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ChroniqueFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 22 avril 2026 14 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Sam Altman, un "cool kid" à Stanford : épisode 1/4 du podcast Sam Altman, le messie de l'IA | France Culture

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Présentateur

Vous appréciez ce podcast ? On vous propose de découvrir cette autre émission qui partage le même esprit, dont vous pouvez retrouver tous les épisodes sur franceculture.fr et l'application Radio France.

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Invité

Je m'appelle Sam Altman, je suis le chef d'exécution d'Opente AI. Comment expliquer qu'un garçon qui n'a pas de diplôme peut être considéré comme l'alpha et l'oméga de notre avenir ? À 20 ans, il fonde sa première start-up baptisée Loopt. Le but de Loopt, c'est de se connecter avec les personnes en mouvement. On dit par exemple qu'il ne cligne jamais des yeux, on dit aussi qu'il ne va jamais aux toilettes. J'adorerais construire la sphère de Dyson autour du soleil pour alimenter le plus gros data center du monde avec toute son énergie.

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Présentateur

Plus discret qu'un Elon Musk, il est végétarien, survivaliste, même...

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Invité

Un petit Machiavel en suite à capuche. Sam Altman, l'intelligence naturelle derrière l'intelligence artificielle. Il y a des noms qu'on prononce à voix basse, comme si le mot lui-même portait quelque chose de l'ordre du sacré ou du danger. Sam Altman est de cela. En quelques années, cet ingénieur californien sorti de nulle part, s'est hissé au sommet d'une hiérarchie que personne, à vrai dire, n'avait encore identifiée, celle des hommes qui décident, pour nous, à notre place, de ce que l'intelligence humaine et artificielle sera capable de faire demain. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans cette série, une histoire de pouvoir.

Un pouvoir discret, presque enfantin dans ses manières, mais vertigineux dans ses ambitions. Sam Altman ne dirige pas une entreprise, il dirige une idée. Sam Altman, il a l'air plus grand qu'il n'est réellement. C'est-à-dire, voilà, c'est une espèce d'escogriffe. Il est très mince, il a toujours été, il est végétarien de longue date. Et il a ce physique assez longiligne, ce qui le fait apparaître plus grand qu'il n'est. Il mesure uniquement 1,78 m, ce qui est la taille moyenne aux Etats-Unis. Et un des traits particulièrement saisissants de Sam Altman, du moins de ce qu'en disent les gens qui l'ont approché, c'est cette capacité de maîtrise et cette dimension quasiment non humaine qu'il a.

On dit par exemple qu'il ne cligne jamais des yeux. On dit aussi qu'il ne va jamais aux toilettes. On dit aussi qu'il est capable d'intégrer tout un tas d'informations et de les synthétiser avec un esprit qui fonctionne plus vite que n'importe qui. Paul Graham, qui est un de ses mentors, dit que Sam Altman, il a cette capacité de prendre le pouvoir très rapidement et très facilement. Paul Graham dit que si on lâchait Sam Altman sur une île pleine de cannibales et qu'on revenait 5 ans après, il serait devenu chef de l'île.

Et donc oui, il a cette dimension un peu magnétique et qu'on retrouve d'ailleurs chez d'autres grands entrepreneurs investisseurs de la Silicon Valley, qu'on pense à Peter Thiel, à Mark Zuckerberg, également cette dimension un peu métallique et cette voie un petit peu rentrée intérieure qui leur donne finalement une dimension un petit peu informatique et l'impression qu'ils parlent comme des ordinateurs. C'est toujours compliqué de savoir si on leur prête des qualités de charisme ou s'ils ont des qualités de charisme. D'ailleurs, le charisme, c'est toujours compliqué de savoir ce que c'est, Olivier. C'est absolument mystérieux.

D'ailleurs, ça nous appelle et ça nous invite à relire Max Weber et sans qu'on y trouve forcément les clés. Chez Max Weber, il y a une thématisation du charisme. Notamment, il nous dit que la modernité, c'est le charisme logico-rationnel. Là, effectivement, on a des gens ultra rationnels qui ne parlent d'ailleurs que d'informatique, que d'ingénierie système et en même temps qui ont une capacité d'emporter avec eux, de convaincre. Et d'ailleurs, c'est un des grands mystères de Sam Altman et ce pourquoi aussi il est particulièrement intéressant parce qu'il nous questionne, nous et notre modernité.

C'est-à-dire, comment expliquer qu'un garçon qui n'a fait uniquement que deux ans d'études, qui n'a pas de diplôme et qui a aujourd'hui, alors on parle, brûlé environ 50 milliards de dollars peut être considéré comme l'alpha et l'oméga de la modernité et encore plus de notre avenir. Avant de révolutionner le monde, Sam Altman était un gamin du Missouri qui codait dans sa chambre. Ce n'était pas la figure la plus influente de l'intelligence artificielle, c'était un étudiant que Stanford n'a pas retenu deux ans. C'est cette histoire-là qu'on va vous raconter dans ce premier épisode, l'histoire d'un enfant prodige que personne n'attendait.

