Al-Qaïda/Lampedusa: l'interview de Jordan Bardella en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Jordan Bardella, merci d'être avec nous dans Weekend 3D, vous êtes le président du Rassemblement National, vous serez par ailleurs tête de liste d'URN aux élections européennes de juin 2024. Votre parti fait sa rentrée ce week-end à Bocaire, dans le Gard où vous vous trouvez, où vous n'êtes pas très loin. D'abord votre réaction Jordan Bardella à cette publication d'Al-Qaïda qui menace de nouveau la France accusée d'être en guerre contre l'islam.
Depuis plusieurs années maintenant nous faisons face à une menace islamiste qui nous vient à la fois de l'étranger par des filières organisées comme Al-Qaïda ou l'État islamique. Et de l'intérieur désormais, puisque nous l'avons vu au travers des attentats de Charlie Hebdo notamment ou du Bataclan, qu'il y avait évidemment un lien entre des filières qui étaient surveillées depuis plusieurs années par les services de renseignement et des organisations extérieures. Donc nous sommes en guerre face à l'idéologie islamiste et je crois que l'ensemble des mesures pour protéger le peuple français n'ont pas été prises.
Il y a un peu plus de 500 mosquées radicales qui ont été identifiées par les services de renseignement. Ils ne font pas fermer. Il y a un peu plus de 4 500 étrangers fichés S pour radicalisation. Ils devaient être immédiatement expulsés pour protéger les Français. On sait que plusieurs d'entre eux sont potentiellement des bombes humaines. Et je crois qu'il faut continuer d'agir sur l'état d'opération extérieur par l'intermédiaire de nos armées comme des services de renseignement français de la DGSE pour défendre les intérêts français et défendre la sécurité des Français, y compris depuis l'étranger. Êtes-vous inquiet à moins d'un an des JO ? Oui, bien sûr que nous sommes inquiets.
Mais nous sommes inquiets depuis, je dirais, plusieurs années. Nous avons alerté sur la montée du fondamentalisme islamiste dans notre société, dans notre pays. Marine Le Pen, depuis maintenant, les Français le savent, depuis maintenant une vingtaine d'années, est montée en première ligne sur ce sujet pour alerter à la fois les décideurs, alerter l'opinion française. Donc évidemment qu'à l'approche des JO 2024, il faut prendre dès en amont un certain nombre de mesures. Je vous en ai cité quelques-unes.
Et il faut d'ailleurs plus largement, je crois, maîtriser notre immigration parce qu'on sait que l'islamisme se nourrit du communautarisme qui lui-même se constitue sur la base d'une politique d'immigration de masse qui est menée en France et en Europe et qui bien souvent nous amène à accueillir des gens, des civilisations qui sont en guerre contre tout ce que nous représentons, que ce soit l'image de la France, notre histoire, nos valeurs ou notre identité.
D'ailleurs, est-ce que le Rassemblement National, en raison supposément de ses positions sur certains sujets, est la cible de menaces ?
Nous sommes en contact régulièrement avec les services de l'État, avec les services du ministère de l'Intérieur. Et il est arrivé par le passé que nous soyons nous-mêmes, soit comme responsables politiques, soit nos meetings, la cible des fondamentalistes islamistes, compte tenu du fait que nous étions ceux qui, en France, dénonçaient leurs agissements et dénonçaient la volonté de cette idéologie de conquérir la sphère publique. Je vous rappelle qu'il y a quelques années, en 2017, l'un des meetings de Marine Le Pen avait été visé. C'était une époque où la France faisait face à une vague importante à la fois d'attaques et de menaces, de projets d'attentats islamistes.
Nous avions été, lors de notre meeting de Marseille, notamment la cible d'un projet d'attentat qui avait été déjoué par les services secrets français. Donc moi, je tire mon chapeau, évidemment, à l'ensemble des fonctionnaires de l'État qui travaillent aussi en sous-main avec les partis politiques comme avec, évidemment, les gens qui organisent des compétitions sportives, notamment, pour assurer la sécurité des Français. On leur doit beaucoup, mais je pense qu'on pourrait les soutenir encore plus en les déchargeant d'une part conséquente de leur travail.
Et je pense notamment à ces 4 500 fichiers S étrangers qui n'ont rien à faire sur notre sol et qui sont, encore une fois, de véritables bombes humaines. Avec le Rassemblement national, ils seraient, encore une fois, dans le respect du droit, expulsés pour protéger les Français.
Alors, restez avec nous, Jordan Bardella, si vous le voulez bien, parce que j'ai beaucoup de questions à vous poser également sur ce drame humanitaire de plus aux portes de l'Europe actuellement. Depuis lundi, officiellement, au moins 10 000 personnes, hommes, femmes, enfants, sont arrivées sur l'île italienne de Lampedusa, située à moins de 150 km du continent africain. Bonsoir, Samis Faxi. Vous êtes sur place pour BFM TV. Vous êtes à Lampedusa, vous êtes l'envoyé spécial de BFM TV. Il semble que l'afflux de migrants est un peu diminué aujourd'hui.
