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interviewFrance Culture — Sens politique· 9 novembre 2024 42 min

Valérie Hayer (Renew) : « Rien n’imposait la dissolution »

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Sens Politique, l'émission qui prend le temps de connaître une invitée pour décrypter avec elle son parcours, son engagement et sa personnalité au rythme de l'actualité. Voilà une élue Renaissance qui a un ancrage local, la Mayenne et plus précisément Saint-Denis-d'Anjou au sud du département à 5 km de là où elle a grandi, dans une ferme au nord d'Angers et au sud-ouest du Mans. De cette commune de 1500 habitants, elle est conseillère municipale à seulement 21 ans, nous sommes en 2008, étiquette UDI, le centre droit. En 2015, elle se présente au cantonal devenu départemental à Château-Gontier, là où elle est née.

Diplômée de droit public, elle fait ses classes au Sénat comme assistante parlementaire et au Parlement européen déjà, auprès de Jean Arthuis, étiquette UDI. Et puis 2017, 31 ans et l'appel de la République en marche, elle rejoint Emmanuel Macron et est élue au Parlement européen en 2019, 19ème sur la liste emmenée à l'époque par Nathalie Loiseau. Ce sera son tour, quelques années plus tard, janvier 2024, après un remaniement surprise du gouvernement où elle a bien failli entrer, elle remplace Stéphane Séjourné, élue présidente du groupe Renew au Parlement européen, lui a été nommé au cas d'Orsay. On l'a dit, loyale et ambitieuse. Elle, l'européenne, aime citer Jacques Delors et Simone Veil.

Les Français l'ont découverte comme candidate aux élections européennes pour le camp d'Emmanuel Macron. Cinq mois plus tard, elle revient sur cette aventure au micro de France Culture et nous livre ses analyses sur les conséquences pour l'Union européenne de la victoire de Donald Trump. Bonjour Valérie Hayé.

2:06
Valérie Hayer

Bonjour Astrid Demilaine.

2:08
Présentateur

Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 13h30. Comment, Valérie Hayé, avez-vous reçu l'annonce des résultats de l'élection américaine et cette victoire de Donald Trump ?

2:26
Valérie Hayer

C'est un choc. Ça a été un choc. On savait que le résultat serait probablement serré. Or, Donald Trump a remporté les votes populaires. Et donc, c'est à la fois un choc et une nécessité d'être vigilant pour la suite, mais c'est aussi, je crois, le temps du sursaut. Et donc, l'espoir qu'au niveau de l'Europe, enfin, on prenne les décisions qu'on sait qu'on doit prendre depuis des années maintenant pour accélérer sur notre indépendance. On avait un constat partagé sur la nécessité d'avancer sur une politique industrielle, sur l'Europe de la défense, d'avoir une voix forte dans le monde. Eh bien, le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis ne fait que conforter ces urgences-là.

Et j'espère que l'ensemble des 27 chefs d'État et de gouvernement prendront la mesure de cette urgence.

3:15
Présentateur

L'ancien président François Hollande prévoit, je cite, une période de tension avec l'Europe. Est-ce aussi votre cas ?

3:22
Valérie Hayer

Bien sûr. On voit déjà la campagne qu'a menée Donald Trump. On sait qu'il est imprévisible, qu'il sera très agressif. Il a déjà annoncé des tarifs douaniers et donc une guerre commerciale contre l'Europe, notamment, pas que, mais notamment contre l'Europe. Il a prétendu qu'il réglerait la guerre russe en Ukraine en 24 heures. Et on connaît ces provocations. La réalité, c'est que, même si, évidemment, Trump va probablement accélérer les tensions, elles existaient déjà, même sous l'ère démocrate. Ça, on a parfois oublié de le dire, mais les États-Unis se sont détournés de l'Europe déjà depuis un moment. Obama, dès 2011, avait engagé un tournant vers l'Asie.

On se souvient du retrait de l'Afghanistan des États-Unis. On se souvient du sous-marin français qui n'a pas été acheté par les États-Unis. On se souvient que Trump avait mis en place des tarifs douaniers sous son premier mandat et que Biden ne les avait pas retirés. L'IRA américain, en 2022, c'est plus de 1 000 milliards d'euros d'investissement dans l'industrie verte en attirant nos industries européennes. Tout ça, c'est aussi l'ère démocrate. Et il faut qu'on assume le rapport de force, évidemment, qui va s'accélérer avec Donald Trump.

4:41
Présentateur

Alors parlons, en effet, des droits de douane qui pourraient être l'une des premières conséquences de cette élection, de cette prise de fonction de Donald Trump. Il annonce vouloir les élever de 10 à 20 %. Comment l'Europe, à votre avis, Valérie Ayet, vous qui êtes présidente du groupe Renew au Parlement européen, doit-elle se défendre dans cette guerre commerciale qui s'annonce ? Est-ce qu'il faut prendre des mesures de rétorsion similaires face aux produits américains, par exemple ?

5:04
Valérie Hayer

D'abord, personne n'a intérêt à engager de guerre commerciale. Ça veut dire hausse des prix des produits pour les consommateurs, tant européens qu'américains. Ça veut dire qu'on expose les pays au risque de mesures de rétorsion, évidemment, qui pénaliserait la capacité de nos entreprises à exporter et donc à produire des richesses et ensuite à générer des emplois. Et d'ailleurs, l'Europe a toujours été dans une dynamique où on ne cherche pas la guerre commerciale et on travaille pour renforcer le multilatéralisme. Or, voilà, il y a une nouvelle réalité aujourd'hui. Donc, il faut qu'on soit prêts à montrer les muscles.

On a, durant le précédent mandat au Parlement européen, mis en place des instruments de défense commerciale. Ça paraît un peu jargonnant, mais en fait, c'est comment on se défend, comment on protège nos intérêts et nos entreprises dans le cas d'attaques ou d'agressivité commerciale de la part de pays tiers. On parle des États-Unis, mais on peut aussi parler de la Chine. Et ces instruments, c'est la possibilité de mettre en place des tarifs douaniers. On l'a fait notamment récemment sur les véhicules électriques chinois. C'est le fait de garantir la réciprocité dans l'accès au marché public, par exemple.

