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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 28 septembre 2022 26 min

François Ruffin : Ukraine, réformes des retraites, affaire Quatennens...Ce qu'il faut retenir de l'interview du 8h30

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour François Ruffin. Bonjour. On va parler de votre livre, je vous écris du Front de la Somme, dans lequel vous expliquez le décalage entre la gauche et une partie des Français sur la question du travail. On va évoquer les réformes à venir et notamment la première d'entre elles, celle des retraites. On va parler des affaires aussi qui agitent votre camp. D'abord, si vous le voulez bien, la situation en Ukraine. Après avoir organisé des référendums locaux, la Russie s'apprête à annexer quatre régions qu'elle occupe. La France ne reconnaîtra pas le résultat de ce vote, a fait savoir hier soir le Quai d'Orsay. Vous êtes sur la même ligne ?

0:29
François Ruffin

Sans aucun doute. J'entendais dans votre journal parler de mascarade, c'est le cas. Il me semble que ces référendums vont être connus par personne et en particulier pas par l'ONU, par l'Organisation des Nations Unies. Donc il va de soi qu'il n'y a pas de reconnaissance de cette annexion par la Russie. Ça doit aller de pair avec de nouvelles sanctions ou pas ? Alors, je suis mesuré là-dessus. Je pense que les sanctions militaires, l'appui militaire qui a été apporté au peuple ukrainien, a vraiment fonctionné, a permis d'endiguer l'armée russe, de façon presque inespérée parce que ça s'était accompagné d'une volonté du peuple ukrainien.

Maintenant, sur les sanctions économiques, il y en a un certain nombre à l'endroit des oligarques et ainsi de suite qui ont marché. Je demanderais moi un bilan de ce qui est des sanctions sur l'énergie. Je pense que j'étais favorable au printemps à ces mesures sur les restrictions en matière d'énergie.

1:18
Invité

On va avoir goût sur le pétrole ?

1:19
François Ruffin

Oui. Il était annoncé par Bruno Le Maire un effondrement de l'économie russe.

1:25
Invité

C'était ici, sur ce plateau.

1:26
François Ruffin

Vous l'avez vu ? Il n'a pas eu lieu.

1:28
Invité

6% de PIB en moins, oui, c'est quand même important.

1:31
François Ruffin

Vous voyez, le Fonds monétaire international, le Wall Street Journal, The Economist, Les Echos s'interrogent sur ces mesures. Le président Lezenski, il parle de mesures visant à limiter les bénéfices excessifs que la Russie tire des ventes de pétrole et de gaz. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quel est l'effet réel de ces sanctions économiques ? Je le redis, j'y étais favorable au printemps. Avant de mettre en place un nouveau train de mesure de sanctions, je pense qu'il faut réfléchir à est-ce que c'est dans notre pied qu'on tire une balle ou bien est-ce que vraiment c'est quelque chose qui va venir impacter la Russie ?

2:03
Invité

Vous dites la même chose que le Rassemblement national ? C'est qu'à un moment, il faut limiter les sanctions parce qu'elles nous font plus de mal qu'aux russes ?

2:08
François Ruffin

Non. En tout cas, je demande à ce qu'il y ait un bilan qui soit tiré. Vous voyez, je le redis, moi j'étais favorable aux sanctions ce printemps. Ça fait six mois qu'elles sont en place. On doit aujourd'hui se demander si ça fait plus de mal aux Russes ou à l'Europe. Et je pense qu'on a le droit de poser cette question. On a le droit de se demander à qui ces sanctions font-elles plus de mal ? Est-ce qu'elles font du mal à nos peuples pour rien ou bien est-ce que ce sont des mesures efficaces ? Si ce sont des mesures efficaces, je suis d'accord pour qu'on les maintienne et pour qu'on les augmente. Mais il faudrait aujourd'hui avoir un bilan de ces mesures.

En attendant, on continue à livrer des armes aux Ukrainiens ou pas ? C'est ce qui se passe et manifestement, c'est assez efficace. Alors au départ, il fallait le faire sans le dire. Maintenant, manifestement, c'est dit. Mais c'est ce qui apparaît comme étant efficace pour endiguer l'armée russe, voire pour permettre une contre-offensive aux Ukrainiens.

2:58
Présentateur

Ça, c'est un point de divergence entre vous, par exemple, et Jean-Luc Mélenchon depuis le début de la guerre ?