Bonsoir, François. Écoutez, on a échangé il y a quelques minutes avec Francesca Basile. En fait, c'est la chef des opérations de la Croix-Rouge, ici, qui nous expliquait que les choses s'amélioraient. Il reste au centre d'hébergement 3 600 migrants. 3 600 migrants, tout de même, alors que ce centre d'hébergement d'urgence, il ne peut accueillir que 400 personnes. Il faut mettre les mots sur ce qu'il se passe ici, François. C'est un drame humanitaire qui a lieu en Union européenne, sous nos yeux. On l'a vu tout au long de la journée avec Sonia Reynaud qui m'accompagne. On a vu beaucoup de femmes, beaucoup d'enfants dans des situations extrêmement précaires.
Beaucoup d'hommes aussi, bien sûr, avec les traits tirés, les mains usées, les pieds aussi extrêmement fragilisés. Vous savez, pour la plupart d'entre eux, ils ont traversé la moitié, en tout cas une grande partie de l'Afrique. Ils viennent du Mali, du Burkina Faso, du Niger. Ils ont traversé le désert algérien, le désert tunisien. Et puis ensuite, il y a eu cette traversée en mer qui, pour certains, a duré plus de 4 jours. Donc c'est une situation humanitaire qui est extrêmement compliquée ici encore. Ça s'améliore, mais les choses sont complexes.
En fait, ces derniers migrants, ces derniers exilés qui sont encore présents, ils vont partir maintenant du côté du port de Lampedusa pour aller cette fois-ci, décharger, en tout cas être dispatchés sur les côtes italiennes, mais aussi en Sicile, du côté de Palerme, pour traiter en fait cette situation d'urgence. Les femmes et les enfants sont évidemment prioritaires, mais la situation, encore une fois, ce soir, elle reste extrêmement précaire.
Merci beaucoup. Merci Samy Sfaxi avec Sonia Reynaud, en direct de Lampedusa pour BFM TV. On vous retrouve, Jordan Bardella. La situation n'a jamais été aussi tendue à Lampedusa. Que faire ? Que faire d'abord à l'échelle européenne ?
D'abord, les Français qui nous écoutent ce soir doivent savoir que la vague migratoire qui touche la France et qui touche l'Europe n'en est qu'au début du commencement. Et ce qui se passe à Lampedusa doit intéresser tous les peuples d'Europe. Parce que Lampedusa, au-delà d'être une île en Italie, c'est une des portes d'entrée de l'Europe et donc une des portes d'entrée de la France. Et moi, je dis aux Français, ce qui est en train de se dérouler à Lampedusa sera le futur de notre pays et de tout notre continent si on ne reprend pas dès maintenant la main sur notre politique d'immigration.
Moi, je souhaite du Président de la République qu'il dise clairement les choses et qu'il dise que la France n'accueillera pas ces migrants parce qu'en acceptant un migrant qui vient d'Italie, qui est arrivé par Lampedusa, on envoie un signal de laxisme dramatique et inouï à l'égard de populations qui, au péril de leur vie, tentent de traverser la Méditerranée. Je pense qu'il faut également secourir ces bateaux, raccompagner ces bateaux, non pas sur les côtes européennes, comme le fait l'Agence de garde frontière Frontex et l'Union européenne qui sont devenues de véritables hôtesses d'accueil pour migrants, mais depuis les pays de départ.
Parce qu'en envoyant des signaux de laxisme à ces populations, on donne le signal à toutes les populations et à un continent de bientôt dans quelques années 2,5 milliards d'habitants qu'il peut traverser la Méditerranée pour venir dans notre société. Moi, je pense d'abord à la préservation de mon peuple, à la défense de notre identité face à des vagues migratoires qui sont de plus en plus importantes et qui occasionnent des drames humains en Méditerranée, notamment qui sont inacceptables et inadmissibles au regard de l'humanité.
Vous interpellez Emmanuel Macron, Jordan Bardella, on l'a bien entendu. Aujourd'hui, le chef de l'État a défendu notamment un devoir de solidarité européenne avec l'Italie. Il a dit ceci également, écoutez-le.
Ceci montre, si je puis me permettre cette remarque, que les approches strictement nationalistes ont leurs limites et que quand on parle de ce sujet, on est tous très heureux d'avoir la solidarité européenne. C'est bien l'Union européenne.
Que lui répondez-vous ?