Et en clair, de dire, voilà, les règles du jeu du commerce international, on a été les seuls à les respecter jusqu'à présent. Maintenant, il y a des agressions, des menaces d'agression. Et donc, il faut qu'on soit en capacité, y compris de réagir, effectivement, par des tarifs douaniers demain, si Donald Trump joue ce jeu-là. Moi, je voudrais quand même aussi qu'on prenne un peu de recul. Trump, visiblement, déteste les Européens ou veut jouer le rapport de force au maximum. Non seulement, il faudra qu'on soit unis, nous, les 27, pour mettre en place ou réagir à ces attaques commerciales. On a une force qui est incroyable. C'est notre marché. C'est 450 millions de consommateurs.

Et évidemment que les entreprises américaines, elles ont besoin de notre marché à des conditions qui soient les plus favorables possibles. Donc, je pense qu'il faut jouer le rapport de force maintenant et que Donald Trump comprendra très, très vite qu'y compris pour ses boîtes américaines, il n'a aucun intérêt à être aussi agressif et aussi offensif vis-à-vis des Européens.

7:08
Présentateur

Et sur la sécurité en Europe, la guerre en Ukraine, quelles conséquences concrètes prévoyez-vous après cette élection de Donald Trump, Valérie Ayé ?

7:16
Valérie Hayer

Alors, l'aide militaire américaine à l'Ukraine est décisive. On a vu déjà qu'y compris sous l'administration Biden, ça avait été très compliqué de lancer le dernier paquet d'aides militaires à l'Ukraine. L'Union européenne fait beaucoup. On a mis 120 milliards d'euros sur la table si on cumule à la fois l'aide militaire, l'aide humanitaire et l'aide financière. Les États-Unis, à peu près 50 milliards. Et c'est clair que si demain, Trump dit qu'on arrête l'aide militaire à l'Ukraine, l'aide financière à l'Ukraine, ça va poser un énorme problème. Et ça, on aurait dû l'anticiper en amont, évidemment.

Et donc, évidemment, la question de la politique industrielle et de la politique de défense européenne, ça faisait partie des lubies françaises. Vous savez, les choses que les Français portaient depuis des dizaines d'années. Nos partenaires en Europe ne voyaient pas l'intérêt de construire une défense européenne, parce qu'ils avaient chacun une histoire personnelle avec les États-Unis et qu'ils pensaient qu'on bénéficierait tout le temps du parapluie américain. Or, avec Trump, c'est sûr qu'on n'en bénéficiera plus. Et la défense des intérêts de l'Ukraine, on l'a beaucoup dit, mais c'est une réalité. La sécurité de l'Ukraine, c'est aussi notre sécurité.

Qu'est-ce qui se passe si demain, l'Ukraine tombe ? Peut-être que Vladimir Poutine sera encore plus offensif vis-à-vis de nous. Il l'est déjà, avec de la désinformation et des alliés qu'il a aujourd'hui en Europe, quand on parle de Viktor Orban, quand on parle du Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella aujourd'hui. Donc, il faut véritablement qu'on crée les conditions de notre propre indépendance et de notre propre sécurité. Ça veut dire continuer à aider l'Ukraine militairement, d'un point de vue humanitaire, d'un point de vue financier. Et ça veut dire mettre les bouchées doubles sur la défense européenne.

Acheter en commun, assumer une préférence européenne dans les marchés publics, unir ce marché. Je vous donne juste un exemple sur les éléments militaires, mais on a en Europe aujourd'hui 17 types de chars différents. Les États-Unis n'en ont qu'un seul. Donc, il faut véritablement qu'on coordonne, que nos industries de défense européennes se coordonnent, travaillent mieux ensemble pour être beaucoup plus efficaces et avoir une puissance qui soit bien plus importante.

9:21
Présentateur

Mais est-ce que ce que vous appelez de vos voeux est possible dans une Europe qui semble si divisée ?

9:28
Valérie Hayer

On n'a plus le choix. On n'a plus le choix aujourd'hui. Et moi, je voudrais quand même qu'on se remette un peu en arrière. En 2022, début de l'agression, elle a commencé avant, mais en tout cas le moment où la Russie agresse massivement l'Ukraine. Je pense que Vladimir Poutine avait parié sur la division des Européens. Or, on a réussi à avoir une voie unique, malgré Viktor Orban, malgré certains qui disaient « mais est-ce qu'il faut véritablement aider l'Ukraine ? » Donc, moi, je veux qu'on se rapporte à ces derniers éléments et on est dans un moment critique. Si on ne prend pas les bonnes décisions aujourd'hui, à 27, de manière unie, eh bien, on va être mis sur le côté.

Potentiellement, on va se faire agresser par la Russie de Vladimir Poutine. On va être mis sur le banc, au banc des grandes puissances de ce monde. Et donc, on n'a pas d'autre choix, d'un point de vue de notre sécurité collective, d'un point de vue de notre compétitivité, que de prendre des décisions majeures. Il y a eu un sommet informel des chefs d'État et de gouvernement en fin de semaine en Hongrie. Et il y aura un sommet plus formel le mois prochain. J'espère et j'attends des chefs d'État et de gouvernement qui prennent les bonnes décisions à la hauteur des enjeux et, en fait, des menaces qui pèsent sur nous.

