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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 25 mai 2025 22 minAutoproduitMixte

Exploitation des fonds marins : "Il faut une régulation et il faut faire vite", alerte le spécialiste Bruno David

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0:01
Présentateur

Et dans le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous avons le bonheur de recevoir l'un de nos grands scientifiques naturalistes spécialisés en paléontologie et en sciences de l'évolution et de la biodiversité. C'est le meilleur connaisseur au monde, sans doute, des oursins, ces créatures étonnantes qui vivent dans les océans. Ancien président du Muséum d'Histoire Naturelle, on lui doit un rapport commandé par le président de la République dans la perspective d'un important sommet qui sera consacré aux océans et une question, une question cruciale qui concerne notre présent et l'avenir même de la planète, exploiter ou préserver les fonds marins. Bonjour Bruno David.

0:49
Invité

Bonjour.

0:50
Présentateur

Et bienvenue, vous pourrez dialoguer avec les auditeurs d'interne en quelques minutes au standard au 01 45 24 7000 ou sur l'appli Radio France. Le sommet de Nice sur les océans se tiendra dans maintenant une quinzaine de jours avec des enjeux majeurs comme la ruée vers les métaux, les ressources des fonds marins. On va d'abord parler de ce qu'on appelle ces océans et ces fonds marins. C'est loin de nos yeux, l'eau n'y est pas si transparente. Exercice de définition, c'est extrêmement concret Bruno David. De quoi est-ce qu'on parle ?

1:23
Invité

Alors là on parle des grands fonds marins, c'est-à-dire qu'il faut savoir que la profondeur moyenne de l'océan, la moyenne c'est 3700 mètres. Autrement dit c'est très profond. Et on ne voit pas du tout ce qui se passe au fond. Et ces grands fonds marins dont on parle, en gros, c'est ce qu'il y a au-delà de 3000 mètres de profondeur.

1:37
Présentateur

C'est-à-dire qu'on peut cartographier Mars avec une précision supérieure à celle avec laquelle nous connaissons les fonds marins.

1:46
Invité

Oui, parce que Mars c'est facile, si j'ose dire. Je mets des grosses guillemets à facile quand même. Il y a juste à envoyer un satellite, le faire tourner autour de Mars, il relève la topographie de la surface de Mars et on a une bonne idée de ce qu'est Mars. Les fonds marins, l'eau n'est pas si transparente que ça et par satellite on ne peut pas relever la topographie du fond. Donc il faut passer partout avec des bateaux et des sonars pour essayer d'avoir une idée de la topographie du fond marin.

2:09
Présentateur

Et vous, vous êtes l'un des grands connaisseurs de ces abysses qui ne forment pas, alors il faut le savoir, un comportement isolé du reste de la planète. C'est-à-dire que ce qui s'y joue, ça va avoir un impact ailleurs. Si on touche à ces fonds marins, ça risque de perturber les grands cycles et la biodiversité. On va en parler, évidemment. Vous avez publié de nombreux ouvrages de référence. En plus d'hémerger des milliers d'espèces fascinantes, exemple ?

2:41
Invité

Le poulpe d'humbo, qui a des sortes de grandes oreilles.

2:44
Présentateur

Le grain pototisse ? Oui, le poulpe d'humbo, il est gigantesque ?

2:48
Invité

Alors ça peut faire jusqu'à 1m50. Mais sinon, il y en a des petits et puis il y en a des grands. Et puis sinon, je ne résisterai pas aux oursins, bien sûr. Évidemment.

2:56
Présentateur

Mais alors des oursins qui marchent sur des sabots ?

2:58
Invité

Alors voilà. Donc, vous m'aviez bien écouté. Ils vivent sur une vase qui est très fluide. Donc, ce n'est pas facile d'avancer là-dessus. Et il y en a qui ont des petits sabots en porcelaine. En quelque sorte, ça ressemble à de la porcelaine. Ça n'est pas de la porcelaine, mais ça ressemble à de la porcelaine. Au bout de leur piquant. Et on a l'impression qu'ils ont des petits sabots. Et il y en a d'autres qui développent des sortes de montgolfières. Donc, ils ont des sortes de montgolfières accrochées aux piquants qu'ils ont sur le dos, entre guillemets. Et ils avancent comme ça un petit peu.

