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interviewLCP (sur YouTube)· 28 octobre 2023 13 min

Véronique Louwagie, députée LR de l'Orne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Elle aime manier les chiffres, éplucher les projets de lois de finances, mais la technicienne est devenue plus politique au point de s'imposer comme une figure incontournable de la droite. Générique ...

Bonjour, Véronique Louwagie. -Bonjour. -Vous siégez à l'Assemblée depuis 2012 sous les couleurs des Républicains.

Il a fallu attendre votre 3e mandant pour que Le Figaro vous consacre un article titré : "Véronique Louwagie, "révélation de la droite à l'Assemblée." C'est pas un peu vexant, après plus de 10 ans, qu'on vous qualifie de révélation ? -Pas du tout.

On peut exister sans faire la une des médias. Effectivement, je suis passionnée des chiffres. C'est mon métier, expert-comptable.

J'aime aller au bout des choses, et on prend du temps à comprendre les mécaniques des finances publiques, d'un projet de loi de finances, d'un budget de l'Etat, et je les comprends. -De l'Assemblée nationale aussi ? -Oui, parce que j'ai voulu, en 2012, faire partie de la Commission des finances, aussitôt quand je suis arrivée ici, et je n'ai pas pu immédiatement parce qu'en 2012, parmi les députés de la droite, il y avait un grand nombre d'anciens ministres, et l'accès à la Commission des finances leur a été réservé.

Donc j'ai dû attendre. -En gros, les barons de la droite trustaient les places, occupaient la première ligne ? -Oui.

C'était ça, parce qu'il y avait, je dirais, une certaine envie, en tout cas une certaine fierté d'être à la Commission des finances, un certain prestige, et j'ai dû attendre 2014, où là, François Baroin, qui faisait partie de la Commission des finances, est parti au Sénat, et il y a eu une place. Comme je suivais ça comme le lait sur le feu, j'ai pu y accéder. -Ce terme de "révélation" du Figaro peut surprendre et en même temps, dans cette assemblée sans majorité absolue, vous avez pris une dimension nouvelle, sur la remise sur les prix du carburant ou sur la réforme des retraites.

C'est vous, avez Olivier Marleix, qui êtes allés négocier à Matignon, avec Elisabeth Borne, ou à Bercy, avec Bruno Le Maire. Ce sont des nouvelles responsabilités qui vous ont plu ? -Oui, effectivement, sur les deux mandats précédents, la situation était différente.

Nous nous retrouvons avec un paysage politique particulier à l'Assemblée, et le gouvernement essaie de discuter avec un certain nombre de groupes, dont Les Républicains, et Olivier Marleix m'a associée pour ce qui concernait les finances et m'a laissée un peu maître pour discuter sur le premier projet de loi de finances rectificatif, et je me suis retrouvée à discuter avec la Première ministre et ensuite avec Bruno Le Maire lors du débat, lors de l'examen de ces textes, et c'était inédit, dans la forme, car nous ne connaissions pas, et puis me retrouver ici, je dirais que c'était un peu particulier. -Vous avez pris du plaisir à vous retrouver au coeur du pouvoir ? -Dire que j'ai trouvé du plaisir à être en première ligne, non, mais j'ai trouvé de la satisfaction à pouvoir être active, finalement, et à pouvoir avoir les mains dans le cambouis, être proche pour discuter, être le relais de mon groupe, et j'ai essayé de le faire au mieux.

Et je me souviens qu'un jour, le ministre m'a demandé de le retrouver à l'Assemblée nationale en m'indiquant : "Nous nous retrouvons au bureau des ministres." -Un bureau des ministres ? -J'ignorais, après 10 ans de présence ici, qu'il y avait un bureau des ministres.

Ca n'était pas habituel. -Vous l'avez trouvé ? -Oui, j'ai demandé à Olivier Marleix où était ce bureau, et c'est lui qui me l'a indiqué.