10:39
Présentateur

Vous êtes en train de nous dire, et c'est un peu ce qu'on commence à entendre dans la communauté internationale ou européenne, que, paradoxalement, cette victoire de Donald Trump pourrait presque être une opportunité européenne. Et vous parliez de ce sommet de Budapest, où, en effet, Viktor Orban et Emmanuel Macron avaient à peu près les mêmes mots. Nous ne pouvons pas attendre des Américains qu'ils nous défendent seuls. Ça, c'est pour Viktor Orban. Emmanuel Macron qui a appelé à renforcer, comme vous, l'Europe de la défense, qui propose un réveil stratégique. Même si, en effet, on se demande s'il n'arrive pas un peu tard, ce réveil stratégique, s'il a lieu.

11:09
Valérie Hayer

Totalement, ça doit être vu comme une opportunité. Moi, ce que je vois depuis 2019, depuis que je suis au Parlement européen et que j'expérimente les affaires européennes de manière très concrète en tant que députée européenne, c'est que, trop souvent, les États attendent d'être au pied du mur pour prendre des décisions courageuses. Je vous donne un exemple. Ça faisait des années que nous, Français, notamment, et d'ailleurs Emmanuel Macron l'avait poussé dès 2017, la nécessité d'avoir, de développer notre autonomie stratégique, de faire des investissements en commun. 2020, crise sanitaire, on lance le plan de relance parce que les économies européennes étaient à terre.

C'était un tabou absolu pour beaucoup d'États et, en fait, Angela Merkel a eu ce sens, ce pragmatisme et elle a dit « Ok, on lève ce tabou parce que, moi, j'ai besoin que mon économie allemande aille bien et, pour cela, il faut que l'économie italienne ou roumaine aille bien ». Et donc, ça a été un premier tabou qui a été levé. Mais il a fallu attendre qu'on soit au pied du mur pour ça. Et c'est trop souvent l'attitude, une forme d'attentisme des États.

Alors, on a la chance, et je le dis véritablement en toute sincérité, d'avoir le leadership d'Emmanuel Macron qui est porteur d'idées, je le redis, sur la défense européenne, sur l'autonomie stratégique, sur le fait d'avoir une voix unique qui porte dans le monde. Et il faut d'autres leaders en Europe qui soient vraiment offensifs et qui assument de faire de l'Europe une puissance dans ce monde pour ne pas rester sur le bas-côté. Ensuite, moi, quand même, quand j'entends le discours de Victor Orban, qui parle aujourd'hui d'autonomie stratégique, qui est relayé d'ailleurs par le Rassemblement national en France, ça me fait doucement rire.

On sait que Victor Orban, il est le cheval de Troyes de Vladimir Poutine et de Donald Trump en Europe. On sait qu'il est à la ligne directe de Donald Trump. Trump l'a cité en modèle, parce qu'évidemment, il partage une certaine vision de la démocratie. Et leur démocratie, c'est ce qu'ils ont appelé les démocraties illibérales. Nous, au Parlement européen, on a appelé la Hongrie, on a qualifié la Hongrie de démocratie, d'autocratie électorale. L'opposition y est harcelée. La presse indépendante, elle est muselée. Les juges sont mis au pas. On va vous écouter justement, Valérie Ayet.

13:17
Présentateur

C'est le principe de cette émission, vous le connaissez. C'est une première archive sonore. C'est la vôtre. Vous étiez au Parlement européen le 9 octobre dernier, devant Victor Orban, Premier ministre hongrois, qui exerce depuis le 1er juillet la présidence tournante de l'Union européenne.

13:33
Valérie Hayer

Je commence avec une question, M. Orban. Ça doit vous changer d'être ici ? Vous n'avez pas l'habitude d'être face à un Parlement qui vous demande des comptes. Et c'est bien ce qu'on a prévu de faire ce matin. Vous demandez des comptes. Et moi, je vais vous demander des comptes sur nos valeurs, sur notre argent et sur notre géopolitique. Je commence avec une question, M. Orban. Qui êtes-vous aujourd'hui ? Il est où le combattant de la liberté, celui qui commémorait Imre Nagui ? Vous clamez « Vive la liberté » et vous faites adopter des lois qui réduisent le doigt de manifester. Vous tourmentez des femmes qui veulent avorter en les forçant à écouter le cœur des fœtus.

Vous clamez « Vive la famille » et vous pourchassez toutes les familles qui ne correspondent pas à votre vision étriquée du monde. Vous clamez « Vive la famille » et encore. Alors vous pouvez mettre au pas des juges en leur imposant une retraite forcée. Mais ce n'est pas cela qui fera renoncer vos compatriotes à une justice indépendante. Vous pouvez espionner des journalistes avec Pegasus. Vous pouvez placer vos fidèles à la tête des grands médias. Mais ce n'est pas cela qui fera renoncer les Hongrois à la liberté d'expression.

14:44
Présentateur

C'était vous qu'on entendait Valérie Hayé il y a un mois devant Viktor Orban. C'est vrai que quand on voit ces différences stratégiques, diplomatiques et même sur les valeurs, on se demande comment l'opportunité dont vous parliez tout à l'heure va être possible face à un Donald Trump dans une Europe qui se divise sous nos yeux.

15:02
Valérie Hayer

Exactement. C'est d'autant plus important que les 26 autres leaders européens soient fermes vis-à-vis de Viktor Orban et un constat partagé et partagent des solutions. Quand on parle d'Ukraine, de défense européenne, de compétitivité, d'investissement en la matière pour ramener des industries sur nos territoires, ça veut dire qu'il faut être ferme vis-à-vis de Viktor Orban. L'Europe a été parfois pas à la hauteur des enjeux sur la question du respect de nos démocraties et on a en Europe ce qu'on appelle l'article 7 des traités. C'est un article qui dit que si un État ne respecte plus nos valeurs fondamentales, alors on peut lui suspendre le droit de vote au Conseil.

Le Conseil, c'est le moment où les chefs d'État ou les ministres se réunissent pour discuter et voter sur les lois européennes. Ça n'a toujours pas été mis en œuvre et on demande avec le Parlement européen et avec mon groupe qu'on le mette en œuvre.