Moi, ça m'évoque des images futuristes du début du XXe siècle, où on voyait ces sortes de montgolfières qui survolaient les villes. Là, c'est pareil. Mais ce sont des oursins qui volent un petit peu au-dessus du fond.

3:37
Présentateur

Et vous, vous avez en plus travaillé sur la révolution depuis le Crétacé. Il y a des concombres de mer qui font la danse des voiles. On va parler de cette biodiversité extrêmement riche. Elle est menacée aujourd'hui ?

3:49
Invité

Alors, elle est menacée si on exploitait à grande échelle les grands fonds marins. Maintenant, ce n'est pas une biodiversité qui est très dense. Elle est simplement très originale. Il y a des mécanismes physiologiques très particuliers pour vivre dans ces environnements sous pression, dans l'obscurité. Quand on est sur les sources hydrothermales, sur les dorsales, il y a des environnements qui sont extrêmement pollués à nos yeux. Pollués à nos yeux. Il faut vivre dans des environnements qui sont bourrés de sulfure. Donc, il faut détoxifier littéralement les sulfures. Il y a des crevettes qui sont capables de vivre dans des environnements où nous, on serait empoisonné en rien de temps.

Qui sont adaptées à cet environnement étrange. Donc, il y a des mécanismes physiologiques très particuliers qui pourraient éventuellement nous intéresser, même y compris dans des dimensions thérapeutiques ou dans des dimensions comme ça. Donc, il y a ces animaux, y compris les requins lumineux, les poissons à tête transparente et d'autres qu'on ne croise évidemment jamais. Ça, c'est pour la biodiversité. Mais vous disiez, il y a aussi dans ces 100% dont on connaît seulement 5% d'océans, il y a le rôle de poumon de la planète. Il y a ce rôle de stockage de carbone qu'on voit moins, qui est moins évident.

C'est-à-dire que si on exploite les grands fonds, on menace évidemment ces animaux dont vous parlez, mais on s'attaque aussi à quelque chose qui est fondamental pour toute notre planète. Oui, parce que c'est une zone de stockage du carbone. C'est-à-dire qu'en fait, il y a des floraisons de phytoplankton, de plancton végétal proche de la surface, là où il y a de la lumière. Puis ce plancton finit par mourir, il va descendre sur le fond, il va s'accumuler au fond pendant des milliers et des milliers d'années. Et ça va donc piéger du carbone. Donc, on a ce rôle-là. Exploiter les grands fonds, notamment les zones à nodules, ça pourrait remobiliser une partie de ce carbone.

Il va falloir expliquer les nodules. J'expliquerai les nodules. C'est Roland-Garros, donc c'est le bon moment pour expliquer les nodules. Je vous dirai pourquoi. Je vous le dis maintenant.

5:34
Présentateur

Dites-le maintenant, parce qu'au cœur des convoitises, on va reprendre le titre de votre rapport « Exploiter ou préserver les fonds marins », au cœur des convoitises, il y a les nodules polymétalliques. Alors, expliquez-nous pourquoi ils sont si convoités. Mais d'abord, ce que c'est ?

5:51
Invité

Alors, les nodules polymétalliques, ce sont des boules qui font la taille d'une balle de tennis, d'où mon allusion à Roland-Garros. Donc, vous imaginez le fond parsemé de ces boules métalliques qui ont se situé de plusieurs types de métaux qui joncent le fond. Du cuivre, du cobalt, du zinc, du nickel. Fert manganèse pour l'essentiel. Fert manganèse pour l'essentiel, avec un peu de nickel, un peu de cuivre, un peu de cobalt, un peu d'autre chose. Dont on a besoin aujourd'hui pour faire nos téléphones, pour faire nos ordinateurs, pour des tas de choses. Pour les auditeurs, l'image qu'on peut en avoir, c'est un petit peu comme un joueur de tennis qui va s'entraîner.

