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AutreFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 31 mai 2017 12 minMixte

Richard Ferrand : "Tout ce que j'ai fait est légal, public et transparent "

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  • Richard Ferrand81 %
  • Présentateur19 %

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Présentateur

Bonjour Richard Ferrand. Bonjour. Vous avez eu la presse ce matin, ou peut-être juste les unes, l'encombrant, M. Ferrand, faites ce que je dis, faites pas ce que je fais, le pouvoir à l'épreuve du soupçon, mélange des genres, etc. Face à ces accusations, on va en détailler quelques-unes face à ce soupçon, à ces soupçons. Qu'avez-vous à dire ce matin aux citoyens auditeurs ?

0:19
Richard Ferrand

D'abord, M. Kouen, moi je vais vous dire quelque chose. Je ne suis pas un faux cul. Je sais qu'il faut répondre aux questions des Françaises et des Français, et je suis là pour ça. La justice, d'abord, est souveraine. Il faut prendre ce premier point. Les journalistes posent des questions. J'ai répondu à toutes, à toutes celles qu'ils m'ont posées, du Canard Enchaîné ou du Monde. Les Français se posent des questions, je suis là pour y répondre. Il est normal que des comptes puissent être demandés. Il faut être lucide. Mais, on m'interroge là, vous le savez, sur ma vie d'avant, lorsque j'étais directeur général d'une entreprise mutualiste.

0:51
Présentateur

Pas tout à fait, il y a aussi des questions pendant votre acte est députée.

0:54
Richard Ferrand

Oui, mais enfin écoutez, moi je n'ai pas de tempérament de victime, je ne suis pas dans la dénégation, je ne me défile pas. Et surtout, je porte une certaine idée du renouvellement, une certaine idée du retour à la confiance envers les décideurs politiques. Et ce que je lis, à l'inverse, laisse apparaître des soupçons de duplicité, de vénalité. Et donc, cela peut créer de la déception. Aussi, je suis devant vous, M. Cohen, c'est parce que je pense à vos auditrices et à vos auditeurs qui pourraient être déçus, qui pourraient se dire, mais enfin, ce qu'ils ont porté en termes de renouvellement de pratiques, en termes de renouvellement d'êtres, dans le rapport à la chose publique.

Est-ce que donc, ce n'était pas vrai ? Est-ce que, parce que dans sa vie antérieure, professionnelle, on met telle ou telle chose en lumière, est-ce que ça veut dire que nous avons été trahis ? Et donc moi, je viens répondre parce que nous n'avons rien trahi. Et que ce qui se passe là, c'est qu'on met en cause des choses qui datent de 2009-10-11, qui font qu'aujourd'hui, on est dans une autre temporalité, je suis dans une autre fonction, et l'on essaye, en quelque sorte, de mettre en contradiction des faits et une époque, avec aujourd'hui d'autres fonctions, et d'une certaine manière,

2:05
Présentateur

une autre époque. C'est ce qu'a dit autrement Édouard Philippe, hier soir, le Premier ministre, il a semblé dire que certaines de vos activités, ou de vos pratiques, ou de vos montages immobiliers, n'étaient plus acceptables. Est-ce que vous en convenez ce matin ? Et est-ce que vous comprenez l'exaspération des Français ? C'était le terme utilisé par le Premier ministre hier soir.

2:22
Richard Ferrand

Vous savez, le Président de la République et le Premier ministre veulent faire en sorte qu'il y ait un retour à la confiance entre les citoyens et leurs représentants politiques. Ils veulent faire en sorte qu'on puisse disposer d'un appareillage législatif qui fasse que toute personne en charge d'une responsabilité soit au-dessus de tout soupçon. Ce que d'ailleurs, par parenthèse, je considère être. Je vous rappelle que dans notre pays, c'est encore la justice qui est souveraine. Donc, il souhaite prendre des dispositions d'encadrement de la vie politique qui fassent qu'on ne puisse plus demain laisser entendre qu'il y aurait telle ou telle difficulté avec telle ou telle personnalité.

