Face à Face : Philippe Martinez - 27/09
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:25OuverteRéponse directe
Vous avez 61 ans et si je ne me trompe pas, l'année prochaine, vous serez à la retraite.
- 0:36OuverteRéponse directe
Vous en êtes où ?
- 0:40OuverteRéponse directe
Comment vous allez faire ?
- 0:47OuverteRéponse directe
Vous allez devoir trouver un autre job alors ?
- 0:57OuverteRéponse directe
Pour aller au bout de votre trimestre de cotisation ?
- 1:08OuverteRéponse directe
Et si vos calculs sont justes, vous devriez pouvoir partir quand vous du coup ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:29Philippe MartinezFait
« On est opposé à l'allongement en de l'âge de départ à la retraite parce qu'on considère que c'est une aberration quand il y a autant de chômeurs dans ce pays. »
- 1:36Philippe MartinezFait
« Garder plus longtemps ceux qui ont du boulot au boulot, ça veut dire empêcher ceux qui n'en ont pas d'en trouver. »
- 2:44Philippe MartinezFait
« Dialogue, concertation, on l'a connu avec d'autres premiers ministres, sur d'autres réformes des retraites. Et à la fin, ça se finit toujours par 49-3. »
- 4:01Philippe MartinezFait
« Un certain nombre de Français, pour ne pas dire un nombre certain, n'ont pas voté pour lui pour que l'âge de la retraite passe à 65 ans. »
- 4:58Philippe MartinezChiffre
« J'ai vu un sondage, vous voyez, où 80% des moins de 35 ans considéraient qu'il fallait soit rester à 62 ans, soit baisser l'âge de la retraite. »
- 6:45Philippe MartinezFait
« Il y a un problème de pouvoir d'achat dans ce pays. »
- 6:53Philippe MartinezChiffre
« Mais depuis le 1er août, il y a 89 % des minimas de branche qui se démarrent en dessous du SMIC. »
- 9:53Philippe MartinezChiffre
« Il y a toujours un écart de salaire de plus de 20%, 25% entre les femmes et les hommes. »
- 9:59Philippe MartinezChiffre
« Rien que de rétablir cette égalité, c'est 6 milliards d'euros qui rentrent dans les caisses de la Sécurité Sociale. »
- 10:03Philippe MartinezFait
« La grande différence, c'est qu'elle, elle veut faire des économies. Enfin, M. Macron veut faire des économies sur le dos des salariés. »
- 11:11Philippe MartinezFait
« Il y a quelques entreprises, on parle de super profits, mais moi, je préfère parler de profits qui ont gagné beaucoup, beaucoup d'argent sur le dos des citoyens comme vous et moi. »
- 19:31Philippe MartinezChiffre
« 90 députés du Rassemblement National, ça nous inquiète beaucoup. »
- 20:13Philippe MartinezFait
« Vous vous rendez compte à quoi ça mène ce modèle suédois ? »
- 20:37Philippe MartinezFait
« Ils ont voté la loi pouvoir d'achat des deux mains avec le gouvernement. »
- 20:45Philippe MartinezFait
« La campagne sur il faut augmenter le SMIC, augmenter les salaires, à l'Assemblée nationale, ils n'ont pas parlé de salaire. »
Temps de parole
- Locuteur 167 %
- Locuteur 332 %
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Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe. 8h33 sur RMC et BFM TV, bonjour Philippe Martinez. Bonjour. Vous êtes à la tête de la CGT, secrétaire générale. Vous avez 61 ans et si je ne me trompe pas, l'année prochaine, vous serez à la retraite.
Alors vous savez que pour partir à la retraite, il y a deux critères qui comptent, l'âge et le nombre de trimestres cotisés.
Vous en êtes où ?
Je ne suis pas encore à ce qu'il faut. Comment vous allez faire ?
Parce que dans 6 mois, vous êtes à la retraite de la CGT, enfin de votre job de secrétaire général de la CGT.
Vous allez devoir trouver un autre job alors ? Vous savez que je suis salarié de chez Renault et donc je propose de rentrer, de retrouver un poste dans mon entreprise.
Pour aller au bout de votre trimestre de cotisation ?
Pour avoir une pension complète comme le vivent de très nombreux salariés dans ce pays. Il y a l'âge légal et puis l'âge où vous pouvez partir avec une pension complète.
