Bruno Le Maire annonce "des réformes indispensables" post-Covid : "la première est la réforme des retraites"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, le ministre de l'économie, des finances et de la relance. Vos questions dans 10 minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Et merci d'être au micro d'Inter ce matin. Vous avez présenté hier en Conseil des ministres le projet de loi de finances pour 2021. Ce budget est construit autour du plan de relance de 100 milliards d'euros. Ce budget est évidemment inédit, considérant la crise sanitaire et la crise économique qui en découle.
La presse parle ce matin d'un budget hors normes. Mais vous, Bruno Le Maire, comment le qualifiez-vous ? C'est un budget de crise, voire un budget de guerre ?
Non, je n'emploierai pas ce vocabulaire militaire. C'est un budget de protection et un budget de relance. Budget de protection parce que nous n'en avons pas fini avec le virus. Et que par conséquent, beaucoup d'entrepreneurs, de restaurateurs, de patrons de café, de patrons de salle de sport sont inquiets pour leur activité, sont obligés de fermer, de réduire la voilure. Et donc il faut continuer à soutenir et à protéger les salariés comme les entreprises. C'est un premier aspect essentiel du budget. Nous continuerons à protéger les salariés et les entrepreneurs. Puis l'autre aspect, c'est préparer la sortie de crise parce que nous sortirons de cette crise.
Et j'ai même la conviction que la France peut sortir de cette crise économique avec un modèle plus juste, un modèle plus respectueux de l'environnement et un modèle plus compétitif. Mais ça suppose de mettre dès maintenant l'argent nécessaire pour moderniser nos industries, accélérer la transition écologique et avoir un modèle qui soit plus respectueux de l'environnement.
Vous avez une vision optimiste, tant mieux, que le monde d'après sera meilleur que le monde d'avant. En attendant, il y a déjà eu trois budgets rectificatifs en 2020 depuis le début de l'épidémie du Covid. Sur quelles hypothèses sanitaires, sur quels indicateurs sanitaires vous fondez-vous pour ce nouveau budget ? Par exemple, ce budget-là que vous avez présenté hier, est-ce qu'il prévoit un cas de reconfinement même partiel du pays ?
L'hypothèse sur laquelle je me fonde, sans être du tout un spécialiste de sécurité sanitaire ou de problèmes médicaux, c'est la persistance de la circulation du virus. Et donc la nécessité d'adapter par moment les règles, les règles de fermeture des établissements pour faire face au virus, puisque la sécurité sanitaire, c'est évidemment la priorité absolue. Donc nous avons mis de l'argent de côté pour pouvoir faire face à ce genre de situation. Par exemple, prenez un exemple très concret, le fonds de solidarité, 1500 euros qui sont donnés à tous ceux dont les établissements sont fermés ou qui ont perdu une grosse partie de leur chiffre d'affaires.
Aujourd'hui, à Marseille, à Aix-en-Provence, vous avez des restaurateurs, des bars qui vont devoir fermer. Eh bien, ils pourront avoir accès à ce fonds de solidarité. Aujourd'hui, il est plafonné à 1500 euros. Nous allons le déplafonner jusqu'à 10 000 euros. Donc ça permettra de prendre en charge la perte de chiffre d'affaires pour ces restaurateurs, pour ces patrons de bar, que nous allons voir tout à l'heure avec le Premier ministre, et à qui je vais dire, nous ne vous laisserons pas tomber.
Enfin, je suis le premier concerné, le premier inquiet de voir tant de restaurateurs qui se disent, on a fait des efforts, on a essayé d'adapter les règles sanitaires, on est quand même obligés de fermer, on va perdre du chiffre d'affaires. Moi, je comprends leur désespoir, je le comprends parfaitement.
Et malgré tout, vous leur dites, il faut appliquer la loi.
Et donc, nous, bien sûr qu'il faut appliquer la loi, bien sûr qu'il faut protéger la sécurité sanitaire de chaque Français, mais nous avions prévu 9 milliards d'euros pour ce fonds de solidarité, nous en avons dépensé 6 très exactement, il en reste 3. Eh bien, on va les mettre sur la table maintenant pour soutenir les restaurateurs.
