu'ont fait Mitterrand et les socialistes après 68 où on voit bien qu'ils ont réussi à capter une bonne part de l'esprit un peu contestataire de nouvelles revendications sur le cadre de vie sur le féminisme etc lorsque François Mitterrand et d'autres font des séminaires ou font travailler dans leur couple d'études des gens comme Gisèle Halimi qui sera députée socialiste apparentée ou prennent effectivement des nouveaux thèmes sur le droit à l'avortement l'égalité pour les LGBT enfin à l'époque on disait plutôt les homosexuels maintenant on dirait les LGBTQI etc il y a cette volonté d'être associé à tout ce qui se passe dans la société et en même temps le porter sur le plan politique alors LFI le fait à sa manière une manière à laquelle on peut ne pas être toujours d'accord il y a d'autres manières de faire à gauche mais si vous voulez je n'ai pas l'impression que LFI sort disons du champ politique traditionnel de la gauche quand elle fait à sa manière ce travail

18:09
Présentateur

L'une des manières par ailleurs Sylvain Boulouc de définir l'extrême gauche c'est peut-être aussi le rapport de cette extrême gauche aux élections à la voie légale pour accéder au pouvoir or la France insoumise peut-être respecte aussi le jeu des élections est imbibé en partie du moins d'une culture républicaine nous des alliances pour les municipales ils sont pleinement dans ce jeu non ?

18:34
Invité

Sur les alliances pour les municipales là il y a eu une évolution puisqu'on voit sur les prochaines élections on voit qu'LFI va seul sur le jeu parlementaire il y a un double niveau de la même manière c'est-à-dire qu'il y a je vais renvoyer une très très vieille brochure que plus personne ne connaît qui s'appelait des bolcheviques au parlementariste d'un certain Badaïev mais il y a

18:57
Présentateur

de quoi s'agit-il alors pour nous éclairer ?

18:59
Invité

très très très simplement c'est qu'avant 1917 mais chez certains militants LFI il y a cette culture là qui est encore prégnante au moins chez le principal représentant ça détermine pas mal de choses quand même c'était on va utiliser le parlement et le travail parlementaire pour en faire une tribune c'est exactement ce que peuvent dire lutte ouvrière sans avoir d'élus mais c'est exactement ce que font lutte ouvrière les NPA ou révolution permanente se servant des tribunes électorales pour faire passer des messages

19:35
Présentateur

ce que vous dites pardonnez-moi pour clarifier les choses ce que vous dites en creux c'est que le style aujourd'hui des députés LFI à l'Assemblée nationale participe de cette stratégie d'utiliser leur siège comme des tribunes parlementaires

19:46
Invité

il y a les deux dimensions parce qu'il y a aussi un réel travail ils sont un réel travail parlementaire mais il y a une dimension enfin tribunitienne n'est pas le bon terme mais il y a une dimension démonstrative démonstrative on pourrait dire pratiquement pébéienne dans le sens de l'expression qui est de vouloir utiliser réellement le parlement à des fins autres que le travail parlementaire mais c'est parce que ça correspond à des formes historiques anciennes qu'on ne retrouve pas dans d'autres dans d'autres formations politiques de la même manière c'est-à-dire qu'on prend le travail parlementaire d'un Blum ou du groupe socialiste entre les deux guerres ou par la suite on ne retrouve pas du tout la même chose bien sûr les gausses sont divers nous sommes d'accord

20:30
Présentateur

sur ce style parlementaire et c'est peut-être aussi un argument qu'on observe beaucoup dans la presse dernièrement ces derniers jours pour justifier entre guillemets du fait qu'elle est fils serait d'extrême gauche c'est notamment ce style typique que l'on retrouve au cours de la dernière législature à l'Assemblée nationale ah oui mais ça on peut avoir l'appréciation qu'on veut sur le mais en tant qu'historien vous avez vu cette évolution en long cours

