Martial Foucault, Politologue, Directeur du CEVIPOF
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:04OuverteRéponse directe
Qu'en retenez-vous de significatif ou de marquant dans la déclaration de Gabriel Attal hier ?
- 2:56ComplaisanteRéponse partielle
Un premier obstacle, déjà.
- 3:18RelanceRéponse directe
Est-ce que ce n'est pas ça, la jeunesse, aujourd'hui ? C'est d'aller chercher sans scrupules ni idéologie toutes les références qu'on veut et faire son propre patchwork politique ?
- 5:33OuverteRéponse directe
Il faut imaginer Gabriel Attal recadrant, peut-être un jour, un Bruno Le Maire ?
- 8:06OuverteRéponse directe
Comment va s'articuler le Gabriel Attal qui va gouverner la France et celui qui va faire campagne pour les Européennes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueFait
« Il y a effectivement, comme l'a rappelé dans son éditorial, Guillaume Tabard, à l'instant l'intention pour Gabriel Attal d'effacer en quelque sorte son très jeune âge pour indiquer que la crédibilité de l'action qu'il va conduire doit s'imposer auprès des futurs membres de son gouvernement. »
- 1:10Invité politiqueFait
« Il a réhabilité la notion de travail. Et de classe moyenne. »
- 1:47Invité politiqueFait
« Il faut, d'une certaine manière, valoriser davantage ceux qui travaillent que ceux qui ne travaillent pas. »
- 3:41Invité politiqueFait
« Son principal marqueur idéologique, c'est d'indiquer que c'est un pragmatisme. »
- 4:29Invité politiqueFait
« Je dis et je fais. »
- 5:16Invité politiqueFait
« Il va essayer, et je crois que c'est aussi un enjeu pour la majorité parlementaire, d'essayer un petit peu de rabibocher certains parlementaires, venant dits de l'aile gauche, qui avaient trouvé après la loi immigration un tournant qui était trop dur à leurs yeux. »
- 6:57Invité politiqueFait
« Gabriel Attal sera le chef d'un gouvernement avec une majorité relative. »
- 7:11Invité politiqueFait
« La saison des 49-3 n'interviendra qu'en septembre 2024. »
- 8:32Invité politiqueFait
« La nomination de Gabriel Attal ne peut pas être étrangère à l'échéance des élections européennes de juin prochain. »
Temps de parole
- Invité politique79 %
- Présentateur21 %
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Bonjour, Martial Foucault. Bonjour. On a au moins trois grands sujets à creuser avec vous ce matin. À la fois les intentions déclarées hier par Gabriel Attal, les obstacles qu'il va rencontrer, les chantiers, et puis la personnalité, évidemment, de ce nouveau jeune Premier ministre. Je commence par la déclaration d'hier, au moment de la passation de pouvoir avec Elisabeth Borne. Qu'en retenez-vous de significatif ou de marquant ?
Il y a effectivement, comme l'a rappelé dans son éditorial, Guillaume Tabard, à l'instant l'intention pour Gabriel Attal d'effacer en quelque sorte son très jeune âge pour indiquer que la crédibilité de l'action qu'il va conduire doit s'imposer auprès des futurs membres de son gouvernement, ce qui d'ailleurs ne sera pas une tâche très facile, puisque si effectivement les rumeurs indiquent qu'un certain nombre de ministres de l'ancien gouvernement n'étaient pas très favorables à sa nomination, si ses membres devaient rester, il devra quand même, j'allais dire, à la fois travailler avec eux, et puis imposer son autorité auprès de ces personnes, sur notamment des ministères importants, l'économie.
Il l'a rappelé dans son discours hier, Gabriel Attal, d'ailleurs c'était assez frappant. Il a réhabilité la notion de travail. Et de classe moyenne.
Oui, la France qui se lève tôt.
Et on s'interroge sur son, finalement, la colonne vertébrale idéologique de Gabriel Attal. On voit qu'il fait preuve d'une grande plasticité, et quand on dit, on revient aux sources du Macronisme, mais effectivement c'est cette, en même temps, et il l'a indiqué, les classes moyennes intéressantes d'utiliser ce terme, parce que c'est celui que la droite essaye d'imposer depuis plusieurs mois. Les républicains disent, finalement, la classe moyenne a été oubliée de toutes les politiques publiques d'Emmanuel Macron. Donc hier, Gabriel Attal indique que les classes moyennes seront au cœur de son action.
