Le Père Olivier Ribadeau Dumas réagit à la mort de Jean-Louis Georgelin
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Quel hommage vous avez envie de lui rendre ?
- 2:09OuverteRéponse directe
Cette mission de reconstruire Notre-Dame de Paris avait-elle une dimension spirituelle particulière ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Quelle relation entreteniez-vous avec lui ?
- 4:47OuverteRéponse directe
Comment il vivait cette mission pour la restauration de Notre-Dame au quotidien ?
- 6:09OuverteRéponse directe
La ténacité était-elle un trait de caractère du général ?
- 8:04OuverteRéponse directe
Il y avait une dimension spirituelle essentielle pour lui dans ce chantier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:17Invité politiqueFait
« Je veux saluer l'homme de foi qui, pendant toutes ces années, a porté ce projet de reconstruction de Notre-Dame »
- 2:56Invité politiquePromesse
« le président de la République puisse remettre les clés de la cathédrale à l'archevêque de Paris, en décembre 2024 »
- 6:41Invité politiquePromesse
« La cathédrale rouvrira en 2024 »
- 9:10Invité politiqueFait
« il savait bien que Notre-Dame de Paris est un chef-d'œuvre architectural, c'est un chef-d'œuvre de notre patrimoine national, mais c'est avant tout un lieu de culte »
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C'est une nouvelle tragique à prise samedi matin. Le général Jean-Louis Georgelin est mort vendredi dans un accident de montagne dans les Pyrénées. Il était depuis 2019 le président de l'établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame de Paris après l'incendie. Saint-Syrien, chef de l'état-major particulier de Jacques Chirac, puis chef d'état-major des armées, et enfin grand chancelier de la Légion d'honneur. Ça, c'est pour les missions auprès de l'État. Auprès de l'Église aussi, il était engagé, au-blas d'une abbaye bénédictine, membre de l'Académie catholique de France. Nous sommes avec notre grand invité, Mgr Olivier Ribadot-Dumas, pour en parler ce matin. Bonjour Mgr.
Bonjour.
Vous êtes recteur, archiprêtre de Notre-Dame de Paris. Peut-être commencer par ça ce matin. Quel hommage vous avez envie de lui rendre ?
Je veux saluer l'homme de foi qui, pendant toutes ces années, a porté ce projet de reconstruction de Notre-Dame, mais qui, tout au long de sa carrière, qui a été une vie de service, de service de la nation notamment, a certainement vécu animé par cette même foi. Et c'est sûr que tous peuvent saluer celui qui a servi notre nation, mais nous aussi, nous pouvons saluer celui qui a servi l'Église.
C'est vrai que la France perd un grand serviteur, on peut le dire, un serviteur de l'État, de l'Église. Il portait cette double casquette, c'est sa particularité, au service de l'État, plein d'autorité, avec sa grande carrière au sein de l'armée de terre, mais aussi cet homme de foi, profondément chrétien.
Alors, de fait, je crois que sa vie a été animée par ça, et j'ai souvenir notamment de repas au cours duquel il évoquait l'Évangile du dimanche précédent, ou celui-même de ce jour-là. Donc, je pense qu'effectivement, la vie du général Georges Lain était profondément irriguée par la foi.
Cette mission de reconstruire Notre-Dame de Paris, une mission qui avait été confiée par le président de la République, ça a revêté d'une importance particulière ? Il y avait une dimension vraiment particulière, qu'elle soit religieuse, spirituelle, qui l'animait au quotidien, dans cette mission-là ?
Le président de la République, très vite après l'incendie, a nommé défaite le général Georges Lain parce qu'il souhaitait qu'il y ait quelqu'un qui soit capable de conduire les travaux, dans le cadre d'un chantier qui est gigantesque et extrêmement complexe, dans une durée de cinq ans.
Et le général n'a eu de cesse, pendant cette dernière année où je l'ai côtoyé, étant arrivé à Notre-Dame il y a un an, il a eu de cesse de répéter aux uns et aux autres, à tous les partenaires, aussi bien le ministère de la Culture, le diocèse de Paris, les différentes entreprises, tous ceux qui intervenaient sur ce chantier, qu'il fallait que la cathédrale soit rendue au culte et aux visiteurs, c'est-à-dire que son but était de pouvoir, que le président de la République puisse remettre les clés de la cathédrale à l'archevêque de Paris, en décembre 2024. C'est ce qu'il a animé, c'est ce qu'il a toujours désiré, et c'est ce qu'il ne cessait de rappeler aux uns et aux autres.
