WHIRLPOOL, MARINE LE PEN, LE PROTECTIONNISME ET MOI
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- 0:35François RuffinFait
« L’usine Whirlpool a décidé de fermer en laissant sur le carreau des centaines de salariés. Je compte bien entendu aussi les sous-traitants. »
- 0:50François RuffinFait
« Elle ne se souvient plus où l’usine part, elle dit : « C’est dans un pays de l’est », mais elle ne se souvient plus du nom du pays de l’est. »
- 1:10François RuffinFait
« Elle propose une taxe à 35% sur tous les produits qui seraient délocalisés. »
- 1:30François RuffinChiffre
« Jeff Fettig, qui est le PDG de Whirlpool, qui gagne 13 millions de dollars par an, c’est-à-dire qu’il gagne à lui tout seul autant que les 290 salariés de Whirlpool, que les 50 sous-traitants de Prima et que la centaine d’intérimaires. »
- 2:10François RuffinChiffre
« Les actionnaires ont récoltés 56 milliards d’euros de dividendes en France, pour ce qui est simplement du CAC40. »
- 2:30François RuffinFait
« On a, à 8 reprises le mot étranger, moi mon adversaire principal, se sont les actionnaires, et qu’ils soient français, qu’ils soient chinois, américains, qui pillent notre pays. »
- 4:10François RuffinFait
« Pendant ces années 80 on a un Jean Marie Le Pen qui ouvre tous ses meetings sur l’hymne européen, au cri de : « Vive l’Europe ! » »
- 4:30François RuffinFait
« Fakir s’est lancé sur la fermeture de Yoplait. Ensuite, j’en ai vu bien d’autres : Magneti Marelli, Honeywell. »
- 4:50François RuffinChiffre
« Il y a 10 000 lignes tarifaires à l’OMC, sur 10 000 produits différents. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Quand on me dit « Comme Marine Le Pen », ça m’emmerde, parce que j’étais protectionniste bien avant Marine Le Pen, donc je ne vais pas me mettre à renoncer à être protectionniste parce qu’elle en a fait aujourd’hui son cheval de bataille. De manière un peu vulgaire je dis : « Marine Le Pen, elle va aux toilettes, je ne vais pas renoncer à aller aux toilettes parce que Marine Le Pen, elle y va aussi. » On a fait la proposition d’interdire les produits Whirlpool du territoire français et dans le même temps, il y avait une vidéo de Marine Le Pen, à qui une auditrice ou une internaute demandait : Que feriez-vous pour Whirlpool si vous étiez élue ? ».
Dans la vidéo Marine Le Pen, montre un réel amateurisme, puisqu’elle ne sait pas très bien combien il y a de salariés chez Whirlpool. L’usine Whirlpool a décidé de fermer en laissant sur le carreau des centaines de salariés. Je compte bien entendu aussi les sous-traitants.
Elle ne se souvient plus où l’usine part, elle dit : « C’est dans un pays de l’est », mais elle ne se souvient plus du nom du pays de l’est. Euh, c’est dans, je ne me souviens plus quel pays d’Europe de l’est. Au-delà de ça, elle propose une taxe à 35% sur tous les produits qui seraient délocalisés.
C’est-à-dire que si Whirlpool délocalise et qu’elle veut venir vendre les produits qu’elle a produit ailleurs que sur notre territoire, et bien, elle sera obligée de verser une taxe. J’ai lu les 144 engagements présidentiels de Marine Le Pen sur ce terrain, parce qu’on ne va pas parler du reste, mais sur ce terrain strictement du protectionnisme, il y a une grosse différence entre son protectionnisme et le mien. C’est : On se protège contre quoi ?
On se protège contre qui ? Je lis ce texte, alors j’ai fait des sondages. Moi, mon adversaire dans l’affaire Whirlpool, on l’a nommé : Jeff Fettig, qui est le PDG de Whirlpool, qui gagne 13 millions de dollars par an, c’est-à-dire qu’il gagne à lui tout seul autant que les 290 salariés de Whirlpool, que les 50 sous-traitants de Prima et que la centaine d’intérimaires.
