Le président Macron à mi-mandat - C à Vous - 11/11/2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:59OuverteRéponse directe
Vous vous dites que c'est largement mérité cette impopularité ?
- 2:01OuverteRéponse directe
Et on assistera donc en 2022 au même débat d'entre deux tours qu'en 2017 ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Vous le comparez à Hercule pendant ce débat, qui n'entame pas au fer mais qui étouffe.
- 3:11RelanceRéponse directe
Donc Emmanuel Macron finira mal.
- 4:15OuverteRéponse directe
il adapte son discours, c'est la raison pour laquelle il a accordé une interview très contestée à l'aide d'Obadère Valeurs Actuelles.
- 5:12OuverteRéponse directe
Une prise de parole répugnante, il faut parler à tout le monde, répond Emmanuel Macron, il a raison ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:02InvitéFait
« Oui, c'est mérité pour deux raisons. D'abord le personnage qu'il avait construit est devenu impopulaire voire insupportable aux Français. »
- 1:21InvitéFait
« Puis c'est mérité aussi parce que les résultats ne sont pas là. »
- 1:48InvitéFait
« Et s'il arrive à préserver cette équation, lui affaibli mais survivant et elle face à lui au second tour, il est réélu. »
- 2:36InvitéFait
« D'abord, être président de la République en France, c'est les 12 travaux d'Hercule ou peut-être même les 12 000 travaux d'Hercule, quel que soit le titulaire du poste. »
- 4:22InvitéFait
« Bien sûr, elle a une double fonction, cette interview à Valeurs Actuelles. La première fonction, c'est de venir sur le terrain de la droite, pour dire aux Français de droite, vous n'avez pas besoin d'un nouveau champion faire revenir Sarkozy, Barouin, je suis là. »
- 4:38InvitéFait
« Sur la fiscalité, sur l'immigration, sur le voile, sur le régalien, l'international, je suis finalement le plus moderne de droite. »
- 7:35InvitéFait
« Le port du voile dans l'espace public n'est pas mon affaire. C'est ça la laïcité. »
- 7:43InvitéFait
« Le port du voile dans les services publics, à l'école, quand on éduque nos enfants, c'est mon affaire. C'est ça la laïcité. »
- 10:49InvitéFait
« Depuis plusieurs semaines, un mouvement de contestation de plus large ampleur, parti du prix du carburant, a grandi dans le pays. »
- 11:09InvitéFait
« J'éprouve de la compréhension pour ses concitoyens, mais je ne céderai rien à ceux qui veulent la destruction et le désordre, car la République, c'est à la fois l'ordre public et la libre expression des opinions. »
- 11:41InvitéFait
« L'ISF, c'est fait. La SNCF, c'est fait. La PMA, c'est fait. Les retraites, il doit le faire. »
- 13:26InvitéFait
« Du président, vous dites qu'au début, il ne comprend rien, il ne mort pas. Et pour cause, il n'a pas entendu monter la colère. »
- 17:40InvitéFait
« Sans doute, n'avons-nous pas su depuis un an et demi y apporter une réponse suffisamment rapide et forte. »
- 17:51InvitéFait
« Je prends ma part de cette responsabilité. »
- 20:40InvitéFait
« Valéry Giscard d'Estaing dans une filiation de la droite orléaniste, c'est-à-dire libérale en économie, moderne en société. »
Temps de parole
- Invité64 %
- Présentateur11 %
- Invité 28 %
- Invité 37 %
- Invité 45 %
≈ 2,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Le chef de l'État, cabossé par l'hiver des gilets jaunes, a-t-il gardé un peu de la foudre de Jupiter ? L'inventeur du « et en même temps » a-t-il laissé la place à un président de droite libéral et autoritaire ? Le jeune homme talentueux et charismatique ne va-t-il pas devenir la figure la plus impopulaire de la Vème République ? Autant de questions posées par l'éditorialiste Christophe Barbier dans son dernier ouvrage qui propose un premier bilan à mi-banda de la présidence Macron. Il est ce soir notre invité. C'est à vous Macron sous les masques parce qu'on connaît son parcours, son ascension hors du commun mais on connaît moins son cheminement intellectuel et politique.
Voilà le postulat de ce livre qui est vraiment notre président. Un livre qui sort pile à mi-mandat. Un sondage, il faut publier le 5 novembre, indique qu'un gros tiers des Français seulement approuvent l'action d'Emmanuel Macron. C'est plus que pour François Hollande mais beaucoup moins que pour Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac. Vous vous dites que c'est largement mérité cette impopularité ?
Oui, c'est mérité pour deux raisons. D'abord le personnage qu'il avait construit est devenu impopulaire voire insupportable aux Français. Ce personnage-là, Jupiter, le candidat à la fois brillant et suffisant, il a été détruit par les gilets jaunes et le nouveau Macron qui s'est construit avec le grand débat n'a pas encore pris toute sa dimension. Puis c'est mérité aussi parce que les résultats ne sont pas là. Ça ne veut pas dire forcément que les réformes sont mauvaises mais qu'en tout cas, elles n'ont pas donné les résultats aussi rapides et aussi imposants qu'Emmanuel Macron espérait.
Il reste quand même l'autre moitié du quinquennat et finalement un tiers des Français qu'il approuve, si ça donne 25% des gens qui votent pour lui au premier tour, comme il l'a eu, ça suffira. Ça suffira pour être au second tour probablement face à Marine Le Pen. Et s'il arrive à préserver cette équation, lui affaibli mais survivant et elle face à lui au second tour, il est réélu. Il ne sera pas réélu à 66%, il fera 53, 52, mais il sera réélu. Et il aura fait son deuxième quinquennat et après lui, le déluge.
