Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:29OuverteRéponse directe
Quelle est votre réaction à la déclaration d'Edouard Philippe ?
- 2:40OuverteRéponse directe
Edouard Philippe est-il à même de fédérer la droite ou les droites ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Pensez-vous à une bande d'amateurs cherchant un Premier ministre ?
- 6:38OuverteRéponse partielle
Xavier Bertrand ou Bernard Cazeneuve seraient-ils les hommes de la situation ?
- 8:43OuverteRéponse directe
Faut-il retirer la réforme des retraites ou en faire une autre ?
- 9:47OuverteRéponse directe
Êtes-vous favorable à l'introduction de la proportionnelle aux législatives ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:46Invité politiqueFait
« Je crois très franchement que la déprofessionnalisation de la politique est une catastrophe. »
- 2:02Invité politiqueFait
« Le non-cumul des mandats est une bêtise. »
- 3:47Invité politiqueFait
« Il faut reconstruire quelque chose qui ressemblerait à l'UMP, c'est-à-dire une organisation politique qui couvre du centre-gauche à la droite républicaine. »
- 5:16Invité politiqueFait
« Il s'agit d'éviter l'effondrement du pays. »
- 8:52Invité politiqueFait
« Je ne crois pas qu'il faille abolir quelque chose qui a conduit à des économies. »
- 9:33Invité politiqueFait
« Je crois que la réforme du grand soir, ça n'existe pas. »
- 9:50Invité politiqueFait
« Je suis plutôt favorable au scrutin uninominal. »
Temps de parole
- Jean-Pierre Raffarin83 %
- Présentateur17 %
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Jean-Pierre Raffarin, bonjour. Bonjour. Ancien Premier ministre de Jacques Chirac, je l'ai sous-entendu à l'instant. Merci d'être avec nous ce matin, ça tombe formidablement bien. L'actualité politique est perturbée. Elle est perturbée et en premier lieu, on s'attendait à un nom de Premier ministre hier ou aujourd'hui, et on a le nom d'un nouveau candidat à l'élection présidentielle, c'est Edouard Philippe. Il s'est déclaré dans Le Point. Quelle est votre réaction à cette déclaration ?
Comme le dit Guillaume Tabard, très franchement, on n'est pas surpris. Je pense qu'il y a derrière ça une idée quand même très très forte, c'est que la politique, ça ne s'improvise pas. Et on n'est pas président du jour au lendemain, c'est une histoire de professionnalisation, de préparation, de construction de projets, de construction d'équipes, il faut du temps pour ça. Et je pense que dans cette situation où Garmorin dit qu'en l'immédiat dévore, l'esprit dérive. Aujourd'hui, l'immédiat dévore et l'esprit risque de dériver.
Et donc, il faut donner un peu de distance, il faut donner un peu de perspective, et c'est bien qu'il y ait un certain nombre de personnalités qui travaillent à l'échéance qui suivante. Car c'est souvent l'erreur que nous faisons, c'est de ne pas donner de la profondeur à la vie publique, et il faut donner cette profondeur, et je suis heureux de savoir qu'il y a quelqu'un qui prend ça au sérieux et qui se dit que trois ans, ce n'est pas trop tôt, ce n'est pas trop court, pour travailler à construire un projet, une équipe.
J'ai cru que vous alliez dire qu'il partait trop tôt, puis finalement, à la fin de votre propos, vous dites qu'il a bien raison de s'y prendre à l'avance.
Je pense que c'est bien qu'il y ait des gens qui s'y préparent. Je crois très franchement que la déprofessionnalisation de la politique est une catastrophe. Je crois que le fait qu'il n'y ait plus de maire, par exemple, dans la fabrique de la loi, le maire est celui qui est le plus expérimenté politiquement, qui est le plus au contact du citoyen, et on l'a exclu de la fabrique de la loi. Il ne peut pas être au Sénat, il ne peut pas être à l'Assemblée nationale. Le non-cumul des mandats est une bêtise. Je pense que, globalement, tout ce goût du renouveau, des têtes nouvelles, on voit bien qu'une des grandes fragilités de LFI, c'est le manque de capacité, d'expérience pour pouvoir gouverner.
