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Discours / meetingParti socialiste (sur YouTube)· 10 novembre 2010 11 minAutoproduitFond programmatiqueSolidarités & familleÉducation & rechercheInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Harlem Désir à la convention nationale sur l'égalité réelle

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:41PrésentateurChiffre
    « Ne plus laisser plus de 160 000 enfants sur le bord de la route de l'école. »
  • 6:19PrésentateurFait
    « À l'heure où la Chine, l'Inde, forment des centaines de milliers d'ingénieurs chaque année. »
  • 9:23PrésentateurFait
    « La droite, elle, fait reculer le droit à la contraception. »
  • 9:50PrésentateurFait
    « Leur principal problème, c'est le conflit d'égo entre Fillon et Borloo, entre Copé et Bertrand, c'est le remaniement. »

Temps de parole

  • Présentateur100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:04
Présentateur

Merci Michel. Chers camarades, je voudrais d'abord remercier Benoît. Le sujet qui nous réunit, l'égalité réelle, est tellement vaste qu'il est difficile de l'appréhender en quelques minutes. Et si je dois remercier Benoît, c'est bien d'avoir réussi à apporter en quelques dizaines de pages une réponse socialiste qui est inventive, solide, novatrice aux questions que posent les inégalités et leur accroissement dans notre pays. Ces inégalités qui, aujourd'hui, rongent notre société.

C'est un très beau résultat et c'est surtout le résultat d'une méthode que nous avons voulu imprimer au travail du Parti Socialiste ces derniers mois, avec les premières conventions et avec les premiers forums des idées. Martine et Michel faisaient référence tout à l'heure à celui qui s'est tenu avec beaucoup de succès et de richesse encore ce week-end à Lille, sur la ville du XXIe siècle. Cette méthode, elle est fidèle à notre histoire. C'est le débat, le débat sans exclusives et sans tabou parmi les socialistes. Nous ne sommes pas l'UMP, nous ne sommes pas un parti godillot. Nous aimons la confrontation des idées car nous aimons la démocratie vivante et non la démocratie à l'étouffée.

Et tant mieux. C'est ainsi qu'a travaillé Benoît avec tous ceux qui l'ont voulu. Et je veux également remercier à mon tour les rapporteurs des ateliers, les membres du comité de pilotage, tous ceux qui, pendant des mois avec lui, ont travaillé à construire cette proposition. Et il faut continuer à inviter chacun à le faire et à s'inscrire dans une logique collective, à prendre sa part au débat, parce qu'il n'y aura pas de victoire pour la gauche hors de cela. Benoît disait être ceux qui ouvrons les débats et qui portons les projets. Débattre et élaborer un projet pour les Français. Je crois qu'après le mouvement social que vient de vivre notre pays, les Français attendent une alternative.

Nous le sentons tous, nous l'avons entendu de leur interpellation, y compris dans les derniers cortèges auxquels nous étions présents après même le vote du Parlement. Alors il faut appeler les socialistes à ne se consacrer qu'à une chose, le préparer ensemble. Ce projet, la préparer ensemble, cette alternative. Et mettre au cœur de cette alternative la République retrouvée et donc l'ambition de l'égalité. Aujourd'hui, ce travail, commencé avec les premières conventions, avec les forums, avec cette étape que nous franchissons, va se poursuivre.

Et je crois que rien ne le remettra en cause parce que c'est le souhait des socialistes, des militants, des élus, de tous ceux qui y participent dans les fédérations. Aujourd'hui, je voudrais le dire, camarades, la mission de la gauche, ce que la France attend de la gauche, le destin de la gauche, dépasse nos destins individuels. Aujourd'hui, notre mission, c'est de consolider le projet commun qui se construit pierre par pierre. Et qui, évidemment, doit être clairement de gauche au moment où les Français disent, à ce point, leur rejet complet de la politique qui est menée par la droite et leur attente d'un profond changement dans notre pays.

Clairement de gauche, clairement hiérarchisé, Benoît vient de le dire, clairement efficace, voilà ce que sera le projet que nous proposerons aux Français. Mais je voudrais dire aussi que je crois que nous sommes loin, en réalité, de querelles dépassées entre nous, entre gauche gestionnaire et gauche de transformation sociale. Nous sommes dans les collectivités aujourd'hui, comme nous serons demain au gouvernement, parce que nous l'avons montré quand nous y étions, des gestionnaires responsables qui n'ont aucune leçon à recevoir de la droite.