Donc, je fais vraiment l'allusion à Roland-Garros. Un joueur de tennis s'entraîne, il y a des balles partout sur le cours. Là, c'est pareil, il y a des nodules partout sur le fond, sur des centaines de kilomètres carrés, des milliers de kilomètres carrés. Donc, l'idée, c'est d'aller avoir une grosse moissonneuse batteuse, c'est de ramasser tous ces nodules, d'avoir un gros aspirateur, de les remonter en direction de la surface, vers un bateau, et de les récupérer. Mais, au passage, ces nodules, ils sont posés, ils sont enfouis en partie, pour certains, dans une vase très très très molle. Pour ça qu'il y a des oursins qui ont des sabots.

On est dans une vase très molle, et vous remobilisez cette vase. Donc, vous faites des nuages de particules gigantesques, mais absolument gigantesques, qui vont mettre très très longtemps à se redéposer. Et on ne sait pas si ces nuages ne vont pas perturber certains grands cycles, comme le cycle du carbone, et si finalement, ça ne va pas in fine perturber aussi le climat.

7:11
Présentateur

Et avoir donc des répercussions sur ce qui se passe sous l'atmosphère. Voilà, ça pourrait se passer. On ne sait pas, en fait.

7:19
Invité

On ne sait pas jusqu'à quel point ça pourrait perturber tout ça. C'est pour ça qu'il faut un moratoire, et c'est pour ça qu'il faut prendre le temps de mieux étudier ce type de processus, pour savoir simplement où on met les pieds.

7:28
Présentateur

Alors, on va y venir justement, à savoir ce qu'il faut faire, ou surtout ne pas faire. Il y a le point de vue environnemental, ça représente donc des risques. Mais, c'est pas si rentable que ça, d'un point de vue économique, Bruno David ?

7:39
Invité

Non, parce que le faire, il y en a partout, sur les continents. Donc, il n'y a pas besoin d'exploiter les nodules pour le faire. Le manganèse, ce n'est pas terrible. Le métal le plus critique, en ce moment, pour la transition énergétique, pour basculer vers l'électrification, c'est le cuivre. Alors, le cuivre, qu'est-ce qu'il y a comme cuivre dans les nodules ? Si on prend la zone de Clarion-Clipperton, donc Clipperton, c'est un petit îlot qui est au large de l'Amérique centrale, dans le Pacifique. Entre Hawaï et le Mexique. Entre Hawaï et le Mexique, et il y a une grande zone, une grande surface qui est couverte de nodules. Donc, on pourrait dire, on va exploiter ça.

On a estimé qu'il y avait 34 milliards de tonnes de nodules dans ce secteur-là. Mais le cuivre, c'est 1% de ce poids-là. Donc, il faudrait aller chercher... 1% seulement ? Chaque tonne de nodules que vous ramassez, c'est 10 kilos de cuivre. Donc, ce n'est pas beaucoup. Donc, il faut dépenser une énergie considérable, parce qu'on est à plus de 4000 mètres de profondeur, pour aller chercher tout ça, le ramener en surface, le traiter, bien sûr, il va falloir extraire le cuivre de ce nodule, etc.

8:35
Présentateur

Donc, le jeu n'en vaut pas la chandelle ?

8:37
Invité

C'est très limite, parce que les gisements de cuivre du Chili, qui sont des gisements assez riches, ils sont à 0,6%. Alors, c'est un peu moins, mais c'est immensément plus simple d'aller chercher du cuivre sur les continents que d'aller le chercher à 10 000 mètres de profondeur. Alors, là, vous nous avez parlé des risques pour l'environnement, pour la biodiversité, pour le poumon de la planète. Vous nous dites, ce n'est pas forcément économiquement rentable non plus d'aller exploiter les grands fonds. Il y a quand même des arguments pour.

Les entreprises comme DeMétal Company qui veulent exploiter ces fonds, elles nous disent, effectivement, ce que vous disiez, on a besoin de ces métaux pour faire la transition énergétique, donc aussi pour la planète. Et puis, ça peut être un instrument de souveraineté pour des pays qui n'ont pas forcément accès à ces métaux. C'est une forme de justice. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Alors, c'est une forme de justice pour certains et d'injustice pour d'autres. Parce que, bien sûr, si vous avez les moyens technologiques d'aller exploiter ces grands fonds, vous pouvez éventuellement y aller, faire des bénéfices potentiels. Pour le moment, ils ne sont vraiment que potentiels avec.