3:02
François Ruffin

Non, mais je pense qu'on a toujours été sur la même ligne là-dessus. Vous allez en trouver d'autres, des points de divergence, si vous voulez, dans le fil de la discussion. Et il n'y a pas de mal à avoir des divergences ? Mais vous le notez, vous aussi ? Non, mais depuis le début, on sait que la France livre des armes à l'Ukraine. Mais simplement, dans un premier temps, il ne fallait pas le dire, il ne fallait pas l'afficher. Plus ça va, plus ça s'affiche.

3:19
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon avait dit, ici même sur ce plateau, le lendemain du déclenchement de la guerre et de l'invasion russe en Ukraine, ça ne sert à rien de livrer des armes à l'Ukraine. La Russie va gagner de toute façon cette guerre.

3:29
François Ruffin

Eh bien, le fait est que je disais que Bruno Le Maire s'est trompé, et ça, je n'en veux pas à Bruno Le Maire face à une situation géopolitique inédite, si jamais on n'a pas un effondrement de l'économie russe. Et là, manifestement, les livraisons d'armes à l'Ukraine, quand même, ont servi le peuple ukrainien dans sa résistance.

3:48
Invité

Sur un tout autre sujet, François Ruffin, pour avoir opposé la gauche des allocs à la gauche du travail, Fabien Roussel, le patron des économistes, s'est pris des économistes, des communistes. Ah, le lapsus ! Le patron des communistes, qu'est Fabien Roussel, s'est pris une volée de bois vert de la part de vos collègues de la NUPES. Pourquoi vous ne l'avez pas défendu ?

4:07
François Ruffin

Parce que, moi, je n'oppose pas. Je veux dire, la cause du malheur du travail, aujourd'hui, ce ne sont pas les gens qui sont en RSA. C'est 40 ans de mondialisation. C'est 40 ans de mondialisation qui fait que le travail a été maltraité. On a organisé depuis 40 ans la maltraitance du travail. Vous savez, je rencontrais un patron, la semaine dernière, dans une briquetterie du côté de Périgueux, qui me disait « le capital tue le travail ». C'est un patron qui le dit, qui vient me dire « le capital tue le travail ». Pourquoi ? Parce que son entreprise, elle a été achetée et revendue. Parce que depuis 40 ans, on considère que le travail est un coût. C'est réduit à ça et c'est un coût à réduire.

On le voit encore cette année avec des salaires qui ne suivent pas l'inflation.

4:45
Invité

Mais c'est le problème, en fait, ce sont les entreprises, ce ne sont pas les personnes qui perçoivent les minimations, par exemple ?

4:48
François Ruffin

C'est même plus que les entreprises. C'est le système qu'on met en avant. Vous savez, quand on a un porte-conteneur qui arrive de l'autre bout du monde et qui est rempli de pneumatiques, puisqu'on nous dit qu'il y a une invasion de pneus asiatiques. En vérité, il n'est pas rempli de pneus. Il est rempli de travail à bas coût. Et on a organisé la maltraitance du travail depuis 40 ans. Donc, c'est une maltraitance sur les salaires. Vous savez, en 1981, un enseignant touchait 2,3 fois le SMIC. Aujourd'hui, un enseignant, c'est 1,2 fois le SMIC. Il en est de même pour les ouvriers du bâtiment. Donc, c'est la maltraitance qui est organisée.

5:16
Invité

Donc, on ne valorise pas assez le travail ?

5:18
François Ruffin

C'est évident. Je veux dire, ceux qui parlent de valeur travail tous les jours, qui le laissent célèbre, ce sont ceux qui broient le travail et qui l'écrasent, qui mettent en place des sous-statuts. Je rencontre un chariste la semaine dernière qui avait la vocation de la logistique. Comme ça, ça arrive, vous avez la vocation du journalisme, qui aimait son travail bien fait, mais il est pris 6 mois en intérim, 3 fois, 18 mois, on le remet 6 mois à la maison. Il est repris 18 mois en intérim, on lui promet un CDI qui ne vient pas, il en sort écœuré, finalement, il va fonder sa pizza. Mais je rencontre ça, ce que j'appelle, on achève bien les vocations.