Et il serait étrange que l'on semble s'en donner à nous-mêmes, et que l'on semble par là-même donner un argument à cette droite qui ne cesse de plomber le budget de la nation et de creuser les déficits. Alors oui, nous devons toujours avoir cette exigence de responsabilité dans nos propositions. Mais nous sommes et nous devons être une gauche qui redonne de l'espoir, qui dit que le changement est possible et qui dit comment, quand la droite ne sème que le désordre, l'inefficacité et l'injustice.

Et puisque cette droite défile aujourd'hui à Colombay-les-de-deux-églises et que l'on commémore le 40e anniversaire de la mort du général de Gaulle, on pourrait citer et peut-être même faire nôtre cette phrase de lui « L'injustice sociale se fonde sur l'espoir, sur l'exaltation d'un pays, non sur les pantoufles ». Alors, avec tous les socialistes qui participent à nos conventions, car c'est cela la réalité du parti aujourd'hui, de quoi parlons-nous ? Eh bien, nous parlons de la France et des Français, pas du nombril des socialistes.

Et le premier problème de notre pays aujourd'hui, ce sont effectivement ces inégalités qui minent le pacte social, qui minent la confiance des Français dans la République. Oui, en 2012, la victoire de la gauche devra être un nouveau rendez-vous de la France avec l'égalité, avec le progrès social, c'est-à-dire avec la République. La République n'est pas compatible avec l'accroissement des inégalités et d'abord avec la reproduction des inégalités de naissance, celles qui sont les plus insupportables. Ces inégalités, le texte le dit très bien, qui stigmatisent dès le début de la vie, qui condamnent certains enfants à la ségrégation scolaire et urbaine. Nous refusons cette fatalité.

Nous refusons la loi de la reproduction sociale, celle du déclassement, celle du décrochage des enfants des classes populaires. Et nous disons dans ce projet, notamment sur l'éducation, qui est au cœur de nos propositions. Et je veux remercier Bruno pour le travail qu'il a conduit depuis plus d'un an maintenant et qui a alimenté le cœur de cette proposition sur l'égalité. Que nous sommes prêts en matière d'éducation, à l'innovation, avec de nouveaux rythmes, de nouvelles structures éducatives, de nouvelles méthodes de travail demandées, y compris aux enseignants et aux équipes éducatives. Et effectivement aussi une revalorisation de la place des enseignants dans la société.

Mais évidemment, cela veut dire qu'il y faut une priorité et donc des moyens. Benoît a eu raison de le dire. Faisant cela, nous portons un message d'espoir. Ne plus laisser plus de 160 000 enfants sur le bord de la route de l'école. Mais nous portons aussi un message de responsabilité. Les socialistes, en voulant redresser l'école de la République, en voulant redonner de l'autorité aux professeurs, veulent refaire du mérite et du travail des repères dans une société qui va mal. Et c'est aussi là agir à la racine contre la société de violence. Et ça fera partie de nos propositions dans leur ensemble en matière de sécurité. Nous portons aussi par là même un message d'efficacité.

Car l'éducation est encore le meilleur moteur de l'économie pour un pays comme le nôtre. Et investir dans l'éducation, c'est investir dans l'économie, refuser l'échec scolaire, à l'heure où la Chine, l'Inde, forment des centaines de milliers d'ingénieurs chaque année. En 2012, nous ne pourrons pas tout. Nous le savons. Et nous ne promettrons pas ce que nous ne pourrons pas tenir. Mais sur l'éducation, il nous faudra être au rendez-vous. Et nous en ferons effectivement une priorité. Et nous l'assumons pleinement dans ce document sur la reconquête de l'égalité.

Au-delà de l'école, puisqu'il y a évidemment beaucoup d'aspects qui sont traités dans ce texte, il s'agit de proposer la possibilité pour chacun de construire sa vie. Ce qu'a dit Martine tout à l'heure. C'est cela le but ultime de la République émancipatrice. Les jeunes, bien sûr. Avec ce parcours d'autonomie, cette allocation d'autonomie, ce service civique sur lequel nos camarades du MGS ont travaillé. Ils ont eu aussi, avec Lauriane de Niaud, permis d'alimenter les résultats de cette convention. La jeunesse est aujourd'hui le bouc émissaire le plus constant du discours de ce gouvernement. Jeunes de banlieue, jeunes issus de l'immigration, selon l'expression de plus en plus vite de sens.

