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interviewC dans l'air· 9 juin 2025 11 min

Marine Le Pen dans les pas d'Orban ? - C dans l’air - l’invité - 09.06.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

ou 100% remboursé. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Les figures de l'extrême droite européenne se réunissent en France pour un grand meeting, un an jour pour jour après les dernières élections européennes, à l'invitation du RN. Une réunion dans le Loiret, dans un petit village.

Parmi les invités de M.Le Pen, le Premier ministre hongrois V.Orban.

Une réunion qui suscite une mobilisation à l'appel des syndicats et des partis de gauche, qui se sont réunis à Montargis. Pour en parler avec nous, M.Lazar, bonsoir.

Vous êtes historien, sociologue, professeur émérite à Sciences Po. M.Le Pen et ses alliés célèbrent la victoire et parlent du réveil des peuples européens.

Est-ce que la dynamique est de leur côté? Quand on voit par exemple les élections en Roumanie ou en Pologne? - M.Lazar: Incontestablement, il y a un mouvement de fond qui ne date pas de l'année dernière.

Il a commencé depuis au moins une décennie. Ces mouvements ont un certain succès. J.Bardella aux élections européennes, puis aux législatives...

Il briguait Matignon et il a fait un score historique. Vous avez rappelé la Roumanie, en revanche, ils ont perdu. V.Orban est aussi un puissant Premier ministre hongrois.

On oublie trop ce petit pays...

Il a perdu quelques voix au moment des élections européennes et il est un peu menacé pour sa réélection dans quelque temps. Donc la situation est mitigée mais oui, incontestablement, il y a une dynamique qui correspond certainement à un malaise profond en Europe. - C.Roux: On va en parler, en particulier de V.Orban, qui est un peu l'invité d'honneur de ce rassemblement populiste.

Il soutient M.Le Pen. Il dit clairement chez nos confrères de LCI qu'il va ouvrir le champagne si elle gagne à la présidentielle.

Il cible la question migratoire, l'immigration en Europe. - V.Orban: Nous ne les laisserons pas détruire nos villes et la sécurité de nos rues.

Nous ne les laisserons pas violer nos filles et nos femmes. Nous ne permettrons pas de tuer des citoyens pacifiques. Ce qui se passe, ce n'est pas une migration, c'est un échange organisé de populations pour remplacer le socle culturel de l'Europe. - C.Roux: Le voilà parfaitement aligné sur les propos du RN de M.Le Pen.

Sur la question de l'immigration? - M.Lazar: Oui, comme tous ces mouvements.

Attention, ceux qui sont regroupés dans ce petit village, c'est symbolique. On est au coeur de la France profonde. Je crois d'ailleurs que ce village a massivement voté pour le RN.

On n'est pas dans la capitale ou dans une grande ville, on est au coeur de la France profonde, là où il y a la terre qui parle, comme aurait dit le maréchal Pétain pendant les années de Vichy. Quelles que soient les formations nationales populistes, il y a toujours l'idée d'immigration et du grand remplacement, même s'il n'a pas prononcé les mots. C'est une idée totalement infondée scientifiquement.

Et puis, ces termes très brutaux qu'il emploie et qui font peur...

Oui, l'immigration est une des grandes obsessions de V.Orban, qui a par ailleurs très peu d'immigrés chez lui. Il a tout fait pour les en empêcher, même s'il en a besoin, comme tous les pays quasiment, pour la main-d'oeuvre.

V.Orban développe une vision que je qualifie de civilisationnelle. Il explique que l'Europe, c'est d'abord une identité profonde, chrétienne et fondée sur "la race européenne".

En tout cas, sans immigration...

Son obsession, c'est aussi l'islam et l'islamisation de l'Europe. Une position un tout petit peu différente chez M.Le Pen.

Bien sûr, elle dénonce l'immigration, J.Bardella aussi. C'est une ressource politique très importante du RN.

Mais V.Orban, comme G.Meloni en Italie, le fait au nom de la chrétienté.

M.Le Pen, elle, comme son père le faisait, se revendique de la République, de la laïcité. - C.Roux: On a l'impression qu'ils ne sont pas totalement alignés sur le fond, tous ces nationaux.

M.Le Pen a taxé l'UE d'empire marchand, d'ultralibéral, d'un empire contre nos nations et "wokiste". Sur la question des valeurs, je rappelle qu'il y avait une mobilisation des forces de gauche contre la venue de V.Orban en France, considérant que c'est un acte politique, sa venue en France.

Cette tribune dit en gros que les personnes LGBT meurent sous le coup de ses lois...

C'est un sujet sur lequel M.Le Pen ne va pas, le conservatisme sur les valeurs? - M.Lazar: Vous avez raison.