16:02
Présentateur

Mais est-ce qu'il faut les modifier, ces institutions ? Est-ce qu'elles sont trop clémentes ? Puisqu'il existe cet article 7, il a déjà été enclenché, déclenché, mais ça n'aboutit pas.

16:11
Valérie Hayer

En fait, pour le mettre en œuvre, il faut l'unanimité des autres. Et donc, quand il avait été tenté de le mettre en œuvre, à l'époque, le piche polonais, donc l'extrême droite polonaise, était au pouvoir et donc s'était opposé à la mise en œuvre du mécanisme pour la Hongrie de Viktor Orban, il faut qu'on le remette sur la table. C'est la demande que, d'ailleurs, j'ai formulée à la présidente de la Commission européenne dans le cadre de ce discours aussi, pour qu'on avance effectivement, pour faire respecter nos principes fondamentaux en Europe. Je le disais, vous avez repassé mon discours. Ce qui se passe en Hongrie, c'est des atteintes quotidiennes à nos valeurs fondamentales.

Une opposition harcelée, une presse indépendante qui est muselée, des juges qui sont mis à la retraite, une corruption généralisée et une situation économique désastreuse. Les Hongrois, le pays, tous les jours, avec une inflation record. Donc c'est ça la réalité de ce qui se passe aujourd'hui. Et on demande simplement à Viktor Orban de respecter les traités, c'est-à-dire le principe de non-discrimination, le principe de ne pas laisser place à l'arbitraire. Donc là, il faut qu'on soit extrêmement ferme. Maintenant, la balle est dans le camp de la Commission européenne et des États membres. En tout cas, la ligne du Parlement européen est extrêmement claire sur cette question.

17:29
Présentateur

Peut-être un dernier mot sur le couple franco-allemand, qui avait déjà du plomb dans l'aile. Là, on a eu un grand absent, c'est le chancelier Olaf Scholz à ce sommet de Budapest dont vous parliez. Il n'a pas pu y aller en raison de l'instabilité politique, la chute de sa coalition. Il a limogé son ministre des Finances, qui d'ailleurs est un de vos alliés au sein de Réunion au Parlement européen. Est-ce que vous êtes inquiète de cette situation ? Et peut-être aussi des législatives anticipées qui auront lieu normalement en 2025, dans un contexte de montée des populismes ?

18:01
Valérie Hayer

Bien sûr, la situation est très inquiétante. L'Allemagne vit une double crise. D'abord, elle est une crise structurelle et une crise politique. Son modèle est structurellement remis en cause, parce que l'Allemagne s'était mise dans les mains de la Russie pour son approvisionnement énergétique, dans les mains de la Chine sur le volet commercial, et dans les mains des États-Unis sur la question de la défense et de la sécurité. Aujourd'hui, c'est tout son modèle qui est remis en cause. Il y a ce questionnement structurel sur quel nouveau modèle doit émerger. Et puis, il y a cette crise politique.

La réalité, c'est que je crois que ça n'étonne personne, parce que la coalition qui a été mise en place il y a trois ans fonctionnait très difficilement. C'est une forme de clarification, mais évidemment, ça arrive au pire moment. Ça arrive au moment où l'Europe doit parler d'une seule voix, où l'Allemagne doit assumer un leadership. Alors souvent, vous l'avez dit vous-même, on parle de couple franco-allemand. Il est souvent idéalisé que de français, parce que les Allemands ne parlent pas du tout de couple. Mais en tout cas, ça révèle quand même, et il y a cette conscience partagée, que quand l'Allemagne et la France se mettent d'accord, on arrive à faire bouger les lignes en Europe.

Donc évidemment, ça arrive au mauvais moment. Moi, je voudrais quand même aussi dire que si ces derniers mois, l'Europe n'a pas suffisamment bougé, en tout cas à mon goût et de la lecture qui est la mienne, c'est aussi parce que Scholz, y compris avec sa coalition, était très faible et n'arrivait pas à assumer un engagement pro-européen fort. Scholz, c'est un socialiste. Et à certains égards, il a été beaucoup plus conservateur sur les sujets européens qu'elle n'était Angela Merkel, qui elle-même était conservatrice.

Sur les questions migratoires, par exemple, au moment de la crise des réfugiés syriens, Angela Merkel, alors c'était un autre monde, vous pourrez me dire, mais Angela Merkel avait dit qu'il faut accueillir les réfugiés syriens. Olaf Scholz, il y a quelques semaines, a refermé les frontières, a rétabli des contrôles aux frontières de l'Allemagne et remettant en cause le principe de la libre circulation au sein de Schengen. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de sujet, mais ça, sur le sujet migratoire, évidemment, on le règle avec le pacte à zéniemigration qu'on a voté au Parlement européen en début d'année.

Sur les questions de finances, je vous citais Angela Merkel, qui a levé le tabou de l'endettement commun en acceptant le plan de relance. Scholz, à sa place, probablement ne l'aurait jamais accepté. Et donc, on a un moteur franco-allemand qui fonctionne très très mal, du fait du contexte politique aujourd'hui, mais aussi du manque de leadership de la Scholz sur les questions européennes. Ça ne veut pas dire que la machine est grippée, parce que j'espère que la situation s'est clarifiée le plus tôt possible en Allemagne, mais il y a aussi d'autres moteurs qu'on doit aller chercher, d'autres relations qu'on doit aller chercher.

Je pense à la Pologne de Donald Tusk, par exemple, qui est arrivé en responsabilité en Pologne en chassant l'extrême droite du pouvoir il y a quelques mois maintenant, près d'un an maintenant, et qui doit aussi être un allié sur la politique industrielle, sur l'Europe de la défense. Et il ne faut pas sous-estimer ces partenariats qu'on doit créer, qui permettent de reconstruire un moteur pour le projet européen.

