Reconnaissance de la Palestine : qui croit encore à la solution à deux États ?
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« le ministre de l'économie Nirbarcat préconise depuis quelques semaines à la place d'un état de Palestine un modèle d'émirat pour les Palestiniens si jordaniers »
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Elle devait se tenir au mois de juin mais a finalement été reportée d'un mois. C'est donc aujourd'hui que s'ouvre à New York la conférence internationale sur l'avenir de l'État palestinien au siège des Nations- Unies. Un état palestinien mais avec une société anéantie à Gaza bien au-delà des combattants du Hamas.
Un territoire soit en ruine soit totalement morcelé comme il est aujourd'hui en 6 Jordanie. Alors, de quoi parle-t-on quand on invoque un état palestinien aujourd'hui et une telle reconnaissance diplomatique peut-elle arrêter le massacre ? Bonjour Insa.
Bonjour Julie Giaconte. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes docteur en droit international de l'université Paris Cité, chercheuse associée à l'Institut français du proche Orient et vous êtes membre du collectif de recherche Yaani.
Alors vous étudiez très précisément le recours au multilatéralisme comme stratégie de reconnaissance et d'existence d'un état de Palestine. Est-ce que vous avez été sollicité en amont de cette conférence internationale qui s'ouvre aujourd'hui ? Oui.
Euh comme beaucoup de de collègues chercheurs qui travaillent sur la région depuis un certain nombre d'années, on a été sollicité euh à la fois euh plutôt par euh par les ministères concernés par euh par la question. Euh mais à chaque fois, finalement avec un peu la même déception, c'est-à-dire que euh on évoque ce que peut-être une reconnaissance d'un état de Palestine. De quel état de Palestine on parle dans un contexte de guerre, d'anéantissement à la fois à Gaza mais aussi en Si Jordanie et peut-être qu' on y reviendra. et le sentiment de ne pas être écouté quand on dit qu'il faut aller au-delà de la reconnaissance que dans le contexte actuel euh Israël va empêcher de toute façon toute possibilité d'établissement d'un état palestinien.
Euh ils ont voté la KN7, le Parlement israélien a voté ce juillet un texte alors qui n'est pas contraignant mais qui est transpartisan. Donc qui dit quelque chose euh du euh de la de la du niveau politique en Israël dans lequel ils disent très clairement qu'ils entraveront toute possibilité d'établissement d'un état de Palestine et que ce qu'ils appellent la Judé Samarie, ce qui est donc la Jordanie revient naturellement au peuple juif. Ça c'est le le texte qui a été adopté et c'est le deuxième texte adopté en un an par le Parlement israélien.
Donc adopté par 61 11 voix pour et 13 contre. Le ministre de l'économie Nirbarcat préconise depuis quelques semaines à la place d'un état de Palestine un modèle d'émirat pour les Palestiniens si jordaniers. Alors, je sais pas ce qu'il entend par là et peut-être que vous pouvez nous éclairer, mais surtout est-ce que les Nations- Unies croient vraiment que des discussions bilatérales sont possibles aujourd'hui entre Israël et et et l'autorité palestinienne puisqu'elle pour pour l'instant c'est à elle que ceux qui disent vouloir reconnaître un état de Palestine envisagent de confier cette administration.
Non, et j'ai envie de vous dire de toute façon dans le contexte actuel où on a un tel déséquilibre entre une puissance occupante qui contrôle l'intégralité du territoire palestinien euh historique euh sur lequel aujourd'hui euh les autorités euh militaires israéliennes sont présentes partout, que ce soit à travers des barrages, des contrôles, l'encerclement des villes palestiniennes, à travers ce qui se passe en ce moment à Gaza et cetera. Pas l'intégralité de la si Jordanie, mais 85 points de de barrage au moins d'après il y a 600 plus de 600 checkpoints et barrages militaires qui ont qui cadr la Jordanie. En revanche, euh ce qu'on appelle la séparation qui avait été actée par les accords d'Oslo dans les années 90 avec une zone A donc qui est 20 % de la SJordanie qui était censé être sous contrôle de l'autorité palestinienne.
Aujourd'hui, dans les faits, ce n'est pas le cas. Oui. 850 barrières pardon.
Quand quand vous allez dans les grandes villes censé être sous contrôle de l'autorité palestinienne, en fait, vous voyez des jeeps de l'armée israélienne entrer dans la ville. Elles ont installé depuis le 7 octobre ce qu'on appelle là-bas des portes oranges qui permettent de fermer à tout moment l'entrée ou la sortie des villes en voiture et cetera. Donc en fait dans les faits, l'autorité israélienne contrôle l'intégralité de ce territoire.
Et je ne vois pas et puis c'est un principe important qu'on peut rappeler en droit international, c'est que l'autodétermination d'un peuple colonisé ici, le peuple palestinien ne doit jamais dépendre euh de la volonté de la puissance occupante. Donc ce n'est pas sur des la base de négociation qu'on doit décider de ce que doit être l'État palestinien aujourd'hui. Voilà en 6 Jordanie, l'armée israélienne a déplacé plus de 40000 Palestiniens aussi ces dernières semaines pour mener à bien son opération mur de fer dans trois camps de réfugiés du nord de la laisse-jordanie.