Est-ce que c'est suffisant, ce que vous avez prévu ? Je précise ma question. Par exemple, si le 15 février, vous décidez, pour raison sanitaire, de fermer tous les restaurants en France. Est-ce que ce budget-là, que vous avez présenté hier, prévoit le chômage partiel des mesures d'urgence pour les restaurateurs pendant 2, 3 semaines ou 1 mois, si jamais ça arrive ? En clair, pour reprendre la critique d'Éric Wirt, qui vous dit, ce budget est trop confus, vous auriez dû proposer différents scénarios en fonction de l'évolution de la crise sanitaire, et qu'en gros, vous ne prévoyez pas le pire dans ce budget.
Est-ce qu'au contraire, c'est un budget qui fait preuve de beaucoup de clarté ? Il a prévu les moyens nécessaires pour protéger, je redonne l'exemple, 9 milliards pour le fonds de solidarité, 6 dépensés, il en reste 3. Sur le chômage partiel, qui est essentiel, vous avez raison, parce que ça permet de prendre en compte les salariés de ces restaurants, de ces hôtels qui sont fermés. Nous avions prévu 30 milliards d'euros, nous en avons dépensé 20, il en reste 10. Alors, évidemment, s'il y a un reconfinement généralisé l'année prochaine, il faudra passer à autre chose.
Mais je ne me place pas, je ne me place pas dans cette hypothèse-là, puisque l'hypothèse constante que j'ai défendue, c'est que nous apprenions à vivre avec le virus. Continuer à avoir une activité économique, tout en luttant contre le virus.
Comment va, Bruno Le Maire, l'économie à l'instant T ? Est-ce que vous maintenez l'objectif de croissance de 8% en 2021 ? Et cet objectif n'est-il pas très optimiste ?
Je pense qu'on a fait preuve de réalisme depuis le début de la crise. J'étais le premier à dire, au début mars, que cette crise était comparable à la grande récession de 1929. J'ai dit la vérité aux Français. Quand nous avions, fin août, début septembre, souvenez-vous, des économistes, des instituts qui vous disaient, dans le fond, ça redémarre beaucoup plus vite que prévu, on ne va pas faire moins 11, on va faire moins 8 de récession en 2020. Je n'ai pas cédé à cet enthousiasme-là, j'ai dit non, il y a encore des risques sanitaires, il y a des incertitudes internationales avec l'élection américaine, donc nous allons réviser le chiffre de récession de moins 11, mais on l'a révisé à moins 10.
On n'a pas dit aux Français, ça y est, on est sortis d'affaires, et finalement tout va redémarrer très vite. Je leur dis la même chose, nous allons nous sortir d'affaires, ça prendra du temps, et nous mettrons deux ans avant de retrouver le niveau de développement économique que nous avions avant la crise. Je ne vais pas expliquer que nous connaissons une récession comparable à celle de 1929 et qu'en 6 mois tout va être effacé, c'est pas vrai.
Ça prendra du temps, mais nous allons y arriver, parce que les fondamentaux de l'économie française, c'est-à-dire d'abord les salariés, le professionnalisme de nos salariés, la qualité de nos entreprises, notre capacité d'innovation, notre capacité à développer de nouvelles technologies, sont considérables. On peut sur l'hydrogène être les meilleurs en Europe, on peut sur le calcul quantique être les meilleurs en Europe. On n'est pas condamné à importer nos batteries électriques de Chine ou d'Asie pour les mettre dans nos véhicules électriques, nous allons les produire en France. Donc nous allons y arriver, mais ça prendra au moins deux ans.
Avez-vous été surpris tout de même du coup d'arrêt de l'économie en cette rentrée-là ? Parce que c'est vrai qu'il y a eu un mouvement plutôt positif après le déconfinement, et que là on a le sentiment, je parle sous le contrôle de Dominique Seux, qu'il y a un plateau peut-être. Et autre chose, le ministre de l'économie que vous êtes est-il inquiet ? Que la confiance ne revienne pas, que les consommateurs ne reconsomment pas, qu'on reste chez nous, au fond, à regarder les courbes d'hospitalisation à la télévision ou à la radio, et qu'on ne sorte plus, que la peur revienne en fait. C'est ça qui est en train de se passer ces derniers jours.