Finalement, il n'y avait que les députés qui étaient là, quand ils appartenaient à la majorité, donc pas beaucoup à droite, qui connaissaient son existence, des personnes plus proches, je dirais, de la manne politique et de l'organisation. -Sur les retraites, vous avez trouvé un compromis avec le gouvernement, mais une partie des députés LR a refusé de voter cette réforme, alors que vous étiez engagée auprès d'Elisabeth Borne au nom du groupe LR. Vous l'avez vécu comme un échec personnel ? -Non, je crois que ça n'est pas un échec personnel.

Nous avons une nouvelle méthode à construire au niveau de l'Assemblée nationale, et nous apprenons. Je crois que le gouvernement aussi apprend, et nous, les groupes de l'opposition, nous apprenons. Moi, je veux construire.

Nous avons cinq ans, le pays a besoin de nous. Il faut que nous puissions avancer. Donc je ne renonce aucunement à mes convictions, parce que c'est important, je les porte de manière forte, mais quand quelque chose est bien, il faut pouvoir avancer.

Il faut que nous tirions des enseignements de nos erreurs, de nos échecs, parce que... -Sur ce sujet, ça a pas fonctionné ? -Non.

Nous en sortons affaiblis. Donc il faut rebondir. Il faut tirer des forces de ses échecs.

C'est ce que nous faisons avec Olivier Marleix et Eric Ciotti. -Vous êtes l'une des députés les plus assidus dans l'hémicycle. J'ai lu qu'à plusieurs reprises, vous avez siégée seule sur les bancs de la droite, et vos adversaires ont rebaptisé votre groupe LR du nom de vos initiales, VL, pour Véronique Louwagie.

C'est vrai, ça ? -Oui, c'est vrai. L'examen d'un projet de loi de finances dure assez longtemps. -On vous voit : vous êtes toute seule. -Oui.

Vous avez des séances qui commencent le lundi à 16h et qui se terminent quelques fois le samedi ou le dimanche. Effectivement, je me suis retrouvée quelques fois seule, et donc voilà, un petit peu par sourire, par rire, les députés des autres groupes m'ont appelée "le groupe VL". -Qu'est-ce qui vous fait tenir dans des séances de nuit, parfois jusqu'à 1h, à défendre des amendements de vos collègues du groupe LR, qui sont pour la plupart rejetés ? -Je pense que j'ai un peu le sens de la perfection, en tout cas de l'engagement.

Là, je me suis engagée au nom du groupe les députés Les Républicains sur cette question du projet de loi de finances, et donc je vais jusqu'au bout, en tout cas, j'y prends...

Je suis revenue plusieurs fois les dimanches, pour être l'orateur du groupe Les Républicains au moment des discussion sur les motions de censure, en tout cas, je suis très attachée à ça. J'ai une valeur importante sur la notion d'engagement. -Vous faites partie du club des spécialistes des finances publiques.

Vous avez été élue vice-présidente de la Commission. Les finances publiques, ça fait pas rêver les députés. C'est souvent jugé technique, un peu rébarbatif.

C'est votre passé d'expert-comptable, qui vous a attirée vers ça ? -Vous savez, quand on est expert-comptable, on aime quand même les chiffres, sinon, ce serait une catastrophe. Elle rit.

Voilà, donc on a une attirance. J'ai beaucoup appris aussi avec Gilles Carrez à partir de 2014. -Ancien président de la Commission des finances. -Oui, un spécialiste des finances publiques.

Et les finances publiques, c'est la déclinaison de toutes les politiques publiques, qui parlent au quotidien aux Français, sur la question de la santé, de l'éducation, du logement. Je pense qu'au travers les chiffres, derrière, je dirais qu'il y a des orientations, des prismes qui concernent tous les Français, et je veux améliorer un certain nombre de points qui concernent la vie des Français. C'est mon objectif.

D'où cette importance des comptes publics. -Votre premier engagement remonte à 1983. Vous aviez 22 ans.

Vous avez été élue conseillère municipale d'un petit village dans l'Eure, où vous habitiez. On vous voit d'ailleurs en photo, là, dans une course de sacs. C'est la jeune conseillère municipale.