C'est un des points de désaccord. Le point d'accord, c'est le danger islamique. Mais pour elle, c'est au nom de la laïcité et de la République.

Elle a souvent dit qu'il était hors de question pour elle que les femmes portent le voile. Elle se présente presque comme une féministe. Mais sur les valeurs, il y a désaccord.

V.Orban est sur cette position, G.Meloni aussi, même s'ils ne sont pas dans le même groupe au Parlement européen.

Mais le point de désaccord avec M.Le Pen est aussi un point de désaccord avec G.Wilders, une des figures des nationaux populistes aux Pays-Bas. - C.Roux: M.Salvini aussi est là... - M.Lazar: Lui, il est sur cette position.

Chaque fois qu'il y a une victoire électorale, il égrène son chapelet, il remercie la madone. Il explique qu'il est un grand chrétien. Il se revendique des valeurs religieuses.

G.Wilders, comme M.Le Pen, c'est au contraire au nom des conquêtes de la modernité.

L'islam est associé à un retour en arrière. C'est assez contradictoire. De même que sur l'Europe, M.Le Pen dénonce l'Europe libérale.

V.Orban est plutôt un libéral, sur le plan économique. - C.Roux: Le seul point commun, c'est l'immigration? - M.Lazar: Il y a 3 sujets.

Le 1er, c'est l'Europe. On veut une Europe des nations, une Europe des peuples. Le 2e point, c'est l'immigration et le 3e, très important, c'est le Pacte vert qui a été fait par la Commission européenne, avec l'idée que ça pénalise les catégories populaires et que nous n'avons pas à faire cet effort.

Certains sont négationnistes, même si ce n'est pas exactement le cas du RN. D'autres sont sceptiques et d'autres s'en fichent complètement. - C.Roux: Ca intervient au moment où E.Macron réunit des centaines de chefs d'Etat au sommet des océans.

Ceux qui ont souvent tapé sur l'Europe font un slogan piqué à D.Trump, comme une espèce d'étendard. - M.Lazar: Oui, ils ont tous changé.

Au moment du Brexit, ils étaient tous pour sortir de l'UE. Pour les nationaux populistes qui appartiennent à la zone euro, c'était l'abandon de la monnaie unique. Mais ils se sont rendu compte que les opinions européennes étaient favorables, malgré les critiques sur l'Europe...

Encore plus en ce moment, d'ailleurs. Il y a un regain d'intérêt pour l'Europe. Donc on ne sort plus de l'Europe et de la monnaie unique, mais c'est une autre Europe qu'ils veulent. - C.Roux: S'afficher avec V.Orban, c'est aller à l'encontre de la stratégie de dédiabolisation du RN? - M.Lazar: C'est possible.

Il est assez violent et brut dans ses discours. M.Le Pen peut reprendre un peu ce type de discours, mais elle, elle était dans la construction d'un autre type de propositions politiques, pour se faire respecter.

Il y a là des sensibilités différentes. - C.Roux: Un an après la dissolution, les sondages continuent de donner une large avance au RN, qui arriverait en tête du 1er tour avec 32,5 % des intentions de vote, devant le NFP et Ensemble.

On se dit que les sorties du duo Retailleau-Darmanin ne change pas grand-chose? - M.Lazar: Oui, Darmanin et Retailleau essayent de reprendre des thématiques du RN.

On connaît la devise: "On préfère l'original à la copie." Retailleau a du mal à imposer son orientation pour reprendre des électeurs au RN, pour le moment. Pour le moment, car on sait que le RN a des difficultés.

Notamment l'interdiction pour M.Le Pen de se présenter, pour l'instant. Il y a aussi 2 orientations différentes au sein du RN.

La 1re, c'est celle du RN de M.Le Pen, c'est-à-dire le RN contre tous. On va unir le peuple pour gagner l'élection présidentielle.

Mais J.Bardella a une inspiration en tête, qui vient du côté de Rome, c'est d'essayer de faire la coalition des droites à l'instigation du RN. - C.Roux: Comme G.Meloni...

C'était un peu la réponse au rassemblement d'E.Macron, qui a dit qu'on préférait être toute la journée sur le dernier fait divers...

Il a été taxé de regarder ailleurs et de minimiser ce qui se passe dans la société française. Ce n'est pas totalement la stratégie de ses ministres? - M.Lazar: Il y a manifestement un désaccord.

Beaucoup de Français se posent des questions et pour le moment, ils trouvent des réponses du côté du RN ou du côté de LFI. - C.Roux: 71 % des Français estiment que la dissolution était une mauvaise décision. - M.Lazar: Je pense que personne ne l'a comprise, un an après. - C.Roux: Merci beaucoup d'être venu sur ce plateau.