Vous pensiez que l'économie allait reprendre le dessus, et Bruno Le Maire vous nous l'aviez dit, or en fait c'est le sanitaire qui revient en force cette rentrée.
D'abord non, je ne suis pas surpris, parce qu'après un mouvement où la consommation a très bien redémarré, au mois de juin, juillet, août, nous savions que la croissance marquerait le pas à la rentrée, ça n'est une surprise pour personne. Comme je vous dis qu'il faudra deux ans pour récupérer l'intégralité de nos forces économiques, ça prendra du temps. Donc ça n'est pas une surprise. La deuxième chose, les mesures que nous avons prises ont marché.
Prenez simplement l'industrie automobile, on a mis des primes très généreuses, nous sommes le pays qui a le plus vendu de voitures en juin et juillet, par rapport à tous les autres pays européens, on a vendu 25% de voitures de plus au mois de juin et juillet, que ce que nous avions fait en 2019. Donc c'est possible de soutenir la consommation et de relancer. Ensuite, c'est la responsabilité de chacun d'apprendre une fois encore à vivre avec le virus, et de poursuivre notre activité économique en respectant les gestes barrières, et en garantissant la sécurité sanitaire de tous.
Bruno Le Maire, le déficit public devrait être de 6,7% du PIB l'an prochain, il est de 10,2% cette année, c'est vertigineux. Assumez-vous toujours que les comptes publics ne sont pas la priorité aujourd'hui, et que nous sommes donc toujours bien dans le « quoi qu'il en coûte » d'Emmanuel Macron ?
La priorité, c'est l'emploi, c'est le redémarrage de l'économie, c'est des usines qui ouvrent, c'est des entreprises qui investissent, et c'est des Français qui consomment. C'est ça la priorité. Et quand on est dans une situation de crise, c'est grave. Il faut avoir une seule priorité, pas deux, une seule. Ma priorité, c'est l'emploi.
Que les Français puissent retrouver un travail, que des usines puissent investir, que des investisseurs puissent venir en France ouvrir de nouvelles entreprises, que les consommateurs reprennent le chemin de la consommation, que nous ayons une économie qui redémarre, et qui redémarre sur des bases qui soient saines, c'est-à-dire une économie décarbonée et une économie compétitive.
Donc tout l'argent que nous mettons aujourd'hui sur la table pour financer le projet d'hydrogène, pour financer le chômage partiel et éviter des licenciements par centaines de milliers, pour soutenir telle entreprise qui veut ouvrir une nouvelle ligne de production et qui a besoin de 10, 15 ou 20 millions d'euros de soutien public, c'est de l'investissement. Toute la dette liée à cette crise économique, c'est de l'investissement. Il faudra la rembourser, je l'ai toujours dit, mais ce remboursement viendra quand nous aurons retrouvé la croissance. Il faudra la rembourser. Bien sûr qu'il faudra la rembourser. Certains économistes disent non. Mais ils sont irresponsables. Pourquoi ?
Ils sont irresponsables parce que comment voulez-vous que le ministre des Finances aille demander à des investisseurs d'acheter de la dette française ? Si je leur dis, venez prendre de la dette française, mais je ne vous la rembourserai jamais. Enfin, je ne vais pas trouver grand monde pour investir sur la dette française si je leur dis, tout ce que vous achetez comme obligation du Trésor français ne vous sera jamais remboursé. Ma responsabilité de ministre des Finances, c'est de dire aujourd'hui, on investit, demain, nous rembourserons cette dette. Et nous la rembourserons de manière très claire. Un, par de la croissance. Deux, par un principe de responsabilité sur les finances publiques.
Ce n'est pas open bar. Il faut remettre le principe de responsabilité au cœur des finances publiques. Et trois, par des réformes de structure que je continue à estimer indispensables, la première d'entre elles étant la réforme des retraites.
Ah. Qui aura lieu quand ?