Et donc, je pense que quelqu'un qui veut se préparer et construire un projet politique aujourd'hui, c'est qu'elle a un gros travail, c'est une mobilisation complète. Vous savez, cette responsabilité présidentielle, elle est extraordinairement lourde. Elle est exceptionnellement, je dirais, difficile à gagner, à conquérir. Et donc, il faut du temps, il faut se préparer.
Jean-Pierre Raffaret, est-ce qu'Edouard Philippe, toujours lui, est à même de fédérer la droite ou les droites ?
Je crois qu'il faut y travailler, ça ne se fera pas comme ça. On n'est pas dans un système où les choses tombent du ciel. Il faut construire, il faut fabriquer une unité. Et fabriquer une unité, ça veut dire d'abord afficher un projet, et puis faire partager ce projet, et puis aller chercher des gens, et savoir ce qui est très important en politique, et ce que les gens disent, c'est important dans la vie. Il faut donner pour recevoir. Si vous voulez construire les choses, il faut donner. Il faut donner des responsabilités, il faut donner de la confiance aux autres.
Ce qui me paraît assez dangereux aujourd'hui, c'est que je n'ai pas l'impression que le Parlement travaille à la sortie de crise. On voit le président qui est actif pour discuter avec les uns et les autres, mais je ne vois pas un président de groupe aller rencontrer officiellement les autres pour voir ce qu'ils ont comme point commun, pour essayer de sortir de la crise. Il faut donner pour recevoir. Il faut donner pour construire. Et donc, je crois qu'il y a quelqu'un comme Édouard Philippe, il faut reconstruire quelque chose qui ressemblerait à l'UMP, c'est-à-dire une organisation politique qui couvre du centre-gauche à la droite républicaine. Et donc, il faut reconstruire cet espace.
Il a déjà contribué à construire l'UMP de son temps.
Absolument, il en était le directeur général.
Et c'est sans doute pour ça que vous faites cette référence. Ça veut dire qu'en fait, vous estimez qu'il a les capacités et vous ne critiquerez pas, comme beaucoup d'autres, son sens du timing. Vous dites qu'il part à point.
Je pense qu'il a raison de se préparer. On voit bien que c'est un paradoxe alors qu'on est dans une situation où chacun cherche un premier ministre et qu'on parle de présidentielle. Mais peu importe, ça c'est l'écume des choses. Ce qui compte, c'est le travail. C'est que la politique, ça ne s'improvise pas. C'est un métier. Et tous ceux qui nous disent que ce n'est pas un métier se trompent. Les finances publiques, ça s'apprend. Les relations et le droit, le rôle d'un conseil d'État, le rôle du Parlement, ça s'apprend.
J'ai l'impression que vous pensez à une bande d'amateurs qui est en train de chercher un premier ministre en ce moment.
Je trouve que, si vous voulez, quand je vois que les Allemands pour faire des projets communs passent des mois à discuter entre groupes politiques pour voir ce qu'ils ont en commun, pour essayer de construire ensemble. De construire ensemble, ce n'est pas « Eh, voilà ma proposition, ce que font les filles. Voilà ma proposition, mon programme, rien que mon programme. Ah, je ne donne rien. » Eh bien, quand je ne donne rien, je reçois rien. Vous feriez la même critique au Rassemblement National de Marine Le Pen ? Je pense, oui, qu'il faut que les uns et les autres travaillent à la construction de quelque chose. Il ne s'agit pas aujourd'hui d'une logique de parti politique.
Il s'agit d'éviter l'effondrement du pays. Parce que si on est trois ans dans le désordre, on va naturellement avoir un effondrement économique, on a des problèmes budgétaires, on a des difficultés majeures, on aura des tensions sociales. Donc, on va vers l'effondrement. Il y a en fait un parti aujourd'hui qui est les filles, qui est le parti du désordre. Et on ne voit pas se construire en face un parti de l'ordre, un parti de l'organisation, un parti de la fabrique, un parti de la construction, un parti du positif, un parti d'une dynamique. Et donc, c'est ça qu'il nous faut aujourd'hui.