Et on assistera donc en 2022 au même débat d'entre deux tours qu'en 2017.
Vous êtes la coproduction du système que vous dénoncez parce que vous en vivez. Vous êtes son parasite.
Je suis la candidate du pouvoir d'achat. Vous êtes le candidat du pouvoir d'acheter. Vous avez plutôt la position aujourd'hui du candidat par défaut.
N'importe quoi. À plat ventre. Mais Madame Le Pen, moi je suis debout. Mais pour être debout, je n'ai pas besoin de salir. Oui, d'accord. Ce que vous proposez, comme d'habitude, c'est de la poudre de perlimpinpin.
Vous le comparez à Hercule pendant ce débat, qui n'entame pas au fer mais qui étouffe.
Oui, c'est sa manière de combattre. D'abord, être président de la République en France, c'est les 12 travaux d'Hercule ou peut-être même les 12 000 travaux d'Hercule, quel que soit le titulaire du poste. Et puis là, Hercule, c'est dans la mythologie quelqu'un qui fonctionne par la force, mais ça ne suffit pas. Il faut parfois être déloyal, tromper, c'est comme ça qu'il ruse avec Atlas pour lui refiler le poids de la planète pendant que lui se sauve. C'est comme ça qu'il se fait aider pour couper les têtes de l'hydre, parce qu'elle repousse. Et donc il y a un de ses parents qui vient cautériser les plaies pour que ça ne repousse pas. – Il a très mal fini Hercule.
– Il a très mal fini Hercule, il a tué toute sa famille. – Exactement, mais tous y finissent mal. Promethée finit mal, mais il a donné le feu aux hommes et c'est ce que veut faire Macron.
– Donc Emmanuel Macron finira mal.
– Tous les présidents de la République finissent à un moment… – Oui, le pouvoir suprême, c'est gagner sa popularité longtemps après avoir quitté le pouvoir. Mais si vous êtes au pouvoir, soit vous finissez mal parce que vous êtes populaire, donc vous n'avez rien réformé, soit vous réformez et vous partez quand même un tout petit peu sous les colibés, en tout cas avec du ressentiment. – Mais Hercule, Promethée, Ulysse, ce sont dans la mythologie les hommes de la métisse, c'est-à-dire de la ruse. Il faut être malin, c'est Jason et les argonautes. Or Macron a ça, il a été malin, on ne peut pas lui reconnaître, on ne peut pas lui retirer cela.
Le bon timing, l'intelligence de pratique, c'est pas un machiavélique, c'est-à-dire un cynique, c'est un machiavélien, c'est-à-dire un rusé. Et s'il arrive à développer les nouvelles ruses pour 2022, tout lui est possible.
– Enfin c'est pas encore faire.
– Ah non, c'est pas encore fait, l'histoire ne se répète jamais. – Exactement. – Donc là, en ce moment, le scénario, c'est 2017 bis, les Français, l'actualité, va inventer autre chose, à lui de surmonter ces obstacles-là, sinon il sera éliminé.
– Ce qui est sûr, c'est qu'Emmanuel Macron est entièrement tourné vers ce duel programmé, il adapte son discours, c'est la raison pour laquelle il a accordé une interview très contestée à l'aide d'Obadère Valeurs Actuelles.
– Bien sûr, elle a une double fonction, cette interview à Valeurs Actuelles. La première fonction, c'est de venir sur le terrain de la droite, pour dire aux Français de droite, vous n'avez pas besoin d'un nouveau champion faire revenir Sarkozy, Barouin, je suis là. Sur la fiscalité, sur l'immigration, sur le voile, sur le régalien, l'international, je suis finalement le plus moderne de droite. D'autant plus que pendant ce temps-là, la gauche n'arrive pas à se trouver de candidat et que Mélenchon bloque cet espace-là. Donc il est tranquille s'il arrive à faire ça.
Mais l'autre fonction de cette interview aussi polémique, c'est de dire aux Français d'extrême droite, vous ne voterez pas pour moi, mais je viens vous titiller, je viens tisonner les thèmes qui vont m'assurer que Marine Le Pen sera au deuxième tour. Parce qu'elle aussi, elle peut dégringoler. Il a besoin que Marine Le Pen reste forte, il a besoin que la droite républicaine reste faible et il y travaille, il y travaille depuis le lendemain des Gilets jaunes, parce qu'il s'est dit ce paysage-là, c'est le seul qui peut me permettre de gagner.
– Un choix qui lui a valu d'être interpellé à Honfleur, la semaine dernière par une passante.
– Merci, bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, monsieur le président, je vais vous dire à quel point votre couverture pour Valeurs Actuelles était vraiment répugnante. – Merci à vous, mais de rien, ça me fait un grand plaisir. – Il faut parler à tout le monde. – Il faut parler à tout le monde, surtout à des gens qui propagent des fake news et qui participent par un climatisme. – Et malheureusement, il y en a partout.
– Une prise de parole répugnante, il faut parler à tout le monde, répond Emmanuel Macron, il a raison ?
– Oui, il a raison, il faut parler à tout le monde, ou alors il faut interdire les journaux parce qu'ils violent la loi.
– Même si cette prise de parole, elle a embarrassé l'Elysée.