Et si vos calculs sont justes, vous devriez pouvoir partir quand vous du coup ?
Je pense dans un an et demi.
Dans un an et demi, donc reprendre légèrement. Évidemment, cette question, elle vise à comprendre un tout petit peu mieux votre position aussi sur les retraites. Enfin, ce n'est pas votre cas individuel uniquement qui vous guide. Vous êtes opposé à cette réforme des retraites, qu'elle passe d'ailleurs par un amendement dans le budget ou qu'elle passe par la loi, vous, quelle que soit la méthode ?
On est opposé à l'allongement en de l'âge de départ à la retraite parce qu'on considère que c'est une aberration quand il y a autant de chômeurs dans ce pays. Garder plus longtemps ceux qui ont du boulot au boulot, ça veut dire empêcher ceux qui n'en ont pas d'en trouver. C'est assez simple comme raisonnement mais je pense que c'est compris par tout le monde.
Alors arrêtons-nous quand même un instant sur la méthode puisque je recevais ici même à ce micro la première ministre hier. On ne peut pas dire qu'elle ait franchement dit clairement si ça allait passer par voie d'amendement dans le budget ou si ça serait par une loi. Mais en tout cas, elle a promis qu'il y aurait du dialogue. Écoutez.
Moi, je souhaite qu'il y ait du dialogue, de la concertation avec les partenaires sociaux, avec les groupes parlementaires à l'Assemblée. Et on est en train de chercher la meilleure voie pour à la fois mettre en oeuvre cette réforme rapidement, à l'été 2023. En même temps, trouver une place pour du dialogue et de la concertation.
Vous êtes les partenaires sociaux, vous avez été consulté ?
Non, on a eu une réunion avec le ministre du Travail qui nous a expliqué ce qu'on connaissait déjà, c'est-à-dire le rapport du Conseil d'orientation des retraites. Mais c'est un, j'allais dire, c'est un refrain qu'on connaît depuis un petit moment. Dialogue, concertation, on l'a connu avec d'autres premiers ministres, sur d'autres réformes des retraites. Et à la fin, ça se finit toujours par 49-3. D'ailleurs, elle n'a pas exclu cette possibilité. Donc, il faut qu'on se mette d'accord sur qu'est-ce que c'est que le dialogue, qu'est-ce que c'est que la concertation et qu'est-ce que c'est surtout le fait de prendre en compte ceux avec qui vous parlez. Parce que ça, c'est un problème.
Attendez, d'abord sur le dialogue et la concertation, vous dites en fait, visiblement, on ne doit pas parler le même langage. Vous l'avez vu quand la dernière fois, Elisabeth Borne ?
Ça doit être fin mai.
Fin mai ? Depuis, vous n'avez pas eu de réunion, d'échange ?
Non.
Vous l'auriez souhaité ?
Écoutez, dialogue, concertation, c'est comme ça que ça se passe, ce qu'on fait là.
Alors, vous voyez, vous parlez au téléphone. Vous n'êtes pas non plus parlé au téléphone. Je veux juste que les choses... Vous n'êtes pas parlé, tous les deux, depuis mai dernier. Oui. Donc, quand elle dit dialogue et concertation, vous vous dites non.
Ce n'est pas le cas. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Et après, il faut se mettre d'accord sur la définition de la concertation. C'est-à-dire qu'est-ce que la concertation... On part d'une posture où le président de la République a décidé tout seul qu'il fallait travailler plus longtemps.
Enfin, tout seul. Il a été élu quand même. Il l'avait dit avant d'être élu et il a été élu.
Bon, il a été élu, il a été élu.
Après, on peut contester la manière dont il a été élu face à Marine Le Pen.
C'est la façon dont il a été élu. Qui a voté pour lui ? Un certain nombre de Français, pour ne pas dire un nombre certain, n'ont pas voté pour lui pour que l'âge de la retraite passe à 65 ans. Vous êtes d'accord avec moi ?
Ce que vous voulez dire, c'est que les gens ont voté pour lui parce qu'ils ne pouvaient pas voter pour Marine Le Pen.
Exactement. C'est plutôt un vote contre qu'un vote pour...
Enfin, à la fin des fins, c'est la démocratie.