Je crois d'abord qu'il est totalement déconnecté de son propre bilan puisqu'Emmanuel Macron est le président qui a battu sous la Vème République tous les records d'immigration. Record du nombre de titres de séjour légaux délivrés, record du nombre de clandestins présents sur notre sol, record de faiblesse en matière d'exécution des OQTF, c'est-à-dire des obligations de quitter le territoire français. Deuxièmement, l'Union européenne, elle a un rôle aujourd'hui. L'Union européenne considère que l'immigration n'est pas un problème, mais qu'elle est précisément un projet.
Et c'est la raison pour laquelle, moi, j'appelle l'ensemble des Français et l'ensemble des peuples d'Europe à voter lors des élections européennes du mois de juin 2024 pour des gens qui, comme le Rassemblement national, souhaitent préserver notre identité et réorienter massivement la politique d'immigration. Il faut savoir qu'aujourd'hui, l'Union européenne, par l'intermédiaire de Frontex, qui est son agence de garde frontière, a interdiction de faire ce qu'on appelle du pushback, c'est-à-dire de mettre en sécurité des bateaux pour les raccompagner dans les pays de départ.
Elle a instruction de raccompagner ces bateaux sur les côtes européennes avec, évidemment, des pays comme l'Italie, qui sont des pays des sasses, des tampons. Mais l'ambition des gens qui arrivent, c'est de venir notamment en France.
Et il faut bien comprendre que les gens qui arrivent à Lampedusa seront demain et après-demain dans les villages et dans les villes françaises, parce qu'Emmanuel Macron soutient au niveau européen ce fameux pacte pour les migrations qu'il a soutenu par l'intermédiaire de ses députés au Parlement et qui vise à rendre obligatoire la répartition des migrants, ce qu'il appelle la solidarité dans les villes et les villages français, sous la menace de sanctions financières si les États se refusent à cela. Donc il faut faire respecter la volonté des peuples, protéger nos valeurs et encore une fois avoir une politique en matière d'immigration qui soit ferme, implacable et donc humaine.
— Puisque vous parlez de moments de vérité pour Emmanuel Macron, de bilan en matière migratoire, parlons de celui-là, la chef du gouvernement italien, la dirigeante d'extrême-droite Giorgia Meloni, et lui, il y a un an, en promettant de mettre un terme à l'immigration massive. C'est pour le moins un échec pour l'instant.
— Le moins qu'on puisse dire, c'est que pour l'instant, les flux et les arrivées de migrants sont toujours plus massives sur les côtes européennes et notamment sur cette île de Lampedusa. Il faut se rendre compte que Lampedusa, c'est 6 000 habitants. Sur la journée d'hier, c'est 6 000 migrants qui sont arrivés sur cette île. Et ce que nous vivons évidemment à Lampedusa, nous le vivrons demain et après-demain en France si on ne change pas radicalement notre politique d'immigration.
Moi, j'ai proposé notamment au chef de l'État, lors des rencontres de Saint-Denis, que soit organisé le jour des élections européennes un référendum sur l'immigration parce que je pense que les Français doivent avoir le dernier mot sur ce qui engage leur identité, leur avenir et aussi leur modèle de protection sociale. Dans ce référendum, ce n'est pas une question pour ou contre l'immigration.
C'est un projet de loi qui avait été porté par Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle et qui donnerait au pays tous les moyens juridiques, politiques, administratifs pour se prémunir d'une politique d'immigration, avec notamment la suppression du droit du sol, l'instauration de la priorité nationale et évidemment l'expulsion systématique des délinquants et criminels étrangers.
Mais avez-vous, pour revenir au bilan de la chef du gouvernement italien, avez-vous été un temps tenté de vous inspirer, si jamais vous accédiez au pouvoir, vous inspirer de la politique de Giorgia Melloni qui a bien du mal à mettre un terme, je reprends ses termes, c'était sa promesse avant qu'elle ne soit élue, à l'immigration massive ?
Je n'ai pas besoin d'aller m'inspirer d'autres mouvements politiques en Europe. On travaille évidemment en bonne intelligence avec la Lega de Matteo Salvini, qui est allié de Mme Melloni, qui lorsque lui était ministre de l'Intérieur en 2018, avait justement réussi à faire chuter les arrivées de bateaux en Italie, sur les côtes italiennes. Il y a des gouvernements en Europe, je pense par exemple à la Hongrie ou au Danemark, qui réussissent à maîtriser leur immigration. Encore une fois, c'est une affaire de volonté politique, mais l'immigration, il faut bien que les Français le comprennent, pour Emmanuel Macron, ça n'est pas un problème, c'est un projet.
Et à partir de ce constat, il a les résultats qui en découlent.
Merci Jordan Bardella, on aura l'occasion de reparler ce week-end du Rassemblement national, qui fait, je le disais, sa rentrée politique à Bocquer dans le Gard. Merci Jordan Bardella.
Jordan Bardella