La police recrute-t-elle moins bien qu’avant ?
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« 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés d'ici deux ans. »
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« 10 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés sur la durée du quinquennat. »
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« Dans certaines divisions, le taux d’encadrement peut tomber jusqu’à moins de 15 %. »
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Depuis les attentats de 2015, la police a un problème. Avant ça, entre la hausse des départs en retraite et les suppressions de postes, le nombre de policiers avait tendance à baisser. Mais depuis, l’État a décidé de prendre un chemin opposé. 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés d'ici deux ans. 10 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés sur la durée du quinquennat.
Pour parvenir à ces objectifs, la seule solution a été de recruter rapidement et en grand nombre. Ce recrutement massif a imposé de s’adapter. Prenons pour exemple le concours externe des gardiens de la paix, c’est-à-dire le concours destiné au grand public pour accéder à l’échelon de base dans la police.
Ces dernières années, il a été modifié pour être plus rapide et plus efficace. En 2016 et 2018, il a même été organisé deux fois au cours de la même année. Très bien, mais il y a un problème.
Malgré tous les efforts de communication de l’État pour attirer du monde… Devenez gardien de notre paix. … le concours a certes vu un pic de candidatures après les attentats de 2015, mais les chiffres sont en fait très vite retombés. D’après les syndicats, le métier attire de moins en moins en raison de conditions de travail dégradées, mais aussi d’une image de la police devenue de plus en plus négative.
Le problème, c’est que lorsqu’il y a peu de candidats, mais que vous devez absolument recruter, la seule solution est de prendre ceux qui se présentent, quitte à être un peu moins exigeants. En 2010, une année où très peu de postes étaient proposés, mais où les candidats étaient nombreux, moins de 2 % d’entre eux, les meilleurs, étaient admis. Mais ce chiffre, qu’on appelle taux de sélectivité, a explosé depuis.
Huit ans plus tard, alors que l’on recrute beaucoup plus, mais qu’il n’y a pas plus de candidats, le taux de sélectivité a été multiplié par huit. En 2018, plus de 16 % des candidats étaient admis. Selon les syndicats, certains candidats seraient désormais admis malgré un niveau faible.
Alors, tout ça, c’est un premier élément, mais ça ne suffit pas à juger de leurs compétences en tant que policiers. À ce stade, ils n’ont même pas été formés. Le truc, c’est que ces dernières années, les conditions de formation posent question elles aussi.
À partir de 2015, pour avoir rapidement plus de policiers disponibles, la durée du passage en école de police a été réduite. De 12 mois, elle est passée à 10 mois et demi, et même à huit mois à partir de 2020. Ce passage en école est complété d’un second volet, une formation sur le terrain qui, elle, passe de 12 à 16 mois.
Ces changements permettent d’avoir des policiers visibles dans les rues plus rapidement, mais sur le terrain, la formation des policiers n’est pas forcément optimale. Il faut qu’on parle ici de l’Île-de-France. Pourquoi l’Île-de-France ?
Parce qu’une grande partie des gardiens de la paix qui sortent d'écoles y sont affectés et ils y effectuent leur formation de terrain avant d’y être titularisés. En 2009, près de la moitié d’entre eux était affectée en Île-de-France. Et cette proportion s’accroît.
Désormais, cela concerne près des trois quarts de ces jeunes policiers. Cette augmentation s’explique par un mouvement de vases communicants. On l’a vu, de nombreux policiers partent en retraite partout en France.
Or, ceux-ci sont en grande partie remplacés par des policiers qui quittent l’Île-de-France, un terrain réputé difficile et avec des contraintes de la vie quotidienne, comme le coût du logement. Pour assurer la relève, on fait donc appel à des jeunes sortis d'école. Dans un rapport paru en décembre 2019, La Cour des comptes s’inquiète de la situation ainsi créée.
Dans certaines divisions, le taux d’encadrement peut tomber jusqu’à moins de 15 %, c’est-à-dire qu’on y trouve en gros qu’un seul policier gradé pour une dizaine de policiers débutants. Par comparaison, en moyenne, ce taux est trois fois plus élevé à l’échelle nationale. La majorité des jeunes gardiens de la paix démarre donc aujourd’hui dans le métier avec un encadrement faible, alors que ce sont eux qui en ont le plus besoin.
La Cour des comptes avertit donc… Il y a enfin un dernier point à prendre en compte. Ces dernières années, le budget de la police a progressé avec la hausse des effectifs. Mais ce qui a augmenté, c’est surtout l’argent dépensé pour les salaires.
En 2006, cela représentait 86 % du budget total. Aujourd’hui, c’est près de 90 %. Ce qui augmente un peu moins vite, en revanche, ce sont les dépenses de fonctionnement et d’investissement, c’est-à-dire tout ce qui permet d’équiper les policiers, mais aussi de continuer à les former.
Entre 2006 et aujourd’hui, la part de ces dépenses est passée de 13 à 10 %. Le risque est donc qu’en proportion, chaque policier ait finalement moins de moyens pour faire son travail et mettre à jour ses compétences. En 2018, un rapport du Sénat avertissait par exemple que seuls les deux tiers des policiers bénéficient de l’entraînement nécessaire au maniement des armes.
Et cela serait en partie lié au manque d’infrastructures. Toutes ces questions de recrutement et de formation ne sont pas anecdotiques. La police est aujourd’hui fragilisée et fait face à des accusations de violence en banlieue ou lors de mobilisations sociales.
Les témoignages de racisme se sont multipliés. Et au sein même des forces de l’ordre, les représentants syndicaux déplorent un malaise, un nombre élevé de suicides et une défiance vis-à-vis de la hiérarchie. En recrutant massivement avec une formation et des moyens insuffisants, on court aussi le risque de voir ces problématiques resurgir plus fortement.
Emmanuel Macron