Suppression de l'AME, marche contre l'antisémitisme... Le "8h30 franceinfo" d'Aurélien Rousseau
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Info Bonjour Aurélien Rousseau. Bonjour. Emmanuel Macron a écrit aux Français dans une lettre publiée par le Parisien Aujourd'hui en France. Il dit une France où nos concitoyens juifs ont peur n'est pas la France. Ne serait-ce qu'écrire cette phrase, est-ce que ce n'est pas déjà un aveu d'échec ?
Ce n'est pas un aveu d'échec. On sait qu'on est entièrement mobilisés. Et c'est vrai qu'il ne faut rien banaliser. Rien. On a 1200 actes antisémites depuis un mois. Et on sait que la France, elle s'en est toujours sortie quand elle a été unie. Et le Président, je pense que son courrier là-dessus est très clair. Tout doit être mis sur le terrain de l'unité. Et lui, il en est le garant. Et il a des mots très forts dans ce courrier. Les personnes antisémites, leur place est devant les tribunaux ou derrière les barreaux. La loi, elle est claire dans notre pays. On ne doit rien lâcher. Et c'est un sursaut républicain, avant tout, qu'on attend.
L'aide, ça remplace sa venue dans ce cortège ?
Moi, je pense qu'il l'explique. Il a d'ailleurs dit qu'il s'était posé la question jusqu'au bout. On voit les polémiques ou les prises de position des uns et des autres. Et je pense que ce courrier, oui, moi, je le trouve très utile parce qu'il est à la fois très précis et très fort. Et donc, ce moment, il y aura dans le cortège la Présidente de l'Assemblée, le Président du Sénat qui ont lancé cet appel, la Première Ministre, une bonne partie du gouvernement. Il n'y a pas de doute, mais le Président, il faut qu'il garde aussi, c'est ce qu'il dit. Il faut qu'il soit absolument au-dessus des exploitations politiciennes qui ont toujours lieu, y compris dans des moments aussi graves que cela.
Il n'y a pas de doute à être au-dessus de l'émotion ? Je ne pense pas qu'il soit au-dessus de l'émotion.
C'est l'impression que certains peuvent avoir, pardon, je vous interromps, mais hier, l'arrière-petite-fille du capitaine Dreyfus, on se souvient évidemment de l'affaire Dreyfus, a interpellé le Président. Elle s'interrogeait, c'était en marge des commémorations du 11 novembre, elle s'interrogeait sur son absence. Ça dit quand même quelque chose et est-ce que vous comprenez que certains puissent s'interroger ?
Qu'on s'interroge dans un sens ou dans l'autre, je le comprends très bien. Je pense que le Président, il a eu encore une fois des mots, une France où nos concitoyens juifs ont peur n'est plus la France. C'est des mots qui sont absolument sans appel. Il les a eus tout de suite. D'ailleurs, il a échangé avec la famille du capitaine Dreyfus. Il n'y a pas d'ambiguïté. Mais dans l'autre sens, aujourd'hui, on ne va pas faire comme s'il n'y avait pas des polémiques autour de la présence du Rassemblement national, l'exploitation qu'en fait la France insoumise.
Je pense qu'il ne faut pas que la fonction de Président soit abîmée par ces polémiques-là dès lors qu'il a posé des mots, encore une fois, d'une extrême gravité et d'une force réelle.
Vous avez dit cette semaine que vous seriez, je cite, mal à l'aise de défiler dans le même cortège que Marine Le Pen à cette fameuse marche. Finalement, elle y sera. Vous aussi, vous pensez que vous serez mal à l'aise cet après-midi ?
Moi, j'ai trouvé, comme souvent d'autres que vous, je parle d'autres que moi, formule mieux les choses. C'est le Président du CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, qui a dit que le RN ne sera jamais un rempart contre l'antisémitisme. Et je trouve que c'est important de le redire. Et je pense que le RN, je ne mets pas tout le monde dans le même paquet, je ne les connais pas tous, etc. Mais il instrumentalise ce combat contre l'antisémitisme pour pouvoir mieux taper sur nos compatriotes musulmans. Et donc, oui, je considère que dans le pacte républicain, ils ne sont pas à la même place que tous ceux d'autres qui appellent à la manif.
Dans le même temps, Serge Klarsfeld, le Président de l'Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France, se félicite de la présence du RN. Alors, il dit, évidemment, le RN doit encore en finir totalement avec ses vieux démons, mais il dit, il y a sans doute un changement. Il se trompe ?
