Pierre Jouvet - Le Barbier du matin du 08/11/23
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, on va citer aussi votre commune, Saint-Vallier, dans la Drôme, on les salue ce matin. Alors on va parler de la NUPES, bien sûr, un mot d'actualité, le Parti Socialiste devait décider hier soir. Irez-vous ou non à la marche contre l'antisémitisme organisée à l'initiative du président du Sénat et de l'Assemblée Nationale ?
Oui, bien sûr, nous serons présents. Nous serons d'autant plus présents que, comme ça a été rappelé dans la chronique juste avant, c'est une proposition qui a été faite ici même par Olivier Faure dimanche, que le Parti Socialiste avait été déjà à l'initiative en 2019 de la dernière grande manifestation en France contre l'antisémitisme, que la lutte contre l'antisémitisme est évidemment au fondement même de ce qui porte les valeurs du Parti Socialiste. Par contre, je voudrais vous dire une chose sur cette manifestation.
Le fait de légitimer la présence du Rassemblement National de Jordan Bardella, qui n'a pas été capable de dire dimanche que le fondateur du Front National Jean-Marie Le Pen était antisémite, la présence de Marine Le Pen, la présence d'Éric Zemmour est profondément dérangeante. Et nous y serons dimanche, mais nous ne défilerons pas à côté de...
Mais comment les empêcher de venir ?
Je pense qu'il ne fallait pas les inviter. Et qu'en fait, à un moment, quand vous avez des gens qui font sauter toutes les digues, eh bien tout est permis. Eh bien moi, je vous le dis ce matin de manière très claire, le Rassemblement National est encore un parti antisémite. Et les propos de Jordan Bardella dimanche l'ont encore prouvé. Le Rassemblement National n'a pas changé. Le Rassemblement National ne changera pas. Et moi, je ne défile pas derrière la même banderolle que le président du Rassemblement National et Marine Le Pen.
Donc nous y serons, parce que c'est une nécessité d'y être, de dire qu'aujourd'hui dans ce pays, depuis le 7 octobre et les attaques terroristes du Hamas, il y a plus de 1000 actes antisémites dans ce pays que les Juifs de France ont peur. Et qu'aujourd'hui, notre place en tant que républicain, c'est de les défendre et de se lever tous ensemble pour faire bloc. Mais le Rassemblement National et l'extrême droite n'ont pas leur place. Et elle n'est pas légitime dans cette manifestation.
Donc vous irez, mais à un endroit différent du cortège.
Ça sera le même Rassemblement, mais pas la même manif au sens symbolique. Moi, j'appelle aussi, de manière très symbolique et très forte aussi ce matin, le président du Sénat, Gérard Larcher, la présidente de l'Assemblée Nationale, Yael Brown-Pivet, peut-être à revoir leur périmètre d'invitation. Et si le Rassemblement National n'était pas là, je crois que tout le monde s'en porte.
Mais Olivier Faure, dans sa proposition sur Radio-J la semaine dernière, lui aussi avait dit que le RN, oui, pourquoi pas ? C'est difficile d'empêcher les gens de venir. Il a été peut-être un peu flou là-dessus.
Je ne sais pas s'il a été flou. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que pour le Parti Socialiste, et y compris pour son premier secrétaire, le Rassemblement National n'a rien et n'aura rien, jamais pour nous, de républicains. Contrairement à ce que veut faire la Macronie, qui depuis maintenant plusieurs années, en fait et s'en sert aussi bien souvent, et en fait parfois un marche-pied électoral et électoraliste. Moi, je n'ai rien à voir avec ces gens. Je ne veux rien à voir avec ces gens. Et quand on combat l'antisémitisme, quand on combat la haine, quand on combat le racisme, le Rassemblement National n'a pas sa place à nos côtés.
Et pourtant, Marine Le Pen ne cesse de multiplier les déclarations, en soutien à Israël. Elle a été la première à dire que c'est un pogrom, ce qui s'est passé le 7 octobre. Pour vous, c'est de la façade, c'est de la posture, où il y a quand même une tentative de mutation de ce parti.