20:54
Invité

en tant qu'historien alors Sylvain vient de parler de finalement un peu des traditions bolcheviques qui ont existé en France le parti communiste français il a à la fois un pied je dirais du côté des 21 conditions d'adhésion à l'international du bolchevisme mais il y a aussi un pied dans la tradition républicaine de gauche rurale un peu d'extrême gauche française mais d'extrême gauche républicaine et avant c'était davantage effectivement les socialistes qui portaient mais si vous voulez du chahut à la chambre des députés sous la troisième république vous en avez eu des députés qui s'agressaient qui se battaient à l'Assemblée vous en avez eu Jaurès il est frappé par un député nationaliste il y a des duels qui se déroulent parce qu'il y a des échanges trop vifs à l'intérieur des députés donc c'est un chai relatif que l'on observe aujourd'hui je dirais que moi par rapport à ce que avance Sylvain je suis c'est aussi une question disons d'âge ou de différentes périodes sur lesquelles nous travaillons mais j'ai tendance à trouver que finalement il y a de vieilles recettes qui sont prises par les insoumis alors évidemment au goût du jour avec des analyses adaptées à d'autres sociétés Sylvain Boulou que vous souhaitiez réagir non il y a des vieilles recettes mais ces vieilles recettes se rapportent à des traditions qui sont plus marquées par l'histoire de l'extrême gauche y compris parlementaire que par l'histoire de la gauche c'est c'est en son sens là que je dis qu'il y a cette dimension et après toute la question alors ça l'EPC n'était plus qualifié d'extrême gauche je l'ai dit mais il y avait toute cette dimension révolutionnaire qu'on retrouve dans LFI qui était présente au sein du parti communiste et qui utilisait d'une autre manière alors après tous les politiques utilisent le travail parlementaire pour faire de la politique ça c'est normal mais qui utilisaient le travail parlementaire pour porter un certain nombre d'éléments qui étaient des éléments révolutionnaires oui mais quand Clémenceau dit à Jules Ferry vous n'êtes plus des ministres vous êtes des accusés lui aussi a un ton qui est un ton de rupture et un ton révolutionnaire

23:12
Présentateur

je voudrais vous faire entendre une voix vous allez la reconnaître il était ministre délégué à l'enseignement professionnel je parle évidemment de Jean-Luc Mélenchon on est le 5 mars 2002

23:22
Invité

avec les 35 heures la gauche et les socialistes ont fait le choix du refus du travail du loisir contre le travail

23:35
Présentateur

une caricature de la droite un talent d'orateur facile pour Jean-Luc Mélenchon de castiller son éditoire pendant plus d'une heure trente l'heure est au bilan pour le PS Chirac est la connotation en première ligne

23:48
Invité

qu'il avait le sentiment que ce qu'il avait entrepris manquait de force il demande aux français donnez-moi la force réponse les français lui envoient la gauche

23:57
Présentateur

un discours radical anti-libéral contre les fonds de pension pour la fonction publique sans surprise Jean-Luc Mélenchon est socialiste

24:06
Invité

c'est pas la jungle ici c'est la France c'est une république et sur tous nos bâtiments officiels il est marqué liberté égalité on n'est pas à vouloir

24:21
Présentateur

est-ce que chez le candard le parcours de Jean-Luc Mélenchon lui-même nous éclaire sur ce positionnement de LFI c'est un parcours complexe au sein de la gauche il faut le rappeler brièvement formation trotskiste lambertiste dans sa jeunesse puis une longue carrière au parti socialiste ministre de la gauche plurielle rupture avec celle-ci en 2008 est-ce que là encore une fois vous identifiez dans cette trajectoire un moyen de comprendre où se situe aujourd'hui la France insoumise

24:47
Invité

vous hésitez oui j'hésite parce que bon Jean-Luc Mélenchon a un parcours qui n'est sans doute pas terminé d'ailleurs et bon évidemment on peut dire que ce qui est surprenant c'est qu'en principe on est souvent habitué à des gens qui commencent très à gauche et qui se modèrent en vieillissant et Jean-Luc Mélenchon effectivement il a été un moment de Benjamin du Sénat alors qu'il avait été militant trotskiste dans sa jeunesse on peut dire qu'il donnait l'impression peut-être de commencer comme cela mais effectivement lorsqu'il a rompu avec le parti socialiste qui a fondé le parti de gauche qui s'est associé au parti communiste puis il a concurrencé le parti communiste on peut considérer qu'il a évolué en sens inverse bon après on peut avoir des appréciations critiques sur son parcours à tel ou tel moment mais pour moi même si on a des appréciations critiques je reconnais tout de même dans cette disons dans cette évolution un certain nombre disons de de grands de grands signes disons d'appartenance à une gauche qui peut être c'est pour ça que Nicolas Rousselier proposait dans le monde hier d'appeler gauche radicale pourquoi pas je trouve qu'il a des signes Nicolas Rousselier