Mais je ne conteste pas la démocratie. Mais considérer que parce qu'il a été élu, tout le monde est d'accord pour reculer à l'âge de la retraite...
Ce qui est son argument. Il dit, voilà, j'ai été élu en disant que j'allais changer les retraites, je le fais.
J'allais dire qu'il a déjà fait le coup la dernière fois. Et donc, je pense qu'il faut que le président de la République fasse preuve d'un peu plus d'humilité. Vous voyez, ce n'est pas un défaut d'être humble, c'est d'écouter. Et il le dit, j'ai changé, j'ai écouté, il le dit tous les six mois à peu près. Ben si, il a changé, il écoute. Et il voit bien que sur cette question-là, les Français, très majoritairement, ne sont pas d'accord. J'ai vu un sondage, vous voyez, où 80% des moins de 35 ans considéraient qu'il fallait soit rester à 62 ans, soit baisser l'âge de la retraite.
Ce que je voulais dire, c'est que même le rapport, arrêtons-nous un instant là-dessus, parce que le rapport au travail, en ce moment, est mouvant. C'est-à-dire qu'on le sent bien, on a parlé de la grande démission, alors là, ça se passe aux Etats-Unis. Mais même en France, les gens ont un rapport au travail qui est désormais différent, notamment avec aussi la baisse du chômage. Le salarié demande plus de garanties sur son rythme de vie, sur le fait de ne pas travailler trop. Est-ce que, du coup, dans ce contexte, vous vous dites, en fait, on a un rapport au travail où déjà on veut travailler moins aujourd'hui, donc on ne va pas en plus travailler plus longtemps ?
Ça fait très longtemps que le rapport au travail a changé. Pas à cause du travail, c'est de la façon dont on vous oblige à faire votre travail. Moi, je croise beaucoup, beaucoup de salariés qui disent, je ne sais plus pourquoi je bosse, on m'empêche de bien faire mon travail. Ça fait très longtemps que nous avons posé la question. D'ailleurs, M. Macron, il est encore ministre de l'économie. Donc, ce rapport au travail, c'est plus la liberté de bien faire son travail, c'est le débat entre le travail prescrit et le travail réel. Donc, il faut prendre ça en compte. Et puis, évidemment, la Covid a modifié un certain nombre de choses.
Et puis, on voit bien l'attractivité des métiers, le problème de salaire, je pense qu'on va en parler, le problème des conditions de travail. C'est tout ça qui, aujourd'hui, fait que le rapport au travail, tout le monde veut travailler, mais on veut bien travailler, bien faire son travail. Et ça, ça n'est plus possible dans un certain nombre de métiers.
Alors, précisément, sur la question des retraites et des salaires, vous mettez les deux dans le même sac, puisque vous appelez à la mobilisation jeudi, en disant qu'il faut augmenter justement les salaires plutôt que d'augmenter la durée du travail.
Oui, parce qu'il faut augmenter les salaires, parce que personne ne peut le nier. Il y a un problème de pouvoir d'achat dans ce pays.
Mais ils sont augmentés. Pour un certain nombre, on avait parlé notamment de l'hôtellerie-restauration. Ils ont augmenté de 16 à 17 %.
Mais depuis le 1er août, il y a 89 % des minimas de branche qui se démarrent en dessous du SMIC. Ça, c'est la réalité. Même avec des augmentations...
Enfin, c'est pour une bonne nouvelle, c'est parce que le SMIC a augmenté.
Oui, mais si le SMIC augmente et que les minimas de branche, parce que c'est ça la référence, n'augmente pas, ça ne change rien pour votre fête.
Vous devriez déjà vous satisfaire du fait qu'il y a au moins un des deux. C'est-à-dire que tout aurait dû augmenter, ça j'ai bien compris.
Non, parce que vous comprenez, je vais essayer de mieux vous expliquer.
Alors, allez-y. Merci de bien me faire comprendre que je n'ai rien compris.
C'est peut-être la minute de formation d'Apolline de Malherbe. Allez-y. Le SMIC augmente. Mais après, il faut négocier dans les branches pour que les minimas de branche arrivent au niveau du SMIC. Je crois que j'avais compris. Donc, pour beaucoup de salariés, même quand le SMIC augmente, ça ne change rien sur leur feuille de paye au niveau du salaire de base. C'est tout.