Non, c'est une stratégie. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le Rassemblement National met la lutte contre l'antisémitisme pour cacher ce qui est pour elle, en vérité, la nouvelle lutte. Le Rassemblement National, aujourd'hui, oppose les Français. Le Rassemblement National, dans ce moment et dans ce débat, souffle sur les braises d'une autre manière que bien d'autres dans la classe politique. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Je veux dire simplement par là qu'en fait, pour Marine Le Pen, l'anti-France, ce sont les musulmans, et qu'en fait, elles stigmatisent par ses positions et par ses choix cette population-là.
Fausse solidarité avec les juifs pour mieux attaquer les musulmans.
Oui, je le pense. Je le pense profondément. Je pense que c'est une organisation politique qui reste profondément raciste, malgré la façade, malgré les jolis costumes que ces députés peuvent mettre à l'Assemblée Nationale. Et que c'est en fait un parti qui est un parti porteur de haine, qui depuis sa création, je le rappelle, par des gens qui étaient des SS. C'est de ça dont on parle. Par le président fondateur du Front National, le père de Marine Le Pen, qui considérait que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire. Je rappelle quand même ça.
Donc il y a un moment, moi je veux bien qu'on mette tout dans le débat politique, mais je veux qu'on se rappelle de cette histoire politique-là, des propos qui sont portés, et je crois qu'aujourd'hui, le Rassemblement National fait encore partie de ces mouvements politiques qui divisent la société et qui fracturent profondément notre pays.
Alors en allant à cette manifestation dimanche, aurez-vous l'impression de participer à un rendez-vous des amis du soutien inconditionnel au massacre, comme le dit Mélenchon ?
Non, absolument pas. Je crois que c'est véritablement un tweet, une fois encore, qui n'a pas de sens. Je vais vous dire ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire et que je vais répéter ce matin. Je pense que pour le bien de tous, il serait bon que les proches de Jean-Luc Mélenchon lui ferment son compte Twitter ou lui suppriment son téléphone portable. Bon, il y a un moment, je pense qu'il faut quand même retrouver là aussi, dans le moment politique que nous vivons, d'un point de vue international comme national, un peu de retenue et un peu de sens.
Il y a une dérive presque antisémite chez Mélenchon ?
Non, je vais vous dire là aussi très sincèrement, je ne crois pas que Jean-Luc Mélenchon soit antisémite. Je ne le crois absolument pas. Je ne pense pas que la France Insoumise soit un mouvement antisémite, je ne le crois pas du tout. Je pense qu'il y a des positions qui sont prises, qui sont des positions de rupture et notamment des positions de conflit permanents qui n'ont pas de sens. Ce tweet-là, hier soir, il n'a pas de sens. Dimanche, c'est une manifestation de tous les républicains pour se lever contre l'antisémitisme qui est un poison.
Il peut avoir un sens ce tweet, c'est un sens islamo-gauchiste, c'est-à-dire flatter l'islam politique, les musulmans radicaux pour qu'ils votent et les filles.
Je pense que si c'est son but, je ne sais pas quel est son but derrière, je ne suis pas dans sa tête, heureusement pour moi, sans doute. Je pense que c'est une stratégie qui ne marche pas. Vous pensez que les musulmans de France sont des gens qui sont accrochés comme ça à tous les tweets qu'il y a derrière ?
Et qui pensent que le Hamas est un mouvement de résistance ?
Vous ne le croyez pas ? Je ne le pense pas. En tout cas, je pense que ça ne sert pas le débat politique. Je vais vous dire ce que je viens de vous dire précédemment sur le Rassemblement National, nous devrions tous le dire. Et là, ce matin, nous sommes à débattre de savoir sur des positions de Jean-Luc Mélenchon. C'est lui qui a créé le problème depuis le 7 octobre. Je l'entends. Et je pense que, d'ailleurs, le Parti Socialiste, depuis le 7 octobre, a eu la position sans doute la plus claire dans toutes les forces de gauche quand nous, on a qualifié ce qui doit l'être, c'est-à-dire le Hamas, comme une organisation terroriste.
