« Faites votre place, mesdames ! » | Paroles de maire (épisode 01)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Et bien faites votre place mesdames parce que personne ne la fera votre pour vous. La gestion de la maison, la gestion de la famille c'est la même chose que la gestion d'une collectivité. Il faut être sur tous les fronts, il faut être multitâche et on y arrive très bien.
Et en fait, vous avez des atouts que non peut-être pas les hommes pour gérer une collectivité. Oui, savoir plusieurs choses à la fois. Et voilà.
Parole de mer, c'est une série de quatre interviews organisées par le polidé d'horizon à l'approche des municipales. Nous allons donc donner la parole à quatre mères. Alors des mères femmes.
Pourquoi des femmes ? Et bien parce qu'elles sont pas encore assez nombreuses. Il n'y a que 20 % de femmes mères.
Il faut que ça change. Ce qu'on va essayer de faire, c'est de faire parler les maères de leur vécu, leur engagement transpartisan, leur expérience transpartisane, leurs projets, les difficultés qu'ils ont rencontré aussi les réussites qui ont été les leurs. Bien, sans plus attendre, donnons la parole au maire.
Ce soir, je reçois Grendoline Prê, maire de Bonbeville Sainte-Croix dans l'heure, une commune de 1300 habitants à peu près et qui sera candidate à sa propre réélection en mars prochain. C'est tout à fait ça. Bonsoir Gendoline.
On va parler tout à l'heure de cette de l'opération comme une nouvelle, mais avant avant cela, est-ce que vous pourriez présenter votre parcours ? Comment comment est-ce que avez-vous fait pour devenir maire ? Comment ça s'est passé ?
Alors, ça s'est passé après un un parcours professionnel dans le privé. Ouais. J'ai cessé mon activité professionnel pour élever mon fils.
Ouais. Et c'est comme cela que je suis entrée dans la vie la vie publique de mon village en tant que bénévole dans la bibliothèque municipale puis après l'association des parents d'élèves. À petit à petit, vous vous êtes rapproché de la municipalité en fait.
Voilà. En 2001, on était venu me chercher pour les élections sur une liste d'opposition au maire au maire sortant. Aucun n'était passé.
Je découvrais complètement ce [rires] que c'était. En 2008, le maire qui avait été élu est venu me chercher pour rentrer dans son conseil et quand il a fait le choix de se représenter en 2014, personne n'a voulu suivre. On poussait une adjointe à se présenter.
Elle n'a pas voulu et les autres m'ont dit "Mais pourquoi pas toi ? Pourquoi pas toi C'est comme ça. Mais c'est pas vous qui avez cherché du tout.
Euh est-ce que c'est plus difficile pour une femme de s'engager, de dire "Ben, je vais y aller. On imagine bien un homme, je vais prendre la mairie, euh je fonce. Est-ce que est-ce que les la situation est différente ?" Je ne sais pas.
Je ne sais pas. Moi, ce mettre investi dans la vie de la commune m'intéressait beaucoup. Donc je je me suis dit pourquoi pas un challenge supplémentaire.
Mais si on éétait pas venu vous chercher, vous seriez pas allé vous-même ? Me présenter à l'élection de mère ? Non, c'est une un petit groupe qui m'a poussé.
Ouais, il faut un détonateur. Voilà, c'est ça. Et je me suis dit pourquoi pas.
Une fois la tête de la de la mairie, quels sont les principaux défis ? Qu'est-ce qui vous a occupé le plus ? Qu'est-ce que vous avez réalisé le le mieux en comme maire ?
Je pense que ça a été la maîtrise du budget de la commune. Ah bon ? Oui.
Dites-nous un mot là-dessus. Qu'est-ce que Comment vous avez fait ? Quand j'ai commencé mon mandat, l'excédent de fonctionnement était réduit à son minimum.
Ça a été toujours mon fil conducteur, la maîtrise du budget communal. Bon, j'ai une formation en marketing finance, donc c'est peut-être ça aussi qui m'a Je me suis dit c'est le budget la clé de tout. Si on veut mener des projets à bien, si on veut arriver à faire avancer la commune, il faut une maîtrise du budget communal et des taxes locales.
Sans cela pas faire grand-chose. Vous avez redressé les finances. Oui, très largement.
Et ça pas dû être facile à faire accepter non ? Que et chercher les pistes d'économie, les contrats d'assurance. Ah, vous avez épluché tout tout.
D'accord. Et puis pendant un an, bah dépenses utiles, pas utiles, peut-être reporté, pas reporté. On sait aussi que l'année des élections, on va pas sortir des projets non plus.
Donc on prépare le l'année l'année suivante et on fait en sorte d'avoir de la trésorerie. Alors, je sais que dans les autres choses que vous avez pu faire, on vous a légué une commune nouvelle. Comment ça s'est passé ?