Il n'y a que la justice qui puisse effacer le soupçon, Richard Ferrand ? Bien, par définition, il n'y a que la justice d'abord qui puisse le lever, le soupçon, puisque par définition, la justice, lorsqu'elle soupçonne quelque chose, elle mène des enquêtes et elle juge. Il faut la respecter parce qu'il faut respecter la liberté de la presse, c'est fondamental, mais il faut aussi respecter la souveraineté de la justice et la souveraineté du suffrage universel.

3:21
Présentateur

Mais est-ce qu'on peut dire qu'elle est passée la justice parce que ce communiqué du procureur de Brest qui a indiqué en quelques lignes qu'il n'y avait pas matière à poursuivre, est-ce qu'il est suffisant ? Est-ce que quand il y a soupçon, et il y a soupçon manifestement, vous le voyez au travers des articles de presse et des réactions des citoyens, est-ce que quand il y a soupçon, il ne devrait pas y avoir une enquête ?

3:43
Richard Ferrand

Écoutez, je crois que le procureur de Brest vous a répondu. Depuis quand est-ce que... Non mais attendez.

3:50
Présentateur

Il a répondu aux premières révélations. Il y en a eu d'autres depuis.

3:53
Richard Ferrand

Non, il n'y en a pas d'autres. Il n'y en a pas d'autres. Non, non, il n'y en a pas d'autres. Il faut rester très factuel. Tout ce que j'ai fait dans ma vie professionnelle est légal, public, transparent, validé par un conseil d'administration qui a d'ailleurs exprimé son soutien. Donc si vous voulez, si demain on dit je soupçonne mon voisin, donc il faut une enquête, vous allez un peu surcharger la vie judiciaire de ce pays et par ailleurs, les procureurs ont eu l'occasion de s'exprimer. Alors, on ne peut pas à la fois nous demander de ne pas commenter des décisions de justice quelles qu'elles soient. La justice est souveraine.

Donc ensuite, que l'on épilogue, que l'on analyse mon activité comme directeur général, que l'on en fasse des lignes dans la presse pour dire « off, était-ce bien ? était-ce ceci ? était-ce cela ? » Moi, je veux bien, mais ça n'enclenche rien sur le plan légal. Ça n'enclenche rien sur le plan de l'opacité puisque j'ai fourni toutes les pièces, j'ai donné tous les éléments de réponse parce que justement, je veux que les Françaises et les Français soient éclairés, que les marcheuses et les marcheurs dont je suis secrétaire général dans Marche, vous le savez, eh bien, il n'y a pas de doute. Par conséquent, j'ai tout donné à vos confrères, tout ce qu'ils m'ont demandé, je leur ai répondu.

Alors ensuite, qu'ils fassent des exégèses, c'est leur droit. Mais la question, elle est est-ce que je suis un homme honnête ou pas ? La réponse, oui, je suis un homme honnête. J'ai sauvé une entreprise qui avait 130 emplois en danger, j'en ai créé 250. J'ai le soutien total des salariés, de mes successeurs. Et qui a décidé, qui a décidé en 2012 que je ne resterai pas directeur général ? C'est moi. C'est moi. Je n'ai pas attendu qu'il y ait une loi. Alors que j'aurais très bien pu le faire. Vous auriez pu rester député et directeur général des villes de Montaigne. Évidemment.

Monsieur Cohen, il ne vous a pas échappé qu'à l'Assemblée nationale, eh bien, il y a forcément des députés qui sont avocats, notaires, qui siègent à la commission des lois. Regardez, soyons concrets. Le principal opposant de la guerre à la réforme de la loi Macron sur les notaires, c'était M. Huig. Sébastien Huig. Oui, notaire de son état. Mais je ne lui en fais pas reproche. Pourquoi il s'intéressait au sujet ? Parce qu'il le connaissait bien, évidemment. Lorsque tous les médecins siègent à la commission des affaires sociales, qu'ils discutent le plan, le projet de loi de sécurité sociale, je ne dis pas qu'ils le font parce qu'ils sont intéressés, ils le font parce qu'ils sont compétents.