– Bien sûr, bien sûr, c'est périlleux, c'est périlleux d'aller dans Valeurs Actuelles, tout comme c'était périlleux d'être interrogé par Edoui Plenel et Jean-Jacques Bourdin. Un président qui ne prend pas de risque dans la communication, il ne peut pas avancer, il ne peut pas conquérir de territoire. On attend maintenant l'interview d'Emmanuel Macron dans l'Humanité. Un grand journal de fake news il y a longtemps, quand il glorifiait Staline, mais qui est aussi un journal aujourd'hui parfaitement honorable et républicain, donc qu'il y aille. – Vous avez entendu la dernière phrase d'Emmanuel Macron, des fake news il y en a partout.
– Sous-entendu, Valeurs Actuelles n'est pas pire que les autres. – C'est ça qu'il a voulu dire, c'est ça. – La ligne éditoriale de Valeurs Actuelles est totalement contestable. Elle est d'ailleurs contestée en permanence et c'est tant mieux. – Elle a subi une condamnation en justice, on le rappelle, pour les Roms, une couverture sur les Roms. – Mais à l'intérieur de Valeurs Actuelles, il y a des journalistes avec une carte de presse, ils ont des idées, ils ont des opinions. Pourquoi ne pas les considérer ? Ou alors il faut rendre ce journal illégal et ça ne sera jamais le cas, parce qu'il n'est pas dans l'illégalité. Et il faut les combattre si on n'est pas d'accord.
Éliminer, ignorer ceux qui ne sont pas d'accord avec vous, c'est le meilleur moyen de les faire prospérer, parce qu'eux, ils pourront dire, vous voyez, on est des martyrs, on est boycottés et vous ne pourrez pas empêcher leurs idées de se répandre. Il faut aller sur ce terrain-là.
– Ils vous écoutent sur BFM TV, Emmanuel Macron ?
– Je n'en ai aucune idée, on n'a aucun...
– Il pourrait se nourrir de vos conseils ?
– Non, enfin si, oui, on est à disposition. Il ne faut jamais se dire qu'on chuchote à l'oreille des princes. Regardez tous les journalistes qui ont franchi le pas et qui sont allés à l'Élysée, à Matignon, dans les ministères, devenir conseillers de ceci, ça se termine mal. – C'est marrant parce que dans l'Express, pendant un petit moment, vous avez raconté des coulisses, des choses qui se passaient, qui se tramaient dans les couloirs d'Élysée. – Et beaucoup de choses inventées. – Ah ! – Ben oui, on a fait du roman vrai. – Fake news. – Oui, mais alors c'était clairement dit comme cela. – Je peux être le témoin qu'il y avait des choses vraies quand même. – Il y avait des choses vraies aussi.
– Une prise de parole dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles qui intervient alors que le gouvernement est empêtré dans le débat sur la laïcité.
– Le port du voile dans l'espace public n'est pas mon affaire. C'est ça la laïcité. Le port du voile dans les services publics, à l'école, quand on éduque nos enfants, – C'est mon affaire. C'est ça la laïcité.
– Vous dites qu'il est en défaut, il a eu tort ?
– Oui, parce qu'on ne dit pas « c'est mon affaire » ou « c'est pas mon affaire » quand on est président de la République. – Tout est son affaire. – C'est une expression de bistrot, ça. Tout est son affaire s'il est président. En revanche, il avait le droit de dire « il y a une loi pour le voile dans l'espace public ». Ce n'est pas à moi, puisque ce n'était pas dans mon programme, dans mon contrat avec les Français, de la chambouler, de la bousculer. Ou bien au contraire, j'ai décidé de rouvrir un débat sur cette loi, cette loi ou celle sur 1905, la laïcité, ou celle sur 1881, les associations. Il aurait pu dire ça. Donc il a une mauvaise expression.
Et par ailleurs, tout en nous disant « c'est pas mon affaire », il n'a fait que ça. Il va dans Valeurs Actuelles en parler, il en parle au détour de ses prises de parole, et il laisse son gouvernement s'exprimer avec des contradictions pour attiser ce débat. Ce qui peut d'ailleurs être bien, parce que ça permet à chacun de dire ses positions. Moi, je considère qu'une sortie scolaire, c'est une sortie. Les enfants ne sont plus à l'école. On leur montre le monde tel qu'il est. Donc dans le monde tel qu'il est, il y a des SDF, les militaires de vigie pirate, de la consommation partout, et des femmes musulmanes qui le montrent.
Si on considère qu'une sortie scolaire, c'est encore l'école, ah en effet, les mères qui accompagnent ne doivent pas porter de voile. Mais elles deviennent des personnels de l'éducation nationale, au moins des supplétives, et donc il faut leur faire un contrat. Il faut leur dire « vous vous engagez bénévolement pendant une demi-journée, vous retirez votre voile, mais vous faites partie de l'éducation nationale ». Est-ce qu'on leur dit ça ? Non. On leur dit « vous êtes des mères, donc vous êtes hors de l'école », puis on leur dit « non, mais c'est quand même l'école, donc vous enlevez votre voile ». C'est pas une position...