Du salaire de base. Ça ne veut pas dire qu'ils sont payés au moins que le SMIC à la fin du mois.
Parce qu'on a des primes. Parce qu'il y a des primes pour compenser. Mais il faut se mettre d'accord, le SMIC, ce n'est pas le salaire de base plus des primes, X primes. C'est le paiement de votre qualification. Point.
Pour autant, Philippe Martinez, si vous dites, ok, nous, on ne veut pas cette réforme des retraites. Vous faites quoi ? Vous laissez tout en l'état ? Vous dites qu'il n'y a pas d'urgence ? On n'a rien à faire ?
On peut reprendre des discussions qu'on avait du temps de M. Delevoye. Vous vous en rappelez ? Il y a eu déjà six mois de discussions. Nous, on pense qu'il faut faire évoluer le système actuel. Et le système actuel, il est pénalisant pour les gens.
Vous n'êtes pas pour le statu quo sur les retraites ?
Non, on n'a jamais dit ça. Mais pas rallonger l'âge de la retraite. Donc, il faut prendre en compte les jeunes qui font de plus en plus d'études. Quand on démarre la vie active à 23-24 ans, on en a parlé tout à l'heure en commençant, forcément, si on rajoute 42 ans de cotisation, vous voyez qu'on est très loin, même des 65 ans. Donc, les femmes qui ont des carrières hachées, beaucoup de temps partiel imposé, comment on fait pour prendre ça en compte ? Donc, nous, on a fourni quelques pistes. Par exemple, un travailleur sur deux, une travailleuse, n'est plus en activité au moment de l'âge légal du départ en retraite.
Donc, la question, c'est aussi l'emploi des seniors.
On appelle l'emploi des seniors. Pourquoi les entreprises virent, d'une façon ou d'une autre, les gens au-dessus de 55 ans ?
C'est un des arguments d'Elisabeth Borne. Elle dit hier, si on repousse l'âge de départ à la retraite, alors, les entreprises ne rechigneront pas autant à employer des seniors, à embaucher des seniors, puisqu'ils auront encore quelques années devant eux.
On décalera le problème. Mais on continuera à virer des plus anciens avant l'âge légal. Et on aura toujours le même taux de salariés qui ne seront plus au travail avant l'âge légal.
Donc, c'est ça que vous diriez à Elisabeth Borne, pour le coup, si vous la voyez ?
Vous savez, on l'a dit à Elisabeth Borne, à Emmanuel Macron, à Jean Castex, et à Édouard Philippe, si vous vous rappelez, du premier Premier ministre. Il faut donc traiter cette question. La deuxième chose, c'est l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. C'est une grande cause nationale depuis que M. Macron est élu la première fois. Il y a toujours un écart de salaire de plus de 20%, 25% entre les femmes et les hommes. Rien que de rétablir cette égalité, c'est 6 milliards d'euros qui rentrent dans les caisses de la Sécurité Sociale.
Et c'est les 10 milliards, c'est presque les 10 milliards qu'Elisabeth Borne compte récupérer avec l'allongement de la durée de travail.
La grande différence, c'est qu'elle, elle veut faire des économies. Enfin, M. Macron veut faire des économies sur le dos des salariés. Nous, nous proposons d'augmenter les recettes avec des choses très simples.
Mécaniquement, s'il y a une augmentation des salaires, il y a une augmentation des cotisations et donc il y a plus d'argent qui rentre dans les caisses.
Puisque c'est proportionnel. Donc vous vous dites,
ce qui est gagnant, c'est d'augmenter les salaires.
Augmenter les salaires, employer senior, égalité femmes-hommes, revoir les modalités d'exonération de cotisations sociales de certaines entreprises. Et puis, on pourrait taxer des revenus financiers parce que seul le travail cotise. Et vous savez qu'il y a beaucoup d'argent qui fait l'objet de spéculation. Eh bien, on pourrait taxer aussi à travers des cotisations spécifiques. Tous les flux financiers qui existent dans ce pays sont nombreux.
Vous vous dites, on va chercher l'argent dans les flux financiers, par exemple. Là, par exemple, ils ont décidé de taxer plus les laboratoires pharmaceutiques. Vous dites, bravo.