Ça, c'est au président de la République et au Premier ministre de définir le calendrier. Mais je vous dis que pour rembourser la dette, et je fais preuve du même sens de la vérité vis-à-vis des Français, ça passe par de la croissance, ça passe par un principe de responsabilité sur les finances publiques, que ce n'est pas open bar. Il faut que l'argent public aille là où c'est nécessaire. Et nous avons besoin de réformes de structure qui sont indispensables.
Donc il faut faire la réforme des retraites avant la fin du quinquennat.
Il faut faire cette réforme des retraites au moment où le président de la République et le Premier ministre le jugeront utile. Mais elle est nécessaire pour rétablir l'équilibre des comptes sociaux. Elle est nécessaire pour garantir aux jeunes générations qui rentrent sur le marché du travail que eux aussi auront une retraite. Et elle est nécessaire pour avoir un système de retraite qui soit plus simple, plus juste et plus lisible.
Vous ne citez pas le retour aux 35 heures dans les trois conditions ?
Non, parce que ça ne fait pas partie des conditions à mes yeux. Moi, ce qui me paraît tout à fait essentiel dans ces réformes de structure dont je vous parle, c'est d'avoir des dispositifs sociaux qui nous protègent tous, qui nous permettent de vivre mieux, mais qui soient financés et qui n'accroissent pas les déficits français.
Bruno Le Maire, ce budget assume clairement d'aider fortement les entreprises qui ont été très impactées par la crise en faisant le pari d'une baisse de la fiscalité. Vous dites, ma priorité, c'est l'emploi. Eh bien, est-ce que c'est vraiment l'emploi ? Ça n'empêche pas les entreprises que vous aidez, on en a beaucoup parlé ici, vous étiez à ce micro, l'automobile, l'aérien, de préparer des plans sociaux. Philippe Martinez de la CGT demande que ces aides soient conditionnées au maintien de l'emploi. Laurent Berger de la CFDT veut qu'elles soient soumises à un avis conforme du comité social économique de chaque entreprise. Ces demandes ne sont-elles pas légitimes ?
Est-ce que vous ne craignez pas, pour poser la question un peu de manière franche, de faire trop confiance aux entreprises, de leur donner beaucoup d'argent, beaucoup de baisse d'impôt et qu'à la fin, elles licencient quand même ?
Moi, ce que je crains, Léa Salamé, c'est le chômage. Ce que je crains, c'est les faillites d'entreprises. Ce que je crains quand je soutiens Airbus ou les sous-traitants d'Airbus, et qu'on met plusieurs milliards d'euros pour soutenir le secteur aéronautique, c'est qu'il y ait des grandes entreprises aéronautiques françaises à Toulouse ou ailleurs qui s'effondrent. Donc c'est pour ça que je le fais. Quand vous avez 30, 40, 80% du trafic aérien qui n'est plus là, il faut bien que ces compagnies puissent vivre, puissent fabriquer des avions et continuer à en vendre.
Pourquoi il n'y a pas plus de contreparties sur l'emploi, Bruno Le Maire ?
Mais il y a des contreparties sur l'emploi. Quand, par exemple, vous donnez une prime à une entreprise pour qu'elle embauche un jeune, la contrepartie de la prime qui se chiffre à plusieurs milliards d'euros, c'est l'embauche du jeune. Quand on fait une prime pour un apprenti, la contrepartie de la prime pour l'apprenti, c'est l'embauche de l'apprenti. Quand je verse une prime de 7000 euros pour l'achat d'un véhicule électrique à un ménage français, la contrepartie, c'est qu'il achète un véhicule électrique. Donc il y a déjà des contreparties qui sont fixées.
Quand je soutiens Air France 7 milliards d'euros, je demande des contreparties en termes de fermeture de lignes quand il y a une alternative par le train à moins de 2h30 ou de réduction des émissions de CO2. Quand nous versons un prêt garanti par l'État, la contrepartie essentielle, c'est de dire à l'entreprise, vous avez un prêt qui est garanti par l'État, vous ne versez aucun dividende et vous n'avez pas le droit d'avoir une filiale ou un siège dans un paradis fiscal.