C'était quand même la préconisation du Haut Conseil à l'intégration, à l'unanimité, il y a 15 ans, à peu près, c'est ça ? Que les scorties scolaires soient considérées comme faisant partie du monde scolaire. Alors, l'idée d'une nouvelle commission Stasi, pour refaire le tour de tous ces problèmes, parce qu'il y en a d'autres qui sont apparus depuis, le Burkini, est-ce que c'est une provocation de l'islamisme politique ? Est-ce que c'est une mode vestimentaire ? Ou est-ce que c'est un affichage pacifique de religion ? Tout ça, il faut qu'on en débatte sereinement, on peut le faire. Blanquer a eu raison de dire, à titre personnel, « ce n'est pas souhaitable, je voudrais une société laïque ».
Le mot « souhaitable » était tout à fait le bon mot pour ça. Il a été, je trouve, trop sévèrement attaqué, et c'est pas parce qu'on est ministre que le citoyen doit s'éteindre en soi, d'autant qu'il a pris les précautions de langage pour cela. Ce débat partit peut-être de manière un peu excessive et involontaire. Tout de suite, continuons à l'ouvrir. Le CFCM a pris une position gênée. C'est une préconisation, ce n'est pas une obligation. Continuons ce débat avec eux, avec eux les autorités musulmanes, avec les Français musulmans, avec les laïcs, voire les laïcars. Faisons une grande agora pacifique autour de cela.
On aidera tout le monde, y compris les femmes et les hommes qui, musulmans et musulmanes, peuvent être attaqués, invectivés dans la rue.
Prochain gros dossier, le projet de réforme de retraite sur lequel le président est attendu. Officiellement, il veut tenir bon, il veut même aller jusqu'au bout. Malgré l'annonce d'une forte mobilisation, une grève des transports annoncée comme dure et illimitée à partir du 5 décembre prochain, on se souvient que l'année dernière, au début du mouvement des Gilets jaunes, le 27 novembre, Emmanuel Macron était également très ferme.
Depuis plusieurs semaines, un mouvement de contestation de plus large ampleur, parti du prix du carburant, a grandi dans le pays. Ce mouvement a donné lieu à des manifestations importantes et aussi à des violences inacceptables. J'éprouve de la compréhension pour ses concitoyens, mais je ne céderai rien à ceux qui veulent la destruction et le désordre, car la République, c'est à la fois l'ordre public et la libre expression des opinions.
Vous dites à ce moment-là, Emmanuel Macron se prend pour narcisse, il se voit trop beau.
– Oui, il y a un peu de cela, c'est-à-dire l'idée que regarder sa propre image va créer un tel écho, une telle atmosphère que ça va régler tous les problèmes. Mais c'est plus que ça quand même. Il faut reconnaître que c'est plus que ça, puisque le cœur du macronisme, ce qui fait qu'encore un tiers des Français le soutiennent, c'est réformer quoi qu'il arrive. L'ISF, c'est fait. La SNCF, c'est fait. La PMA, c'est fait. Les retraites, il doit le faire. Alors évidemment, il y a de la souplesse dans l'élastique. C'est comme à la pêche à la ligne, on tire, puis on lâche. Les 64 ans, ça a fait 15 jours, 3 semaines, quand il a vu que ça chauffait, on retire.
Le démarrage en 2025, la fin immédiate des régimes spéciaux, oui, alors on parle de la clause du grand-père. Donc la valeur du point, on donne des sécurités. Et cette souplesse-là, c'est une habileté bien sûr, mais c'est peut-être aussi une modernité. Ça a quelque chose de Mendes-France également, dans cette manière de relation avec les Français, un peu de pédagogie, du volontarisme, mais aussi du pragmatisme. Si la réforme des retraites est accomplie en 2040, au bout du système, Emmanuel Macron aura 64 ans. L'âge pivot, il pourra partir. Marion.
Alors on va revenir sur ce que vous évoquez depuis le début de l'émission, le tournant gilet jaune, gilet jaune avec lequel vous êtes peu amène, une pseudo-révolution. Les gilets jaunes ont cru rejouer la révolution française alors qu'ils faisaient le contraire. Les lumières étaient allumées en 1788, éteintes en 2018. Bien sûr. Où est la grande pensée ? Où est la grande idée ? Où est la grande phrase ? Où est la grande réforme ? Par le RIC, qu'est-ce qu'on a eu de neuf ? C'est un mouvement qui a refusé d'avoir un chef, d'avoir une organisation, d'avoir une tête. C'est-à-dire qu'il n'a pas eu de cerveau. Alors il a eu des points, il a eu des pieds, ce mouvement. Qu'est-ce qu'il a fait ?
Il a pris l'Elysée ? Il a pris Versailles ? Il a pris l'Assemblée ? Non. Il a enfoncé par hasard la porte de Benjamin Griveaux, ministre déjà oublié. Donc vous vous rendez compte à quel point ce mouvement, qui correspondait à une colère sociale sincère, a donné une sorte d'échec politique, a donné une montagne sociale qui accouche d'une souris politique. C'est dommage, mais c'est surtout dommage pour eux. Restent les plus virulents, les plus violents qui tournent à vide maintenant. Pour autant, ils ont bousculé Emmanuel Macron, c'est en tout cas ce que vous dites. Du président, vous dites qu'au début, il ne comprend rien, il ne mort pas. Et pour cause, il n'a pas entendu monter la colère.
Regardez ces images prises au moment de sa fameuse itinérance mémorielle.
Vous nous massacrez, pourquoi nous ? Non, je ne massacrez personne. À peine 2000 avec mon mari, on nous baisse encore les retraites. Non, je ne massacre personne. Alors pourquoi on nous baisse nos retraites ? On n'a pas 1200 chacun.