26:04
Présentateur

le constitutionnaliste

26:06
Invité

oui historien voilà professeur à Sciences Po je crois toujours et bien donc d'autres collègues d'une certaine manière voilà donc je reconnais disons en Jean-Luc Mélenchon et dans la France insoumise un certain nombre de caractéristiques qui appartiennent à l'ensemble de la gauche alors aujourd'hui évidemment avec un positionnement qui n'est pas très unitaires parce que la France insoumise veut se faire une place aussi donc évidemment elle veut prendre des places parfois à ses partenaires éventuelles et puis donc c'est les sénatoriales aussi qui sont derrière tout cela je dirais que ça fait partie un peu du jeu classique de la politique et puis parfois effectivement des positions qui sont un peu des positions disons de rupture plus assumée mais je ne vois pas en quoi cela sortirait si vous voulez du champ traditionnel de l'ensemble gauche y compris dans ses versions les plus radicales les plus révolutionnaires si on veut parce que la révolution ça fait partie

27:02
Présentateur

de l'histoire de la gauche depuis les origines et vous avez raison et je me suis trompé Nicolas Roussoli effectivement est historien du politique et pas du tout du tout constitutionnaliste Sylvain Boulouc

27:10
Invité

avec cette catégorisation on peut faire rentrer les filles dans l'extrême gauche puisque alors comment faites-vous puisque la gauche va du centre-gauche jusqu'à l'extrême-gauche rien n'empêche la catégorisation de Gilles d'être appropriée après je voudrais bien revenir sur le parcours de Mélenchon allez-y d'un mot parce que donc on a effectivement un début de carrière une formation qui est très importante dans cette formation qui était une formation de trotskisme mais d'un type particulier qui est le lambertisme qui avait un très haut niveau d'exigence intellectuelle ça c'est la première chose après il a évolué comme un certain nombre d'autres lambertistes qui sont devenus des cadres socialistes soit qui sont allés vers le centre-gauche soit d'autres qui sont restés à la gauche du parti

28:03
Présentateur

dans une stratégie d'entrisme dit-on parfois

28:04
Invité

alors pour Jean-Luc Mélenchon a priori il n'avait même pas la question se posait même pas enfin il est rentré mais c'est pas ce qui l'a déterminé contrairement à un autre groupe lambertiste qui s'appelait Convergence 84 qui eux ont tenté de faire de l'entrisme ou comme l'ancien premier secrétaire du parti socialiste puis premier ministre Lionel Jospin qui était pour faire de l'entrisme qui est quand même devenu plus socialiste qui est devenu plus socialiste que après donc Jean-Luc Mélenchon évolue à la gauche du PS jusqu'au moment avec cette rupture en 2005 qui est importante autour du nom de gauche au référendum sur le traité constitutionnel puis il y a cette longue évolution avec plusieurs phases à l'intérieur de LFI et LFI vous m'auriez demandé il y a quelques mois voire même quelques années voire quelques mois poser la question de savoir si LFI était d'extrême gauche j'aurais répondu non aujourd'hui pour moi la question ne se pose plus en fait mais dans l'autre sens

29:07
Présentateur

qu'est-ce qui a renouvelé alors cette question ce questionnement ?