Il indique aussi, et je trouve ça très intéressant, qu'il faut, d'une certaine manière, valoriser davantage ceux qui travaillent que ceux qui ne travaillent pas. Et puis il employait un terme très gaullien, j'ai été frappé, il a parlé de la France et de la grandeur de la France. On se souvient de cette déclaration du général de Gaulle. Qui doit maîtriser son destin. Maîtriser son destin, et la France, il rappelle, c'est à la fois de l'audace, mais aussi la grandeur. Et ça, ça fait écho, d'une certaine manière, aux déclarations d'Emmanuel Macron, le 31 décembre, quand il parle du réarmement économique, industriel, civique, européen.
Et donc, on découvre hier, dans la première déclaration officielle de Gabriel Attal, comme Premier ministre, qu'il se met effectivement dans les pas des chantiers. Maintenant, quelles sont les grandes lois que Gabriel Attal va porter ? Là, c'est moins clair. D'ailleurs, je pense que le premier rendez-vous, c'est peut-être, d'une certaine manière, ce que le Conseil constitutionnel va, en prenant sa déclaration le 25 janvier prochain sur la loi immigration, conduire peut-être Gabriel Attal à, dans un premier temps, se retrouver au Parlement sur la suite de cette loi immigration, si beaucoup de ses articles étaient non retenus par le Conseil constitutionnel.
Un premier obstacle, déjà. Oui. En tout cas, un premier petit chantier.
Et pas des moindres, parce que c'est cette loi qui a, d'une certaine manière, provoqué, aujourd'hui, à la fois la démission d'Elisabeth Borne, et puis ce chambardement au sein de l'exécutif.
Martial Foucault, directeur du Centre d'études de la vie politique de Sciences Po, invité de la matinale. Je reviens sur le descriptif que vous venez de faire, et sur les références qu'a utilisées Gabriel Attal. Il est allé piquer un peu partout. Vous citez le gaullisme, vous citez Macron, la France qui se lève tôt, c'est du Sarkozy. Est-ce que ce n'est pas ça, la jeunesse, aujourd'hui ? C'est d'aller chercher sans scrupules ni idéologie toutes les références qu'on veut et faire son propre patchwork politique ?
Oui, je crois que ça correspond à ce que, finalement, Gabriel Attal entend marquer. En fait, son principal marqueur idéologique, c'est d'indiquer que c'est un pragmatisme. Et vous vous souvenez le mot de pragmatisme ? Vous avez raison de faire référence à l'ancien président, Nicolas Sarkozy. Je me souviens encore, il y a plus de 15 ans, mais on parlait d'un pragmatisme politique. Bon, finalement, je crois que c'est ce qui caractérise avant tout Gabriel Attal, contrairement à ses prédécesseurs, ses trois anciens premiers ministres, sous Emmanuel Macron, c'est finalement le combat politique.
Pour moi, c'est véritablement, il s'est éloigné d'une vision très trop, ou très technocratique, de l'action publique. Et donc, hier, dans ses propos, on voit bien qu'il veut être à la fois efficace, il l'a indiqué, mais même Elisabeth Borne. Je crois que ça, c'est d'une certaine manière ce qui lui permettra à Gabriel Attal de conserver la confiance que lui accorde le président de la République, c'est-à-dire, je dis et je fais. Et beaucoup disent, mais c'est un grand communicant.
Je crois qu'il faut être très prudent sur le terme de communication politique concernant Gabriel Attal, je crois qu'il n'est pas étranger à une très bonne communication politique, mais c'est une communication dans l'action. Ce qui le distingue, probablement, d'un certain nombre de responsables politiques.
Ensuite, il y a un deuxième élément dans cette plasticité idéologique, c'est qu'effectivement, c'est à la fois le parcours de Gabriel Attal, venant de la gauche, une gauche, on va dire, très libérale, très progressiste, qui le conduit à essayer d'indiquer qu'on n'est pas dans une orientation d'un libéralisme échevelé dans le cadre de son action, mais qu'il va essayer, et je crois que c'est aussi un enjeu pour la majorité parlementaire, d'essayer un petit peu de rabibocher certains parlementaires, venant dits de l'aile gauche, qui avaient trouvé après la loi immigration un tournant qui était trop dur à leurs yeux.
Martial Foucault, le gouvernement n'est pas encore nommé, mais vous parliez tout à l'heure d'autorité sur certains ministres. Il faut imaginer Gabriel Attal recadrant, peut-être un jour, dans les mois qui viennent ou les semaines qui viennent, un Bruno Le Maire, son aîné. Il faut imaginer aussi Gabriel Attal essayant d'affirmer son autorité vis-à-vis d'une assemblée nationale qui peut être hostile. Là encore, est-ce que le problème de l'autorité va se poser à celui qui voulait rétablir l'autorité dans l'école ?