Des gens qui ont des vocations pour le soin, qui ont des vocations pour l'enseignement, qui ont des vocations, par exemple, pour la vigne que je rencontrais dans le Médoc, et qui se font maltraiter dans leur travail. Pourquoi essentiellement ? Maltraiter sur le terrain des salaires, maltraiter possiblement sur le terrain des horaires, maltraiter parce qu'on n'a pas le contrat qu'il faut, mais aussi maltraiter parce qu'on a le sentiment de ne pas faire bien son travail, de ne pas pouvoir bien faire son travail.

6:10
Présentateur

Ce qu'a dit Fabien Roussel il y a quelques jours, c'est ce que disent les gens que vous rencontrez, ce que vous citez dans votre livre, vous en citez des dizaines et des dizaines des gens qui vous disent on en a marre de travailler alors que le voisin d'en dessous vit des allocs. On en a marre, vous utilisez l'expression des cassos. C'est quoi un cassos aujourd'hui ?

6:29
François Ruffin

Moi, je ne suis pas là pour jeter la pierre à la mère célibataire qui a trois enfants et qui peine à vivre et que je connais. Ce n'est pas là le problème. La difficulté aujourd'hui, c'est comment... Vous voyez, je rencontre un chauffeur de car lundi, vous savez qu'on manque de chauffeurs de car, il est à 700 euros par mois. Et on nous dit aujourd'hui qu'il y a une pénurie de chauffeurs de car.

6:54
Invité

Mais là, vous parlez des gens qui travaillent. Les gens que vous rencontrez tous les jours dans votre circonscription, ils vous disent on en a marre des gens qui profitent du système. On en a marre des cassos. C'est ceux qui perçoivent les prestations sociales ?

7:03
François Ruffin

D'une part, les personnes... Moi, je suis même pour relever le filet de sécurité sociale et pour l'élargir. Je pense qu'en Paris, par exemple, la jeunesse, aujourd'hui, n'est pas du tout couverte par un filet de protection sociale et qu'il faut l'élargir dans la mesure où elle est en formation, où elle s'apprête à avoir un emploi.

7:19
Invité

C'est-à-dire quoi ? Il faut un revenu pour les jeunes ?

7:20
François Ruffin

Évidemment, il faut un revenu pour les jeunes. Vous savez, de la même manière, on va y venir que pour les retraites, on a construit un filet de protection qui fait que ce n'est pas la solidarité familiale qui fait tout et qu'on a chassé la pauvreté chez les personnes âgées grâce au minimum vieillesse et grâce aux retraites en 30 ans dans l'après-guerre. Aujourd'hui, il nous faut opérer la même chose dans la jeunesse. Donc, il y a ce mouvement. Moi, je ne suis pas du tout pour dire qu'il faut éliminer ce filet de protection. Mais je viens dire une chose simple.

7:44
Présentateur

Mais Fabien Roussel n'a pas dit ça non plus.

7:45
François Ruffin

Je viens dire une chose simple. Je viens dire que les Français doivent vivre de leur travail. Les Français doivent vivre de leur travail. Et aujourd'hui, le problème qu'on a, c'est que dans des tas de métiers, vous savez, c'est tous les travailleurs de la seconde ligne. Un rapport qui est paru remarquable, le rapport ERL, qui explique qu'il y a 5 millions de travailleurs qu'on considère comme essentiels, comme indispensables, les auxiliaires de vie, les manutentionnaires, les caristes, et ainsi de suite, qui, aujourd'hui, n'arrivent pas à vivre de leur travail, qui ont des horaires découpés, qui ont des salaires, qui frôlent le seuil de pauvreté quand ils ne sont pas en dessous.

Donc, la question centrale, aujourd'hui, c'est comment on donne de la valeur au travail, à la fois sur le plan matériel, parce qu'il faut qu'au moins ça suive l'inflation, et aussi sur le plan spirituel. Et ça, c'est quelque chose que je pense que la gauche a abandonné.

8:26
Présentateur

La pierre fait du travail. François Ruffin, 8h41. Le fil info avec Mathilde Romagnon, et on poursuit juste après.