21:10
Présentateur

On a eu plusieurs questions sur Instagram à propos du rapport Draghi. Eric, par exemple, que compte faire le Parlement de ce rapport qualifié de qualité ? Ou Mathéo, que pensez-vous, Madame Ayet, du rapport Draghi sur la politique industrielle ? Je rappelle que Mario Draghi, dans ce rapport commandé par l'Union européenne il y a un an, propose 800 milliards d'euros par an d'investissement pour rattraper notre retard économique, notamment vis-à-vis des Etats-Unis.

21:36
Valérie Hayer

Alors, il m'est arrivé plusieurs fois de dire que ce rapport Draghi, c'était un rapport re-new. Donc, non, non, on le soutient pleinement. C'est un cri d'alarme qu'a fait Mario Draghi sur l'état de notre décrochage économique, de la perte de productivité, de la perte de compétitivité du continent européen avec des solutions très claires. Et donc, nous, ce qu'on dit, on l'a soutenu largement au Parlement européen et avec mon groupe, ce qu'on dit, c'est qu'il faut que les Etats, dès maintenant, se mettent autour de la table et mettent en œuvre ces propositions qui sont importantes.

Ça va de l'insimplification au marché, au fait d'accélérer ou de renforcer le marché unique pour qu'il soit plus efficace, en passant par des investissements colossaux. Vous les avez cités, 800 milliards d'euros par an.

22:22
Présentateur

Mais on peut les faire dans un contexte de réduction des déficits publics, des dettes publiques ?

22:29
Valérie Hayer

Alors, ça me permet de clarifier aussi votre question. Peut-être la réforme qu'on a faite du pacte de stabilité et de croissance. Donc, en fait, le pacte de stabilité et de croissance, c'est les règles communes qu'on partage dans les pays de la zone euro avec des objectifs effectivement de réduction des dettes et des déficits. Cette réforme, on l'a votée en début d'année au Parlement européen, elle insiste sur le respect de la réduction des dettes et des déficits, mais elle insiste aussi sur la nécessité d'investir.

On a besoin, effectivement, de réduire les dépenses, notamment de fonctionnement, là où elles ne sont pas utiles et pas efficaces, mais on a aussi besoin d'investir, investir massivement dans l'innovation, investir pour ramener des industries sur notre territoire, l'industrie du médicament, l'industrie de la défense, produire des voitures électriques chez nous et ça, ça veut dire mettre de l'argent sur la table. Les autres, ils ne nous attendent pas. Les Etats-Unis, je vous parlais de 1 000 milliards d'euros d'investissement, les Chinois sursubventionnent leurs industries, les Indiens mettent le paquet aussi.

Donc, il faut les deux jambes, réduire les dépenses là où elles peuvent l'être, mais investir dans les secteurs stratégiques qui seront nécessaires pour qu'on puisse véritablement continuer à être un acteur majeur dans le monde.

23:40
Présentateur

Alors, on va avancer dans cette émission, Valérie Ayet, présidente du groupe Rigno au Parlement européen. Vous sortez, enfin, c'était il y a quelques mois maintenant, mais d'une campagne difficile, la campagne des européennes. Comment l'avez-vous vécue ? Et si on veut faire une transition avec l'élection américaine, on a vu quelques ressemblances entre vous et Kamala Harris. Alors, vous allez peut-être être surprise, mais vous êtes toutes les deux libérales, progressistes et diplômées en droit. Vous n'étiez, tout comme Kamala Harris, pas le premier choix de votre camp pour les élections.

Vous avez dû mener une campagne loin de vos thèmes de prédilection et vous vous êtes fait distancer par un adversaire populiste ou nationaliste. Est-ce qu'on peut tirer les mêmes leçons de ces deux scrutins américains et européens ?

24:21
Valérie Hayer

À certains égards, effectivement, on peut tirer les mêmes leçons. Je pense notamment à la montée des populistes et par ailleurs au fait que même si le Rassemblement national a été beaucoup moins vocal dans son soutien à Trump, cette fois-ci, ce sera pour eux un allié majeur.

la campagne que j'ai eu l'honneur de mener, que j'ai menée dans un contexte politique que je savais difficile après sept ans d'exercice du pouvoir pour la majorité de l'époque avec une montée des populistes, un Rassemblement national qui, malgré les mensonges, malgré les raccourcis, malgré les idées simplistes, malgré les liens avérés avec Poutine démontrés par vos collègues, malgré des revirements dans les positions, fait un score très important et avec, en fait, je le dis pour moi-même et je le dis aussi pour tous les pro-européens et les démocrates qui ont été engagés dans cette campagne, en fait, avec la difficulté à avoir de la prise sur le discours du Rassemblement national.

Et ça, ça fait partie de mes regrets, de mes frustrations les plus importantes. Ensuite, dans cette campagne, j'ai aussi eu le sentiment, d'abord, ça a été, je l'ai dit, une fierté de représenter peut-être la tête de liste de ma famille politique sur un sujet qui est un point de force pour nous, l'Europe, et qui est très identitaire. D'ailleurs, moi, c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai rejoint Emmanuel Macron. Et je crois qu'on a pris les gens au sérieux, à la fois dans la manière dont j'ai mené campagne avec mes collègues dans le programme qu'on a présenté. Et je crois avoir été la seule à parler d'Europe et à n'avoir aucune idée derrière la tête dans cette campagne.

26:08
Présentateur

Qui vous propose, Valérie Haillet, d'être tête de liste en marche aux dernières élections européennes ?

26:14
Valérie Hayer

Le président de la République au mois de février, peu de jours avant l'officialisation. Et vous acceptez tout de suite ? Oui, j'accepte à la fois parce que Stéphane Sijornay, qui était président de groupe, Renew, vous l'avez dit, et qui est devenu ministre, devait être notre tête de liste à partir du moment où moi, je deviens, je lui succède à la présidence du groupe. Et à partir du moment où le président de la République me demande de mener la bataille, j'y vais parce qu'il y a une forme de logique et aussi parce que j'ai le sens des responsabilités et j'assume celle-ci. Et je le redis, c'est aussi une immense fierté. Moi, à ce moment-là, je suis députée européenne depuis cinq ans.