Et puis, les pays qui n'ont pas les moyens, eux, tant pis pour eux. Il y a des pays qui n'ont pas forcément les moyens et qui ont des ressources dans leurs eaux territoriales, dans la zone économique exclusive. Mais là, bon, ils sont chez eux, après tout, ils font ce qu'ils veulent. Parce que là, il faut expliquer, là, on est en fait dans une zone qui n'appartient aujourd'hui à personne. Qui est-ce qui édicte les règles dans ces fonds, dans ces abysses qui se trouvent finalement loin de nos pays et de nos eaux territoriales ? Alors, nous sommes dans la haute mer. C'est-à-dire que ces grands fonds marins, ils sont patrimoine commun de l'humanité. C'est bien ça aussi qui pose problème.

C'est-à-dire en quoi ou non de quoi les pays technologiquement les plus développés en capacité d'aller éventuellement chercher ces richesses s'en accapareraient au détriment des autres qui, eux, regarderaient passer le train sans pouvoir monter dedans. Il n'y a pas de règles ? Il n'y a pas de règles ou il y a des essais de règles. Il y a une autorité internationale des fonds marins qui est en Jamaïque, à Kingston en Jamaïque. Depuis 1994. Qui essaye de réguler les choses. Mais ce n'est pas parce que même il y aurait des régulations édictées. Alors, il y a une réunion qui va se tenir au mois de juillet à Kingston, justement, pour essayer d'édicter des règles.

Mais ce n'est pas pour autant qu'il y aurait une surveillance et qu'il y aurait une police. Une police des mers et des océans. Une police des mers. On est très, très loin de ça. Et quand on voit le vent qui souffle du côté des États-Unis... Donald Trump qui vient de faire un décret pour dire qu'effectivement, on allait pouvoir exploiter... Il a signé une ordonnance disant allons-y, on n'a plus qu'à y aller. De toute façon, la loi américaine est très bien pour ça. Je ne vois pas pourquoi on s'encombrerait d'autres types de règles. Mais c'est vraiment là premier servi. Le premier qui arrive se sert et les autres, tant pis, ils auront éventuellement des miettes au mieux.

Et on voit bien que la puissance américaine là se déploie en plein pour s'accaparer des richesses qui ne leur appartiennent pas, en tout cas pas en totalité.

11:12
Présentateur

Alors, il y a une image assez surprenante. Vous avez le sentiment que les fonds marins, justement parce qu'ils sont assez méconnus, font exception ou en tout cas sont davantage exposés aux volontés d'exploitation que sur Terre, par exemple. Et vous dites, qui aurait l'idée d'aller exploiter le bois des arbres qui poussent dans les oasis du Sahara ? C'est une drôle de comparaison quand on parle des fonds marins.

11:33
Invité

Oui, alors là, je ne fais pas allusion aux nodules, à ces immenses plaines, mais plutôt aux sources hydrothermales sur les dorsales et puis à des monts sous-marins où il y a des encroûtements de cobalt. J'ai pris souvent une image en disant, c'est un petit peu comme si vous aviez des téléphones portables au fond de l'eau. Il y a un petit peu tout ce qu'il faut pour faire un téléphone portable dans ces environnements. Ce sont des environnements qui sont beaucoup plus éparses, épars, pardon, qu'on va trouver un petit peu partout, mais qui sont très localisés, très, très localisés. Et on a parlé, d'ailleurs, quand on les a découverts dans les années 1970, on a parlé d'oasis hydrothermales.

Et donc, je reprends volontiers cette image en disant, c'est un petit peu comme si on allait chercher et couper les arbres des oasis du Sahara pour faire des meubles. Là, on va aller exploiter les encroûtements qui vont se trouver sur ces sources hydrothermales. Et pour moi, c'est une aberration totale, évidemment.