Donc voilà, notre adversaire principal, il se trouve qu’il peut jouer avec les règles de L’Union Européenne pour ça, mais notre adversaire principal c’est ce PDG et son actionnaire qui est un fond . Et on dénonce régulièrement les dividendes, les PDG, les grands patrons, etc. Dans le document de Marine Le Pen, que j’ai en PDF, et donc, j’ai pu faire un petit contrôle F en plus de la lecture attentive de ce programme, il n’y a pas une seule fois le mot « dividende », il n’y a pas plus le mot « actionnaire », il n’y a pas le mot « PDG », et je pense que, quand il s’agit de dire qui est l’adversaire, c’est un grand manque.
Parce qu’aujourd’hui les actionnaires ont récoltés 56 milliards d’euros de dividendes en France, pour ce qui est simplement du CAC40. Je pense que c’est une ponction sur l’économie française, c’est une ponction sur les salariés, et bien ça, ça ne se retrouve pas du tout dans le programme de Marine Le Pen. On a, à 8 reprises le mot étranger, moi mon adversaire principal, se sont les actionnaires, et qu’ils soient français, qu’ils soient chinois, américains, qui pillent notre pays.
Ce n’est pas, aujourd’hui, l’étranger qui viendrait se faire soigner, puisque c’est ça l’un des engagements de Marine Le Pen, c’est de dire qu’on retire la CMU aux étrangers qui se feraient soigner sur le territoire français. Mon adversaire c’est pas le pauvre qui est à côté de chez nous, c’est le gros qui est un petit peu plus loin, dont on ne connait pas toujours le visage, mais qui arrive à piller notre richesse et qui, là, fait le malheur de Whirlpool, comme auparavant il a fait le malheur de Parisot - Sièges de France. Et Parisot, c’était la famille Parisot de Laurence Parisot, ses oncles et son père, qui est bien de chez nous, mais c’est pas parce qu’ils sont bien de chez nous qu’on doit leur faire des cadeaux.
Quand je dis qu’il faut instaurer du protectionnisme, il s’agit de se protéger, non pas de l’étranger, mais des multinationales qui vont en passer par la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie ou la Chine pour faire baisser le coût de la main d’œuvre sur les travailleurs français entre autre. J’ai aussi lu le programme de Jean Luc Mélenchon, c’est sûr que je m’y retrouve bien d’avantage, puisque le mot « actionnaire » y apparait 10 fois, « grands patrons » 2, « dividendes » 6, donc il y a un fossé avec un Jean Luc Mélenchon qui, lui aussi, est partisan du protectionnisme, mais qui veut mettre le protectionnisme au service de se protéger contre ces actionnaires, ces grands patrons, etc. Et je pense que ça fait une énorme différence.
Pourquoi, aujourd’hui, Whirlpool peut avoir un centre de production de lave-linge en Slovaquie, à Popran, (c’est en 2002 qu’ils ont déménagés), mais maintenant, un centre de production de sèche-linge à Lotz en Pologne pour inonder, à la fois le marché européen, mais aussi du moyen orient et le marché africain. Il y a une condition à ça : ça a été la disparition des frontières et de toute formalité aux frontières. Il faut savoir que ça, c’est l’acte unique européen voté en 1986.
Pourquoi ? Pour doter l’Europe des 12 d’un grand marché intérieur d’ici 1992, c’est-à-dire une Europe sans frontière. Ce qu’il faut souligner, c’est que, en 1986 le FN a des élus, puisqu’il y a eu une élection à la proportionnelle à l’assemblée nationale.
Est-ce que les élus du FN s’opposent à cette disparition des frontières ? Non ! Est-ce que vous êtes favorable à ce qui va se produire théoriquement le 1er Juillet de l’année prochaine, c’est-à-dire la libre circulation des capitaux ?