8:31
Invité

En matière de gestion des déchets, la France est mauvaise élève par rapport à ses voisins européens. C'est ce que révèle la Cour des comptes. Le taux de recyclage des déchets municipaux a atteint 44% en 2018, loin des 67% de l'Allemagne, par exemple. 80% des déchets jetés dans une poubelle classique pourraient être triés. Les deux tiers des jeunes de moins de 15 ans ont déjà vu des images pornographiques. C'est la conclusion d'un rapport sanatorial sur le porno en France. Il fait une vingtaine de recommandations et pointe aussi les violences faites aux femmes dans l'industrie du porno. Un sabotage.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'a pas de doute sur l'origine des trois fuites observées sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2, des pipelines sous-marins qui relient la Russie à l'Allemagne, source de tensions géopolitiques depuis le début de la guerre en Ukraine. Une mascarade, c'est ainsi que la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, qualifie les référendums d'annexion organisés par Moscou. Les autorités de quatre régions ukrainiennes prorusses ont revendiqué hier soir la victoire du oui en faveur d'une annexion de la Russie.

France Info Le 8.30 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel Toujours avec François Ruffin, le député de la France Insoumise de la Somme, vous disiez tout à l'heure, juste avant les titres, que la gauche avait abandonné la fierté du travail. À gauche, on a aussi entendu la demande d'un droit à la paresse. C'est Sandrine Rousseau, l'écologiste, qui revendiquait ça. Vous n'êtes pas du tout sur cette ligne ?

10:03
François Ruffin

Moi, je suis pour dépasser les contradictions, qui est une fausse contradiction. C'est-à-dire que, qu'est-ce que c'est l'histoire de la gauche ? Qu'est-ce que c'est l'histoire du mouvement ouvrier ? C'est à la fois une fierté du travail, la dignité dans le travail bien fait. Vous savez, c'est le maçon qui se recule de trois mètres et qui regarde son mur et qui en est fier. C'est la coiffeuse qui vous passe un miroir derrière la nuque et qui vous montre et qui dit, voilà, vous avez vu, j'ai bien fait mon travail.

Mais ça, c'est quelque chose que je rencontre tous les jours, cette fierté du travail, ou à l'inverse, cette fierté qui devient honte parce qu'on a le sentiment de mal faire son travail. Mal faire son travail à l'hôpital, mal faire son travail dans les champs même. Mais ça, c'est une chose. Mais de l'autre côté, l'histoire de la gauche, c'est aussi libérer des temps hors travail. C'est le travail des enfants qui ne se fait plus à 12 ans, qui ne se fait plus à 14 ans. C'est le dimanche chômé, c'est le samedi à l'anglaise, ce sont les congés payés, c'est le droit surtout à la retraite, au repos qui arrive à la fin de la vie ou on espère un peu avant la fin de la vie.

Et tout ça, il ne faut pas croire qu'il y a une contradiction dans le fait d'avoir une fierté du travail, de vouloir bien faire son travail, de le poser comme quelque chose d'important dans l'existence et d'avoir à côté du droit à la paresse, du droit à du temps libre, du droit à du temps de réflexion en dehors du travail. Mais le travail, on ne doit pas le considérer comme une espèce de malédiction qui serait à éliminer. Parce que, d'abord, vous savez, je vois bien de boire un verre d'eau là. Mais dans ce verre d'eau, vous vous rendez compte de la quantité de travail qu'il y a ? Parce que quand on fait couler de l'eau du robinet, il y a du travail derrière.

Le gobelet qui est fabriqué, il y a du travail. On prend le métro, il y a du travail. Donc tout ça, c'est comment on organise la collectivité pour que le travail ne soit pas vécu comme quelque chose de subi, mais quelque chose dans lequel on se réalise en réalisant.

11:38
Présentateur

Est-ce que la fierté de travailler, François Ruffin, ça peut être de travailler un peu plus longtemps dans la vie, d'aller un peu au-delà des 62 ans qui sont aujourd'hui la règle ? Un peu au-delà.

11:48
François Ruffin

Non, mais d'abord, est-ce que c'est choisi ou est-ce que c'est contraint ? Or, là, ça se fait par la contrainte. Je vais, vous savez, je ne sais pas trop faire, mais je vais essayer d'être solennel. Je pense que ce que s'apprête à faire le président de la République est une folie. Je pense que c'est une folie quand on a eu deux ans de crise Covid, qu'on a un peuple qui est épuisé, qui est exténué, qu'il a été réélu, finalement, sans élan, sans enthousiasme, qu'il a une majorité de raccrocs à l'Assemblée nationale.

12:14
Présentateur

Une majorité quand même.