12:20
Présentateur

Alors, avant de donner la parole aux auditeurs d'Inter qui ont des questions assez précises, d'ailleurs, sur les fonds marins, sur cet univers mystérieux, mystérieux pour nous, en tout cas, beaucoup moins pour vous. Mais donc, je rappelle que vous avez remis ce rapport à Emmanuel Macron sur l'exploitation minière des fonds marins, sur lesquels vous appelez un moratoire pour les 15 prochaines années. Il faut aller au-delà du principe de précaution. Expliquez-nous en quoi il faut aller plus loin ?

12:46
Invité

C'est simplement parce que les scientifiques avaient souvent eu l'habitude de dire on fait une analyse et voilà ce que l'on conclut de cette analyse. La conclusion de l'analyse qu'on a pu faire avec un panel de scientifiques et à l'international, c'est de dire il faut appliquer un principe de précaution. Il y a vraiment des choses qu'on ne connaît pas bien. Et moi, il m'a semblé que c'était important de franchir un pas de plus, c'est-à-dire de tenir en quelque sorte presque la main du politique et lui faire une proposition concrète en disant si on veut mettre en place ce principe de précaution, voilà, ils font un moratoire de 10 à 15 ans et on l'a même chiffré.

On l'a chiffré pour pas que ça soit dans l'infini et qu'éventuellement on veut mettre à la compagnie ou d'autres disent c'est scientifique de toute façon c'est toujours le même discours, ils veulent toujours en savoir plus et dans 10 ans ça sera pareil, dans 20 ans ça sera pareil donc de toute façon on n'a pas besoin de leur avis. Non, c'est de dire voilà, on veut un moratoire et pour ce moratoire pourquoi c'est faire ?

C'est pour mieux comprendre justement les grands cycles auxquels je faisais allusion tout à l'heure comment fonctionnent ces grands cycles comment en quoi finalement ce compartiment de l'océan profond qui est très loin de nos yeux il est quand même interconnecté au reste de la planète.

13:45
Présentateur

The Metals Company pour nos auditeurs c'est une multinationale canadienne qui s'appelle TMC et qui veut déjà contourner le rôle de cette autorité internationale des fonds marins. Combien de pays aujourd'hui s'engagent comme la France par exemple à ne pas exploiter les fonds marins ?

14:03
Invité

Alors pour le moment d'après l'ambassadeur pour les pôles et la mer Olivier Pond d'Arvor il y a un peu plus de 30 pays qui se sont engagés derrière le moratoire derrière l'idée d'un moratoire et j'espère qu'à Nice il y en aura d'autres qui vont se joindre le 9 juin prochain

14:16
Présentateur

donc au sommet des océans

14:17
Invité

cette idée d'un moratoire de manière à ce qu'il y ait une pression internationale je ne suis pas du tout certain que ça suffise je ne suis pas d'un optimisme complètement béat et naïf je ne suis pas certain que ça suffise mais j'espère qu'il y aura plus de pays qui vont s'engager 60 ? 60 ça serait un minimum et pourquoi 60 ?

parce que je crois que c'est une règle de l'ONU alors j'avance là sur un terrain miné pour moi oui vous n'êtes pas diplomate je ne suis pas diplomate mais je crois que c'est un minimum pour qu'il y ait quelque chose qui s'enclenche derrière et qu'il y ait une régulation qui puisse éventuellement se mettre en place de manière plus efficace mais vous y serez vous par exemple au sommet de Nice le 9 juin ? alors je serai à Nice je serai à Nice oui et vous allez essayer de convaincre vous allez partir avec votre rapport et essayer de convaincre les décideurs les pays ?

mon rapport sera diffusé modifié par l'Organisation des Nations Unies il y a deux zones une zone verte une zone de l'eau enfin je vous passe les détails je suis invité dans la zone bleue j'ai une accréditation zone bleue donc avec les diplomates mais les scientifiques n'ont pas la parole directement et qui est-ce qui bloque en fait ce moratoire ? alors il y a les Etats-Unis on en parlait tout à l'heure il y a d'autres grands pays qui s'opposent à ce qu'on empêche pour le moment l'exploitation des grands fonds marins ?

