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interviewBLAST (sur YouTube)· 13 juillet 2023 9 min

VIOLENCES POLICIÈRES : TOUT LE MONDE DÉTESTE LES TARTUFFES

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Tout le monde déteste la police. Il y a une partie de la jeunesse qui est en extrême souffrance. C'est la responsabilité des parents de les garder au domicile.

J’ai été à l'origine personnellement d'une loi qu'ils ont appelée "permis de tuer". Lorsqu'ils ne peuvent pas immobiliser autrement un véhicule. Quand on représente d'une certaine façon la République, on n'a pas sa place dans des manifestations qui sont interdites.

Cette interdiction nous apparaît comme une provocation. Vous détestez la police Mathilde Panot, comme le disaient ces manifestants ? Je ne suis pas chef choriste, ce n'est pas moi qui chante les choses.

Qu'est-ce qu'un tartuffe ? D'après le dictionnaire, c'est un personnage pétri d'hypocrisie. Et ces jours-ci, un peu plus que d'habitude, on en trouve à peu près partout au sein de la droite française et parmi ses journalistes d'accompagnement.

Prenons par exemple le cas de François Hollande, ancien président de la République française. Après la révolte consécutive à l'exécution d'un adolescent de Nanterre par un policier, il a d'abord déclaré le 2 juillet sur une chaîne d'information en continu. Il y a une partie de la jeunesse qui est en extrême souffrance après la crise sanitaire, l'inflation, la paupérisation, c'est vrai.

Mais aucune cause sociale ne justifie le recours à la violence. Quand il y a des injustices, et il y en a, quand il y a une marginalisation, des discriminations, et il y en a, eh bien c'est dans la démocratie que ça se travaille, c'est pas par l’émeute. Puis il a ajouté qu'il n'y avait donc pas d'autre issue que de rétablir l'ordre républicain.

Ça c'est l'immédiat. Il est très important de remettre de l'autorité et de l'ordre. Puis enfin, il s'en est pris au député Insoumis qui avait osé lancer des appels à la justice et il a décrété que… La responsabilité de la gauche qui veut gouverner, c'est de s'affirmer pour elle-même, de défendre une conception de l'autorité et de l'égalité.

François Hollande semble donc avoir un petit problème de mémoire. Il donne par exemple l'impression d'avoir déjà oublié qu'il a lui-même été pendant cinq ans à l'Élysée et qu'il a mené une politique qui a si profondément creusé les inégalités sociales qu'à la fin de son mandat, les Françaises et les Français lui ont demandé de partir et de ne jamais revenir. Non, ne reviens pas, prends tes affaires, rentre chez toi.

Et surtout, lorsqu'il commande doctement le décès d'un adolescent abattu par un fonctionnaire de police, il oublie soigneusement de préciser qu'en 2017, c'est lui qui a modifié, avec Bernard Cazeneuve, qui était alors son ministre de l'Intérieur, les conditions d'ouverture du feu des policiers. Avec ce résultat édifiant que la police a tué 4 fois plus de personnes pour refus d'obtempérer dans le cours des cinq dernières années que lors des vingt années précédentes, comme l'a récemment relevé le site Basta!.

Mais soyons justes et reconnaissons qu'en matière d'hypocrisie, Emmanuel Macron, successeur de François Hollande à l'Élysée, est infiniment plus performant encore que son prédécesseur. On l'a déjà évoqué dans cette chronique la semaine dernière, mais il faut y revenir parce que c'est une illustration assez spectaculaire du sans gène macroniste. Après le soulèvement consécutif au meurtre de Nanterre, le chef de l'État et son ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, ont déclaré qu'il fallait que les parents prennent leur responsabilité morale et pénale.

Un tiers des interpellés de la dernière nuit sont des jeunes, parfois des très jeunes. C'est la responsabilité des parents de les garder au domicile. Mais dans la vraie vie, ces deux personnages donnent précisément l'exemple de l'irresponsabilité morale et pénale la plus absolue, puisqu'Emmanuel Macron, dont le plus proche collaborateur, Alexis Kohler, est mis en examen pour prise illégale d'intérêts, soutient aussi Eric Dupond-Moretti, qui a quant à lui été renvoyé au procès par la Cour de Justice de la République.

Autre hypocrisie, depuis deux semaines, les macronistes lancent des attaques verbales extrêmement brutales contre toute une partie de la gauche, en lui reprochant d'avoir encouragé des émeutiers. C'est évidemment un mensonge, mais pourquoi se gêner ? Elisabeth Borne, qui avait déjà fait des déclarations similaires peu de temps après les dernières élections législatives, a même décrété que les députés Insoumis, coupables selon elles de ne pas souscrire à la propagande gouvernementale, sont, je cite, "sortis du champ républicain".

Pendant ce temps, à l'extrême droite, les Républicains multiplient les déclarations ordurières. Bruno Retailleau, président du groupe républicain au Sénat, a très tranquillement déclaré sur France Info, le 5 juillet, en parlant des jeunes révoltés des quartiers populaires. Certes, ce sont des Français, mais ce sont des Français par leur identité.