C'est l'un des points de force. On a un bilan qui est très dense. Une élection ne se fait pas sur le bilan, mais on a des choses à raconter. On a encore des choses à témoigner auprès des Français sur l'état des lieux, sur les enjeux européens et la manière dont on sera plus fort grâce à l'échelon européen. Donc, oui, j'accepte, non sans pression, entre guillemets, dans le sens où, évidemment, c'est une immense responsabilité, mais j'accepte avec lucidité et en sachant que la campagne serait difficile.

27:34
Présentateur

Le Monde, le 25 février, rapporte cette phrase qui aurait circulé dans des boucles WhatsApp en Macronie. Les hommes ont tous dit non. On envoie une femme au casse-pipe. Il n'y a que des coups à prendre. Est-ce que c'est comme ça que vous l'avez vécu aussi, d'être un peu un choix parce que les hypothèses qui circulaient, Bruno Le Maire, Julien Denormandie, Jean-Yves Lezrian, Clément, Thierry Breton auraient décliné. Est-ce que vous l'entendez, vous l'avez entendu aussi, cette petite musique ?

28:03
Valérie Hayer

Je l'ai entendu, mais franchement, je ne me suis pas arrêtée là-dessus. À partir du moment où le président de la République me demande d'assumer cette responsabilité, je l'assume. Et aussi parce qu'il fallait qu'on entre en campagne, qu'on commence à avancer véritablement dans cette campagne. Et donc, vraiment, je ne me suis pas posé ces questions-là. J'étais là pour défendre un projet, pour la démocratie, pour le pouvoir d'achat des Français, pour défendre nos positions sur la scène mondiale. Et je me suis vraiment concentrée sur la campagne et pas sur ce genre de petites remarques. Franchement, ce n'est pas le sujet. Ce n'est pas le sujet. Vous êtes projetée très vite

28:41
Présentateur

dans le grand bain. Vous aimez dire « J'ai plus l'habitude de coller les affiches que de voir mon visage placardé partout. » Et à peine désignée, alors que vous n'êtes pas très connue, même pas connue du tout du grand public, vous faites le 20h de TF1 le 29 février. Et à peine arrivée, face à Gilles Boulot, vous dites « Bonjour Gilles Boyer » qui est dans votre groupe. Un lapsus révélateur, Valérie Ayet ?

29:04
Valérie Hayer

Oui, bon, effectivement, je n'ai jamais, y compris dans mon mandat de député européenne, je n'ai jamais cherché les caméras ou les flashs des photographes. Donc ça, c'était quelque chose d'assez nouveau pour moi et pas évident. Franchement, je pense que pour n'importe... Il y a ceux qui cherchent absolument les flashs des caméras et les flashs des photographes. Mais en tout cas, évidemment, quand je fais mon premier 20h, en apprenant la veille seulement que je le ferai, sans avoir de temps de véritable préparation, parce qu'en plus, j'étais encore en plein air à Strasbourg et donc j'avais mes activités de députée et de présidente de groupe à assurer.

Évidemment, c'est énormément de pression et pour l'anecdote, l'après-midi, j'avais vu Gabriel Attal qui m'avait dit « N'appelle pas le journaliste par son nom » parce que moi, le premier 20h que j'ai fait, je me suis trompée de nom. Et en fait, je n'ai pas du tout suivi sa recommandation et je me suis effectivement trompée de nom en parlant de Gilles Boyer.

30:06
Présentateur

En sachant que Gilles Boyer avait juste avant appelé Clément Bonne, il souhaitait que ce soit Clément Bonne à votre place. Est-ce que vous avez parfois senti qu'on vous laissait seule au front, Valérie Ayé, dans cette campagne ?

30:17
Valérie Hayer

Non, moi franchement, je ne veux pas donner cours à ces rumeurs ou à ces propos qui ont été tenus par les uns et les autres. La réalité, c'est qu'à compter du moment où j'ai été désignée, tout le monde a été dans la même direction et évidemment, je le redis, c'était une campagne qui a été difficile après ces temps d'exercice du pouvoir, une extrême droite qui avait le vent en poupe, si je puis dire.

et je pense qu'on aurait pu partir plus tôt, avoir une liste connue plus tôt et notamment avec mes collègues dont Gilles Boyer et ça, effectivement, ça nous aurait probablement permis d'avoir une dynamique plus importante mais j'ai eu derrière moi le Premier ministre, j'ai eu derrière moi tout le gouvernement, j'ai eu derrière moi évidemment mes collègues au Parlement européen, tous les membres de la majorité et j'ai eu derrière moi des militants qui m'ont donné une énergie folle et même des Français qui m'ont donné une énergie folle.

31:24
Présentateur

Non, ça n'a pas suffi puisque je rappelle que vous avez fait 14%. Alors justement, pendant votre campagne des élections européennes, il y a une scène qui a beaucoup marqué et suscité de très nombreux commentaires, ça se passe le 3 juin dans l'auditorium de Radio France.

31:37
Invité

France Culture, Sens politique, Astrid De Villene. Bonjour, vous allez bien ? Bonjour, ça va ? Bonjour, je suis désolé, je fais irruption sur la scène. Monsieur le Premier ministre. J'étais en interview juste au-dessus à l'instant. C'est complètement imprévu. On m'a dit que Valérie était là et donc je suis venu d'abord pour voir Valérie. On passe beaucoup de temps ensemble en ce moment. Vous êtes un peu inséparable, oui. Oui, et puis surtout, je suis venu adresser un message parce qu'on m'a dit qu'il y avait beaucoup de jeunes. Effectivement, je les vois et c'était très important pour moi de venir vous dire un petit mot, venir encourager Valérie.