Il ne faut taxer pas que les laboratoires pharmaceutiques. Il y a quelques entreprises, on parle de super profits, mais moi, je préfère parler de profits qui ont gagné beaucoup, beaucoup d'argent sur le dos des citoyens comme vous et moi. Parce que le gaz, l'électricité, parce que les transports maritimes, il faut les taxer, oui.
Et en même temps, à cela, Total répond, par exemple, si vous me taxez ici, tant pis, j'irai faire mes profits ailleurs.
Mais il est fait déjà ailleurs. Vous savez où vous faites...
Mais donc, ce que je veux dire, c'est qu'en fait, vous êtes dans la pure incantation. Mais non, ce n'est pas une incantation. Vous constatez qu'en fait, de toute façon, il n'y a pas de profit en France à taxer chez Total.
Total est une entreprise française. D'ailleurs, parce que la riz tourne sur la pompe, c'est marginal. Total fait 50% de ses profits dans l'extraction du pétrole. Et il les vend au prix qu'il veut aux distributeurs, comme la grande distribution en France. Donc, il faut taxer les profits dans leur globalité.
Vous faites cet appel à la mobilisation. Une journée de grève et de manifestation jeudi. Mais ni FO, ni la CFDT ne viennent avec vous.
Oui, oui. Et je le regrette, parce qu'on est tous d'accord pour dire qu'il y a un problème de salaire dans ce pays. Et il faudrait qu'on se mobilise tous ensemble. Après, dans les entreprises, je constate qu'un certain nombre de syndicats FO, CFDT, je pense à la SNCF, par exemple, appellent à la mobilisation. Et c'est bien qu'on puisse élargir. Si on veut gagner, il faut que tous les syndicats soient ensemble. La plus grosse difficulté dans ce pays, c'est les syndicats qui n'arrivent pas à se mettre d'accord.
Au fond, finalement, le gouvernement va peut-être être votre meilleur allié. parce que s'ils font passer la réforme des retraites dans le budget, il y a des chances que la CFDT descende dans la rue avec vous.
On peut voir ça comme ça. Nous, ce qu'on veut, c'est non seulement empêcher cette réforme, mais obtenir des choses, obtenir des augmentations de salaire, obtenir une réforme juste des retraites pour que tous ceux qui vivent avec des minimas sociaux quand ils sont à la retraite puissent bénéficier d'une retraite et d'une pension juste. On veut gagner des choses. Et pour gagner des choses, il faut que tous les syndicats se mettent d'accord.
Vous ne parlez certes pas avec Elisabeth Borne, enfin, elle ne vous parle pas, mais est-ce que vous parlez avec Laurent Berger ? Est-ce que vous parlez avec AFO ?
Bien sûr, on se parle très régulièrement. On fait le point très régulièrement de la situation. C'est bien quand ce que vous appelez les leaders syndicaux se parlent. Ils se parlent. On a des différences, mais je pense qu'il faut dépasser. Si on veut aider ceux qu'on prétend défendre et qu'on doit défendre, il faut qu'on se mette d'accord pour obtenir des choses.
Et Jean-Luc Mélenchon ? Vous voulez parler un peu à Jean-Luc Mélenchon ?
Ça fait très longtemps que je ne l'ai pas vu.
Encore plus longtemps que Elisabeth Borne ? Vous voyez plus souvent Elisabeth Borne que Jean-Luc Mélenchon ?
Je ne dirais pas ça comme ça. Je reprendrai la première partie de votre propos. Ça fait moins longtemps que j'ai vu Elisabeth Borne que Jean-Luc Mélenchon.
Il appelle lui aussi à la mobilisation. Le 16 octobre prochain, mobilisation, je cite, contre la vie chère et l'inaction climatique. Pourquoi vous n'y serez pas ?
Parce que premièrement, il faut réussir la mobilisation du 29. C'est ce qu'on a dit pas qu'à Jean-Luc Mélenchon, à l'ensemble des parties de gauche qui appellent à cette mobilisation. C'est la première chose. Donc, il ne faut pas brûler les étapes. Deuxièmement, il faut que les mots d'ordre soient clairs, les mots d'ordre sociaux. Augmenter les salaires, c'est un mot d'ordre qu'on retrouve dans toutes les mobilisations. Il y a beaucoup de grèves depuis le début de l'année. C'est ces questions-là qui viennent en premier. Et puis, on a dit une manifestation nationale. Vous savez, quand vous habitez dans les Pyrénées-Orientales ou en Ariège, la montée à Paris, ce n'est pas facile.