29:09
Invité

c'est les questions programmatiques c'est un certain nombre de prises d'opposition de LFI dans l'espace public par exemple pendant très longtemps il s'est été très réticent sur l'opposition force de l'ordre ils sont beaucoup plus dans la recherche de la confrontation indirecte pas direct c'est pas des black blocs directement mais il y a cet aspect là il y a toutes les questions internationales où ils ont un positionnement qui ressemble fortement à tous les autres groupes d'extrême gauche qui n'est pas le cas des autres formations de la gauche plus traditionnelle donc il y a tous ces éléments là qui font qu'il y a eu un déplacement déplacement qui est rendu possible aussi parce que le rapport de force a énormément changé à gauche et puis dernière toute petite chose quand on regarde le groupe parlementaire de LFI c'est tout à fait passionnant parce qu'il y a un certain nombre de cadres et de parlementaires de LFI qui viennent et qui ont une formation plus qu'une formation et qui sont restés soit pour certains encore l'ambertiste soit pour d'autres encore plus militants NPR mais proches très très proches du NPR

30:18
Présentateur

Sur l'avant dernier point soulevé par Sylvain Boulouk Gilles Candard est-ce que vous avez observé vous-même un déplacement idéologique programmatique ou un déplacement de positionnement au cours des derniers mois

30:31
Invité

Moi je ne suis pas en désaccord avec tout ce que dit Sylvain mais certains députés par exemple effectivement sont comme tu les décris après ils peuvent parfois évoluer mais tous les députés LFI ne sont pas non plus forcément comme cela et comme LFI évite soigneusement de faire des congrès et disons avoir des explications interne il y a l'état gazeux un certain flou qui permet suivant les campagnes suivant les périodes d'aller plus vers l'extrême disons ou parfois plus vers la gauche et moi ce que je retiens et je trouve très intéressant actuellement c'est qu'il y a eu tout de même il y a quelques temps toute une période où les dirigeants de LFI ne voulaient plus qu'on emploie les termes de gauche ou ils récusaient la notion de gauche donc aujourd'hui le fait de vouloir les classer à l'extrême-gauche provoquent de leur part la volonté de bien se marquer comme étant à gauche donc moi je trouve intéressant pour l'avenir que disons qu'on est classe à l'extrême-gauche ou pas cette revendication d'appartenance à l'ensemble de la gauche quelque part par rapport à toutes les ruptures qu'ils professent parfois je trouve cela plutôt disons rassurant pour l'ensemble

31:39
Présentateur

de la gauche mais il reste à démontrer Rapidement que penser par ailleurs de l'expression de gauche radicale est-ce que là aussi elle permet de créer de fonder une catégorie opérante pour comprendre où se situe la LFI

31:52
Invité

c'est ce que proposait effectivement Nicolas Rousselier hier bon pourquoi pas en tant qu'historien je me suis dit je parlais de l'extrême-gauche de Clémenceau tout à l'heure gauche radicale c'était l'un de l'autre groupe des radicaux modérés je crains que ça entraîne une certaine confusion mais vous savez les mots ils n'ont que des emplois j'avais un professeur d'histoire très sévère Albert Soboul qui nous disputait en disant les mots n'ont pas de sens ils n'ont que des emplois je crois que c'est quelque chose peut-être à garder si ça permet disons de classer les choses plus facilement on peut on peut le faire mais ce qui compte à mon avis c'est surtout de savoir après comment politiquement les différents groupes se retrouvent Sylvain Boulouc en quelques mots après il y a deux éléments qui sont importants c'est que LFI veut aller seule à un certain nombre d'élections et la deuxième chose qui me semble très importante c'est que systématiquement ils accusent tous ceux qui ne sont pas d'accord avec eux à gauche d'être des traîtres et ça c'est une caractéristique qui fait partie d'une culture politique qui relève de l'extrême-gauche

32:52
Présentateur

Merci à tous les deux de ces points historiques de ces analyses Gilles Candard historien spécialiste des gauches membre du conseil d'administration de la fondation Jean Jaurès Sylvain Boulouc historien des gauches auteurs de communisme et syndicalisme dans la France entre l'entre-deux-guerres c'est un ouvrage qui paraît aujourd'hui aux éditions du CERF Merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Stéphanie Villeneuve Diane Devancet Antoine Héral Mathias Megy à suivre après le journal une autre question Comment la révolution a-t-elle affaibli le contrôle des élus ?

La France insoumise est-elle de gauche ou d’extrême gauche ? · Pourquijevote