Jeunes stigmatisés, criminalisés, toujours décrits comme une menace potentielle, comme pendant la mobilisation sur les retraites dont ils ont voulu se mêler. Alors oui, nous mettons au cœur de nos propositions pour la jeunesse, comme d'ailleurs dans notre façon d'aborder la question de l'égalité, l'ambition de l'ascension sociale, mais aussi l'ambition de l'autonomie, de la réalisation de soi-même pour tous les citoyens.

Je crois que c'est un des aspects les plus novateurs, les plus modernes de ce texte, car il répond aux questions d'une société complexe, une société d'individus qui veulent être considérés comme tels, qui veulent des réponses adaptées à chacun, mais qui veulent dans le même temps des garanties collectives, recréer du collectif, refaire société, mieux prendre en compte les individus et en même temps recréer ces garanties collectives, c'est bien le cœur de nos propositions.

Ça a été d'ailleurs un des aspects de notre proposition sur les retraites, mais c'est au cœur aujourd'hui de notre approche des services publics à moderniser, de l'école, de la question de la formation tout au long de la vue. Aider les individus, recréer de la mixité sociale, c'est aussi le cœur de notre proposition en matière de ville, en matière de logement, tel que nous les avons travaillé ce week-end avec Marianne Louis, Nathalie Perrin et tous les maires qui participaient à ce forum.

Refaire société, rebâtir la République du respect, c'est évidemment au cœur des propositions que Pascal Boitard et Najat Vallaud-Belkacem ont apportées sur les discriminations, dont sont encore victimes des millions de Français. celles et ceux qui sont issus de l'immigration. Et il faut combattre ce nouveau climat xénophobe en Europe, symbolisé par Thilo Sarrazin, par les campagnes contre les Roms. Mais il faut surtout montrer que la République sera à la hauteur de sa promesse d'égalité, en faisant en sorte que soient réellement éradiquées, dans la pratique, les discriminations. Ça serait peut-être cela, la République exemplaire.

Et d'ailleurs, la première des discriminations, celle qui touche le plus grand nombre dans notre pays, c'est la discrimination qui aujourd'hui frappe les femmes. Ce sont ces inégalités hommes-femmes qui persistent, dans le monde du travail, dans la promotion professionnelle, parfois aussi encore dans la vie privée. Et cela doit être identitaire du Parti Socialiste, au moment où la droite, elle, fait reculer le droit à la contraception.

Alors, chers camarades, face à la colère, face à la désespérance aussi, et à la profonde crise de confiance qui grandissent dans notre pays, la droite et Nicolas Sarkozy sont incapables aujourd'hui de fixer un cap, de proposer la justice et l'équité, et de rassurer les Français. Les Français sont lucides. Ils comprennent bien que pour cette majorité, pour ce gouvernement, la priorité n'est plus de prendre à bras le corps le chômage qui explose, les salaires qui stagnent, les retraites de misère ou le mal-logement. Non, leur principal problème, c'est le conflit d'égo entre Fillon et Borloo, entre Copé et Bertrand, c'est le remaniement.

Eh bien, face à cette droite qui divise notre pays, qui désigne sans cesse de nouveaux boucs émissaires, au moment où la France a plus que jamais besoin de rassemblements pour affronter la crise. La gauche doit refuser l'empire de la peur et de la défiance généralisée, car ce sont elles qui sapent les fondements même de la solidarité. Elle doit donc proposer de tourner la page du sarcosisme par l'alternance la plus ambitieuse, celle d'un nouveau pacte d'avenir pour la France, avec sa part de courage, Benoît a eu raison de le rappeler, Martine aussi, pour faire face aux défis d'un monde qui change.

Oui, il y a un certain nombre de décisions, il y a un certain nombre d'efforts auxquels il faut appeler, mais aussi avec sa part d'espoir dans la justice, d'espoir dans le progrès, dans l'ascension sociale, parce que c'est là le sens même de la République, parce que c'est là le sens même du combat que doit incarner la gauche pour 2012. Je vous remercie. Merci.