Et malheureusement, pour la deuxième, la troisième génération, il y a comme une sorte de régression vers les origines, vers les origines ethniques. Même le journal Le Monde, qui a un peu de mal à bien comprendre que plus rien ne différencie la droite républicaine de l'extrême droite, a trouvé ces mots particulièrement choquants. Et bien sûr, le député Éric Ciotti, président des Républicains, s'est une nouvelle fois déchaîné, comme à chaque fois qu'il pense pouvoir gratter quelques voix sur son extrême droite.

Pour lui, comme pour François Hollande, la priorité aujourd'hui c'est le retour à l'ordre. Et pour cela, proclame-t-il, nous devons nous attaquer à l'immigration de masse qui déstabilise trop nos territoires. Fermez les guillemets.

Mais l'excellente Madame Borne, qui n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale et qui a donc grand besoin du soutien de ce parti que plus rien ne différencie du Rassemblement national, a pris grand soin de ne pas l'exclure de ce qu'elle appelle l'arc républicain. Pour le pouvoir macroniste, il est donc parfaitement permis de dire des horreurs sur l'immigration, comme le font les républicains. Ça passe crème et c'est considéré comme tout à fait admissible.

Mais si la gauche réclame plus de justice et moins de violences policières, elle est aussitôt excommuniée par Elisabeth Borne. Cette façon de voir n'est pas spécifique au gouvernement, c'est aussi celle des journalistes dominants qui peuvent eux aussi se comporter en tartuffe de compétition, comme vient encore de le montrer une intéressante séquence télévisuelle. Le dimanche 9 juillet à midi, sur BFMTV, le journaliste Benjamin Duhamel, très remonté, reçoit la députée Mathilde Panot, qui a osé participer 24 heures plus tôt, avec plusieurs autres parlementaires insoumis et écologistes, à un défilé en mémoire d'Adama Traoré qui avait été interdit par la préfecture de police.

Le journaliste, qui semble avoir beaucoup de mal à accepter que des députés osent manifester contre les violences policières sans attendre l'autorisation de la police, pose d'abord cette question à son invitée. Est-ce que c'est la place d'élus de la République de se rendre dans des manifestations interdites, demande-t-il. Puis il se fait à lui-même cette réponse, moyennement surprenante.

Quand on est élu de la République, quand on fait la loi, quand on représente d'une certaine façon la République, on n'a pas sa place dans des manifestations qui sont interdites. Puis il explique, toujours très remonté, que parmi les slogans entendus lors de cette manifestation, il y avait celui-ci. Tout le monde déteste la police.

Pire, selon cet émotif journaliste, des élus Insoumis sont restés mutiques alors même que des manifestants scandaient ce type de slogan. Benjamin Duhamel pose donc à son invité la question que tout le monde attendait. Vous détestez la police Mathilde Panot, comme le disaient ces manifestants ?

La députée se défend. Vous nous avez entendu chanter ce slogan, monsieur Duhamel ? Mais il en faut beaucoup plus pour déstabiliser Benjamin Duhamel qui lui rétorque "Mais vous ne quittez pas non plus la manifestation quand on est dans un rassemblement et qu'il y a ce type de slogan, si on n'est pas d'accord, on s'en va." Reprenons.

Pour ce journaliste exemplaire, si vraiment Mathilde Panot n'est pas d'accord avec le slogan disant que "Tout le monde déteste la police", la députée aurait dû quitter la manifestation durant laquelle ce slogan a été chanté pour mieux marquer sa désapprobation. Selon Benjamin Duhamel, en restant dans cette manifestation, Mathilde Panot a montré qu'elle était en réalité d'accord avec ce slogan et qu'elle soutenait par conséquent des gens qui osent dire qu'ils détestent la police, ce qui, soit dit en passant, et jusqu'à preuve du contraire, n'est toujours pas un crime. Cette démonstration de Benjamin Duhamel est intéressante.

Mais il y a plus intéressant encore, car comme on l'a dit, ce journaliste travaille pour BFMTV. Et cette chaîne reçoit régulièrement un agitateur d'extrême droite, plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse, qui profite de chacune de ses des invitations pour dérouler sa propagande haineuse. Et pourtant, Benjamin Duhamel, qui reproche à Mathilde Panot d'avoir cautionné par sa présence dans une manifestation des propos hostiles à la police, n'a pas quitté, lui, BFMTV, où un politicien xénophobe vient donc régulièrement cracher son venin.

Est-ce que ça veut dire que Benjamin Duhamel cautionne les propos de ce démagogue ? Ou est-ce que c'est plutôt qu'il est lui aussi un tout petit peu hypocrite, lorsqu'il exige d'une députée Insoumise qu'elle fasse ce qu'il dit, mais pas ce qu'il fait ? Cette interdiction nous apparaît comme une provocation.

Merci d'avoir suivi cette chronique, à la semaine prochaine.

VIOLENCES POLICIÈRES : TOUT LE MONDE DÉTESTE LES TARTUFFES — François Hollande · Pourquijevote