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interviewLe Monde· 5 mars 2026 4 min

Ce que pourrait changer la “dissuasion nucléaire avancée” annoncée par Emmanuel Macron

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Emmanuel Macron a annoncé ceci lors d'un discours rare sur la dissuasion nucléaire française. Nous entrons sur le chemin de ce que j'appellerais la dissuasion avancée. Et voici ce que ça change.

L'idée aussi, voilà, d'avoir une dissuasion beaucoup plus globale au niveau européen face [musique] à une menace russe toujours très concrète et puis aussi dans le cadre d'un délitement de la relation transatlantique. [musique] Elle c'est Eloïse Fayet, chercheuse à l'Institut français des relations internationales, spécialiste du nucléaire. [musique] C'est la création de structure de coordination pour échanger avec certains partenaires qui ont été clairement définis dans le discours. [musique] On peut éventuellement imaginer des échanges de renseignement et la participation de ces pays à des exercices nucléaires français.

La dissuasion nucléaire avancée, ça semble être effectivement une évolution d'un concept qu'on connaissait déjà, c'est-à-dire la fameuse dimension européenne des intérêts vitaux français. Et là au moins bah déjà c'est plus court et puis c'est mieux compréhensible par les alliés. La dissuasion nucléaire sert à protéger ses intérêts vitaux.

Le principe c'est de décourager un pays ennemi d'attaquer sous peine de conséquences potentiellement irréversible. Les intérêts vitaux ne sont volontairement pas définis pour laisser un peu de flou et un petit peu d'ambiguité. Et comme ça l'adversaire en permanence doit se dire en fait peut-être que si j'attaque le pays d'une telle façon et bien ça va toucher un intérêt vital.

Donc je m'expose à une riposte nucléaire et donc finalement le mieux est de ne rien faire. L'idée c'est comment est-ce qu'on prend en compte les intérêts vitaux de nos alliés dans le calcul de nos propres intérêts vitaux et comment est-ce qu'on fait jouer la dissuasion nucléaire par exemple si la moitié de la Pologne est envahie est occupée et ben c'est certain que la France réagira avec éventuellement ces armes nucléaires et puis dans un premier temps avec ses forces conventionnelles. L'autre chose qui change dans le discours d'Emmanuel Macron, ce sont les annonces sur les capacités nucléaires.

Certaines étaient déjà connues mais ont été concrétisées comme par exemple la modernisation de l'arsenal nucléaire ou bien le nom du nouveau sous-marin français. Que le futur sous-marin nucléaire lanceur d'engin se nommera l'invincible et naviguera en 2036. Mais l'évolution capacitaire majeure, c'est celle de l'augmentation de l'arsenal nucléaire français.

J'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal. pour couper court à toute spéculation. Nous ne communiquerons plus sur les chiffres.

Avant ce discours, la France comptait 290 têtes nucléaires. La Russie et les États-Unis détiennent chacun un peu plus de 1700 têtes déployées. Il y a aussi une dimension de message envers les alliés pour leur expliquer bah regardez, la France prend sa dissuasion tellement au sérieux qu'on va augmenter le stock d'armes nucléaires françaises.

Quelque chose qui n'avait pas été fait en fait depuis la guerre froide. Parmi les pays qui ont accepté d'intégrer cette dissuasion avancée, il y en a trois qui accueillent déjà des armes nucléaires américaines sur leur sol. Donc, on aurait pu penser que c'était en fait un peu euh contradictoire de leur part de se dire "Bon ben, on continue d'accueillir des armes nucléaires américaines mais on s'intéresse à la dissuasion nucléaire française et finalement en fait il montre un vrai intérêt ce qui montre bien en fait que dissuasion françaises et dissuasion nucléaires américaines via l'OTAN ne sont pas du tout incompatibles.

Toutes les annonces liées aux armements conventionnels dans le discours du président ne peut que satisfaire les États-Unis qui, rapons-le, depuis le retour au pouvoir de Donald Trump ne cesse de dire que les pays européens dans l'OTAN doivent prendre en main leur défense conventionnelle. C'est totalement en phase avec les attentes américaines. Le dernier discours sur la dissuasion nucléaire d'Emmanuel Macron, c'était en février 2020.

Il n'y en a généralement qu'un seul par mandat présidentiel. Le prochain devrait donc être fait par celui ou celle qui remportera l'élection de 2027. [musique]