12:15
François Ruffin

Il l'a, je ne l'ai jamais contesté. Une majorité de raccrocs, qu'on s'apprête à ne pas savoir si on va pouvoir payer nos factures, qu'on a une crise d'inflation, que les salaires ne suivent pas, et que dans ce moment d'exaspération, de fatigue démocratique, il va décider contre une vaste majorité des Français, 70%, 80%, de passer en force sur la réforme des retraites. Je pense que, je le dis... Mais ce qui vous choque,

12:40
Présentateur

c'est le véhicule législatif, c'est-à-dire savoir si c'est un amendement ou pas, ou le fond de la réforme. Est-ce que, pour vous, rien n'est négociable ? Non. À partir du moment où, par exemple, les Français vivent plus vieux ? Je vais jusqu'au bout

12:51
François Ruffin

de ce que je pense là-dessus. Parce que je pense que c'est grave ce qu'on est en train de faire. Il faut comprendre que on installe du ressentiment dans le cœur des gens. Tous les jours. Alors, il y a des grands moments politiques qui installent le ressentiment. Le traité constitutionnel européen, 80% des ouvriers qui votent pour le non, 60% des chômeurs, enfin, un vrai vote de classe. Et là, ça installe du ressentiment. Le mouvement des Gilets jaunes, qui n'est pas traité par un compromis social, ça installe du ressentiment.

Mais tous les jours, quand les gens prennent le train et qu'ils sont assis le cul par terre dans le train ou qu'ils n'arrivent pas à l'heure, c'est du ressentiment qui s'installe. Quand des gens ne peuvent pas se faire soigner les dents parce qu'il n'y a plus de dentiste, c'est du ressentiment.

13:28
Invité

Même s'il prend le temps de consulter, de dialoguer, vous dites non, il ne faut pas la faire, cette réforme ?

13:33
François Ruffin

Je dis non, il ne faut pas la faire, cette réforme. D'abord, elle n'a aucune utilité, ça je reviendrai, mais sur le fond, quand il y a 60% à 80% des gens qui sont opposés à cette réforme, je dis franchement, notre objectif, ce n'est pas l'équilibre du déficit des retraites à l'horizon 2070.

13:51
Présentateur

C'est l'unité du pays aujourd'hui. Vous avez vu les derniers propos de Gabriel Attal qui dit nous avons fait le choix par exemple de ne pas augmenter les impôts, d'augmenter le salaire des enseignants de 10% l'an prochain et si on fait cette réforme, c'est pour dégager des marges de manœuvre.

14:04
François Ruffin

Non, alors, il y a des mensonges ou bien des justifications successives de la part du gouvernement. Au printemps, quand il était en campagne, c'était pour combler un déficit. Le Conseil d'orientation des retraites a montré, on a toutes les courbes qu'il faut, montre que...

14:19
Invité

Pas de déficit l'année prochaine, mais pour les 25 prochaines années.

14:21
François Ruffin

Oui, d'accord, mais ensuite, il y aura un rétablissement et ainsi de suite. Donc, il n'y a pas de déficit grave.

14:26
Présentateur

Sachant que le corps ne compte pas les retraites du public.

14:28
François Ruffin

Oui, mais... Oui, c'est pas le truc. Donc maintenant, c'est pour investir, pour financer l'école et l'hôpital. Au fond, il faut regarder le vrai programme d'Emmanuel Macron. Celui qu'il a présenté, non pas aux Français, mais à la Commission européenne à Bruxelles. Ce que j'appelle le programme caché d'Emmanuel Macron. Et là, il vient dire clairement qu'est-ce qu'il y a. Il n'y a pas hôpital dedans. Il n'y a pas éducation, il n'y a pas école, il n'y a pas investissement, il n'y a pas tout ça. Il y a... On va réduire les impôts des entreprises et pour réduire les impôts des entreprises, on va mettre en place un certain nombre de références des structures dont les retraites.

Les retraites sont là pour financer une nouvelle baisse des impôts sur les entreprises. Mais il ne s'est pas caché, c'était dans son projet. Non. La baisse des impôts

15:09
Présentateur

des entreprises, ça a même été étalé dans le temps. Oui, M. Pauvel,

15:12
François Ruffin

dans son projet, il ne fait pas le lien entre les deux. Il dit je vais faire le programme des retraites, je vais baisser les impôts des entreprises, mais il ne dit pas je vais faire l'un pour faire l'autre. Et là, ce qu'il dit maintenant, c'est qu'il va faire ça pour financer l'école et l'hôpital. C'est faux. Là, qu'est-ce qui est prévu dans le plan de financement qui est au mois d'octobre ? Ça va être une nouvelle baisse des impôts sur les sociétés. On est à 50 milliards. Chaque année, c'est 50 milliards de rentrées fiscales en moins grâce à Macron pour les entreprises et pour les plus riches de ce pays. Ce sont des cadeaux gigantesques. Il faut voir l'injustice dans laquelle on se trouve.