Je pense que, je ne sais pas s'il se trompe. Moi, je vois à l'Assemblée, le RN utilise cette prétendue virginité sur le combat contre l'antisémitisme pour pouvoir à chaque fois mieux taper ou mettre en cause l'islam ou les musulmans, nos compatriotes musulmans. Et de l'autre côté, dans un symétrique glaçant, vraiment, la France insoumise utilise ça pour dire que ceux qui défileront cet après-midi ne pensent pas aux civils palestiniens qui sont aussi des victimes de la folie terroriste du Hamas. Et donc, ces deux situations sont effectivement insupportables pour la République.
On a malgré tout l'impression, quand même, de plusieurs voix au sein du gouvernement. On avait, il y a deux jours, sur ce plateau, Christophe Béchut qui nous disait « Je suis choqué par ceux qui n'y participent pas, je ne suis pas choqué par ceux qui participent ». Hier encore, dans le Parisien Aujourd'hui en France, Olivier Véran, qui s'alarme une nouvelle fois et qui critique une nouvelle fois la présence du RN, il y a plusieurs sensibilités qui s'expriment, il faut l'assumer au sein du gouvernement ?
Je pense qu'il y a plusieurs sensibilités, mais qu'à la fin, le message global, il sera clair, la Première Ministre sera là, une vingtaine de membres du gouvernement. Et je retiens, moi, la belle phrase hier de Delphine Horvilleur, la rabbine Delphine Horvilleur, qui dit « À tous mes amis, je demande de venir, malgré tout, malgré les questions qu'on peut avoir, à tous mes amis de longue date, je demande de venir ». Sous-entendu, je crois, il y a des amis qui, tout d'un coup, se déclarent amis d'Israël et de nos compatriotes juifs et qui ne l'étaient pas il y a quelques années encore.
Le Rassemblement National donc présent, la France Insoumise absente. Comment est-ce que vous comprenez le jeu actuel de Jean-Luc Mélenchon sur cette marche, mais plus globalement sur sa position vis-à-vis de la guerre entre Israël et le Hamas ?
Moi, je ne suis pas là pour décrypter le jeu de Jean-Luc Mélenchon. Il y a des positions parmi les députés de la France Insoumise qui sont insoutenables. Les positions du député Guiraud sont insoutenables. Qui a semblé relativiser les massacres. Ou qui a semblé relativiser, qui a semblé mettre en cause Israël dans certains des actes terroristes qui sont ceux du Hamas.
Ça dit quelque chose de la France Insoumise aujourd'hui ?
Moi, je pense que ça dit quelque chose de la France Insoumise. En effet, pas forcément sur cette position, parce que j'ai entendu des prises de position très claires de Clémentine Autain, par exemple. Mais cette impossibilité à formuler le mot « attaque terroriste » en parlant du Hamas, c'est bien un positionnement. Et là où moi, je suis en colère, et oui, j'exprime cette expression, c'est que la variable d'ajustement de tout ça, ce sont les millions de nos compatriotes musulmans qui sembleraient devoir choisir leur camp. Non, on est français avant tout. C'est ça. De même que nos compatriotes juifs n'ont pas à choisir leur camp.
Et ça, ce jeu-là, pour reprendre votre expression, je le trouve délétère pour la République. Je le trouve délétère. Et je trouve par ailleurs que la France Insoumise offre cette... Comment dirais-je ? Elle permet le blanchiment d'argent sale du RN, quoi. Le RN est une organisation qui a dans son ADN le racisme et en tout cas la xénophobie. Et là, tout à coup, ils peuvent se présenter en porteurs de la défense, de la lutte contre l'antisémitisme. Ça, ça me met en colère. Mais je n'ai aucun doute, je serai cet après-midi à la manifestation, parce que cette manifestation, elle est pour la République, elle est contre l'antisémitisme. Et c'est aux fondamentaux qu'on doit revenir.
Aurélien Rousseau, ministre de la Santé et de la Prévention. On se retrouve dans un instant, juste après le fil. Info de Diane Ferchit. Deux morts et trois blessés dans une fusillade à Marseille. Survenue dans le 16e arrondissement de la ville, une personne à bord d'une voiture qui a ouvert le feu sur un autre véhicule sur un parking. Avant de prendre la fuite, les victimes sont connues pour des affaires de stupéfiants. La marche contre l'antisémitisme à Paris, elle débutera à 15h cet après-midi. De l'esplanade des Invalides jusqu'au Sénat, des rassemblements sont aussi prévus en région. Des manifestations qui doivent montrer une France unie derrière ces valeurs.
