La chronique de Patrick Kanner du 24/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci d'être avec nous ce matin. Et comme chaque mercredi, une semaine sur deux, nous avons le plaisir de retrouver Patrick Cannaire, ancien ministre sénateur du Nord, président du groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat. Bonjour Patrick.
Bonjour Liana.
Merci d'être avec nous ce matin. On l'a dit, la France qui traverse donc une canicule étouffante en ce moment même. On bat des records de chaleur et les hôpitaux s'organisent même. Pourquoi notre pays, Patrick, donne-t-il l'impression de subir chaque année sans finalement jamais être prêt ?
Déjà un mot pour toutes celles et tous ceux qui vont souffrir encore plus aujourd'hui. On annonce ce mercredi comme étant le pic de cette canicule. Si vous voulez, pour vous répondre, si on n'est pas prêt, c'est parce qu'on n'a pas investi. Tout simplement parce que pour que nos écoles soient respirables, pour que nos trains continuent de rouler sans que les rails se déforment, pour végétaliser nos villes, les cours d'école, les cours de collège, les cours de lycée, il faut de l'argent. Il faut beaucoup d'argent, des milliards, sûrement des dizaines de milliards d'euros et malheureusement les caisses de l'État sont aujourd'hui vides.
Quand on regarde la carte météorologique de la France, c'est le rouge vif qui est en train de l'emporter partout. Eh bien nos caisses, les caisses de l'État, elles sont au rouge écarlate. Je vous rappelle que 86 milliards de recettes fiscales n'existent plus aujourd'hui, tous les ans. Tous les ans, 86 milliards de recettes fiscales. Et je vous donne un autre chiffre, il y en a l'année prochaine. Le revenu de l'impôt sur le revenu, donc le rendement de l'impôt sur le revenu, les RPP, comme l'on dit, sera moindre que la charge de la dette, donc que les intérêts de la dette que la France va devoir payer sur les marchés. Donc on est dans une urgence, je dirais, absolue en matière fiscale.
C'est vraiment une incurie budgétaire qui est là depuis maintenant de trop nombreuses années. Il faut donc savoir prioriser dans de bonnes conditions nos recettes, avec de la justice fiscale, et aussi prioriser en conséquence nos dépenses, notamment par rapport à ce type d'événement.
Alors justement, pour que le thermomètre arrête de dicter sa loi à l'économie et à nos vies, surtout, ça ressemblerait à quoi un bon budget pour l'année prochaine en 2027 selon vous ?
Alors, je vous l'ai dit, avoir de bons résultats, maîtriser notre dette, maîtriser notre déficit, répondre à votre question avec un bon budget. C'est de nouvelles priorités, c'est de nouvelles priorités, bien sûr, la transition environnementale. Il nous faut enfin planifier cette transition écologique. Emmanuel Macron a créé un secrétariat à la planification écologique, mais qui n'a pas de moyens, finalement. Que sont devenus, dans ce cadre-là, la Convention citoyenne sur le climat ? Le Fonds vert créé pour les collectivités territoriales, qui est diminu de plus en plus, le budget de l'ADEME, cette agence qui est absolument indispensable.
Eh bien, oui, il nous faut un plan Marshall vert, c'est la première des priorités. La première des priorités, c'est la santé, pour moi, l'accès aux soins partout, y compris, notamment en territoire rural. La question de la dépendance est liée à cela, et il faut que les personnes âgées puissent vivre dans de bonnes conditions. C'est des milliards d'euros, là aussi, à trouver, c'est même 12 milliards d'euros, pour être précis, mais c'est une priorité, pour moi, nationale, presque morale. Et puis, bien sûr, un budget concernant l'école publique, c'est pas acceptable de voir l'état dans lequel se trouve notre école publique dans notre pays.
Et sans majorité absolue à l'Assemblée nationale, Patrick, beaucoup disent que faire voter le budget 2027 sera mission impossible. Comment on fait ?
Alors, c'est la grande malice de ce gouvernement, depuis des années, essayer de rejeter la faute sur les méchants opposants qui ne voteraient pas les propositions budgétaires que nous considérons comme insatisfaisantes. Mais voilà, le gouvernement n'a pas de majorité. Je ne reviens pas sur l'épisode catastrophique de la dissolution de 2024, après les élections européennes. Nous, nous sommes un parti de gouvernement, le Parti Socialiste, et quand nous étions au pouvoir, François Hollande a ramené le déficit à 3%. Donc, il y a, bien sûr, à avoir une majorité, une majorité qui sortira des urnes après l'élection présidentielle, mais d'ici là, d'ici là, il faut préparer le budget 2027.
Nous avons montré, en 2026, nous, les socialistes, la gauche de raison, comme j'aime bien l'appeler, que nous étions capables de gérer des compromis, y compris en ne votant pas la censure, voire même en votant le budget de la Sécurité sociale. Donc, il n'y a rien à attendre aujourd'hui des extrêmes, ni du Rassemblement national, ni de LFI. Donc, il faut que le gouvernement sache négocier. Passer en force avec un 49.3, c'est assurer une censure, et on n'en veut pas. Avoir une loi spéciale qui reconduit les crédits, eh bien, c'est une fuite en avant. Peut-être la solution des ordonnances, qui n'a jamais été utilisée dans la Ve République, sur le plan budgétaire.
Mais pour cela, il faut savoir parler, savoir dialoguer. Personnellement, je rencontrerai bientôt le ministre du Budget, M. David Amiel. J'aurai des propositions, celles que je vous ai faites à lui faire. Il faut trouver une base de compromis. C'est l'enjeu de 2027, si on veut éviter, effectivement, l'arrivée des extrêmes au pouvoir.
Merci beaucoup, Patrick Cannaire. Merci d'avoir été avec nous. On suit toujours cette actualité de près, à vos côtés. Et chaque mercredi, une semaine sur deux, avec plaisir. Chronique à retrouver en podcast sur Radio-J.fr.
Patrick Kanner