Nous, on préfère demander l'avis des salaires. Oui, enfin, ce n'est pas ça la raison. Ah bon ? Vous savez mieux. Non, mais enfin,
Philippe Martinez, vous pouvez me dire que c'est à cause du prix du ticket du billet de train et que du coup, vous n'arriverez pas à mobiliser. Enfin, si vous vouliez vraiment mobiliser et si vous aviez voulu faire une journée en commun, vous l'auriez fait. Vous n'avez pas voulu.
Je vous ai expliqué les raisons, pas uniquement le prix du billet.
Un éventail de raisons. Mais parmi ces raisons, il y en a peut-être une que vous avez oubliée. C'est peut-être le regard que Jean-Luc Mélenchon pose sur les syndicats, non ?
Ah mais ça, c'est sa conception à lui du rapport au syndicalisme. Ça fait partie aussi des désaccords, mais ce n'est pas...
Il n'a pas l'air de tellement vouloir plus dialoguer avec vous qu'Elisabeth Borne.
Je n'en sais rien. Vous lui demanderez quand il passera sur votre plateau. On ne peut pas, pour répondre directement à votre question, on ne peut pas considérer que les syndicats ce sont des fers-valoirs ou des croix de transmission pour reprendre un terme qu'on utilisait beaucoup il y a quelques années, des organisations politiques. Il faut qu'on se respecte aussi.
Vous n'avez pas ressenti beaucoup de respect dans la voix de Jean-Luc Mélenchon ?
Il faut qu'on se respecte. Ne faites pas les réponses à ma place.
Je l'ai fait, parce que vous ne la faites pas.
Il faut qu'on se respecte et donc chacun a un rôle spécifique. Il faut des liens, il faut des passerelles entre le mouvement social et le mouvement politique, mais dans le respect des uns et des autres.
Justement, dans ce dialogue politique, il y a aussi un nouvel organe qui est ce Conseil National de la Refondation. Laurent Berger y a été. Vous vous étiez invité, vous n'y avez pas été. Après, vous pouvez dire qu'il ne vous appelle pas, mais là, il vous avait proposé, vous n'y avez pas été.
Il ne m'avait pas appelé pour le préparer, par exemple, puisque vous voulez me taquiner là-dessus. Quand on prépare une réunion au sommet, la moindre des choses, c'est qu'on passe un petit coup de fil, l'Élysée, il y a des conseillers sociaux.
Ils ont appelé Laurent Berger ?
Je ne sais pas s'ils ont appelé
les uns plutôt que les autres.
Je ne sais pas. En tout cas,
vous, ils ne vous ont pas appelé.
Moi, ce que je vous dis, c'est que quand on prépare une réunion qui a fait grand bruit, enfin, qui a fait shit, comme dirait quelqu'un après, mais qui a fait grand bruit, le minimum, c'est de dire, voilà de quoi on va parler. La deuxième chose, c'est pourquoi créer quelque chose de nouveau alors qu'on pourrait faire mieux marcher ce qui existe déjà ? Et dans le courrier que nous avons envoyé à Emmanuel Macron, on a parlé du Conseil économique, social et environnemental, qui est la troisième chambre de ce pays, qui fait des rapports où sont présents des ONG, des associations, des syndicats, qui fait des préconisations et à chaque fois, on met ça à la poubelle.
Voilà un endroit où on pourrait travailler et prendre en compte la vie. Et puis, j'ai cru comprendre que Laurent Berger, je l'ai entendu il y a quelques jours, dire qu'il n'était pas très content parce que...
Lui, il menace de quitter le CNR. Alors, pour le coup, il y aura été pour la première réunion. Mais si, en effet, la réforme des retraites
je ne parle pas que de Laurent Berger, mais c'est assez désagréable d'aller à une réunion et à peine on est sorti de la réunion, d'entendre le président de la République ou la première ministre disent qu'on va faire comme ça et puis ce qu'on a discuté avant, on s'en fout.
Vous seriez plutôt, Philippe Martinez, France du travail ou droit à la paresse ?