Un milliard de questions sur le standard. Là aussi des milliards. Benjamin, pardon. Benjamin, bonjour. Bonjour.
On vous écoute. Bonjour, monsieur le maire. Bonjour. Le doucement du malus automobile à 40 000 euros ne risque-t-il pas d'entraîner justement des faillites et du chômage dans la distribution et dans la production automobile et surtout entraîner une fraude fiscale. C'est-à-dire que les gens qui sont susceptibles d'acheter une Lamborghini ou une Ferrari vont la prendre en leasing au Luxembourg ou en Belgique ou en Allemagne et paieront la TVA au Luxembourg, en Belgique ou en Allemagne.
Merci Benjamin pour cette question. Bruno Le Maire vous répond.
Alors pour être très précis, Benjamin, parce que je vois que vous êtes un fan de voitures comme moi, ce malus de 40 000 euros ne s'applique qu'aux voitures qui émettent plus de 225 grammes de CO2 par kilomètre. Donc nous ne produisons pas en France de voitures de ce type. Donc ça ne créera pas d'impact sur l'emploi.
En revanche, je suis très vigilant effectivement à ce que nous ne prenions pas des mesures trop rapides sur l'industrie automobile et trop pénalisantes qui pourraient toucher nos usines en France, nos ouvriers, nos sites de production de Renault ou de PSA parce que je crois qu'il faut faire très attention à ce que cette transition écologique se fasse rapidement mais en respectant les emplois qui sont en France.
Alors vous durcissez fortement le malus pour les voitures pas propres, ce qui va dans le sens de ce que vous demande la Convention citoyenne pour le climat. En revanche, vous n'avez pas retenu leur demande de taxer les voitures au poids pour favoriser les petites voitures. Pourquoi ? Alors que c'était un engagement du Président de la République.
D'abord, Léa Salamé, vous le dites très justement, nous faisons évoluer le seuil de déclenchement du malus. Il va passer de 138 grammes de CO2 en 2020 à 131 grammes en 2021 et à 123 grammes en 2022. Donc nous allons dans la direction du durcissement du malus avec un seuil de déclenchement qui est plus bas mais nous le faisons progressivement pour que nos industriels puissent s'adapter et que ce ne soit pas le coût de massue qui se solde par des suppressions d'emplois. On n'est pas dans une situation économique normale. On est confronté à des suppressions d'emplois massives. C'est pour ça que vous ne pourrez pas reprendre
ce que vous demande la Convention citoyenne.
Mais sur le proie, je vais vous dire ma conviction très profonde, c'est au niveau européen qu'il faut le faire. Comment est-ce qu'on peut accepter qu'au niveau européen, vous ayez des constructeurs qui aient la possibilité d'émettre davantage de CO2 parce qu'ils produisent des voitures qui sont plus lourdes ? C'est ça la réalité du droit européen. Et je pense que si on veut s'attaquer à cette question du poids des voitures, qui est une vraie question, il faut le faire au niveau européen plutôt que de pénaliser nos constructeurs français qui sont déjà pénalisés par le système européen tel qu'il existe.
Allez, on retourne au standard. Aline, bonjour. Oui, bonjour. On vous écoute.
Bonjour, monsieur le ministre. Bonjour. Voilà, je vous appelle parce que j'aimerais savoir ce que vous allez faire concernant notre profession, les voyages scolaires et les voyages linguistiques en particulier. Lorsque je lis votre communiqué de presse qui a été publié très récemment, vous donnez des mesures particulières pour les bars et les restaurants. J'aimerais savoir, concernant notre profession qui a perdu 90% de son chiffre d'affaires en 2020 et 0% pour l'instant en prévisionnel pour 2021, nous sommes en train de mourir et j'aimerais savoir si réellement quelque chose va être fait pour notre profession.
Merci Aline pour cette question sur le tourisme. J'en ajoute deux sur l'événementiel. Bruno Le Maire, pour que vous puissiez répondre, Emmanuel nous dit nous n'avons rien pu faire depuis le mois de mars. Quel est votre programme de relance pour notre secteur concernant l'événementiel ? Quelles aides sont proposées ? Ça, c'est Philippe. Donc, tourisme pour commencer, événementiel ensuite. Bruno Le Maire.