Quelle relation, vous, vous entreteniez avec lui, déjà dans le travail, mais au-delà de ce travail, quels souvenirs vous gardez de lui ?
Vous savez, le général Jean Gelin est un homme qui ne peut pas laisser indifférent. On découvre derrière son côté, peut-être son panache, on découvre la sensibilité d'un homme. Il est possible aussi de s'opposer à lui, parce que c'est un homme d'une très grande autorité naturelle et d'un grand sens du gouvernement. Et en même temps, on ne peut pas toujours être d'accord avec lui. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir le côtoyer, j'ai découvert, et sans doute pas totalement, la personnalité du général Jean Gelin. Mais en même temps, je dois dire que je pense qu'il a, pendant ces quatre années, accompli vraiment la mission pour laquelle il avait été nommé.
Mais je dois dire aussi que je pense que le général n'aurait pas aimé que l'on dise qu'il l'accomplissait seul, parce que le général avait toujours le souci de mettre en avant ceux qui travaillaient à ses côtés, son adjoint, Philippe Jost, mais aussi les architectes, au premier rang duquel Philippe Villeneuve, et également toutes les entreprises et tous les compagnons qui sont sur ce chantier et qui faisaient son admiration, parce que pour lui, ses hommes et ses femmes incarnaient aussi le savoir-faire de la France.
Et le général était un très grand amoureux de notre nation, de notre pays, et tout ce qui pouvait rehausser le prestige de la France était pour lui quelque chose de très important. Donc c'était un meneur d'hommes, mais qui mettait en avant ceux qui travaillaient au quotidien pour le projet qui lui avait été confié.
Et ce sont autant d'hommes qui lui ont rendu hommage tout au long du week-end. Comment, justement, il vivait cette mission pour la restauration de Notre-Dame au quotidien ? Comment, oui, quelles étaient ses missions ? Et comment il vivait ça avec ses hommes ?
Écoutez, ce qui est sûr, c'est que le général avait son bureau qui était à l'Elysée pour être au plus près du président de la République, signe que ce chantier de Notre-Dame tient au cœur du président de la République. Après, le général n'hésitait jamais à aller sur le chantier. Il y allait très régulièrement pour recevoir des gens. Il a fait visiter nombre de fois la cathédrale à beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes qui souhaitaient ou qui demandaient à la visiter, que ce soit des politiques, que ce soit des mécènes, que ce soit des personnalités étrangères. Il le faisait avec sa verse habituelle, sans parler haut et fort.
Mais il le faisait avec une très, très grande conviction, un amour de ses pierres, dont il savait bien qu'elles n'étaient pas qu'un élément du patrimoine, mais qu'elles avaient été construites et mises les unes à côté des autres pour servir la gloire de Dieu. Et donc, son quotidien, certainement, était fait de cet amour de la cathédrale. Il a vécu ces dernières années profondément avec cela comme but de sa vie de tous les jours, de redonner la cathédrale aux cultes et aux visiteurs.
Dans votre hommage rendu, vous parliez même de ténacité du général Georges Lens. C'est ça aussi son trait de caractère, la ténacité ?
C'est sûr que c'est un homme qui, lorsqu'il a un but, ne le laisse pas passer. Il faut être tenace parce que, depuis le début du chantier, le général Georges Lens, comme tous ceux qui ont eu à collaborer avec lui, ont été affrontés à un certain nombre de difficultés. Je pense notamment à la question du plomb, je pense à la crise du Covid, à d'autres éléments qui ont pu interférer dans le chantier. Mais le but et la ligne du général n'a jamais varié. La cathédrale rouvrira en 2024.
Dans sa dernière interview sur RCF, c'était en décembre dernier, il rendait hommage aux talents essentiels des artisans du chantier. Il a permis, cela justement, le général Georges Lens, qu'on prenne tous conscience, finalement, de notre patrimoine commun et de nos savoir-faire ancestraux.