Quand des journalistes siègent à l'Assemblée nationale et qu'il y a un débat sur le financement de la presse et de la communication, ils prennent part au débat. C'est bien normal parce qu'ils connaissent quelque chose. Ils ne sont pas attachés

6:16
Présentateur

à un intérêt d'entreprise particulier. Là, en l'occurrence, vous avez gardé un poste...

6:20
Richard Ferrand

Mais quel était mon intérêt ?

6:21
Présentateur

Vous avez gardé un poste de chargé de mission auprès de la nouvelle directrice des mutuelles de Bretagne, rémunéré 1250 euros par mois et vous avez défendu, même si vous n'étiez pas le seul, une proposition de loi manifestement à l'avantage des mutuelles. Non, alors, il faut être précis. On n'est pas dans la définition chimiquement pure du conflit d'intérêts ?

6:37
Richard Ferrand

Absolument pas. Ce projet de loi dont vous parlez, en quoi est-ce qu'il consistait ? Il consistait à ce que les organismes mutualistes puissent agir comme les organismes d'assurance ou de prévoyance. Cette loi avait été adoptée en 2010. Vous entendez bien, je n'étais pas député. Par l'ancienne majorité de M. Sarkozy. Mais il se trouve que, comme ça avait été mal fait sur le plan procédural, le Conseil constitutionnel avait dit que c'était un cavalier législatif. Donc on l'enlève. Résultat, dès le début de la nouvelle législature, il a fallu re-voter ce texte. Je n'ai pas déposé à l'amendement, j'ai participé au débat parce que j'y connais un peu quelque chose, en effet.

Vous avez défendu le vote, oui. La rapporteure était Mme Fanelli Carré-Compte. Et que je sache, ce texte n'a posé aucune difficulté. Mais n'oubliez pas que c'est un texte qui a d'abord été adopté par la majorité précédente dont je n'étais pas membre, je n'étais pas député.

7:27
Présentateur

Alors, autre point important, la première révélation, celle du cadavre enchaîné de la semaine dernière, ce montage immobilier qui a profité à votre compagne, qui lui a permis de se constituer un patrimoine financé par les loyers des mutuelles de Bretagne avec une mise de zéro, de quasiment zéro. Comment qualifier cela face une bonne affaire immobilière, une opération en or ?

7:49
Richard Ferrand

Non, alors ça, c'est effectivement la titraille à un tantinet excessive que je peux lire ici ou là. De quoi s'agit-il ? Il s'agit que du fait que les mutuelles de Bretagne, dont j'étais en effet le directeur général, à la demande de leurs services, des représentants du personnel, sur instruction du conseil d'administration, cherchaient à regrouper les services en un lieu unique. Bien. Or, trouver dans le cœur de Brest, là où les services souhaitaient s'installer, le bâtiment adéquat n'était pas si évident que cela.

Dans le même temps, de manière concomitante et ancienne, et ancienne, cela a été démontré, ma compagne cherchait un certain nombre de locaux, soit pour s'y installer, soit pour les louer. Et lorsque les responsables du service ont étudié différentes hypothèses, nous sommes en 2010, je vous le rappelle, eh bien, l'une d'entre elles a dit ce qui serait mieux, ce serait d'aller dans le local de ma compagne. Voilà. Comment les choses se sont passées ? Pourquoi trouve-t-on votre nom sur le compromis de vente ? Ah ben, pour une raison simple, c'est que le 23 décembre, retenez bien cette date. 2010. 2010.

Le 23 décembre, alors même que j'étais en vacances et que ma compagne était absente, la notaire en charge du dossier me dit, écoutez, si vous voulez que l'affaire puisse se faire éventuellement, c'est-à-dire que le conseil d'administration puisse en délibérer ce qu'il a fait quelques mois après, il faut bloquer l'affaire parce que le vendeur était un homme qui avait maillé à partir avec la justice Vous comprenez que le vantage puisse troubler. Mais non, mais vous savez, la notaire en question s'est exprimée dans les colonnes du télégramme de l'Ouest et a expliqué qu'elle fait toujours comme ça.