Moi, je suis les deux. C'est pour ça qu'on demande la réduction du temps de travail à 32 heures, vous voyez ? On a besoin de travailler dans la ville. Demandez à tous ceux qui n'en ont pas du boulot comment ils aimeraient en avoir. Mais en même temps, il faut travailler moins. Il faut travailler moins. Il faut rééquilibrer le temps de travail et le temps pour les loisirs.
Donc vous n'opposez pas les deux. On a vraiment le sentiment qu'en ce moment, traverse la gauche, ce débat. C'est-à-dire qu'on a, pour résumer, un Fabien Roussel du Parti communiste qui a dit « Moi, en fait, je suis contre le chômage et contre les cotisations de chômage. » C'est-à-dire qu'au fond, je souhaiterais que tout le monde ait du travail et que donc, on n'ait même plus cette France des cotisations, comme il a dit. Et à l'inverse, la réponse d'une Sandrine Rousseau, par exemple, c'est de dire « Mais en fait, le travail est une valeur de droite et je suis plutôt du côté du droit à la paresse. »
Donc vous me posez la question, moi je ne suis pas...
Est-ce que vous êtes Roussel ou Rousseau ?
Je ne suis pas coordinateur de la NUPES. Je suis secrétaire général de la CGT. Je vous dis que le travail, c'est essentiel dans la vie. Demandez à tous ceux qui n'en ont pas. D'ailleurs, le CESE, j'en parlais tout à l'heure, a fait un rapport sur les conséquences que pose le chômage sur la santé de ceux qui n'ont pas de boulot. Donc le travail, c'est essentiel. C'est du lien social. À la machine à café, on parle du boulot, mais on parle aussi de la dernière pièce de théâtre, du dernier match de foot. Donc le travail,
ce n'est pas une valeur de droite. Pour le coup, vous ne diriez pas ça.
Ce n'est pas une valeur de droite. Le travail, c'est essentiel.
Et c'est une valeur ?
Par contre, oui, bien sûr. Mais il faut redonner du sens au travail. Je vous en ai parlé. Ça, c'est un vrai sujet. Et je regrette que dans ce pays, on ne soit pas capable d'avoir un grand débat, puisque c'est à la mode les grands débats, sur la question du sens du travail. Et en même temps, vous le savez, la CGT propose de moins travailler 32 heures par semaine parce que, comme dirait l'autre, il n'y a pas que le boulot dans la vie.
Est-ce que vous avez regardé comme syndicaliste ce qui se passe en Italie, Philippe Martinez ? Quel est le regard du syndicaliste quand vous regardez la victoire de l'extrême-rate en Italie ?
On le regarde en France, d'abord, parce que 90 députés du Rassemblement National, ça nous inquiète beaucoup. On le regarde en Suède et on le regarde évidemment en Italie comme on l'a regardé en Espagne où l'extrême-droite monte aussi, comme on le regarde. On est très inquiets de la montée de l'extrême-droite en Europe et dans le monde et ça pose la question aux politiques qui ont gouverné. À force de dire on fait tout bien et ne pas écouter, on en parlait, les citoyens, les revendications des salariés, eh bien, on en arrive à des choses comme ça.
Il y a une forme de responsabilité au fond du gouvernement dans la montée des votes d'extrême-droite.
Des gouvernements. Regardez, on a évoqué pendant des années le modèle suédois. Vous vous rendez compte à quoi ça mène ce modèle suédois ? Mais il y a la responsabilité des présidents de la République et des gouvernements successifs qui ne font jamais de mea culpa, qui sont... Je vous ai parlé d'humilité tout à l'heure. Oui, il faut faire preuve d'humilité parce que c'est à cause de politiques libérales, antisociales, que des usurpateurs sociaux, parce qu'on ne peut pas les qualifier d'autre chose. Ils ont voté la loi pouvoir d'achat des deux mains avec le gouvernement.
Les députés RN ?
Les députés RN. Vous voyez, la campagne sur il faut augmenter le SMIC, augmenter les salaires, à l'Assemblée nationale, ils n'ont pas parlé de salaire. Donc, il y a, oui, une responsabilité des gouvernements successifs, de gauche et de droite comme aujourd'hui, qui, dans cette montée de l'extrême droite.
Philippe Martinez à la tête de la CGT qui appelle donc à la mobilisation jeudi. Merci d'avoir répondu à mes questions. Merci à vous. Il est 8h53 sur AMCB FM TV.