alors il y a des grands pays il y a des petits pays il y a un euro dans le Pacifique une petite île qui elle veut exploiter pour des raisons de développement économique de sa population et ça peut s'entendre il y a des billards à trois bandes par exemple le Chili et pour le moratoire parce que comme ils ont des mines à terre ils n'ont pas forcément envie d'avoir de la concurrence en mer j'imagine que ça peut être ça mais il y a peut-être d'autres raisons

15:41
Présentateur

et puis ils ont l'une des plus longues côtes de la planète en plus oui donc ils ont aussi envie de préserver leurs ressources naturelles et ne pas les laisser exploiter par d'autres ça on peut l'imaginer il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur l'appli d'Inter et notamment alors qu'est-ce que le dark oxygène découvert récemment par les scientifiques vous demande Olivia dark oxygène ça apparaît tout de suite menaçant sombre ça n'a rien à voir avec dark vador

16:09
Invité

non non c'est l'année dernière on a découvert que les nodules produisaient de l'oxygène donc il y avait de l'oxygène qui était fabriqué par les nodules donc par des bactéries des micro-organismes qui sont à la surface des nodules qui fabriquent un peu d'oxygène on ne sait pas encore si c'est beaucoup on ne sait pas encore si ça reste à proximité du fond et à proximité des nodules ou si ça passe également dans le reste de ce qu'on appelle la colonne d'eau c'est-à-dire toute l'épaisseur de l'eau entre le fond et la surface est-ce que de l'océan ça passe dans l'atmosphère quel volume ça représente comment ça participe au grand cycle de l'oxygène sur Terre on ne sait pas donc c'est vraiment emblématique et cette découverte finalement a apporté de l'eau à Montmoulin dans la mesure où c'est emblématique de choses qu'on ne connaît pas et qu'il faudrait absolument connaître avant d'aller y mettre les pieds et de commencer à ravager un peu tout ça

16:53
Présentateur

c'est-à-dire une démarche scientifique mais en même temps un combattant pour la biodiversité ce que vous êtes et depuis longtemps je rappelle que vous êtes l'auteur d'un livre qui avait marqué les esprits à l'aube de la sixième extinction comment habiter la Terre vous êtes un spécialiste de la biodiversité de crise en crise parce qu'il n'y a pas qu'une seule crise continue et d'ailleurs quand on parle de crise climatique il y a la question du réchauffement et de l'accélération du réchauffement est-ce qu'elle touche aussi ces espaces ces fonds marins aussi profonds alors sans aller jusqu'au Marianne et à 11 000 mètres sous les mers est-ce que c'est un espace aussi qui est concerné par ce qui nous arrive à la surface

17:37
Invité

alors pour le moment non on ne peut pas dire très objectivement il n'y a pas de réchauffement des masses d'eau à 3 000 ou 4 000 mètres de profondeur en tout cas pas pour le moment le problème de l'océan c'est qu'il y a une très forte inertie c'est-à-dire que si jamais on arrivait à réchauffer des masses d'eau qui sont en profondeur ça serait du quasi définitif en fait du définitif à notre échelle de vie c'est-à-dire que ça reprendrait des millénaires pour éventuellement revenir en arrière moi ce que je voulais dire aussi c'est qu'il y a une vertu à vouloir électrifier et à résoudre le problème du changement climatique en disant on va passer à des électrifications c'est-à-dire qu'on va passer ce qui demande donc l'usage de ces métaux dont on parle voilà c'est-à-dire qu'au lieu d'extraire du charbon du pétrole et du gaz on va extraire des minerais des métaux pour passer à cette électrification et notamment avoir du cuivre du nickel du cobalt enfin tout ce qu'il faut pour faire des batteries mais à mes yeux c'est on va essayer de résoudre un problème qui est un problème très réel qui est le problème du changement climatique qui est un problème grave en basculant peut-être ou en ouvrant la porte à un autre problème dont on ne sait pas encore s'il sera moins grave aussi grave ou plus grave et le moratoire c'est de dire il faut quand même estimer un petit peu la gravité que représenterait l'exploitation de ces grands fonds marins

18:44
Présentateur

Question de Martin sur l'appli Radio France Pouvez-vous nous expliquer Bruno David les risques pour les fonds marins de ce qu'on appelle la scène des mers sales c'est une nouvelle technique de pêche technologique que vous connaissez elle consiste à placer un filet en forme d'entonnoir dans le fond marin relié par ses deux extrémités à un câble qui est déployé sur le fond et qui encercle une surface assez considérable de trois kilomètres carrés alors est-ce que c'est une technologie de pêche risquée faut-il l'interdire ou pas ?