Alors, je crois qu’il y a sur le plan économique des barrages à faire sauter, je crois qu’il faut s’acheminer, à condition que l’Europe ait une frontière extérieure qui soit contrôlée et défendue, vers le libre passage, en tous cas un passage de plus en plus libre, des éléments de la vie économique : capitaux et produits. Ils ne s’opposent pas. Les seuls qui s’opposent à cette disparition des frontières, c’est les élus communistes qui dénoncent, je cite : « une libéralisation du marché au profit des sociétés multi nationales, une déréglementation systématique, une attaque des acquis sociaux par des politiques de flexibilité et d’austérité. » Et le groupe communiste vote contre.
En revanche, le groupe FN ne vote pas contre. Pendant ces années 80 on a un Jean Marie Le Pen qui ouvre tous ses meetings sur l’hymne européen, au cri de : « Vive l’Europe ! » Je voudrais dire un truc : « C’est que moi, ces questions-là, je ne les découvre pas il y a 15 jours, il y a 3 semaines ou il y a u mois.
Ce sont des questions qui me hantent depuis le lancement de Fakir en 99, puisque Fakir s’est lancé sur la fermeture de Yoplait. » Ensuite, j’en ai vu bien d’autres : Magneti Marelli, Honeywell ...
Pendant une décennie, j’ai énormément lu sur ça, j’ai lu les bouquins de Ha-Joon Chang, c’est un sud-coréen expatrié aux Etats Unis et qui montre comment tout le développement des nations se fait à chaque fois par une dose de protectionnisme, au départ, et que c’est à l’abri de ce protectionnisme, ça a été le cas de l’Angleterre, mais ça a été le cas aussi des Etats Unis, qu’on parvient à construire une industrie et que ensuite une fois que l’industrie est forte, on est favorable au libre-échange, puisqu’on est puissant et on va conquérir les marchés des autres. Il montre que c’est le cas aussi pour son pays, la Corée du Sud, et j’en ai fait un bouquin qui reprend à la fois des parts de reportages, de rencontres avec les gens, mais aussi qui synthétise en quelques pages, par des interviews bien souvent, la pensée d’intellectuels, d’économistes, mais aussi de sociologues ou de démographes, comme Emmanuel Todd, qui ont posés la question du protectionnisme. Sachant que ça appartient au cœur idéologique de la gauche jusqu’en 1983.
C’est à ce moment-là qu’on a, du côté de François Mitterrand, un renoncement au protectionnisme. Il y a une très grosse bagarre qui est engagée, à l’époque, entre Michel Rocard, Jacques Attali… Et de l’autre côté Chevènement, pour savoir si on va proposer une autre politique ou bien, est ce qu’on va se fondre dans le modèle libéral européen. Finalement c’est Jacques Attali qui l’emporte, pas tout seul, sur le camp Chevènement et donc il y a cette grosse bagarre interne.
Cette gouvernance mondiale, c’est une nécessité ou une fatalité ? On peut en effet se poser la question. C’est une fatalité au sens où c’est une tendance de l’Histoire, qui ne peut être évitée que si on se repli sur soi et si on remet des frontières, des bunkers.
Dans ce cas-là, on aura le pire des deux mondes, c’est-à-dire qu’on aura un monde en plein désordre et on aura les conséquences d’un protectionnisme extrême. Il ne faut pas dire : « Le protectionnisme » comme ça dans le vague, comme si c’était le protectionnisme contre le libre-échange. Il faut voir que le libre échange est un projet démiurgique, un projet fou, mais ça peut être une géniale folie de penser qu’on va laisser les marchandises circuler comme ça dans le monde et que c’est ça qui va créer l’harmonie.
On va supprimer les taxes aux frontières, il n’y aura plus de douane, il n’y aura plus rien, et c’est de ça que va naitre le bonheur universel. Je pense qu’il y a quelque chose qui a un côté halluciné, génial là-dedans et que le protectionnisme, c’est l’inverse, c’est du bricolage, c’est du bidouillage, c’est pas un projet génial du tout, c’est : on se débrouille comme on peut, c’est à dire qu’il y aurait le libre-échange et le protectionnisme. Non, il y a le libre-échange et l’autarcie.