Je reste très impressionné de la manière dont le général Georges Lens, lorsqu'il visitait la cathédrale, était proche de tous ceux qui étaient à l'intérieur et qui y travaillaient. Il en connaissait bon nombre. Il aimait les saluer et discuter avec eux. Mais c'est vrai que dans la mission qu'il avait reçue aussi, et dans la mission d'établissement public rebâtir Notre-Dame de Paris, il y a la mise en valeur des métiers, des compagnons. Et le général a eu beaucoup ce souci de mettre en valeur ces métiers qui avaient un peu disparu, mais qu'il s'agisse des charpentiers, de ceux qui travaillent les vitraux, des facteurs d'orgue.
On l'a vu par la mise en place dans le cadre des Journées du patrimoine de tous ces métiers, mais aussi sous le parvis de Notre-Dame, par l'exposition que l'établissement public a mise en œuvre, qui raconte ces métiers-là. Et c'est sûr que c'est parce que c'est une partie de la France, parce que c'est une partie de notre savoir-faire, cela tenait à cœur au général.
Nous sommes avec le recteur de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, Mgr Olivier Ribadot-Dumas, pour parler du général Georges Lain. Justement, il y avait une dimension spirituelle, essentielle pour lui dans ce chantier. Finalement, pour lui, pour le général Georges Lain, c'était un acte de foi, cet engagement, cette mission-là, confiée par le président de la République ?
Le général Georges Lain, vous savez, était un grand serviteur de l'État, et comme serviteur de l'État, représentant spécial du président de la République, il ne mettait pas sa foi en avant comme ça tout le temps, mais elle transparaissait.
Et je ne sais pas quelle était la vie intérieure du général Georges Lain, je me garderais bien à en dire quoi que ce soit, mais c'est clair que dans les conversations que l'on pouvait avoir, et notamment dans les rencontres que nous avions régulièrement avec l'archevêque de Paris, Mgr Oumonier et Philippe Joste, son adjoint, les discussions au sujet de l'Église, au sujet de la foi, étaient assez courantes, et donc on voyait bien comment la vie du général était animée par cela, on voyait bien comment il lisait l'Évangile, comment il en parlait, et tout ça était important à ses yeux.
Ça faisait partie du chantier, finalement, aussi de continuer à avoir cette dimension spirituelle, religieuse ?
Il savait bien, encore une fois, je le redis, il savait bien que Notre-Dame de Paris est un chef-d'œuvre architectural, c'est un chef-d'œuvre de notre patrimoine national, mais c'est avant tout un lieu de culte, un lieu qui a été élevé pour célébrer la gloire de Dieu, et je crois que devant cette mission, il était humble, comme on ne peut que l'être lorsqu'on est au pied de la cathédrale, et en même temps, il était très conscient des responsabilités qui étaient les siennes, de rendre tout cet éclat à ce merveilleux édifice qu'est la cathédrale.
Quelle suite, désormais, pour la cathédrale Notre-Dame de Paris, elle qui devait rouvrir au public fin 2024 ? On connaît désormais le calendrier, la suite des événements, entre guillemets ?
Alors vraiment, je crois que rien ne change. Ce n'est pas parce que la tête va changer que les échéances vont être changées. Les travaux ont continué cet été. On a vu, j'ai eu la grande joie de voir à mon retour de quelques semaines de vacances, émerger du toit de la cathédrale l'échafaudage qui abrite la flèche de la cathédrale, qui monte petit à petit dans le ciel, qui montra jusqu'à 96 mètres de hauteur. Donc le travail va continuer. Je pense que le président de la République nommera rapidement un nouveau représentant spécial et président de l'établissement public chargé de la reconstruction. Et donc les compagnons continuent à travailler.
Et je crois que le chantier, je n'ai pas d'inquiétude sur la suite du chantier et sur l'échéance de décembre 2024.
Merci beaucoup Mgr Olivier Ribadeau-Dumas d'avoir été notre grand invité ce matin pour rendre cet hommage au général Jean-Louis Georgelin, décédé donc vendredi dernier dans les Pyrénées. Bon courage. Et puis merci beaucoup Mgr Olivier Ribadeau-Dumas. Merci à vous. Au revoir. Au revoir.