À un moment où les élections européennes approchent, dimanche prochain, les Européens seront appelés à se prononcer. Vous nous laissez l'interroger. Je vous laisse avec elle. Merci. Bonne journée à tous. Bon colloque. À très vite Valérie. Colloque, on fait un colloque. Merci beaucoup. Merci Monsieur le Premier ministre. Au revoir. On va reprendre. On va reprendre. Il reste combien de temps de temps de parole ? Il reste ? Il reste 4 minutes.

32:36
Présentateur

Et cette question sur Instagram de Quentin qui nous écrit à Lille « N'avez-vous pas eu le sentiment d'être effacé derrière des figures masculines d'En Marche comme Emmanuel Macron ou Gabriel Attal ? »

32:47
Valérie Hayer

Alors moi, je vais vous dire cette polémique, cette nouvelle polémique dans cette campagne, ce buzz, ça m'a un peu agacée. Parce que, bon, Gabriel, effectivement, il se trouve que Gabriel Attal était dans les mêmes locaux de Radio France et il est passé. Alors peut-être qu'il aurait pu intervenir un peu moins longtemps, c'est vrai.

33:08
Présentateur

Même votre concurrent et collègue au Parlement européen, François-Xavier Bellamy, a dit que c'était macho.

33:13
Valérie Hayer

Non mais alors là, franchement, les leçons de féminisme de François-Xavier Bellamy, ça, ça fait aussi partie des choses qui m'ont agacée. François-Xavier Bellamy, dont on connaît les positions sur le droit à l'avortement, qui n'est pas franchement en faveur des femmes, qui vient nous faire des leçons de féminisme, j'ai trouvé ça scandaleux. Et moi, ce qui m'a agacée, c'est pas... Enfin, moi, j'y avais besoin. Ça a été beaucoup dit. Je ne suis pas un poids lourd de la vie politique française et ce n'est pas ce que je cherche à être. Mais évidemment que j'avais besoin du soutien d'Emmanuel Macron dans cette campagne.

Évidemment que j'avais besoin du soutien de Gabriel Attal dans cette campagne. Et évidemment que j'avais besoin du soutien des poids lourds de la majorité à l'époque dans cette campagne. Et on avait besoin de parler tous et d'être tous dans la même direction. Donc, c'était une chance et un atout pour moi de les avoir. Et moi, ce qui m'a quand même frappée, c'est que, vous citiez François-Xavier Bellamy, mais d'autres de mes opposants aussi sont montés au créneau. Pendant ce temps-là, on parlait... Enfin, pendant ce temps-là, on ne parlait pas du fond. On ne parlait pas des propositions que j'ai portées.

Évidemment, j'ai eu un peu de moins de temps de parole quand Gabriel Attal est venu faire un petit coucou sur ce plateau. Mais on a parlé à l'époque, si je me souviens bien, de la jeunesse. On a parlé de l'enseignement. On a parlé de la compétitivité. À quel moment ces éléments-là sont ressortis du débat ? Jamais. Parce qu'en fait, nos oppositions, elles préféraient nous attaquer sur des polémiques, sur la politique nationale et en aucun cas de parler d'Europe. Et véritablement, ça, ça fait partie des choses que j'ai découvertes pendant cette campagne qui ne correspondent pas à moi, à ma manière de faire de la politique et que je trouve vraiment déplorant.

34:39
Présentateur

Vous n'êtes pas au bout de votre peine puisque arrive le 9 juin, ces résultats qui sont difficiles, 14%, quand le RN est à 31%, vous êtes d'un cheveu devant Raphaël Glucksmann qui fait 13,83%. Et là, Emmanuel Macron, à 19h, convoque une réunion à l'Elysée pour annoncer au ténor de la majorité son choix de dissoudre de l'Assemblée nationale. Vous, Valérie Hayé, à ce moment-là précis, vous êtes à la mutualité à Paris. Qu'est-ce que vous vous dites ? Je crois que vous participez même à cette réunion par téléphone.

35:11
Valérie Hayer

Je me dis, bon, je prends acte. C'est la décision du président pour faire suite à ces élections. Et la soirée est évidemment très particulière parce qu'on attend la prise de parole du président. Moi, je dois aussi faire une prise de parole qui se fait beaucoup plus tard dans la soirée. Et ensuite, dès le lendemain, je repars au Parlement européen. Je repars dans une autre campagne interne. Évidemment, j'ai aidé mes collègues qui ont été candidats aux élections législatives. Mais simplement...

35:41
Présentateur

Et vous êtes déçue qu'Emmanuel Macron prenne cette décision ? Vous êtes choquée ? Vous le soutenez ? Quelle est votre réaction de femme politique à ce moment précis ?

35:52
Valérie Hayer

Ni déçue, ni choquée, surprise. Effectivement, parce que rien probablement n'imposait la dissolution. Mais voilà, je prends acte. C'est son choix, c'est sa décision. Et maintenant, c'est aussi mon tempérament. Il faut dérouler. Et la priorité, c'est de structurer pour mes collègues la campagne qui va venir et moi, de me projeter dans une autre campagne interne, le retour au Parlement européen et la manière dont on va conserver notre influence au Parlement européen pendant que mes collègues seront en campagne pour ces élections lésitatives.

36:26
Présentateur

Alors, vous êtes pas mal confiée à Paris Match ces derniers temps et on peut lire votre père, Michel, 70 ans, qui dit qu'il aurait aimé que vous soyez seconde, qu'il y avait moins de coups à prendre. Ma question est toute simple, Valérie Ayé. Comment, à 21 ans, on a envie de faire de la politique alors qu'on est dans une famille d'agriculteurs ?

36:46
Valérie Hayer

On a envie d'être utile aux autres et de servir les autres et le maire de ma commune m'a proposé de devenir conseillère municipale. Alors, ça partait pas de nulle part non plus parce que ma maman était déjà conseillère municipale. Vous étiez dans une famille

37:00
Présentateur

politisée déjà ?

37:01
Valérie Hayer

Non, non, pas du tout.