Et le protectionnisme n’est pas l’autarcie. C’est-à-dire qu’à l’intérieur du libre-échange, on peut mettre une dose de protectionnisme, et on a toute une zone grise entre l’autarcie et le libre-échange intégral, où il y a des mesures protectionnistes qui peuvent être prises. Mais ça n’est vraiment que du bricolage, par rapport à un projet idéologique et d’un idéal qui est celui du libre-échange.
Je ne suis évidemment pas partisan du tout de l’autarcie, je ne dis pas : « Soit on est ouvert, soit on est fermé, soit on laisse tout rentrer, soit il n’y a plus rien qui rentre. » L’outil protectionniste, parce que moi, je considère que ça n’est qu’un moyen, ensuite il faut déterminer quels sont les finalités qu’on vise en utilisant l’outil protectionniste. Cet outil protectionniste, il peut être très fin.
Il y a 10 000 lignes tarifaires à l’OMC, sur 10 000 produits différents. On pourrait dire : « Les pneus en provenance de Thaïlande, on va les taxer à 12%, en revanche, on va laisser rentrer les bicyclettes qui viennent de Chine sans taxe », tu comprends ? Et là, quand Marine Le Pen dit : « On va mettre une taxe à 35% universellement. », pour moi, c’est complètement débile, parce qu’il s’agit de se demander, produit par produit, ligne tarifaire par ligne tarifaire, quelle politique on veut mettre en œuvre, quelle politique industrielle ?
Cette expression : « politique industrielle », c’était une expression interdite par Bruxelles depuis les années 80. C’est-à-dire que l’Etat, ou les démocraties, ou les peuples, n’ont plus le droit de se demander : « Que veut-on produire ? » Et ça veut dire aussi : « Que ne veut-on plus produire ?
Où veut on le produire ? Comment veut-on le produire ? » Il s’agit d’avoir une politique industrielle qui se re-pose ces questions-là.
WHIRLPOOL UN SIGNAL A ENVOYER -Là je dis : « Ce n’est pas normal que des usines fassent des bénéfices et qu’elles délocalisent en Pologne. » Je ne suis pas d’accord du tout ! Donc tous les produits qui sont fait en Pologne ne devraient jamais revenir en France !
Je pense qu’il y a un signe à envoyer aux salariés de Whirlpool, Whirlpool étant un symbole de cette Europe qui déconne complètement. Il y a un signe à envoyer aux salariés et aux ouvriers de toute la France, à travers Whirlpool, en disant : « Même si ça heurte de front les traités européens, nous interdisons les produits Whirlpool sur le territoire français. » Ca durera ce que ça durera, en effet, il y aura des contestations, il y aura des tribunaux, il y aura tout ça, mais c’est un signe qui sera envoyé.
Maintenant, dans la durée, ce qu’il s’agit de faire, c’est de se dire : remettre en œuvre une politique industrielle qui s’appuie sur une politique commerciale, en disant : « Les chemises, on laisse tomber, on décide de ne plus produire de chemise en France ; mais par contre sur le lave-linge, on n’est pas d’accord, on doit garder une unité de production de lave-linge en France. » A ce moment-là, on instaure des quotas d’importation, on n’aura pas le droit de tout importer, il faudra préserver un marché local. Il faut se demander, produit par produit, quelle est la politique qu’on veut avoir.
Ca va avoir des incidences économiques phénoménales, des incidences sociales, politiques, et peut être des conséquences anthropologiques. J’y reviendrais, le terme fait peur, qui sont considérables. Donc, il s’agit d’une proposition tout à fait audacieuse, mise au cœur du débat politique, un peu par surprise pour ceux qui, depuis 20 ans, savent que ça existe mais ça restait un petit peu souterrain.
Marine Le Pen