Enfin, je veux dire, un peu de décence. Un peu de décence. Ce sont les échos, le journal de Bernard Arnault qui annonce que les dividendes n'ont jamais été aussi élevés dans notre pays que le taux de marge des entreprises, toutes entreprises confondues n'a jamais été aussi important. C'est dans la presse patronale. Ce n'est pas chez moi. Et donc, c'est dans ce moment-là qu'on va venir dire aux gens non, vous devez encore vous serrer un petit peu la ceinture.

16:04
Présentateur

Vous irez dans la rue manifester contre ça. Il n'y a pas de doute. On voit aujourd'hui que les insoumis ont beaucoup de mal à s'entendre avec les syndicats sur le principe d'une manifestation contre la vie chère dans un mois.

16:13
François Ruffin

Et j'invite tout le monde à y aller ce jeudi. Donc, il y a une manifestation et je serai non, jeudi ? Oui, c'est ça.

16:20
Invité

Organisé par les syndicats ? Oui, oui, c'est ça.

16:22
François Ruffin

Pardon, excusez-moi. Et je serai le 16 octobre, le dimanche 16 octobre dans la rue aussi. À la marche de Jean-Luc Mélenchon. Dans la marche de Jean-Luc Mélenchon. Ce n'est pas la marche de Jean-Luc Mélenchon. C'est la marche des organisations de gauche. Et donc, j'y serai aussi. Sans les syndicats. Sans les syndicats. C'est pas un problème.

16:35
Invité

Il y a une concurrence.

16:36
François Ruffin

On fait ce qu'on peut. Moi, en tout cas, vous savez, ça existe. Je ne sais pas par où ça passera. Et je vais vous dire, peut-être que Macron, il arrivera à passer son truc de sa retraite, notamment. Et le reste, parce que la retraite, c'est l'injustice au-dessus des autres. On reviendra parler du fond. Mais de toute façon, mettons-nous bien ça dans la tête. Même s'il a le sentiment de gagner dans un premier temps, c'est le pays qui perdra dans la durée parce qu'on installe dans le pays, dans le cœur des gens qui se demandent comment déjà ils vont pouvoir bosser jusqu'à 60 ans. À 60 ans, un Français sur deux n'est plus au travail. Pourquoi ?

Parce qu'un Français sur deux a une santé altérée à 60 ans. Donc, quand on est conseiller chez McKinsey ou qu'on est banquier d'affaires, vous pouvez vérifier.

17:15
Invité

Normalement, parce que le départ moyen du départ à la retraite, c'est 62 ans. Oui, d'accord.

17:19
François Ruffin

Vous vous irez vérifier. Un Français sur deux ne travaille plus à 60 ans. D'accord ? Vérification. Fact-checking. Oui, oui. Mais, vous savez, quand on est banquier d'affaires et qu'on travaille chez McKinsey, on n'a pas de problème à se dire que la retraite, elle va être à 64, 65, 66 ans. Moi, les gens que je rencontre, Emmanuel Macron,

17:38
Invité

il dit qu'il prend en charge aussi la pénibilité. Mon oeil,

17:41
François Ruffin

mon oeil, mon oeil, mon oeil, mon oeil, mon oeil, mon oeil. Moi, je le vois comment elle est prise en charge de pénibilité. C'est des gens qui terminent en inaptitude, qui terminent avec le RSA. Le RSA a plus que doublé ces dix dernières années. Pourquoi ? Parce qu'on a repoussé l'âge de la retraite. Plus 152%, vous y vérifiez. François Ruffin,

17:56
Présentateur

je vous interromps, 8h51, le fil info, vous reprenez votre respiration, un petit verre d'eau

18:08
Invité

azoduc Nord Stream 1 et 2 qui relie la Russie à l'Allemagne et met en garde ce matin contre toute attaque contre ces infrastructures. Les deux pipelines situées en mer Baltique sont l'objet de tensions depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Paris ne reconnaîtra pas les référendums d'annexion par la Russie de quatre régions ukrainiennes. Les autorités prorusses ont revendiqué hier la victoire du oui en faveur d'une annexion par Moscou. Après six mois de travail et d'audition, un rapport sénatorial pointe les dérives de l'industrie du porno, les actrices sont victimes de violences systémiques et les mineurs trop facilement exposés à des contenus interdits.