Je ferai la même réponse. C'est une réponse positive. Oui, nous allons faire quelque chose. Oui, il y a déjà des choses qui ont été faites dans le cadre du plan tourisme. Et oui, on doit et on peut faire mieux. Quand je dis que nous allons rehausser le fonds de solidarité à 10 000 euros, les restaurateurs savent bien qu'on va pouvoir prendre en charge leur chiffre d'affaires, donc ils voient très clairement ce que ça va leur apporter comme aide. Mais tous ceux qui, comme Aline, travaillent dans le secteur du voyage, des classes vertes des enfants, ou de l'événementiel, où il faut prévoir quelle sera l'activité en janvier, en février ou en mars.
Et ils ne peuvent pas prévoir, tout simplement, parce qu'il y a trop d'incertitudes sanitaires. Il faut qu'on puisse les soutenir, leur donner la visibilité sur le long terme. Donc, je les recevrai dès cette semaine ou en début de semaine prochaine, que ce soit les voyagistes, les représentants de l'événementiel, j'ai eu l'occasion déjà de discuter avec eux, on n'a pas encore trouvé la solution parfaite pour eux. Donc, il faut qu'on travaille encore pour voir qu'est-ce que l'on peut leur donner, qui leur donne de la visibilité sur leur action et la possibilité de rester à flot.
Deux questions. L'une sur la 5G, l'autre sur Veolia. La première sur la 5G, malgré l'affronte des écologistes qui demandaient un moratoire, la mise aux enchères des fréquences de la 5G, démarre aujourd'hui Bruno Le Maire. On l'entendait dans les journaux de France Inter ce matin, la vraie 5G ne sera opérationnelle qu'en 2024 et pourtant les opérateurs Free, Orange et les autres vont pouvoir vendre des abonnements aux consommateurs en disant vous aurez la 5G. Est-ce qu'il n'y a pas un risque de prendre les consommateurs pour des gogos ? En gros, de leur vendre un abonnement, vous aurez la 5G. En fait, ce n'est juste qu'une 4G améliorée un petit peu plus rapide.
Est-ce que vous allez veiller à ça ?
Oui, on va y veiller. D'ailleurs, je vais le dire très clairement ce matin qu'effectivement, la 5G qui est mise en place aujourd'hui, elle fonctionne toujours avec des bandes de 3,5 GHz. Le vrai changement, c'est quand on passera à 26 GHz, c'est-à-dire d'ici 2 ans, où là, toutes les applications, notamment sur la circulation des flux, sur la mobilité, sur la logistique, sur le transport industriel, le fonctionnement des usines, la domotique pourra véritablement être opérationnelle. Donc, pour le moment, nous n'y sommes pas. Ça devrait rassurer aussi d'ailleurs sur les inquiétudes sanitaires que certains peuvent exprimer et auxquelles nous devons répondre.
Mais ces enchères auront lieu, elles permettent aux opérateurs de se positionner. Nous espérons qu'elles rapporteront au moins 2 milliards d'euros à l'État. Ça n'est pas négligeable dans la situation des finances publiques où nous sommes. Et ça prépare la France à être un pays qui, en matière numérique, reste parmi les pays leaders.
Le feuilleton de la rentrée, Veolia, leader mondial du traitement de l'eau et des déchets, veut racheter son concurrent historique Suez. Il y a 4 500 emplois qui sont dans la balance. Il y a quelques semaines, le Premier ministre semblait plutôt favorable au projet. Il avait dit, Jean Castex, le projet fait sens. Est-ce que vous soutenez ce projet ou pas ? Et est-ce que l'offre de rachat tombe demain soir ? Est-ce que vous souhaitez un délai supplémentaire ?