Avec ma retraite, je ne peux pas payer des tenues rutilantes comme vous avez vu. Je comprends que ma femme, elle met des petits jeans troués, mais...
Oui, oui, c'est... Il y a le malaise qui monte de Paris. Je le sens, mais moi j'agis, cher monsieur. Parce que vous allez le sentir le 17 novembre, vous allez le sentir en France. Je le sens chaque jour, je n'ai pas attendu. Voilà, quelques jours avant le malaise des Gilets jaunes. Pour vous, à cette époque-là, il est trop sûr de lui. Vous écrivez, il y a en lui de la suffisance au sens littéral. Le président considère que sa personne est suffisante. C'est suffisante. Ce n'est pas un arrogant pour moi, Macron, dérevois. Il y va au contact. Et puis il essaye d'être gentil, d'être amène. Il n'est pas arrogant, il est suffisant.
J'ai été élu, j'incarne quelque chose, j'ai détruit le paysage politique, ça va suffire. Les réformes se font et les colères, elles sont résiduelles. Il a eu raison dans un premier temps. Le droit du travail, la SNCF, la réforme des facs et du bac. Tout ça n'a donné que des colères limitées et il n'y a pas eu de convergence des luttes. Puis patatras, lui arrive la révolte des Gilets jaunes. Et ça, il ne l'a pas compris. C'était pas dans son logiciel. Parce que le jupitérien, vertical, se retrouve confronté d'un seul coup à quelque chose de totalement horizontal. Des ronds-points partout en France, des réseaux sociaux. Et ça, c'est aussi le nouveau monde.
Alors c'est la faiblesse de ce mouvement. A force de rester horizontal, il a échoué à construire quelque chose. Des listes aux européennes, un leader politique, un nouveau parti, une pensée. Il n'y a pas de Robespierre, il n'y a pas de Danton. Il n'y a même pas de Le Drurolin ou de Lamartine dans ce mouvement. Mais cet horizontal a mis en échec Jupiter. Jupiter est mort. Un événement. Aujourd'hui, c'est Jupiter à terre. Avec un Macron qui fait du grand débat partout, sur tous les sujets, et qui ne cesse de faire des bains de foule. Un événement change la donne. C'est là que vous dites Jupiter est mort. Cet événement, c'est l'incendie de la préfecture du Puy-en-Velay, début décembre 2018.
Et la visite surprise, il n'a prévenu personne, du président, le trois jours après. Jupiter meurt. Et pour filer votre métaphore sur les présidents, il passe du petit prince jubilant à Louis XVI, vous trajet. Oui, exactement. C'est exactement une image. Vous remplacez la voiture par un carrosse. C'est la fuite à Varennes. C'est la fuite à Varennes. C'est ce qu'on a vu quand les tuileries ont été envahies, qu'il a dû mettre le bonnet phrygien, Louis XVI. Mais là où Louis XVI se soumet pour gagner du temps, en pensant que ça va se calmer, Macron, il invente le grand débat. Il change de stratégie. Et le grand débat, c'est une invention quand même assez extraordinaire.
Parce que non seulement il reprend la parole seul, les ministres, Castaner, Edouard Philippe, tout ça, il n'y a plus personne. Seul. Et il met en face de lui qui ? Les élus de terrain. Les maires. Haïs par les gilets jaunes. Et la France démocratique depuis 1848, depuis les bancaires républicains d'Odilon Barraud, depuis 1870 et Gambetta. Et cette idée-là qui naît dans une réunion de cabinet à l'Elysée, quand on lui dit « mais on va faire venir les maires et on va leur demander de mettre leurs écharpes s'ils le souhaitent », on envoie des écharpes sur les images, il a cette phrase tellement macronienne « j'achète ».
Voilà un président qui se comporte comme un businessman, comme un homme de marketing, mais il fait un coup de génie politique. Et ce grand débat va non seulement épuiser les gilets jaunes, reconstruire Macron, mais il va délégitimer les gilets jaunes. C'est-à-dire que d'un seul coup on voit les violences, on ne voit plus la colère. Et on voit en Macron la légitimité du président qui est au service des élus, à la disposition des petits maires de la ruralité et qui n'est plus le suffisant. Alors il y a de l'artificiel dans tout ça, mais pour l'instant il l'a stabilisé, ça fait six mois.
On va voir, on arrive dans la période des anniversaires, il y a le 5 décembre avec la grande mobilisation sociale. Tout ça est une poudrière. Le grand débat a été un arrosage de la poudrière, mais la poudre ça sèche et ça peut de nouveau exploser. Juste avant ça, il y avait le grand mea culpa, 18 décembre, changement de ton. Sans doute, n'avons-nous pas su depuis un an et demi y apporter une réponse suffisamment rapide et forte. Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m'arriver de vous donner le sentiment que ce n'était pas mon souci, que j'avais d'autres priorités. Je sais aussi qu'il m'est arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos.
– Voilà, vous dites que, non sans ironie, depuis 1981, la seconde parole présidentielle n'a jamais coûté aussi cher au trésor public. – Ah oui, parce que là il lâche 10 milliards, disent les spécialistes, chaque minute il y a une annonce. – Et depuis 25 milliards. – Et depuis 25 milliards, et depuis on court derrière les recettes de l'État, et évidemment à Bercy c'est une sacrée équation difficile. Mais le 18 décembre, c'est la main gauche. Le 31 décembre dans les voeux, il y a la main droite. – Il y a la main droite, ou là. – L'autorité, la fermeté, voilà. Et c'est le 31 décembre qu'il gagne les européennes.