La commune était en Siiva avec deux autres communes pour pouvoir gérer l'école avec deux communes qui n'avaient plus d'école et puis euh un des un des maires a proposé la création d'une commune nouvelle avec le regroupement des intercommunalités. On passait d'une intercommunalité à 7000 habitants à une intercommunalité à 63000 habitants. Et il s'est dit nous notre petit village va être noyé va être noyé et voilà donc qui trouvait que c'était pour la représentativité de sa commune c'était plus pertinent d'en rejoindre une un peu plus grosse.
Donc c'est les circonstances en fait qui exp qui avaient vraiment des raisons de le faire dans votre cas particulier quoi. des intercommunalités, prise de compétences plus importante et il s'est dit euh finalement euh à quoi va-t-on servir, que va-t-on pouvoir faire après la façon dont ça a été fait ? Euh il a pas vraiment euh averti toute sa population.
C'est là où c'est devenu un peu compliqué. C'est-à-dire que j'avais un petit village gaulois résistant, réfractaire par manque de communication. En fait, je pense que les choses se seraient beaucoup mieux passées si ça avait été beaucoup plus beaucoup plus transparent que cela ne l'a été.
D'accord. Mais ça vous n'y êtes pour rien. Vous êtes arrivé après, c'est l'héritage.
La grosse commune a a mangé la petite et il a fallu pendant quelques années essayer de remettre les choses dans l'ordre en disant non, c'est votre mère qui a souhaité nous rejoindre. Et petit à petit, ça ça se gomme gentiment. On fait des projets.
Les habitants se sont rendus compte aussi queon a pu mener des projets que qu'il n'aurait pas pu mener seul. Oui. Euh des investissements peu lourds.
H on parle de plus en plus de démission de mè de mères qui sont vraiment euh déçu de mères qui se font engueuler. D'ailleurs vous il vous est arrivé un petit accè vousz nous en dire un mot qui se font agresser parce qu'on les rend un peu responsables de tout. Exactement.
Exactement. Un porté de baffe. Comment est-ce qu'on peut agir ? et dites-nous un peu de vot votre expérience personnelle concernant les maires qui démissionnent.
Je peux tout à fait comprendre que quand on a été élu le 15 mars 2020 et que le lendemain, il y a eu cette période de confinement, travailler, faire campagne avec une équipe et avoir ce lien qui se coupe avec cette équipe pendant plusieurs mois. Oui, c'est très compliqué pour ceux qui n'avaient jamais été élus ou qui avaient été dans un conseil municipal, avoir à gérer une crise sanitaire tout de suite quand on vient d'être élu, c'est compliqué. Après euh la fonction se complexifie de plus en plus.
On parle de 1000 feuilles administratives, de lourdeur administrative. Euh c'est quelque chose en 12 ans que j'ai vu quand même évoluer hein pour mener des projets à bien et on est un peu seul souvent beaucoup de pignâreté. Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour relancer le les l'engagement des personnes ?
Qu'est-ce qui manque là pour les susciter plus d'envie de d'être maire ? Notamment pour les femmes ? Déjà, être maire d'une commune rurale, c'est exercer sa fonction sans service.
On a une secrétaire de mairie ou deux, mais pour le reste, il faut quand même être assez coutau suisse. Ouais. Il faut être sur le terrain de jours comme de nuit, 7 jours sur 7 et auprès des habitants, si ce n'est pas le maire qui porte la parole, ça ça marque pas.
Faut que le maire soit présent en toute circonstan de jour comme de nuit. Donc ça demande un engagement total. Oui, et je pense que les nouveaux maires n'ont peut-être pas pris conscience que la gendarmerie peut appeler souvent pratiquement tous les weekends, j'ai un chien en vadrouille ou des vaches ou de temps en temps des chefs, des chevaux et voilà.
Donc il faut aussi une équipe solide derrière soi. On y laisse beaucoup de son temps personnel donc ça aussi il faut arriver à pouvoir concilier vie personnelle pour pouvoir exercer aussi son mandat pleinement. En ce qui me concerne euh être femme euh quand je me suis présentée, j'étais la première femme élu-aire de cette commune.
J'ai une première adjointe également. Ça n'a jamais été un sujet auprès des habitants. Je pense que ce qu'ils attendent, c'est euh quelqu'un qui va être compétent et qui va euh pouvoir s'occuper d'eux.
Quand vous avez été agressé, c'était parce que vous étiez maire ou vous reprochez quelque chose de particulier ? Qu'est-ce qui comment ça s'est passé ? Je pense que la personne à qui j'ai demandé de quitter euh le le tournoi de de football qui était en état d'ébriété, je lui demandé gentiment, je lui ai dit qui j'étais Ouais. et que bon, il était déjà à 11h du matin, euh il en il embêtait les les enfants qui pendant le tournoi de foot.