Oui, moi je souhaite qu'on prenne le temps nécessaire. Et j'appelle les deux parties, je dis bien les deux parties, que ce soit Veolia et Suez, au sens des responsabilités. Ce sont deux grandes entreprises industrielles du traitement des déchets et de la gestion de l'eau. Elles sont connues de tous les Français. Elles ne vont pas donner le spectacle d'une guerre industrielle au moment où on est confronté à une crise économique. Eh bien, je les appelle à la sagesse et au sens des responsabilités. Et je le dis très clairement, l'État ne cédera à aucune pression. Ça veut dire quoi ? Ni à aucune précipitation.
C'est-à-dire que si on nous met le couteau sous la gorge en disant, écoutez, c'est demain, pas de discussion, il faut se précipiter. Enfin, on n'est pas à une semaine, 15 jours ou 3 semaines près. Le délai tombe demain soir. Eh bien, je vous dis que nous ne sommes pas à une semaine, 15 jours ou 3 semaines près. Donc le délai va être décalé. L'État fera respecter les conditions qu'il a mises, pas de précipitation, la protection de l'emploi, la protection de l'empreinte industrielle, une offre qui soit à majorité française. Et enfin, pas de guerre entre deux grands industriels français. Donc j'appelle les deux parties au sens des responsabilités.
Et je leur dis avec beaucoup de fermeté, l'État ne cédera à aucune pression, ni d'une partie, ni de l'autre.
L'eau sur l'application France Inter dit vivre avec ou sans virus. Ça n'est pas travailler, se calfeutrer à la maison, regarder la télé. La vie, c'est autre chose. C'est le sport, les sorties, la culture, tout ce qu'on nous empêche de faire sans une quelconque étude scientifique valable. Ce genre de question apparaît souvent, désormais, que ce soit au standard ou sur l'application. Comment la recevez-vous,
cette déclaration ? Eh bien moi, je la reçois comme quelqu'un qui a été confiné depuis huit jours, qui a été confronté à cette maladie. C'est qu'un témoignage personnel, qui vaut ce que vaut un témoignage personnel, ni plus ni moins que celui d'un autre, qui court d'habitude 25 à 30 km par semaine, et qui aujourd'hui ne peut plus courir. Précisément parce qu'il a été confronté à cette maladie qui n'est pas une maladie anodine, qui s'en prend à vos poumons, qui vous donne un sentiment d'oppression qui est très pénible, parfois même angoissant. Donc on dit toujours ça tant qu'on n'a pas vécu cette maladie. Une fois qu'on est passé, je pense qu'on voit les choses un peu différemment.
Et si on aime les personnes autour de soi, parce que moi j'ai 50 ans, je suis en forme physique, je fais du sport, je le pratique régulièrement. Et pourtant ça a été violent. Mais si ça tombe sur quelqu'un que vous aimez, qui est plus fragile, qui est en surpoids, ou qui est très âgé, ou qui a eu des problèmes de santé, je peux vous dire que je vous regretterai au plus profond de vous-même d'avoir prononcé ces mots.
Et si vous allez dans un hôpital et que vous voyez les personnels soignants, leur dévouement, leur sens humain, et que vous voyez le déchirement que ça peut être pour un chef de service de se dire voilà j'ai 12 lits de réanimation, mais je suis obligé de dire à quelqu'un qui doit être opéré du cancer que ce ne sera pas demain parce qu'il faut que je garde des lits pour des patients Covid, je pense que ça incitera chacun à faire preuve de plus de sens des responsabilités. Arrêtons avec l'égoïsme. Ayons juste un peu de cœur, c'est tout ce que je demande, de cœur et de sens des responsabilités.
Comment vous allez aujourd'hui ? Vous avez encore des séquelles ?
Je vais, le mieux que je puisse aller, ma santé n'a pas grand d'importance. Je veux juste porter ce témoignage que cette maladie n'est pas une maladie comme les autres, qu'il faut la prendre au sérieux si on aime les gens autour de soi et si on respecte les personnels soignants. Je pense que c'est le cas de tous les Français, ils aiment leurs proches, ils respectent les personnels soignants. Rien que pour cela, ça vaut le coup de se protéger et de faire attention aux autres.
Merci Bruno Le Maire.
Monsieur le ministre
de l'économie, des finances et de la relance, merci aussi d'avoir été au micro d'Inter ce matin, 8h48.
Bruno Le Maire