Écrite dans une lettre au français Emmanuel Macron, lettre publiée dans Le Parisien. Aujourd'hui en France, le chef de l'État dénonce la résurgence d'un antisémitisme débridé. La fin de la vigilance rouge au cru dans le Pas-de-Calais. Le département Vigilance Orange ce matin, il n'a pas cessé de pleuvoir depuis le 18 octobre, précise sur France Info le sénateur du Pas-de-Calais, Franck Dersin. Et on ne peut toujours pas faire le constat avec les assurances, ajoute-t-il, car l'eau est toujours là dans les maisons. Plus que quelques heures de course pour les ultimes engagées dans la Transat Jacques-Vabre.
Sauf incident, le duo Armelle Lecléache-Sébastien Joss sera le premier à franchir la ligne d'arrivée en Martinique. France Info
Le 8.30 France Info, Adrien Becq, Jean-Rémi Baudot.
Aurélien Rousseau, ministre de la Santé et de la Prévention, la loi Immigration sera votée au Sénat mardi. Le Sénat qui a adopté cette semaine un certain nombre de mesures beaucoup plus dures dans cette loi. Et notamment la suppression de l'aide médicale d'État. Suppression dénoncée ce matin par 3500 médecins qui lancent un appel. Ils assument de désobéir. Voilà ce qu'ils écrivent. Moi médecin, je déclare que je continuerai à soigner gratuitement les patients sans papier sur leur besoin. Conformément au serment d'Hippocrate que j'ai prononcé. Est-ce que vous les comprenez ?
Je les comprends évidemment et je pense, je me bats, le gouvernement se battra. On est au tout début du parcours législatif de ce texte pour qu'il n'ait pas à exercer de désobéissance civile. Il y avait dans le texte présenté au gouvernement aucune accroche sur l'aide médicale d'État. C'est le Sénat qui l'a rajouté et je pense que nous avons eu, et j'avais eu ici sur votre antenne une expression très claire depuis le départ. Oui, l'AME c'est un dispositif de santé publique avant tout. Ça soigne les individus mais ça protège la population dans son entier. Si on renvoie tout sur l'hôpital, on va faire une erreur énorme et les pays qui l'ont fait en sont revenus. Donc on va se bagarrer pour ça.
Après que, loyalement si je puis dire, on examine un dispositif tel que celui-là, c'est toujours possible. C'est ce qu'on fait en demandant à Claude Évin et à Patrick Stéphanini de le regarder. Il peut y avoir une réforme de l'AME ? Il peut toujours y avoir des réformes mais les fondamentaux sont là. Ça doit rester un dispositif de santé publique et la notion d'urgence n'est pas la bonne pour approcher ce sujet-là.
Gérald Darmanin a semblé donc revenir de fait ces derniers jours sur cette position personnelle qu'il avait exprimée plutôt d'un soutien à la suppression de l'aide médicale d'État. C'est un retour à la raison ?
Non, moi je ne qualifie pas ça de retour à la raison. Gérald Darmanin, il a porté ce texte devant le Sénat. Donc ce texte ne comportait pas de mesures concernant l'AME. Je peux témoigner, j'étais dans d'autres fonctions qui n'a jamais essayé de mettre ces mesures dans le texte initial. Et il a redit très clairement en effet hier ou avant-hier sa position sur le sujet. Mais tant mieux, je pense que le gouvernement est totalement aligné sur ce sujet.
Donc vous pouvez nous dire ce matin, le texte, s'il est adopté, ne comportera pas de suppression de l'AME ?
Le texte, il est dans sa première lecture au Sénat et le gouvernement l'a redit. L'AME est un dispositif indispensable de santé publique qu'on puisse interroger, voire faire des bougées éventuelles. Mais on ne basculera jamais dans un dispositif du type de l'aide médicale d'urgence qui serait une erreur. Et même, comme je crois l'avoir dit, une faute d'efficacité de santé publique, au-delà des points de vue moraux qu'on peut avoir.
Avec ça, vous ne risquez pas de perdre la droite qui, elle, justement, voudrait réformer, voire supprimer l'AME ? La droite, vous en avez besoin pour obtenir le vote de ce texte ? Est-ce qu'avec cette position, la position que vous défendez sur le maintien de l'AME, vous ne risquez pas de perdre la droite ?