Les deux tiers des jeunes de moins de 15 ans ont déjà eu accès à des images pornographiques. Plus de 4300 lits d'hôpital fermés l'an dernier en France selon une étude du ministère de la Santé en cause les contraintes de personnel qui ne permettent pas de maintenir des lits selon la direction statistique des ministères sociaux. France Info Le 830 France Info

19:08
Présentateur

Salia Brakia Marc Fauvel François Ruffin est-ce que vous avez pris des nouvelles d'Adrien qu'Athénin ces derniers jours ?

19:14
François Ruffin

Je lui ai envoyé un message au lendemain de son communiqué. C'est-à-dire que j'ai eu un message public je veux redire ce que j'ai dit publiquement. Les violences au sein du couple sont intolérables quels que soient les conflits qui existent et j'apporte mon soutien aux femmes victimes en France et dans le monde. Je prends acte des excuses d'Adrien de son retrait et je pense que de toute façon il va se mettre en retrait de la vie publique pour un moment. Donc ça c'est publiquement en privé je lui ai envoyé un message oui pour lui dire ma fraternité.

19:45
Présentateur

On a senti vous l'avez sans doute senti aussi l'embarras dans votre parti après le tweet de soutien de Jean-Luc Mélenchon à Adrien Quaténins après qu'Adrien Quaténins a reconnu avoir giflé sa compagne ou son ex-compagne pardon il est impossible aujourd'hui à la France Insoumise de critiquer Jean-Luc Mélenchon même lorsqu'il se trompe ?

20:05
François Ruffin

Moi je pense que Jean-Luc Mélenchon a confondu deux registres il a confondu un registre de l'amitié qui est un registre de l'ordre privé et on n'a pas retiré son amitié à quelqu'un quand il faute ou quand il chute vous voyez pour moi ça va de soi avec une réaction politique c'est à dire d'un dirigeant dont on attend qu'il défende ses principes même quand ce sont les siens qui sont en cause je pense que c'est ça qui a été perçu cette dissonance et des derniers échanges de Jean-Luc Mélenchon dans les médias je vois que lui-même a perçu cette dissonance et qu'il essaye de raccommoder ça il a dit personne n'est parfait ce qui n'est pas tout à fait la même chose c'est pas excusé Jean-Luc Mélenchon j'ai pas dit qu'il s'excusait mais en tout cas il dit personne n'est parfait c'est déjà un pas vous voulez dire qu'il est au maximum de ce qu'il...

non mais j'en sais rien moi je fais pas de la psychologie de Jean-Luc Mélenchon voilà mais

20:58
Invité

très clairement sur ces questions de féminisme vous le trouvez pas un peu old school je sais pas si c'est le bon mot mais est-ce qu'il est déconnecté sur ces sujets là

21:08
François Ruffin

bon d'abord franchement vous inviterez Jean-Luc Mélenchon puis vous en discuterez avec lui d'accord non mais vous vous êtes sur la même ligne que lui ou pas je pense ce que je pense ce qui se produit dans la société une révolution se produit qui part on peut dire du droit de vote de 1945 du droit à l'avortement aujourd'hui un phénomène majeur qui est le niveau éducatif des femmes est aujourd'hui plus élevé dans la société que celui des hommes donc ça produit des bouleversements c'est non pas la prise du pouvoir mais c'est la prise de pouvoir c'est la prise d'un peu de pouvoir qui se passe dans la société et ça change les mœurs et alors il faut s'adapter à ça et comme toutes les révolutions ça se fait vous y viendrez peut-être mais en coupant des têtes et parfois en faisant des charrettes qui t'a coupé des têtes de personnes innocentes

21:54
Présentateur

c'est le risque qui se pose aujourd'hui où est-ce qu'on met le curseur c'est le risque qu'est-ce qu'on dit tant pis s'il y a quelques innocentes il faudrait même entendre

22:01
François Ruffin

de révolution de révolution féministe d'une révolution qui je le dis est souhaitable je veux dire il faut voir aussi parce que si jamais il n'y avait pas eu le PPDA qui avait pu faire son truc avec le tout Paris qui le savait en ayant son McDo du soir c'est comme ça c'est surnommé par les attachés de TF1 et qui avait pu pratiquer ça pendant 20 ans si la justice si le tout Paris n'avait pas accepté ça si la justice était intervenue peut-être qu'on n'en serait pas à ce mode de fonctionnement aujourd'hui maintenant il y en a

22:31
Invité

la justice intervient c'est bien la différence avec ce qui se passe aujourd'hui dans le cas de Julien Bayou pas de plainte la cellule de signalement des écologistes ne l'a même pas reçu pour avoir sa version il a demandé 4 fois et pourtant il a dû démissionner là on va trop loin ?