Je pense qu'il risque d'y avoir une répartition des rôles. C'est-à-dire que, vis-à-vis des membres du futur gouvernement, on peut facilement imaginer qu'Emmanuel Macron sera toujours très présent vis-à-vis de ministres qui souhaiteraient jouer une partition en solo, ou ceux qui, finalement, empêcheraient Gabriel Attal dans son action. Donc, effectivement, pour les ministres que vous venez de citer, on peut facilement imaginer qu'il aura le soutien, pendant combien de temps l'histoire le dira, mais d'Emmanuel Macron pour l'aider à imposer son autorité. Mais, au fond, a-t-il besoin d'Emmanuel Macron pour imposer son autorité ?
Parce que, sinon, il risque de se fragiliser face à ce qu'on décrit souvent comme l'enfer de Matignon. Vis-à-vis de l'Assemblée nationale, là, effectivement, ça, c'est un autre sujet. Parce que, finalement, les contraintes n'ont pas changé. Gabriel Attal sera le chef d'un gouvernement avec une majorité relative. Et donc, je pense que l'exercice du pouvoir au sein de l'Assemblée nationale va très, très vite. Alors, il a quelques mois, parce que, finalement, la saison des 49-3 n'interviendra qu'en septembre 2024. Il n'y a pas, aujourd'hui, de loi qui, à mon sens, devrait justifier l'emploi du 49-3. Mais Gabriel Attal va rentrer dans la même malédiction qu'a subie Elisabeth Borne.
C'est-à-dire cette impossibilité d'avoir une majorité sur le moment parlementaire le plus important, là où tous les parlementaires, c'est un marqueur important, le vote d'un budget. Parce que voter avec le gouvernement, quand on est dans les oppositions, c'est indiquer, finalement, qu'on se détache de son camp idéologique. Donc, il n'échappera pas à l'usage du 49-3. Est-ce que cela va, j'allais dire, étioler, amorcer, en quelque sorte, égratigner sa popularité ? Bon, on a quelques mois pour... Et Gabriel Attal a lui-même quelques mois pour essayer de préparer cette rentrée 2024, rentrée budgétaire.
Martial Foucault, professeur des universités en sciences politiques, directeur du Cévi-Pof. Comment va s'articuler le Gabriel Attal qui va sans doute... qui va gouverner la France et puis celui qui va faire campagne pour les Européennes et va trouver face à lui un autre Benjamin de la vie politique, c'est-à-dire Jordan Bardella du Rassemblement National. Comment cette articulation va-t-elle se faire ? Peut-elle se faire ?
Je crois que la nomination de Gabriel Attal ne peut pas être étrangère à l'échéance des élections européennes de juin prochain. C'est-à-dire que l'adversaire pour Renaissance, c'est effectivement le Rassemblement National dont la tête de liste sera portée par Jordan Bardella. Et là, on a finalement un rajeunissement qui est spectaculaire. Et souvenons-nous, Gabriel Attal n'avait jamais hésité à porter le débat avec Jordan Bardella et au fond, il s'en était plutôt assez bien tiré. Donc, en tant que chef de gouvernement, évidemment, il ne sera pas tête de liste pour Renaissance, mais il aura un rôle à jouer.
C'est lui qui va devoir, j'allais dire, préparer cette campagne, être très présent médiatiquement. Donc, il y a un premier rendez-vous et peut-être on jugera l'action de Gabriel Attal au sortir de ce scrutin européen. Ensuite, je dirais que... Et pardonnez-moi si je fais un petit détour, mais vous savez, dans la religion, tradition à la fois catholique et juive, l'archange Gabriel est un personnage très intéressant parce que son rôle, c'est précisément d'éliminer les anges rebelles qui s'approcheraient trop près de Dieu.
Je trouve que derrière le portrait qu'on a fait jusqu'à présent de Gabriel Attal, très jeune, presque poupon, ce côté très renouvelé, indique aussi qu'il est là, peut-être, pour aujourd'hui être le premier héritier du macronisme. Et donc, ça veut dire qu'il y aura, je pense que la nomination de Gabriel Attal, au fond, est une très mauvaise nouvelle pour Édouard Philippe et sans doute Jordan Bardella par son jeune âge, mais aussi parce qu'il est désormais en quelque sorte témoin du leg du macronisme. Et ça, cela va peser, notamment si on pense à l'échéance présidentielle de 2027.
L'archange Gabriel. Martial Foucault, vous l'aurez dit, vous l'aurez mentionné, cet archange. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Radio Classique, directeur du Cévi-Pof et professeur des universités à Sciences Po. Merci de venir assez régulièrement sur Radio Classique pour nous aider à décrypter cette vie politique française. À suivre, le rappel des titres, la revue de presse d'Hervé Gatégnaud et nos esprits libres aujourd'hui. Ruth Alkrieff de LCI et Maître Sophie Obadia. Radio Classique.