Je suis pas du tout, ma famille n'est pas du tout politisée, on parle jamais politique à la maison et simplement, en fait, quand le maire a constitué ses différentes listes aux élections municipales dans une commune de cette taille, dans un département comme le mien, la Mayenne, les élus sont pas politisés et en fait, ils sont engagés pour servir la commune et en fait, les maires cherchent à avoir sur leur liste des gens représentatifs de toutes les catégories et ma maman y était en tant qu'agricultrice et un peu engagée sur la commune et quand elle a arrêté, le maire m'a proposé de devenir conseillère municipale et véritablement, pour moi, c'était pas du tout un engagement politique, c'était un engagement citoyen pour être au service des autres et vraiment être utile en fait, à la communauté.

37:50
Présentateur

Qu'avez-vous appris auprès de Jean Arthuis, quatre fois ministre de Jacques Chirac, maire de Château-Gontier pendant 30 ans, dont vous avez été la collaboratrice parlementaire ?

37:59
Valérie Hayer

J'ai appris et j'ai renforcé et conforté mon engagement européen. Une exigence aussi, tant sur le travail que sur le rapport à la politique et l'exigence de respectabilité et de sincérité vis-à-vis des électeurs et des citoyens. Bon, ça, je l'avais déjà en moi parce que quand je parle de ma famille et du monde agricole, il y a vraiment des valeurs de respect, de tolérance et du goût du travail bien fait et de sincérité qui sont au cœur de la manière dont je me suis... qui sont mon identité et comme je me suis construite. Mais effectivement, ça aussi, j'ai retrouvé ça chez Jean Arthuis. Est-ce qu'en 2017,

38:45
Présentateur

quand vous quittez l'UDI pour rejoindre Emmanuel Macron, vous suivez aussi Jean Arthuis ? C'est vous qui, au contraire, lui dites qu'il faut aller vers cette aventure-là. Comment ça se passe entre vous ?

38:57
Valérie Hayer

Non, cheminement partagé évidence partagée. En fait, c'était intéressant parce qu'à l'époque, en Mayenne, on avait Jean Arthuis, on avait les notables Mayonnais qui étaient déjà parlementaires ou qui avaient des responsabilités et puis les jeunes de l'UDI. Et en fait, Jean Arthuis qui était le plus expérimenté, le plus âgé et les jeunes, on a tous rejoint et soutenu Emmanuel Macron quand les autres ont préféré rester dans la roue de François Fillon à l'époque.

Non, pour moi, il y avait une évidence partagée avec Jean Arthuis et d'ailleurs, c'est l'un des éléments qui ont fait que j'ai rejoint Emmanuel Macron et qui sont au cœur de ma construction politique, c'est le dépassement et l'engagement européen. Et c'était déjà présent dans le parti qui était le mien à l'époque, l'UDI, et on avait en plus l'incarnation avec Emmanuel Macron et un leadership assumé qui a rendu le soutien absolument évident.

39:46
Présentateur

Allez, on va écouter votre archive sonore, Valérie Haillet. Vous avez choisi un extrait de La Pause Rurale, un ancien secrétaire d'État chargé de la ruralité d'Emmanuel Macron, Joël Giraud. C'est le 26 juillet 2021. On l'écoute.

40:00
Invité

Sens politique, l'archive de l'invité. Bonjour, comme tous les mercredis, c'est La Pause Rurale. Aujourd'hui, je vous parle du programme Leader, un symbole fort de la politique européenne pour la ruralité. Il est aujourd'hui impossible de parler de développement rural en France sans parler de la ruralité en Europe. Près de la moitié de la population européenne vit dans des territoires ruraux. Très tôt, les institutions européennes ont pris conscience de la nécessité de soutenir le développement rural à partir de stratégies locales. Tel est l'objet du programme Leader créé à l'initiative de la France.

Il fait l'objet d'une gouvernance adaptée, formalisée au sein d'un groupe d'action locale, un GAL, dans lequel les acteurs privés ont une place au moins égale à 50%. Concrètement, l'Europe confie au GAL des moyens pour co-financer des projets qui favorisent le développement des zones rurales.

41:04
Présentateur

Je suis très étonnée, Valérie Hayé, que vous ayez choisi cet extrait qu'on prend souvent comme le pire des exemples en matière de communication politique. Pourquoi donc le pire des exemples ? Il s'était très moqué sur les réseaux sociaux en général en disant En Marche est complètement déconnecté et ne sait faire que des bruits de coq dans des ministères.

41:23
Valérie Hayer

Non, mais au contraire, en fait, c'était une manière un peu sympa, ludique de parler de la ruralité. Moi, je suis fière de la ruralité, c'est mon identité, c'est mes racines. Et en fait, Joël Giraud, il a contribué à donner une autre image de la ruralité. Moi, ce que je voulais dire par là, c'est, par exemple, le fonds leader que vous avez souligné, illustré, il vient irriguer les territoires et on a trop souvent parfois le sentiment qu'un sentiment d'abandon vient d'un territoire, la Mayenne, qui va plutôt bien avec des acteurs de terrain qui se parlent, le dialogue et qui sont toujours dans le dialogue et dans la recherche de solutions.

Mais on a aussi une forme de sentiment d'abandon avec le recul des services publics, même si les maisons France Service...

42:03
Présentateur

Et une crise du monde agricole qu'on va sans doute voir ces prochaines semaines, Valérie Ayet. Merci d'être venue dans Sens Politique. Vous pouvez réécouter cette émission et toutes les autres sur franceculture.fr et sur l'application Radio France. Merci à Luca Liberati qui m'a aidé à préparer cette émission à la réalisation Luc-Jean Reynaud à la technique aujourd'hui. Grégory Wallon à samedi prochain. et sur l'application.

42:24
Locuteur

Merci à vous. Merci à vous.

Valérie Hayer (Renew) : « Rien n’imposait la dissolution » — Valérie Hayer · Pourquijevote