Mais plus rien jusqu'aux années 2000, pourquoi ? -Alors j'ai été effectivement conseillère municipale sur un mandat qui a duré six ans, et ensuite, juste avant de finir ce mandat, j'ai eu deux enfants, j'en attendais un troisième, j'ai eu trois enfants en trois ans, et je me suis engagée aussi dans une activité d'expert-comptable où j'ai créé mon cabinet. J'avais beaucoup d'engagements familiaux et professionnels, et ayant déménagé, je n'avais plus aucun attrait dans cette commune où j'avais été élue.

Donc je me suis retrouvée à m'occuper de mes enfants et de mon cabinet d'expertise comptable, où j'ai passé beaucoup de temps, trouvé beaucoup de plaisir et me suis beaucoup engagée. -La politique est revenue dans votre vie et tout s'est accéléré à partir de 2010. En trois ans, vous avez été conseillère régionale, départementale puis députée en 2012.

Pour les législatives, vous y êtes allée contre l'avis de votre famille. Ils voulaient pas ? -On a fait un petit conseil de famille, avec mon époux et mes trois enfants, et tous les quatre m'ont dit : "Il ne faut pas que tu y ailles." Donc je les ai laissés parler.

Ca a duré une heure, et j'ai dit : "J'irai." -Donc vous avez été élue. Vous en êtes à votre 3e mandat.

Vous dites que le plus dur, c'est pas la première élection, c'est la deuxième. -Oui. A la première élection, vous n'êtes pas élu, je dirais, sur un bilan.

Vous bénéficiez, je dirais, de la méconnaissance de votre personne. Donc on peut faire confiance. La deuxième, vous êtes élu sur un bilan, sur un passé, avec quelques fois des prises de position qui ne correspondent pas forcément aux attentes des citoyens.

Je dirais que c'est beaucoup plus difficile parce que vous n'avez plus le bénéfice du doute. Je le dis à tous mes collègues. La deuxième élection, c'est la plus difficile. -Localement, vous avez mis en place un dispositif original de démocratie participative.

Vous appelez ça les conseils de circonscription. Ca fonctionne comment ? -Effectivement, j'ai voulu faire en sorte que ce fossé entre les citoyens et le député, ou les élus d'une manière générale, qu'il soit moins important.

Donc j'ai créé un groupe avec 70 personnes. J'ai fait des appels à candidatures, des personnes ont répondu. Nous avons ensuite fait une sélection en fonction notamment des âges, pour avoir autant de femmes que d'hommes, de répartition aussi sur la circonscription, de profils, et ces personnes se réunissent régulièrement, en conseil de circonscription, avec une déclinaison en commissions, économie, santé... -Et vous les faites travailler sur des sujets comme ça ? -Nous avons travaillé sur la fin de vie. -Et ils votent ? -Pas toujours, mais sur le dernier conseil, je les ai fait voter. -Ces votes, vous en faites quoi ?

Ca vous engage ? -Ca ne m'engage pas, parce que je suis libre de mes convictions, mais en revanche, ça m'alimente, et c'est très important que nous ayons un point de discernement du terrain, des remontées du terrain. Je crois que c'est fort. -Passons au quizz.

Vous allez devoir compléter les phrases que je vais proposer. -D'accord. -C'est parti. "A ceux qui disent que je pourrais rallier Emmanuel Macron..." -Pas possible. -Votre nom circule, parfois. -Oui, mais laissez les noms circuler. -"La meilleure blague "entre experts-comptables..." -Alors on est assez sérieux, on est basés un peu sur le réel, puisqu'on constate la réalité à travers des bilans et des comptes de résultats.

On se dit : "A quoi servent les économistes ?" Notre blague, c'est : "Heureusement qu'ils sont là "pour rire d'eux." -Ils partent dans des... -Oui, et nous, les comptables, nous ne sommes pas forcément des gens très drôles, en général. -"Quand je ne serais plus députée..." -Je pourrai pouponner mes petits-enfants.

J'en ai 10. -C'est compliqué, avec votre engagement. -Oui, mais je disais à mes collègues députés : "Faites comme moi. "Ayez 10 petits-enfants, il y aura plus de problèmes "de réforme des retraites." -Voilà.

Merci beaucoup, Véronique Louwagie, d'être venue. -Merci à vous. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...