22:48
François Ruffin

je pense que là il va falloir régler ça je veux dire il va falloir qu'il y ait une justice qui soit interne qui gradue qui entendent les gens qui acceptent qu'il y ait de la nuance dans tout ça et donc voilà c'est à nous d'apporter

23:02
Invité

une justice interne ?

23:03
François Ruffin

pardon vous parlez de justice interne ?

le problème je vous l'aurai dit le problème parce que Dupond-Moretti s'est exprimé sur cette histoire il a dit attention au risque d'une justice privée je suis bien d'accord je suis bien d'accord mais le problème c'est que la justice elle n'a pas fait son travail et je ne dis pas que c'est un travail qui est évident à faire mais quand on a un viol sur 100 qui aboutit à une condamnation c'est quand même problématique quand on a je le redis Patrick Poivreux-Darvore qui peut faire son son petit business sexuel dans une impunité généralisée et la justice est saisie et la justice est saisie elle est lente mais elle est saisie même quand on a comme ministre de l'intérieur encore Gérald de Darmanin

23:38
Invité

la justice a été saisie aussi

23:39
Présentateur

oui la justice elle est saisie mais vous vous dites j'essaie de résumer vous vous dites c'est au parti de faire la première lame en quelque sorte avec les cellules internes est-ce que mais je ne dis pas seulement

23:48
François Ruffin

c'est au parti vous savez parce que ça peut se produire partout non non attendez ma question n'est pas posée

23:53
Présentateur

est-ce que l'affaire Tahabouaf ne vous a pas un tout petit peu refroidi je la remets dans le contexte militant de la France insoumise écarté de la campagne des législatives officiellement dans un premier temps les insoumis nous disent c'est parce qu'il a été victime d'une campagne de racisme qu'il se retire on apprend ensuite que ce n'est pas exact c'est parce qu'il a été soupçonné d'agression sexuelle il n'a jamais été entendu par la cellule et il dit aujourd'hui on m'a retiré il y a 5 mois je ne sais pas ce qui m'est reproché

24:16
François Ruffin

c'est ça la justice c'est imparfait parce que c'est une révolution féministe qui est en cours je vous le dis il ne s'agit pas seulement des partis il s'agit aussi possiblement des médias j'ai parlé de TF1 mais qu'est-ce qui se passe à France Info j'en sais rien mais comment est-ce que si jamais il y a des cas d'agression sexuelle dans une entreprise l'entreprise doit attendre qu'il y ait un jugement pour mettre en place une sanction évidemment non donc de la même manière dans les partis on ne doit pas attendre que la justice ait fait son travail 2 ou 3 ans pour mettre en place une sanction pour séparer l'agresseur et l'agressé donc il y a un certain nombre de choses comme ça

24:53
Présentateur

et donc principe de précaution en quelque sorte est mise sur la touche immédiate

24:56
François Ruffin

je vous ai dit qu'il fallait qu'on trouve des modalités alors je pense que avoir une procédure qui aille du coup il ne s'agit pas seulement des partis il s'agit des syndicats il s'agit des associations il ne faut pas croire que quand on a un phénomène aussi massif que ça il y ait la moindre institution de ce pays qui ne soit pas touchée je pense que la France insoumise traite ces cas et donc elle les traite même un peu sur la place publique donc ça se voit davantage c'est pas de la poussière qui est sous le tapis maintenant là il faudrait qu'on ait en grosso modo une procédure une charte nationale uniforme qui permette de se dire voilà comment on va avancer en interne sur un certain nombre de choses parce qu'on ne peut pas attendre seulement que la justice fasse son travail qui va prendre des années

25:40
Présentateur

on restera sur cette proposition de votre part merci beaucoup merci à vous François Ruffin

25:43
François Ruffin

bonne journée à vous merci à vous