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Juan Branco : La France dans un système système aristocratique prérévolutionnaire

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Moi je pense que la question, la vraie question, c'est comment ça se fait qu'on arrive à résister à ces dérives qui touchent tous les autres pays ? Qu'est-ce qui fait que la France, très particulièrement, est capable d'une véritable révolte citoyenne de grande ampleur, qui dure depuis 4 mois malgré l'ensemble des pouvoirs qui sont donnés à un pouvoir politique au sein de la Vème République, qui sont énormes, on le voit bien, la capacité qu'ils ont à mobiliser de façon parfaitement excessive des outils de répression, et même de contrôle politique et l'Iran, sur la base d'une élection dont on sait très bien les conditions dans lesquelles elle est intervenue, une seule, qui elle-même a amené à une autre élection législative qui n'en était que dérivée, et à partir de là, quasiment avait plein pouvoir pour réformer dans leur sens, à la fois le système économique, politique, représentatif de ce pays. Et donc comment ça se fait qu'un peuple comme le français résiste, et surtout que dans ce peuple-là, les personnes qui sont les plus fragiles, qui ont le moins droit, qui sont les plus stigmatisés, donc qui a priori sont le moins portés à réclamer, à s'exprimer et à oser sortir de la rue pour dire « Non, nous, nous existons et nous avons le droit de nous exprimer comment ça se fait que ces personnes-là sont sorties en masse pour défendre leur dignité ».

Moi, je pense que c'est grâce à une seule chose, c'est grâce au fait que ce régime tient sur un régime discursif, justement, qui est celui de la République française, de la Révolution française, de la liberté, égalité, fraternité, qui est en contradiction avec le fonctionnement du système. Et on a tellement cru, il y a raison, dans le mythe de la République, et dans ces mythes fondateurs, liberté, égalité, fraternité, qu'on peut le revendiquer, et il est tellement puissant pour maintenir l'ordre en France, que en cas d'excès trop important du pouvoir, on est en mesure de le revendiquer contre nos élites, et dire « Mais non, nous avons le droit de nous révolter et de prendre éventuellement le maquis au sens large pour réclamer l'application des fondements de notre République ». Et donc cette force discursive, en fait, cette force de ce mythe auquel nous avons tous adhéré et qu'utilisent les gouvernants et nos dominants aujourd'hui pour essayer de nous écraser, on peut le retourner contre eux.

Et ça, c'est une spécificité très française. En Espagne, ça ne pourrait pas intervenir. Pourquoi ?

Tout simplement parce que la République a été écrasée par le fascisme et que discursivement parlant, le régime qui existe aujourd'hui en Espagne, qui sort de la transition espagnole, par exemple, est le fruit de la couronne, donc de la couronne qui était l'allié affectif du franquisme, etc. Donc il n'y a pas d'assise symbolique et discursive que nous, nous avons. Donc on peut se rebeller en dehors de l'État, c'est ce qui s'est passé avec les indignés, puis après avec la tentative d'émergence de Podemos, etc.

Mais il n'y a pas un mouvement qui peut réclamer une forme d'hégémonie discursive ou symbolique. Il peut dire « On le fait au nom de la communauté, au nom des principes fondateurs de notre communauté ». Les Gilets jaunes peuvent le faire.

Ils peuvent le faire, ils peuvent sortir dans la rue et callasser des policiers en chantant la marseillaise et en agitant un drapeau bleu-blanc-rouge. Pourquoi ? Parce que ces symboles-là ont été acquis au prix d'actions similaires, voire beaucoup plus violentes.

Et c'est grâce à cette rebellion contre une aristocratie, etc. que ces principes ont été adoptés. Les similitudes sont quand même très fortes, symboliquement et discursivement parlant.

C'est-à-dire de rebellion contre une caste qui, à un moment, ne privilégiait que ses intérêts et qui se reproduisait et qui finissait en fait par être dans une sorte de vase clos, dans le petit Paris, en gros, qui exploitait le reste du pays. Les Gilets jaunes peuvent revendiquer cette filiation et peuvent dire « Nous sommes revenus à un système aristocratique, pré-réolutionnaire, qu'il s'agit maintenant de renverser pour réactualiser ces acquis-là ». Donc je pense que c'est ça, en fait, qui explique notre capacité à résister à des dérives qui, partout ailleurs, sont relativement acceptées.

C'est-à-dire qu'ils sont acceptés ou alors qu'ils, encore une fois, même, je pense aussi au cas d'Italie, c'est-à-dire qu'après les années Berlusconi, etc., bon, maintenant, il y a eu cette émergence de ce mouvement populiste, le mouvement 5 étoiles, et vous voyez bien que ce mouvement a beaucoup moins de force en termes discursives, etc., et elle s'en tient à une forme de vulgarité du rapport aux politiques qui passerait par une sorte de transversalité, d'horizontalité dans la gestion des affaires courantes, mais qui n'a pas de base solide en termes de...

Oui, c'est ça, en fait, d'institutionnalisation potentielle, de discours, de régimentalité. Pourquoi ? Parce qu'elle ne s'appuie pas sur les fondements mêmes de la République italienne.

Elle n'a pas cette capacité à en revendiquer la filiation. Les Gilets jaunes, non, d'une certaine mesure. Les Gilets jaunes, non, et n'importe quel mouvement qui serait justement ultra-républicain, quelque part, qui réclamerait un approfondissement démocratique.

Et c'est aussi que les Gilets jaunes ne s'institutionnalisent pas. Elles n'essaient pas de devenir une force politique. Elles n'essaient pas de porter des propositions précises en termes de politique économique ou de politique étrangère, etc.

Pourquoi ? Parce qu'ils veulent rester ce creux démocratique qui n'aurait qu'un objectif, rendre sa souveraineté au peuple, quelque part, au sens large, provoquer un approfondissement démocratique qui permette aux citoyens d'à nouveau s'intéresser aux politiques, d'à nouveau s'engager, en sachant que cette fois, leur voix serait prise en compte de façon beaucoup plus importante, parce qu'il y aurait des nouvelles institutions, qui, à leur tour, permettraient à de nouvelles forces politiques d'émerger et au débat démocratique de se réinaugurer sur des bases beaucoup plus saines. Et dès le moment, tant qu'ils resteront sur cette base minimale, sur ce programme minimal, de réforme institutionnelle, de réforme fiscale, parce qu'évidemment, il n'y a pas d'égalité politique sans égalité sociale, eh bien, ils resteront justement dans une capacité à incarner ou en tout cas revendiquer cet héritage révolutionnaire et à tenter de l'actualiser.