Écoutez, on verra. Encore une fois, moi, je pense que quand il y a de l'incertitude, il y a beaucoup d'incertitude sur les positions des uns et des autres au Parlement, le mieux, c'est de s'accrocher à ce à quoi on tient et ce dont on est sûr. Ce dont, moi, je suis sûr aujourd'hui, c'est qu'il faut que la médecine de ville, donc les médecins libéraux, les médecins de ville, participent à la prise en charge des personnes malades étrangères, même si elles n'ont pas de papier, et que tout ça ne soit pas renvoyé sur l'hôpital.
On reste comme, de la même manière, le gouvernement considère, même si le Sénat a pu faire bouger les rédactions, qu'il faut pouvoir avoir des dispositions, d'un côté, pour renforcer l'efficacité de l'application des mesures de justice quand un étranger doit être éloigné, et aussi rendre possible la régularisation de ceux qui travaillent en France depuis longtemps.
Alors, Aurélien Rousseau, nous ne sommes pas tout à fait encore au début de l'hiver, mais des médicaments manquent encore, et déjà, dans les pharmacies, on parle beaucoup de l'amoxicilline, cet antibiotique qui soigne notamment les otites et les angines bactériennes, je le précise. Pour qu'on comprenne bien, ce que vous nous dites, c'est que ce n'est pas un problème de stock, le problème, ce serait plutôt la distribution de ces stocks, c'est ça ?
Alors, on s'est évidemment posé la question, parce que, vu des Français, c'est la même chose que l'an dernier. On galère, pardon de l'expression, pour trouver de l'amoxicilline. Donc, moi, j'ai demandé à l'Agence nationale de sécurité du médicament, dans la suite de mon pré-décesseur François Braun, de suivre de très près les molécules, comme on dit, les plus sensibles, et notamment l'amoxicilline. Le constat, aujourd'hui, il est clair, c'est que les stocks, ils existent, et sur le territoire national, on a assez de stocks d'amoxicilline, notamment, mais d'autres molécules qui sont sensibles. Qu'est-ce qui se passe ?
Donc, on n'est pas dans une pénurie, on est dans une dérégulation complète du système. Le système, en France, il repose sur, j'allais dire, une cascade, qui part des industriels, qui fournissent les grossistes répartiteurs, vous savez, c'est ces petits camions qui vont plusieurs fois par jour à la pharmacie livrée, et ensuite, dans les pharmacies. Et ce système, parce qu'il y a eu pénurie l'an dernier, parce qu'il y a aussi des jeux, sans doute, commerciaux, c'est complètement dérégulé.
Donc, vous avez convoqué tous les acteurs du secteur, et vous voulez une charte de bonne pratique. Qu'est-ce que ça veut dire, une charte de bonne pratique ?
Il faut être simple, moi, je les ai. Une fois qu'on était d'accord sur le diagnostic, on était sûr de nous, sur le fait que ces stocks existent, j'ai fait venir tout le monde dans la même pièce, on a passé deux heures, et on s'est parlé très franchement. Et moi, j'ai dit, voilà, soit sous dix jours, vous êtes capable de remettre de l'ordre dans la régulation qui fonctionne normalement bien du secteur du médicament, soit, à la fin, on prendra des mesures un peu autoritaires. Ça veut dire quoi ? Mais ce sont des mesures, par exemple, un sujet où, vous savez, certaines pharmacies, grosses pharmacies, peuvent commander directement aux industriels. Les industriels, ils servent les plus grosses.
Voilà. Ça, ça n'est pas possible. Il faut que ça passe par les grossistes répartiteurs. Il faut qu'on revienne à ce qui se passe dans une année normale. Donc, ils se sont engagés, la présidente de l'ordre des formations et la directrice générale de la NSM sont chargés en dix jours de nous élaborer cette charte des bonnes pratiques.
Et donc, ça veut dire un retour à la normale ? Quand ? Avant le début de l'hiver ?
En tout cas, on est dans une course contre la montre, contre le... Face à nous, cours les épidémies. Donc, il faut qu'il y ait de la moxycyline disponible dans toutes les pharmacies en France. Et c'est impossible d'accepter que les patients soient, d'une quelconque façon, la variable d'ajustement de la dérégulation du système. Et la réunion, elle était un peu, comment dirais-je, animée. Mais tout le monde a reconnu cela et tout le monde s'est engagé derrière ça. Et je vérifierai, moi, la crédibilité, la robustesse des engagements qui sont pris.
Aurélien Rousseau, ministre de la Santé et de la Prévention. Merci beaucoup d'avoir été l'invité du 830 France Info.
Aurélien Rousseau