19:18
Invité

Alors moi je pense qu'il faut interdire la pêche profonde

19:20
Présentateur

La pêche profonde c'est-à-dire ?

19:22
Invité

La pêche profonde sur au-delà de mille mètres de profondeur ou plusieurs centaines de mètres de profondeur simplement parce que les organismes qui vivent là sont des organismes avec un métabolisme très lent et que si je prends une image on pêche des poissons centenaires autrement dit pour fabriquer un kilo de poissons il faut cent ans donc on comprend très bien que s'il faut cent ans pour fabriquer un kilo de poissons si vous y allez tous les ans au bout d'un moment

19:42
Présentateur

ça coince Mais ce ne sont pas les poissons que l'on trouve sur les étals des supermarchés ou chez le poissonnier

19:47
Invité

On a trouvé ce type de poissons De temps en temps ? Notamment il y avait des flottilles ou des flottes qui allaient chercher justement des poissons dans ces grands fonds il y a eu des moratoires là aussi il y a eu des interdictions à l'échelle européenne et il faut interdire ce type de pêche parce que pêcher des poissons notamment des grenadiers par exemple qui mettent cent ans à se fabriquer on comprend très bien que si vous coupez un chêne tous les ans au bout d'un moment vous n'en avez plus

20:12
Présentateur

Il y a des institutions internationales efficaces sur la pêche par exemple sur le thon il y a l'ICAT pourquoi n'y aurait-il pas la même chose pour protéger les fonds marins ? Alors c'est un petit peu ce qu'on espère C'est ce que vous espérez

20:24
Invité

J'espère que de Nice sortira cela aussi Il y a des traités qui sont en train de se négocier il y en a un qui porte un nom épouvantable qui s'appelle BBNG ça veut dire Biodiversity Beyond National Juridiction C'est pour justement réguler la pêche réguler les activités halieutiques au-delà des juridictions nationales Mais encore une fois qui surveille qui fait la police quelles sont les conséquences de quelqu'un qui ait pris la main dans le sac quelles conséquences il en court tout ça ça reste très flou donc il faut réguler Il y a urgence Bruno David parce que les entreprises et les états veulent arriver à certaines entreprises certains états veulent arriver à un calendrier d'ici 2025 ça veut dire que si on n'y arrive pas quand est-ce qu'elle va commencer l'exploitation de ses fonds ?

Le risque de commencer très rapidement parce qu'il y a des entreprises comme The Metal Company TMC qui a beaucoup investi donc maintenant ils sont au milieu du guet et j'imagine que dire à leurs actionnaires oh ben non mais finalement on a déjà dépensé quelques milliards et on va les oublier et on va passer à autre chose ça ne ferait pas forcément plaisir donc ils sont un peu trop avancés peut-être de manière inconsidérée et maintenant c'est difficile pour eux de revenir en arrière Donc il faut faire vite Il faut faire vite et il faut une régulation

21:28
Présentateur

Merci infiniment Bruno David et vraiment de nous avoir permis de comprendre les enjeux de ce combat qui reste à mener de tout le travail scientifique qui reste à faire justement pour mieux comprendre ce qui occupe une immense partie de notre planète et que nous connaissons si peu Vous allez suivre Roland Garouz j'imagine du coup ?

21:50
Invité

Écoutez

21:50
Présentateur

je vous dirais si les balles sont lourdes si les balles sont lourdes pour voir les nodules rebondir de part et d'autre d'un filet Merci infiniment Bruno David d'avoir été l'invité d'Inter A suivre la revue de presse