Donc je lui demandé gentiment de partir. Je pense que s'il avait eu un homme en face de lui, la réaction aurait été différente. D'ailleurs, c'est ce que la cour lui a lui a dit.
D'ailleurs, il a été condamné à une peine assez sévère, hein. Euh oui, à 18 mois de prison ferme. 18 mois de prison ferme.
Bon, défavorablement connu de la justice, mais euh et d'ailleurs, j'ai eu des réactions des habitants qui sont allés voir euh certains hommes présents ce jour-là et qui leur ont reproché de ne pas avoir réglé le problème directement et de m'avoir laissé gérer ce conflit seul. Il y a eu plutôt un effet de protection en disant mais et je pense qu'il a été sévèrement puni pour avoir levé la main sur une femme de toute façon. Donc j'ai eu beaucoup de soutien de la part de des services de l'État, je dois le reconnaître.
Alors il n'y a aujourd'hui que 20 % de femmes mères. Est-ce que déjà vous avez une explication pourquoi c'est si peu ? Alors pourquoi les femmes s'engagent peu ?
C'est peut-être pas culturel déjà. Derrière, il y a beaucoup d'engagement personnel sur sa vie personnelle, son temps personnel. Les choses évoluent.
Je ne sais pas, je ne connais pas encore, on le verra après les prochaines municipales, le pourcentage de femmes qui se qui s'engagent selon l'échelle de la commune, notamment en commune rurale. Il faudrait regarder aussi comment ce pourcentage a évolué entre des communes rurales et des villes. Je pense qu'il est beaucoup de questions de vie personnelle.
Là pour le les prochaines municipales, quand on interroge hommes ou femmes à rejoindre la liste, que ce soit des hommes ou des femmes, la question est euh mais qu'est-ce que je peux apporter ? Est-ce que j'ai les compétences pour ? Donc je n'ai pas rencontré plus de différence dans le dans le pourquoi je vais m'engager.
D'accord. En revanche, j'ai noté quelque chose entre 2014 et aujourd'hui, c'est que quand on allait chercher des femmes, la première réponse c'était il faut que je demande à mon mari. Et ça, ils ne le font plus aujourd'hui.
Non. Aujourd'hui, les femmes que l'on que l'on est allé chercher qui sont pour la plupart jeunes disent "Moi ça m'intéresse, je vais y aller, je vais en discuter à la maison." Mais la décision est déjà prise après, d'accord, la négociation vient sur le vient après, mais il y a plus cette réponse de dire "Il faut que j'en parle à mon mari." On se donne maintenant l'autorisation en tant que femme de pouvoir s'engager.
J'ai beaucoup de femmes aussi engagées dans la vie associative, président d'association et autres. Mais et puis dans une commune rurale, il y a pas de coloration politique. Donc je pense aussi que ça aide beaucoup aussi dans l'engagement.
Vous pensez que les femmes s'engagent plus facilement dans une communion rurale que dans une commune où il y a beaucoup de tensions politiques, où il y a de de vrais conflits euh entre partis politiques. peut-être moins évident d'aller conquérir une mairie en tant que femme, peut-être que ça l' moins après dans les conseils municipaux puisque la loi contraint la la parité mais dans une commune aurale, je pense qu'on a plus de liberté à s'engager parce que les habitants finalement ce que je disais au début euh il faut que la commune soit gérée que ce soit un homme ou une femme il y a pas moi je n'ai jamais rencontré ça n'a jamais été un sujet beaucoup de femmes qui pourraient s'engager Oui. Beaucoup de filles qui pourraient s'engager en politique, elles ne font pas.
Quel Quel message aimeriez-vous leur adresser ? Vous qui êtes maire, vous qui allez vous représenter, qu'est-ce que vous pourriez leur dire pour les encourager à faire comme vous ? Et bien, faites votre place mesdames.
Ouais. Parce que personne ne la fera votre pour vous. Ouais.
Alors, je sais pas si c'est spécifique à la culture française ou autre. On sait que dans les pays scandinaves, c'est voilà. Je pense que c'est plus quelque chose de culturel, mais allez-y mesdames.
Si faites votre place, prenez-la. Il est certain qu'on nous la donnera pas, mais c'est une très belle aventure et on peut s'étonner aussi de des des ressources que l'on a en soi. Et je pense que aussi toutes les compétences que l'on peut avoir dans notre vie professionnelle, qu'on allie aussi à la vie familiale, la gestion de la maison, la gestion de la famille, c'est la même chose que la gestion d'une collectivité.
Il faut être sur tous les fronts, il faut être multitâche et on y arrive très bien. Et en fait, vous avez des atouts que non peut-être pas les hommes pour gérer une collectivité. Oui.
Savoir faire plusieurs choses à la fois. Et voilà. [rires] Merci.
Je vous en prie. M.
Louis Vogel