Parce que la France de droite se dit, bon, lui au moins, il va tenir face à la populace, il va tenir face à l'oclocratie, c'est-à-dire le pouvoir de la foule. Et la France de droite est avec lui. – Vous qui êtes comédien également, par ailleurs, c'était surjoué ce jour-là ? – Un peu. C'est-à-dire l'œil humide, le visage un peu, la contrition, le bon élève, non plus fier de lui, qui va recevoir les lauriers, mais qui est piteux parce qu'il a été pris la main dans le pot de confiture. Oui, c'était un peu surjoué. Mais la politique, c'est aussi ça. Et quand on le voit, le surjeu, il crée de l'émotion. Quand on le regarde près d'un an après, le surjeu, il crée de l'artificiel.
Mais c'est pas grave, il a gagné. – Pour conclure d'un mot, c'est quand même les gilets jaunes, vous dites, qui mènent au grand débat. Et c'est ça qui lui vaut en quelque sorte une deuxième élection à Macron. – Oui, c'est une autre élection, c'est une autre forme de légitimité. Emmanuel Wargon, qui l'a accompagné dans le grand débat, la ministre, a eu cette belle phrase. Macron connaissait l'histoire de France. Avec le grand débat, il en a découvert la géographie. Et c'est vrai. Il s'était légitimé par un système très médiatique et spectaculaire qui s'appelle la présidentielle. Il s'est relégitimé en allant au contact des terroirs et des territoires.
D'ailleurs, la droite l'a bien senti, puisque Xavier Bertrand, depuis le laboratoire des Hauts-de-France, et François Barouin, avec l'Association des maires de France, essaye de reconquérir la légitimité des territoires. S'il n'y arrive pas, Macron sera l'homme de cette France-là. Et donc, l'homme des centres-villes, il le restera des bobos, des urbains, et l'homme des territoires s'il y arrive. Et avec ça, il peut gagner 2020. – Dans votre livre, au jeu des comparaisons, des citations, des références, vous êtes imbattable. Il y a presque toutes les grandes figures historiques, philosophiques, économiques, mythologiques. On a parlé d'Héraclès, Hercule, tout à l'heure.
Mais le président de la République, c'est une fonction très particulière, qui n'existe en France sous cette forme que depuis 60 ans, qui n'a eu que 8 titulaires, et pour laquelle les comparaisons s'imposent naturellement. Alors, vous montrez qu'Emmanuel Macron emprunte un peu à chacun de ses prédécesseurs. Alors, on cite généralement très souvent Sarkozy, parce que les deux hommes semblent s'apprécier. Vous parlez à propos du macronisme d'un sarkozisme adouci. Mais la filiation naturelle du président Macron, si je puis dire, en tout cas la plus évidente pour vous, c'est Valéry Giscard d'Estaing.
– Oui, c'est Valéry Giscard d'Estaing dans une filiation de la droite orléaniste, c'est-à-dire libérale en économie, moderne en société. Valéry Giscard d'Estaing va faire avec Simone Veil l'avortement, et lui, il fait l'APMA. Donc, on est dans cette continuité-là. Il y a comme différence que Giscard d'Estaing est resté un peu trop aristocratique, et à un moment donné, il a perdu le peuple, tandis que Macron, qui avait commencé de manière jupitérienne, essaye de récupérer une certaine partie du peuple. C'est là la nuance pour l'instant. – Il y a une autre différence aussi. – Il est le fils de Giscard, oui.
– Il y a une autre différence que vous soulignez dans leur comportement, leur façon d'être, c'est assez juste, je crois. Dans leur rapport aux autres, Macron a une intelligence réceptive, et Giscard une intelligence émettrice. Expliquez-nous. – Giscard, c'est une intelligence qui parle. C'est une sorte de fontaine d'intelligence. Quand vous passez une heure avec lui, vous avez l'impression de sortir plus intelligent. Mais vous n'avez pas ouvert la bouche, parce que c'est lui qui raconte, c'est lui qui dit. Macron, c'est une éponge. C'est-à-dire que quand vous êtes avec lui, il écoute. Et ce qu'il écoute, ce n'est pas par politesse. Il écoute pour en faire son miel.
Le détruire, l'ajouter à ce qu'il pense, et le restituer, le reconstituer. – Ça n'en fait pas pour autant un démocrate délibératif. – Non, mais c'est parce que Giscard… – Macron et Giscard parlent souvent, ils écoutent parfois, mais ils ont déjà décidé avant. – Oui, c'est vrai. – C'est ce que vous écrivez. – Donc ils vont se corriger ou se conforter, mais c'est ça. Giscard est un polytechnicien qui a fait l'ENA dans la première promotion. Macron est un normalien, même s'il a raté le concours, il a cette culture littéraire, et pas un polytechnicien militaire et ingénieur qui a fait l'ENA.
Alors, pour leur style, le site brut avait, il y a quelques mois, comparé deux discours, c'était les vœux, et rapproché quelques formules. – Je veux aussi miser sur la fraternité. – Je souhaite que 1975 soit l'année de la fraternité. – Dites-vous toujours que vous appartenez à un collectif plus fort, plus grand que vous, la nation française. – L'ensemble le plus important auquel vous apparteniez, c'est la communauté nationale des Français. – Pour nos agriculteurs. – Je pense aux agriculteurs. – Pour nos Outre-mer. – Nos autres compatriotes des départements et des territoires d'Outre-mer. – Et les entrepreneurs. – Je pense à certaines petites entreprises.