Et comme je le rappelle, nous le faisons depuis plus de 20 ans au Parti Socialiste. Je rappelle que Lionel Jospin, dans un de ses déplacements d'ailleurs en Cisjordanie, avait été le premier responsable politique. Et il avait reçu des pierres. Et il avait reçu des pierres quand il avait dit que le Hamas était une organisation terroriste. Donc, moi, si vous voulez, sur le sujet, quand j'entends hier à votre micro le président du CRIF donner des leçons à Olivier Faure, moi, je n'ai pas de leçons à recevoir sur ce que nous faisons depuis 20 ans dans la défense, notamment, du peuple juif et dans la défense de ce que nous faisons pour lutter contre l'antisémitisme dans ce pays.
Ce que je dis, c'est qu'il y a à gauche des incapacités qui ont été faites ces dernières semaines à qualifier, comme ça devait être le cas de manière simple, le Hamas d'organisations terroristes qui nous ont mis dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui.
Elle est irréversible, cette situation. La NUPES, Annabelle, vous demandent de partir. D'autres le suggèrent. Olivier Faure dit que les conditions ne sont pas réunies pour que la NUPES puisse repartir. Mais est-ce qu'elle peut vraiment repartir ?
Mais la NUPES, c'est quoi ? La NUPES, c'est un rassemblement politique d'organisations politiques différentes. Chacun a son histoire, chacun a son identité. Pour gagner des élections. Vous l'entendez tout à l'heure, c'est un accord électoral. C'est un accord électoral qui permet d'agréger les forces de gauche. Qu'est-ce que ça veut dire la NUPES ? Moi, je suis aujourd'hui attaché, comme hier et pour demain, au rassemblement de la gauche et des écologistes. Parlons-nous franchement. On veut quoi demain dans ce pays ? On veut que Marine Le Pen soit présidente de la République et Jordan Bardella président de la République ? Non, on ne le veut pas.
Donc, reconstruisez une gauche républicaine de gouvernement. On doit reconstruire le rassemblement de la gauche et des écologistes qui sont capables de présenter demain, c'est ce que nous souhaitons au Parti Socialiste, un candidat unique de la gauche et des écologistes en 2027. LFI ne peut pas être dedans. Maintenant, c'est fini. Aujourd'hui, le sujet, ce n'est ni les personnes, ni le mouvement politique en tant que tel de LFI, de Jean-Luc Mélenchon ou de je ne sais qui. Le sujet, ce sont les électeurs de gauche dans ce pays qui ont besoin d'une offre politique rassemblée qui leur propose un projet. Nous y travaillerons et nous y travaillons dans ce cadre du rassemblement.
Vous savez, les Françaises et les Français de gauche sont attachés au rassemblement de la gauche et de l'écologie. Je l'ai dit, vous l'avez rappelé dans une interview dernièrement, je pense qu'ils en ont un peu ras-le-bol des outrances et des sorties de Jean-Luc Mélenchon et un peu, mon terme est sans doute trop faible. Mais je constate aussi qu'à la dernière élection présidentielle où le Parti Socialiste n'avait pas fait la NUPES, où le Parti Socialiste n'était pas, comme c'est maintenant dans le débat politique courant de le dire avec la France Insoumise, la candidate à la présidentielle Anne Hidalgo a fait 1,7% et Jean-Luc Mélenchon en a fait 22.
Il y a un moment, la réalité, c'est aussi une réalité électorale et je suis désolé de constater qu'on se doit aujourd'hui socialiste, écologiste, communiste, insoumis. Et j'entends de nombreuses voix chez les insoumis qui demandent autre chose aujourd'hui. Clémentine Autain hier sur France Inter, François Ruffin, Raquel Garédois, Alexis Corbière, ils sont nombreux et je pense que dans le mouvement, ils sont nombreux.