En Israël, même plusieurs médias aujourd'hui euh à Arou + 972 disent que le gouvernement d'extrême droite veut rendre impossible le retour de ces Palestiniens et provoquer un un déplacement permanent. Alors cette conférence qui se tient aujourd'hui à New York, elle a perdu en envergure. Les chefs d'État finalement ne seront pas présents.
Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman n'y sera pas. Emmanuel Macron non plus qui va par ailleurs attendre le mois de septembre pour reconnaître officiellement l'état de Palestine. Qu'est-ce qui l'empêche de le faire dès aujourd'hui ?
Est-ce que c'est si technique et fastidieux que ça de reconnaître un état ? Rien n'empêche aujourd'hui le président de la République parce que c'est le seul à pouvoir décider aujourd'hui de reconnaître un état de Palestine. Il suffit qu'il le disent publiquement et ça fera acte de reconnaissance.
Je deux choses. D'abord, je pense que et ça c'est le fruit de mes travaux de recherche, la France reconnaît déjà l'état de Palestine dans les faits parce qu'il y a plusieurs manières de reconnaître un état et ça peut être implicite. Or, la France entretient aujourd'ui relations bilatérales très importantes avec l'autorité palestinienne qu'elle considère finalement comme gouvernement légitime de la Palestine.
Il y a une mission de la Palestine en France. La personne qui la représente à leur rendre d'ambassadrice aujourd'hui en France. On a des accords économiques, politiques, diplomatiques avec eux.
On a un consulat de France qui est basé à Jérusalem. Aux Nations- Unies, on vote systématiquement en faveur de la l'admission de l'État de Palestine. À chaque fois euh encore récemment euh en en mai 2024, lorsque l'assemblée générale s'est prononcée sur l'admission de l'État de Palestine, la France a voté en faveur de son admission.
Donc dans les faits, cette reconnaissance là ne va pas changer grand-chose et je pense que Macron en est bien conscient. C'est pour ça d'ailleurs qu'il reporte à chaque fois l'annonce d'une d'une telle reconnaissance. Mélanie Kusév disit dans son journal que Rchep Erdogan a appelé hier Emmanuel Macron pour le féliciter de cette annonce de future reconnaissance qui n'en est pour l'instant pas une.
Officiellement, l'Arabie Saoudite, le Qatar, le Kouette aussi ont salué cette décision mais d'autres États ont émis des réserves. L'Allemagne par exemple déclare que elle n'envis pas de de reconnaître un état palestinien à court terme. Kir Starmer au Royaume-Uni a dénoncé les exactions d'Israël tout en disant que les conditions n'étaient pas encore réunies pour que le pays reconnaisse la Palestine.
Est-ce que la France peut dans son sillage entraîner d'autres États ? C'est je je ne sais pas si elle est en capacité. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que elle est devenue inaudible au Moyen-Orient, la France parce que elle elle est sur un double discours en permanence qui est assez un peu difficile à comprendre.
Euh c'est-à-dire que comme vous le disiez, elle annonce vouloir reconnaître l'État de Palestine, elle demande un cesser le feu dans la bande de Gaza et cetera, mais à contrario, elle ne euh se met pas en accord avec toutes ses obligations internationales. Euh par exemple, elle a permis à l'avion du Premier ministre israélien Benjamin Netaniaahu de survoler l'espace aérien français à plusieurs reprises alors que le Premier ministre israélien fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, cour à laquelle la France c'est un état membre actif aujourd'hui. Sauf que dans les faits donc on empêche l'arrestation d'un fugitif aux yeux de la Cour pénale internationale.
Pareil, la Cour internationale de justice, l'autre grande juridiction internationale, a adopté trois ordonnances dans le contexte de la guerre à Gaza et elle impose un certain nombre d'obligations juridiques à tous les États de la planète. Or aujourd'hui, la France n'est pas en capacité, ne fait pas en tout cas ce qu'il faut pour se mettre en accord avec ces ordonnances de la Cour internationale de justice. Et donc ce double discours aujourd'hui entre d'un côté cette volonté de reconnaître un état de Palestine et quel état de Palestine et d'un autre côté notre incapacité à respecter le droit international, c'est que la France ne porte plus aujourd'hui dans la région et par ailleurs, la la lég la légitimité de l'autorité palestinienne est remise en cause en Palestine même et auprès de certains certains pays arabes.
Alors la France aujourd'hui dit que la priorité n'est pas la reconnaissance de l'État de Palestine, mais de rétablir la paix, de rétablir l'aide humanitaire, la libération des otage. Mais est-ce que les acteurs diplomatiques qui s'activent aujourd'hui ont la moindre prise sur la situation sur le terrain ? Oui, c'est c'est intéressant parce qu'à chaque fois on dit tout se joue finalement à Washington.