Sam Altman naît dans une famille de classe moyenne intellectuelle supérieure, ce qui est vraiment un profil très très commun dans l'industrie des nouvelles technologies. Son père travaille dans le domaine du bâtiment. Sa mère est dermatologue. Elle va l'accompagner pas mal dans ses études, le pousser, et en même temps lui laisser une grande liberté pour explorer ce qui l'intéresse à lui. Elle va lui acheter un ordinateur. Dès ses huit ans, il apprend à démonter l'ordinateur, et il apprend à programmer un petit peu. Il dira qu'il le fait tout seul, mais bon, c'est toujours un peu socialisé, ce type d'activité avec les copains, ce qu'on trouve en ligne.

C'est un enfant d'Internet, il naît en 1985. C'est un enfant du Midwest qui correspond aussi à une tradition assez ancienne dans la Silicon Valley. Des gens comme Marc Andressen ou Robert Neuss viennent aussi du Midwest. Il fait un cursus scolaire assez brillant dans des écoles privées. Il est dans un milieu, il grandit dans un milieu de culture juive sans être particulièrement pratiquant. Et puis, il y a un certain nombre d'événements qui vont être importants, notamment son coming out quand il a 16 ans.

Donc, il faut imaginer ce que c'est de se déclarer et de déclarer son homosexualité dans une ville du Missouri qui est certes relativement éclairée, mais quand même, on reste dans le Midwest avec cet âge-là. Ce qui va quand même lui conférer une capacité d'avoir confiance dans ses jugements, se méfier aussi de la norme établie et apprendre aussi à affirmer ce qu'il considère comme être juste, qu'importe soit les conséquences. Quand j'étais à l'école primaire, mon école avait quelques Macs que l'on pouvait à peine programmer.

Je ne savais pas vraiment ce que ça signifiait d'être ingénieur ou informaticien, mais je savais que d'une manière ou d'une autre, je voulais travailler avec des ordinateurs. Ce qui était vraiment magique pour moi, c'était d'abord qu'on pouvait programmer ses ordinateurs et ensuite l'arrivée d'Internet. Beaucoup de personnes LGBTQ ont vécu des expériences similaires à la mienne. Internet a vraiment été déterminant pour nous. J'y ai aussi rencontré beaucoup de mes amis et j'ai appris bien plus sur Internet qu'à l'école, je pense. Je me souviens comme si c'était hier, clairement de la première fois, où j'ai dit aux gens en ligne que j'avais 12 ans.

Quelque chose à la fois terrifiant, électrisant, qui a vraiment confirmé pour moi le pouvoir d'Internet, car je n'aurais jamais pu le dire en vrai à quelqu'un. C'était tout simplement en dehors du champ du possible. J'ai trouvé cette communauté quand j'étais très jeune adolescent et ça, c'était génial. Je serais éternellement reconnaissant à Internet en tant que concept abstrait. Ça a fait une énorme différence dans ma vie. Olivier Alexandre.

Donc, c'est vraiment ça qui va le guider et qui va ensuite l'amener à développer ses centres d'intérêt, particulièrement l'informatique, particulièrement la physique, particulièrement les sciences des systèmes, en fait, d'une certaine façon, beaucoup plus que les autres sciences et notamment les sciences humaines et sociales ou encore la philosophie. Et ce qui va le conduire, j'allais dire logiquement, vers Stanford au milieu des années 2000, où il rentre en tant qu'étudiant en informatique, où il va rester deux ans. Alors, le Stanford de l'époque, ce n'est pas tout à fait celui qu'on connaît aujourd'hui.

C'est-à-dire qu'à l'époque, quand on fait de l'informatique, Harvard reste d'une certaine façon encore la maison où il faut se rendre. C'est celle où est passé Bill Gates et plus récemment Mark Zuckerberg. Et lui se retrouve à Stanford dans un moment aussi où la tech n'est pas celle qu'on connaît. C'est-à-dire qu'à ce moment-là, c'est un peu des années de creux dans la tech, même si Google vient de faire son entrée en bourse. Mais on est quand même dans un moment où la tech ne représente pas du tout ce qu'elle représente de nos jours.

Et lui a cette espèce de passion, comment dire, innocente quasiment dans les capacités des nouvelles technologies, de l'Internet et d'apporter le meilleur à la fois pour lui, pour sa communauté, pour les gens en général, voire même pour l'humanité. Qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce qu'il étudie, Sam Altman, au départ ? Est-ce qu'il est, je ne sais pas, un étudiant brillant en mathématiques ? Ou est-ce que c'est plutôt un profil de businessman ? C'est un profil de quelqu'un qui a beaucoup bidouillé sur la machine, qui se demande comment on peut utiliser, développer les nouvelles fonctionnalités, les nouvelles possibilités ouvertes par Internet.