Et ils se font sanctionner.
Qu'ils se fassent sanctionner. Mais vous savez, la structure qui sanctionne et la structure bureaucratique qui veut mettre de côté des gens qui sont en désaccord politique sur le fond, ça ne fonctionne jamais. Et donc, je crois que nous devons reconstruire une alternative et une force politique qui nous permettent demain de présenter des candidats rassemblés aux prochaines élections pour gagner. Parce que moi, je vous le redis, je ne veux pas de Marine Le Pen présidente de la République, ce qui paraît être un espèce de lieu commun maintenant où on se dit, tiens, on va attendre 2027 pour que Marine Le Pen soit présidente de la République.
Raquel Garédo et d'autres dissidents, ils seraient les bienvenus chez vous, au PS ?
Mais je pense que ce n'est pas une histoire qu'ils viennent au PS ou qu'ils ne viennent pas au PS. Ils sont insoumis, on n'a pas toujours les mêmes positions sur tous les sujets. Je pense que nous devons construire un chemin et qu'ils doivent, eux, à l'intérieur de leur mouvement, faire avancer et faire évoluer les choses. Sans Jean-Luc Mélenchon, c'est ça le problème. C'est lui le problème. C'est ce que j'ai lu, en tout cas. Raquel Garédo dit que la France insoumise peut se passer de Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon, lui-même, d'ailleurs, avait dit à l'époque, faites mieux, je voudrais être remplacé, bien qu'il soit remplacé.
Moi, je crois qu'aujourd'hui, force est de constater, et je le dis très franchement aussi à regret, parce que je pense que les débats sur les personnes sont toujours des débats crispants et compliqués. Je constate qu'aujourd'hui, la personnalité de Jean-Luc Mélenchon est devenue une personnalité qui est une personnalité trop clivante, une personnalité inquiétante, et je crois que si Jean-Luc Mélenchon aime la gauche, il devrait se retirer. Oui, clairement.
C'est clair. Un mot sur la loi immigration. L'article 3 est supprimé, mais on pourra régulariser les clandestins dans les métiers en tension grâce à une sorte de super circulaire valse. Les préfets pourront le faire. De la même manière, l'AME devient un AMU. Il y aura une aide médicale, mais seulement en cas d'urgence. Ça vous convient si ça vient à l'Assemblée comme ça, ce texte ? Vous voyez, Christophe Barbier,
on revient sur ce que je disais auparavant. On a une droite républicaine qui s'allie avec les macronistes hier dans les alcoves du Sénat pour faire ce qui est pour moi une honte absolue dans ce pays. C'est une loi IRN ? Le pays des droits de l'homme va laisser crever des gens dans la rue parce qu'ils n'auraient pas le bon papier, parce qu'ils n'auraient pas une bonne carte d'identité. On va dire qu'on va supprimer l'aide médicale d'État pour simplement faire plaisir à quelques électeurs du Rassemblement national et faire plaisir à l'extrême droite française 0,5% du budget des dépenses de santé dans notre pays. C'est de ça dont on parle.
Et on va faire un débat national là-dessus par populisme, par démagogie. Et toute la droite républicaine et la Macronie, le gouvernement, sans faire là-dedans, c'est une honte. Cette loi immigration est une honte dans la manière dont elle est présentée et dont elle est portée aujourd'hui dans le débat.
Eh bien, elle arrivera le 11 décembre à l'Assemblée. Pierre Jouvet, porte-parle UPS. Merci, bonne journée. Merci à vous.
Merci beaucoup Christophe Barbier. La phrase à retenir de votre invité ce matin, le Rassemblement national est encore un parti antisémite. Le RN n'a pas changé. Ainsi, je ne défilerai pas derrière la même banderole que le président du Front national et de Marine Le Pen.
Pierre Jouvet