Sauf que quand on regarde un certain nombre de faits, on se rend compte qu'en fait beaucoup de choses se jouent au sein de l'Union européenne. L'Union européenne, c'est le premier partenaire économique de l'État israélien aujourd'hui. On on commerce, on a des on a un accord d'association aujourd'hui qui est toujours en vigueur.
D'ailleurs, l'Union européenne a refusé de le suspendre cet accord le 16 juillet dernier en disant qu'elle avait obtenu les garanties suffisantes de la part d'Israël. Mais quelle garantie ? on voit aujourd'hui l'état de la famine, de la malnutrition, des bombardements dans dans la bande de Gaza.
Au niveau bilatéral pareil, la France un certain nombre de partenariat économique, politique et cetera avec Israël et à aucun moment il n'a été question d'adopter des sanctions au niveau européen ou au niveau de la France contre Israël pour lui demander de se de respecter le droit international et à minima de faire passer l'aide humanitaire dans la bande de Gaza. Donc il y a aussi cette question là aujourd'hui de de se poser la question est-ce que la reconnaissance va faire cesser la guerre aujourd'hui ? Non.
Est-ce qu'il faut passer un cap des et aller sur le chemin des sanctions ? C'est ce qu'on réclame depuis plus de 20 mois maintenant. Et quand on voit le niveau de destruction à Gaza, euh on est en droit aussi de s'interroger sur la responsabilité juridique que la France peut engager euh quand elle n'adopte pas ces sanctions-là.
D'autant qu'Israël n'est absolument pas, euh, vous le disiez aujourd'hui, favorable à la création d'un état de Palestine. Le ministre des affaires étrangères, Israël Katz, euh en visite en 6 Jordanie a dit et martelé il y a quelques semaines, nous construirons ici l'état juif israélien sur le terrain. Il a régularisé récemment une douzaine de colonies sauvages et annoncé la création de de nouvelles.
Parmi les hypothèses qu'on évoquait en juin, quand cette conférence de l'ONU devait se tenir à la fin juin, on disait que l'une des conditions serait que l'Arabie Saoudite reconnaisse Israël, mais une des conditions à quoi et pourquoi celle-ci ? C'était l'une des positions effectivement de la France, cette question de la normalisation. Ce qui est assez aberrent, c'est qu'en fait encore une fois, à chaque fois, on va conditionner le droit à l'autodétermination d'un peuple colonisé à des conditions politiques, régionale de normalisation, de il faut discuter avec Israël, il faut que la puissance occupante ait son mot à dire et cetera.
Et dans les faits, à force de poser un certain nombre de conditions impossibles à atteindre, Israël continue d'avancer dans l'annexion de l'intégralité du territoire palestinien avec aujourd'hui plus de 800000 colons partout dans le territoire avec un contrôle des ressources naturelles, un contrôle des frontières palestiniennes, un contrôle de la vie des Palestiniens aujourd'hui, de l'état civil des Palestiniens avec une bande de Gaza qui est complètement rasée, détruite et anéantie et une si Jordanie aujourd'hui qui est complètement asphyixée économiquement par Israël. Donc euh plus on perd du temps à imposer des conditions qu'on ne peut pas atteindre et qui d'un point de vue du droit international d'ailleurs n'ont aucun aucun sens et aucun aucune place dans cette discussion-là de la reconnaissance, euh plus on permet à Israël en parallèle de continuer à avancer et à développer son projet d'annexion totale et d'anéancissement du peuple palestinien. Mais si euh aujourd'hui la question est de reconnaître un état de Palestine pour à terme euh remettre sur la table la solution à deux États euh qui par ailleurs avaient perdu en légitimité ces dernières années au profit plutôt de l'idée d'un État binational où coexisterait euh juifs et et musulmans euh et arabe.
Le le ministre aujourd'hui le le ministre des affaires étrangères rappelle que plusieurs États musulmans ou arabes ou les deux ne reconnaissent pas l'état d'Israël. C'est le cas de l'Arabie Saoudite, c'est le cas du Yémen ou de l'Algérie. Or, si on parle d'une solution à deux États, est-ce qu'on peut imaginer que ces ces états et avancé sur cette question ?
La reconnaissance, c'est un acte souverain de de chaque État. Donc en fait, on peut pas dire "Je reconnais la Palestine" si vous en face vous reconnaissez Israël et si puis vous vous reconnaissez la Palestine et puis en fait c'est un acte souverain. C'est c'est la reconnaissance.
Ça veut dire que un état décide de constater que l'autre est en face remplit les critères traditionnels du droit international, une population, un gouvernement, un territoire et il veut entrer en relation avec cet état. Tout ce qu'il y a autour, ça ne concerne pas la reconnaissance. Merci beaucoup Insa Fr d'avoir été avec nous.
Vous êtes docteur endroit international de l'université Paris Cité et membre du collectif Yanni avec 2 a. Merci d'avoir été avec nous. Merci.
Yeah.
Emmanuel Macron