Dans ce moment où, en fait, il y a différentes grandes entreprises et services qui se développent pour essayer d'organiser le web et d'organiser Internet, Google est une façon d'organiser le web, Facebook est une autre façon d'organiser le web, Amazon est une autre façon d'organiser le web. Et au début, Sam Altman, et d'ailleurs c'est dans la tradition de Stanford, il va plus briller dans et à travers les propres projets qu'il va développer que dans ses études. C'est quelqu'un qui considère que faire des études en soi, ce n'est pas une finalité. Ce qui compte, c'est faire des choses utiles, utiles pour lui, qui a du sens, et utiles pour le monde des développeurs et des entrepreneurs.

En l'occurrence, il va s'y attacher en développant son entreprise, avec ce qui va rester son conjoint d'ailleurs pendant une dizaine d'années. Et cette entreprise, c'est permettre à ses amis, à son réseau, de pouvoir localiser les gens où ils sont grâce à Internet et à leurs appareils mobiles à partir de 2007. Et une entreprise qui va développer plusieurs années, qui va finir par vendre en 2012, ce qui va faire de lui un jeune millionnaire. Sam Altman a de bonnes intuitions avec la technologie, mais il n'a pas encore la carrure ou le charisme d'un entrepreneur de la tech. En témoigne cette vidéo de présentation de son application Loopt à la Conférence mondiale des développeurs d'Apple.

Sam Altman a 23 ans et semble surjouer l'assurance dans un jean et un polo rose pas très bien ajusté. Le but de l'appli Loopt, c'est de pouvoir se connecter avec les personnes en mouvement. On vous montre où elles sont, ce qu'elles font et quels sont les endroits sympas autour de vous. Sur cette carte, l'épingle orange là, c'est moi, et l'épingle bleu, ce sont mes amis. C'est incroyable le nombre de fois où on est dans un restaurant à quelques pâtés de maison d'un ami ou alors bloqué à l'aéroport avec un ami et on ne le sait pas. Là, c'est la meilleure version de Loopt et sans doute le meilleur appareil avec lequel nous avons travaillé.

On a développé des versions pour presque toutes les plateformes mobiles possibles et celle-là est la plus puissante. Vous voyez ici, James navigue sur la carte en la faisant glisser et en cliquant. On peut voir qu'il a des amis dans le sud. Là, un ami à moi qui traverse le Golden Gate Bridge en voiture. Et ici, on a des amis qui sont très proches. On peut cliquer sur la carte pour zoomer et là, j'ai une amie très proche, Aaron. Elle est à quelques pâtés de maison et on peut voir ce qu'elle fait. Ici, c'est son journal avec les photos qu'elle a prises et ses publications qu'elle peut partager. La vignette bleue, c'est un commentaire que son amie a laissé plus tôt dans la journée.

Si je clique en haut, je peux zoomer sur la photo du café où elle se trouve. Et je regarde et cet endroit paraît en effet très sympa et moi, je n'ai pas de plan pour le déjeuner donc je vais voir si elle est disponible. Est-ce que c'était une bonne application Loopt ? Alors, dans l'esprit de la Silicon Valley, une bonne application, c'est celle qui se vend bien. Donc, de ce point de vue-là, elle s'est bien vendue avec des gens qui n'étaient absolument pas connus. À l'époque, ils sont très jeunes. Ils ont entre 20 ans et 27 ans quand ils font ça.

Et ce qui va être une vraie école pour Sam Altman, d'une certaine façon, sa vraie école puisqu'il va apprendre à développer un produit, il va rencontrer tout un tas de personnes et puis surtout, il va passer par un jeune programme qui vient de se monter en fait, Y Combinator, en 2005, qui fait partie de la première promotion, ce qui va être vraiment une rencontre et un passage décisif pour lui, non seulement parce que ça va permettre à son entreprise de se développer à partir d'un certain nombre de mantras qui vont devenir des lois du développement dans la Silicon Valley et dans la tech plus généralement.

Et puis aussi parce qu'il va rencontrer son mentor, Paul Graham, qui va avoir une influence considérable sur lui et sur sa manière de penser. Stanford, les premières levées de fonds. Loopt, Sam Altman vient de poser les premiers jalons de ce qui sera une trajectoire hors du commun. Mais un entrepreneur qui vend une application de géolocalisation à 25 ans, ce n'est pas encore un maître du monde. Il lui reste du chemin à parcourir. C'est ce qu'on va voir dans le prochain épisode.