C'est-à-dire qu'on vient me voir le 23 décembre, on me dit, il faut signer un acte qui bloque la vente, peu importe que ce soit moi ou un autre. Ensuite, toute personne physique ou morale pourra se substituer et par précaution, je fais indiquer que, bien entendu, les mutuelles de Bretagne ne sont pas engagées dans cette affaire et encore moins dans leur décision de louer. Donc, si vous voulez, j'ai, comme l'ont écrit d'ailleurs les administrateurs des mutuelles de Bretagne, j'ai au contraire pris deux précautions pour préserver les intérêts de cette entreprise que j'aime tant parce que je l'ai relevé.

L'intérêt des mutuelles n'était pas d'acheter le local, n'était pas d'acheter un local plutôt que de

9:52
Présentateur

payer des loyers

9:53
Richard Ferrand

pour des années. Eh bien, écoutez, je vais vous dire, renseignez-vous, les réseaux de soins comme ça n'ont pas d'intérêt à mobiliser leur argent dans de l'immobilier. Le choix stratégique qui est depuis toujours le cas, c'est de l'investir dans l'outil de travail de sorte que si on va plus loin sur les mutuelles de Bretagne, elles sont aujourd'hui titulaires d'une vingtaine de beaux diverses et variées et elles n'ont investi dans la pierre, si je puis dire, que dans leur siège social ou encore dans une résidence sociale à Morlaix.

sinon pour le reste, par nécessité de souplesse, par agilité, mais aussi pour pouvoir mieux disposer des fonds pour investir dans l'outil de travail, ce n'est pas de bonne pratique que d'investir dans l'immobilier. Et ça, tous ceux qui savent gérer ce type de réseau pourraient vous le confirmer.

10:41
Présentateur

Encore une ou deux questions avant la revue de presse et puis ensuite les questions des appels des auditeurs de France Inter. Avez-vous échangé avec le président Macron ces derniers jours ?

10:49
Richard Ferrand

Écoutez, hier avec lui, nous avons reçu le président Philippe Richer qui est président de l'Association des Régions de France.

10:56
Présentateur

Oui. Avez-vous échangé avec le président Macron concernant ce dont nous parlons depuis une petite dizaine de minutes, Richard Ferrand ?

11:05
Richard Ferrand

Pas formellement, il m'a simplement chaleureusement salué, encouragé et m'a dit que j'avais un beau chantier, celui de la cohésion des territoires et qu'il fallait par conséquent qu'il avance. Et j'espère d'ailleurs qu'un jour je reviendrai vous voir pour en parler. Mais vous savez... Lui avez-vous proposé de vous retirer et de démissionner du gouvernement ? Mais je ne le ferai pas pour deux raisons. D'abord j'ai ma conscience pour moi. Je ne suis pas mis en cause par la justice de la République que je respecte profondément. Et puis j'ai une mission très importante, celle de la cohésion des territoires.

Alors maintenant, je veux me consacrer aux priorités de mon ministère que l'on puisse avoir la couverture mobile un peu partout en France. Par exemple, que l'on puisse accéder à Internet, songer que celles et ceux qui viennent à Internet veulent nous regarder puisque maintenant la radio c'est aussi de la télé en quelque sorte. eh bien ils ne peuvent pas le faire partout en France. Voilà des choses très concrètes dont je veux m'occuper. Que l'on ait l'accès au même service que l'on soit en zone rurale ou que l'on soit en zone urbaine et faire en sorte qu'il n'y ait plus ce sentiment de déclassement.

Mais voyez-vous, aujourd'hui je suis venu vous répondre parce que je comprends que petit à petit le doute a été créé et le doute c'est un poison. La suspicion c'est un poison de la démocratie. Et c'est normal que les Françaises et les Français s'interrogent. Mon devoir était de vous répondre et ensuite de répondre aux Françaises et aux Français qui vont téléphoner.

12:19
Présentateur

On aura peut-être un écho de ce poison, de ces doutes ou de cette suspicion tout à l'heure au standard de France Inter dans un instant la revue de presse.