– Celles et ceux qui vivent en situation de handicap. – Les handicapés. – L'année 2017 s'achève. – Adieu donc, 1974. – Adieu donc. – Adieu donc avant le au revoir de 1981. – Oui, la filiation est claire. Même si la plupart des présidents ont un mot pour l'Outre-mer et pour les handicapés, bien sûr. Il y a vraiment une filiation directe. Mais qui remonte à plus loin, c'est Adolphe Thiers. Les Français ont oublié Adolphe Thiers. – Oui, forcément. – Oui, mais qui est Premier ministre de Louis-Philippe, très jeune, comme Macron. Et qui revient en 1870 pour installer et conforter la République. – Pour massacrer les communards. – Aussi. Mais en massacrant les communards, il sauve la République.
Sinon, nous aurions eu Lénine, maire de Paris et présidente de la France à ce moment-là. Donc Adolphe Thiers, même dans son côté répressif, et Macron l'a été, moins sanglant avec les gilets jaunes, l'ordre et les libertés, les libertés nécessaires, disait Adolphe Thiers. Il y a une vraie filiation aussi avec Adolphe Thiers, bien oubliée aujourd'hui. – Oui, je ne suis pas sûr que Macron puisse revendiquer la filiation d'Adolphe Thiers. Autre vidéo sur laquelle vous allez réagir, Christophe Barbier. Deux présidents fraîchement élus et deux mises en scène. – François Mitterrand dans le temple laïque et républicain qu'est le Panthéon.
Emmanuel Macron dans la cour que François Mitterrand a métamorphosée, c'est-à-dire celle du Louvre, avec la pyramide, juste simple effet de mise en scène. – Il y a évidemment une mise en scène voulue de se rapprocher de Mitterrand, c'est-à-dire une conception régalienne. Les présidents de la République sont les descendants des rois de France, pour Mitterrand comme pour Macron. La différence, c'est que Mitterrand rend hommage au passé, Zola, Schulcher, Jean Moulin, pour les roses, déposés, et Jaurès, dans une idée qu'il incarne la gauche. Macron, il est au Louvre pour incarner aussi l'Europe et dans une vision qui se veut une vision d'avenir. Je vous présiderai avec amour, dit Macron.
Il ajoute à cet avenir une dimension presque christique, qui n'est évidemment pas du tout le cas de Mitterrand. Mais évidemment, pour l'esthétique, il y a une inspiration évidente. Macron est allé au Panthéon aussi, d'abord parce qu'il y a installé Simone Veil, puis il est allé le visiter plusieurs fois. Et il s'est rendu compte qu'il y avait un seul président de la République au Panthéon. Qui ? Sadi Carnot, qui y est parce qu'il a été assassiné en 1894 par un anarchiste italien, Caserio. Il n'y en a pas d'autre. Ça l'a surpris. Alors, je ne pense pas que Macron veuille se retrouver au Panthéon. Il n'a peut-être pas cette ambition-là. Mais il va y mettre Maurice Genevoix.
J'espère qu'en 2022, en janvier, il y mettra Molière, parce qu'on fêtera à ce moment-là le 400e anniversaire de la naissance de Molière. Le Panthéon, cette mémoire-là, ça titille Macron.
Le petit jeu des ressemblances avec des personnalités historiques qui ont existé, vous le faites aussi avec Brigitte Macron, qui ne saurait être comparée à l'épouse de Pépin, le bref plus connu sous le nom de Bertheau-Grand-Pied, mais qui, en revanche, vous fait penser à la seconde épouse de Périclès, Aspasie. Expliquez-nous pourquoi.
Aspasie est une femme politique. Elle était très contestée, parce qu'elle venait d'une autre tribu, on ne la considérait pas légitime. Elle avait un ascendant sur Périclès, et elle a été une vraie conseillère politique. Donc on retrouve cette influence-là. Ce n'est pas la seule figure dans l'histoire de femme d'un homme de pouvoir.
Oui, parce qu'il a fallu remonter quand même au sein de Périclès.
Mais il y a des parentés. Mais là, on arrive un peu dans le côté ludique de cet exercice des comparaisons.
Ce qui est sûr, c'est qu'Emmanuel Macron est sans nul doute le pire directeur des ressources humaines de la Ve République. C'est le plus mauvais pour s'entourer.
Calamiteux, calamiteux. Mitterrand recrutait des gens ambivalents pour les mettre en concurrence. Sarkozy recrutait de manière clanique. Chirac recrutait des gens qui étaient prêts à se carboniser pour lui. Et Michel Roussin et Juppé l'ont fait. Macron, il ne s'est pas recruté, il ne s'est pas viré. François Hollande ? François Hollande a été mauvais aussi. François Hollande n'a pas été très bon, mais il n'a été bon sur aucun des critères de président. François Hollande n'est pas devenu président. Ça a été son problème. Donc on ne peut pas lui reprocher d'avoir mal recruté ses collaborateurs puisque lui-même n'était pas président. Macron est d'évidence un président qui incarne la fonction.