Et je trouve qu'un peu désolant que ce qui est en train devant nous de se dérouler comme sorte de spectacle, il y a un acteur principal qui est le président. D'accord, la Constitution, c'est lui qui nomme. Mais au Parlement, je ne vois pas du tout d'initiatives prises pour construire. Or, il va falloir construire avec le Parlement.
Vous aviez eu cette chance d'avoir 363 députés qui vous suivaient. C'était une chance.
C'était pas une chance. C'était mieux pour être Premier ministre. Écoutez, quand j'ai été Premier ministre, ils n'étaient pas là. J'étais un mois Premier ministre. Et c'est qu'avec le président Chirac, on a créé une équation politique qui a permis de convaincre les Français. C'est encore, on dit, c'est pas quelque chose de... J'étais pas du tout connu. J'étais pas le Premier ministre. Miracle. J'étais président de Poitou-Charentes. J'avais mon travail de terrain, mon expérience. Mais c'est parce qu'on a construit cette majorité. C'est un travail.
Ça n'arrive pas comme ça. Jean-Pierre Raffarin, si la fonction fait l'homme, est-ce que Xavier Bertrand ou Bernard Cazeneuve seront ou seraient les hommes de la situation ?
Je pense qu'ils ont tous les deux la première des caractérés. Il faut un professionnalisme indiscutable. Aujourd'hui, face à ce Parlement, il est clair que ça va être une arène aux fauves. Donc, il faut quelqu'un qui a de la répartie, de sens stratégique, de l'humour, de la fermeté. Il faut être dans la fosse au lion. Et cette fosse au lion, elle est extraordinairement complexe. C'est donc qu'il faut du sang-froid, il faut de la bouteille. Les deux ont été des bons ministres. Vous choisissez ou pas ? Est-ce que vous choisissez ? Non, non, parce que moi, je ne suis pas là pour... Vous êtes quand même un homme de droite. Il est évident que mon choix va plutôt sur Xavier Bertrand.
Mais j'ai beaucoup de respect et d'amitié pour Cazeneuve, qui a été un excellent ministre. Et donc, je crois vraiment qu'il y a deux approches aujourd'hui. D'abord, un, première caractéristique, un professionnalisme indiscutable. C'est le cas des deux. L'un a bien réussi en partant de la gauche. L'autre a bien réussi en partant de la droite. Maintenant, quel est celui qui va pouvoir faire le chemin ? Ça, c'est au président de la République de choisir. Je trouve que l'attitude du Front National vis-à-vis de Xavier Bertrand en disant qu'on ne veut pas de lui, la question, ce n'est pas de refuser un homme.
La question, c'est d'accepter de travailler sur un projet et de voir qu'il est tout à fait possible que sur un certain nombre de sujets, Xavier Bertrand propose des choses acceptables. Donc, aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est qu'un professionnalisme et puis le laisser, je crois qu'il faut que le président nomme vite maintenant, et le laisser face au Parlement présenter son projet. Il faut qu'il fasse un projet d'urgence pour les six premiers mois, par exemple, et donc qu'il choisisse trois ou quatre textes, qu'il essaie de construire quelque chose très, très vite et donc qu'il crée une dynamique forte. Moi, j'avais créé cette majorité.
Alors, naturellement, on est dans un contexte très différent, mais cette majorité, on l'a créée avec des élections législatives, avec un projet politique. Il faut un projet politique.
Et vous aviez beaucoup travaillé sur la réforme des retraites avec beaucoup de concertations que vous aviez lancées très en amont. Est-ce qu'il faut retirer la réforme des retraites ou pas ? Et si on la retire, en faire une autre qui ménage les finances publiques et qui ménage ceux qui ne veulent pas travailler plus longtemps ?
Je ne crois pas qu'il faille abolir quelque chose qui a conduit à des économies. Je pense qu'il faut peut-être faire un autre projet. Il ne faut pas détruire ce qui est acquis est acquis. Nous avons un problème de dépense publique. On a fait là une action qui n'est pas suffisante mais qui est quand même un signe pour la réforme des retraites. Si on casse les efforts que nous avons faits, on agrandit encore la marche qu'il nous faut franchir. Donc, ne cassons pas, construisons. Si la majorité veut une autre réforme des retraites, quelque chose, qu'elle travaille à un autre projet de réforme. Il va falloir de toute façon d'autres réformes.
Les retraites, vous savez, Baladur avait fait son travail, j'ai fait le mien, Sarkozy a fait le sien. On construit petit à petit. Je crois que la réforme du grand soir, ça n'existe pas. Il faut construire progressivement.
La réforme du mode de scrutin, l'introduction de la proportionnelle aux prochaines législatives, ça donnerait évidemment des gages à des partis qui la réclament depuis longtemps. Y êtes-vous favorable ?
Je suis plutôt favorable au scrutin uninominal. C'est-à-dire que je suis pour des parlementaires enracinés. Je trouve qu'en ce moment, justement, on a déraciné complètement de nos parlementaires. Donc là, on a un vrai problème. Moi, je serais pour une réforme de la décentralisation parmi les priorités et de redonner de la responsabilité au territoire et surtout, faire en sorte que des individus puissent être à la fois représentants du territoire et du national. Opposer le local au national, c'est une erreur. Dans la politique, c'est le local qui doit inspirer la politique et donc il faut que les nationaux aient les pieds dans la terre.
Et donc, je crois vraiment qu'il faut permettre cette cohérence entre le local et le national. Donc, je pense qu'il faut faire aujourd'hui cet effort-là pour avoir une vie politique qui soit une vie politique enracinée. Donc, la proportionnelle, si vous voulez, je vois bien l'intérêt aujourd'hui, c'est qu'on serait dans un système proportionnel, les partis politiques feraient des efforts eux-mêmes. Ils s'enfermeraient des journées entières dans des salles pour construire des projets communs. Et vous êtes d'accord là-dessus, vous n'êtes pas d'accord là-dessus, ils discuteraient. Donc, la proportionnelle permettrait sans doute ce travail. Là, aujourd'hui, on cherche la majorité absolue.
c'est moi le chef et j'ai une opposition et c'est la dialectique entre la majorité et l'opposition. Donc, on est dans un système bipolaire dans la Ve République aujourd'hui. Si on veut passer dans un système qui construit plusieurs comme celle qu'il y a aujourd'hui tripolaire avec trois grandes forces, si on veut les obliger à travailler ensemble, la proportionnelle peut être une solution. Donc, je préfère l'enracinement mais si on doit aller vers des vies politiques avec des majorités éclatées, il faut la proportionnelle. Jean-Pierre Raffarin,
une maxime de Raffarin qui pourrait éclairer l'avenir du prochain Premier ministre. Ça ne peut pas être la route est droite, la pente est forte. Ce n'est pas ça.
Non, parce que par définition, la route n'est pas droite. Moi, j'avais un président, Jacques Chirac, qui avait une ligne politique, qui avait un projet politique. Là, on est dans une situation où le président, en plus, ne peut pas se représenter. Donc, on ne peut même pas dire que le projet politique du président est un projet d'avenir parce qu'on est dans cette situation qui est une situation un peu complexe et paradoxale. C'est que celui qui est en charge de l'essentiel aujourd'hui n'est pas le chef de guerre du prochain coup. Donc, ça nous pose encore un autre problème supplémentaire.
Donc, pour moi, je pense aujourd'hui que la ligne directrice, c'est une ligne de coopération plutôt que de tension. C'est la coopération. Et la coopération, ça veut dire je te donne, tu me donnes. Mais pour commencer, il ne faut pas attendre que l'autre donne. Il faut donner pour recevoir. C'est la seule vraie dialectique constructive.
Jean-Pierre Raffarin, je te donne, tu me donnes. Merci de nous avoir accordé cette interview et d'avoir éclairé les auditeurs de la matinale de Radio Classique. A bientôt. A suivre le rappel des titres, la revue de presse d'Hervé Gatégnaud et nos esprits libres du jour. Routel Kriyev.
Jean-Pierre Raffarin