Pourquoi tant de temps ? L'affaire Benalla explose en juillet 2018. Les derniers responsables, entre guillemets, Emelien et les autres, ils partent en janvier-février. Il a fallu attendre un an pour qu'on ait un nouvel organigramme de l'Elysée. Mais aucune entreprise au monde ne peut supporter pareille procrastination. Ça, c'est aussi la patte de Macron. Ça dit qu'il considère que de toute façon, lui seul compte. Il suffit. Il suffit. Et ça, c'est quand même encore une faiblesse du bonhomme.
Christophe Barbier, vous êtes toujours éditorialiste à l'Express et on vous voit fréquemment comme éditorialiste à BFM. Mais on voit aussi sur toutes les chaînes d'info maintenant toute une floraison de polémiques, de débats permanents. On pourrait presque dire, je ne pense pas que ça va vous choquer, que ça a remplacé la télé-réalité d'il y a 10 ans.
En quelque sorte, oui. C'est-à-dire que la petite phrase, le moment choc, le dérapage, on va le chercher dans ces débats-là. Sans doute est-on dans l'excès. N'oublions pas non plus qu'il y eut un temps où Michel Pollack faisait une émission qui, elle aussi, était riche en dérapages. C'est pas quotidienne. Non, mais il y a eu d'autres moments de violence et de polémiques à la télévision française. Là aussi, la période des Gilets jaunes a eu son importance. C'est-à-dire que les Gilets jaunes ont glorifié les médias qui les rendaient célèbres et puis après, ils les ont brûlés comme étant des prétendus supplétifs du pouvoir. Ça a créé aussi des interrogations éditoriales.
On est en train de vivre peut-être l'onde de choc de cela avant de repartir, j'espère, sur des débats où il y aura plus de fonds et moins de polémiques. Après, c'est toujours pareil. Dire qu'il faut interdire une émission, il faut virer un polémiste, censurer un éditorialiste, c'est toujours une défaite. Les gens avec qui on n'est pas d'accord, les gens qui sont dans l'insupportable, il faut les combattre et les défaire, si ce sont des intellectuels, des journalistes, des éditorialistes, il faut les débattre sur le tapis, sur la discussion, dans l'agora. Il ne faut pas les exclure, on les renforce.
Quitte à leur faire de la publicité, en allant débattre avec eux.
Mais on leur fait aussi la publicité en les excluant parce qu'ils se replient sur leur noyau dur, plein de ressentiments, qui se dit un jour, on aura notre revanche. Et ça, ce n'est pas bon.
On se fait quand même un petit florilège de Zemmour. On y va.
Quand le général Bujeau arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans et même certains juifs. Moi, je suis aujourd'hui du côté du général Bujeau. C'est ça être français. C'est l'autre désaccord aussi. Merci beaucoup, messieurs. Soit on couche avec l'autre sexe et on fait des enfants, soit on ne couche pas avec l'autre sexe et on n'a pas d'enfant. Mais on est cohérent. Mais quand vous pratiquez une PMA, vous êtes... On choisit sa sexualité, Éric Zemmour ? Oui, on choisit sa sexualité, oui. C'est la preuve du contraire, oui.
Je n'ai pas de sentiment pour des gens qui imposent leur loi, leur idéologie, leur système juridico-politique et qui sont en vérité, qui ont un comportement de colonisateur.
On arrive quand même à quelque chose de bizarre. À la fois, il faut y aller ou il ne faut pas y aller, mais maintenant, on enregistre.
Il faut démonter les arguments un par un. Tous les extraits-là, c'est juste des choses fausses. On n'est pas obligé de dire « j'accepte Bugeaud parce que c'est l'histoire de France ». Dans l'histoire de France, il y a des choses formidables et il y a des choses odieuses. Il faut le constater. On ne pourra pas effacer l'odieux. On n'est pas obligé de le glorifier, de le reconnaître et de l'adopter. On peut dire que c'est des pages sombres. On ne peut pas les déchirer du grand livre de l'histoire de France. Il faut continuer à les étudier. Tout est faux chez Éric. J'ai été son premier contradicteur dans sa dispute en 2003, avant que Nicolas Demenac reprenne le flambeau.
Il est toujours dans des raccourcis. Il nous dit « les prisons sont pleines de noirs et d'arabes, donc ils sont criminogènes ». Non ! Les prisons, comme au temps de Victor Hugo, il y a plus de pauvres. Il se trouve qu'aujourd'hui, quand on est immigré, on a plus de chances d'être parmi la population la plus pauvre. Et c'est dans cette population que les criminels viennent recruter leurs supplétifs. Et à chaque fois, il ne se prête pas à la démonstration compréhension. Il prend le raccourci qui lui permet aussi, évidemment, de flatter un lectorat, un auditorat, un électorat peut-être, qui n'attend que ça, d'être pris aux tripes et de ne pas être pris au cerveau.
Le grand problème d'Éric, c'est qu'un jour, il a arrêté de s'adresser au cerveau, il s'est adressé aux tripes des gens. Et ça, c'est toujours un échec.
Macron sous les masques, s'est signé Christophe Barbie aux éditions de l'Observatoire, disponible à partir de mercredi 13 novembre en librairie. Et vous y êtes photographié sans votre écharpe rouge ? Que s'est-il passé ?
C'était pour que vous le remarquiez. La meilleure manière de parler de l'écharpe rouge, c'est quand elle n'y est plus.
Moi, ça me manque, figurez-vous. On est tous perdus. Merci beaucoup Christophe Barbie. Et au théâtre tous les soirs. Oui, on va en reparler. On n'en a pas fini tout à fait avec vous. D'abord, c'est le 5 sur 5 de Maxime Suitek.