Vœux d'Emmanuel Macron : "C'était presque de l'ordre du stéréotype"
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Europe 1, il est 13h16. Europe 1 Info, c'est jusqu'à 14h avec Rudy Saada. Il est temps d'accueillir nos chroniqueurs de ce jour, Eliott Maman, journaliste, et Thomas Bonnet, journaliste politique à CNews. Bonjour messieurs.
Bonjour messieurs. Bonjour à tous. Bonne année, meilleur vœu. Bonne année. Et bonne année à vous. Effectivement, une année qu'on annonce utile. En tout cas, c'est ce qu'Emmanuel Macron a promis aux Français lors de ses vœux à la Nation, que vous avez suivi sur Europe 1. Une intervention de moins de 10 minutes, sans grandes annonces. Mais dans un ton qui se voulait sobre et apaisé, alors que son Premier ministre Sébastien Lecornu avance millimètre par millimètre sur le budget. Cette année peut-elle être autre chose qu'une année de transition vers 2027 ? Pour en parler, nous sommes avec nos débatteurs, mais également avec Jean-Christopher Roland, constitutionnaliste.
Jean-Christopher Roland, si je peux me permettre. Oui, Jean-Christopher Roland, constitutionnaliste, maître de conférence à l'Université Paris-Nanterre. Pardonnez-moi, bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonne année. Merci d'être avec nous. Alors avant de revenir sur les principaux points de cette allocution, et on va le faire pendant le quart d'heure à venir, je propose d'écouter tout simplement le Président.
Cette année doit donc être et sera une année utile. Je veillerai tout particulièrement à ce que plusieurs grands chantiers puissent aboutir. Nous verrons les premiers pas du service national pour l'engagement de nos jeunes, qui renforcera le lien entre nos armées et la nation. Nous protégerons nos enfants et nos adolescents des réseaux sociaux et des écrans. Nous irons enfin au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité, sujet sur lequel je m'étais engagé devant vous en 2022.
Voilà Emmanuel Macron à Jean-Christopher Roland, une année utile pour la France. Est-ce que c'est un vœu, un vœu tout simplement, ou un cap pour le pays ? Il est un peu en difficulté par rapport aux vœux qu'il avait présentés l'année dernière, où, si vous voulez, constatant que l'Assemblée nationale lui a échappé, il avait promis de s'adresser directement aux Français par la voie d'une série de référendums. L'année 2025 n'a pas vu ces référendums se réaliser. Là, il est dans un exercice un petit peu convenu, parce qu'effectivement, il y a moins de promesses. Les vœux étaient un peu plus tristes, on va dire, cette année.
Ce qui est l'apanage de tous les vœux de fin de mandat, d'autant que lui, il a un handicap supplémentaire par rapport à François Mitterrand ou à Jacques Chirac, c'est que c'est la Constitution qui l'empêche de se représenter. Donc, il y a une sorte, si vous voulez, de fin de règne. Alors, il a promis des lois qui, sans les minorés, sont moins importantes, même si réguler les réseaux sociaux, ça peut paraître important. La fin de vie, c'est très important aussi. Mais on sent effectivement des vœux un peu, alors, je n'allais pas dire crépusculaires, mais enfin, on n'en était pas loin. Mais à sa décharge, c'est un exercice convenu que beaucoup de gens regardent, beaucoup de gens commentent.
Et puis, en plus, depuis une cinquantaine d'années, c'est toujours pour expliquer que l'année a été difficile, mais que l'année suivante le sera un peu moins. Sauf que, chaque année, si vous voulez, l'année est constatée de manière un peu plus difficile. Et donc, ça laisse un petit peu pantois, je dois dire. Jean-Christophe Roland, les oppositions ont parlé de vœux vides. Emmanuel Macron, est-ce qu'il avait d'autre choix que de balayer des constats ? Il en a fait. Et aussi, donc, des sujets plutôt sociétaux et consensuels. Oui, pour deux raisons.
D'abord, parce qu'un, il est atteint par la fin, s'il voulait, de son deuxième quinquennat, même s'il y aura des vœux qui prendront une autre dimension à la fin de l'année 2026, probablement. Mais oui, il ne peut pas, s'il voulait, compte tenu de la tripartition actuelle de l'Assemblée nationale, de la difficulté, même s'il a trouvé une combinaison gouvernementale qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui est quand même relativement crispante. Donc, si vous voulez, voilà, ça oblige, et ça encore, c'est pas le seul président qui passe par cet exercice obligé, à avoir des formules un peu creuses. Il y avait peu de fulgurances cette année. Et donc, oui, alors, il nous demande de ne pas renoncer.
Alors, renoncer à quoi, on ne sait pas très bien. C'est vraiment, voilà, quelque chose qui était presque de l'ordre du stéréotype, en fait. C'est un peu compliqué pour lui. Et d'autant qu'il a dit quelque chose qui était important, c'est qu'il dit à la fin de l'année, va s'ouvrir doucement la campagne électorale pour la présidentielle. En réalité, elle a déjà largement commencé. Donc là, à mon avis, c'est un constat qui est un petit peu optimiste. Elliot Mamane, votre sentiment sur ces voeux que nous avons vécu hier dans ce studio ?
Oui, Emmanuel Macron parle d'année utile également parce qu'il se rend bien compte qu'il y aura une inconsistance assez certaine de l'intégralité des décisions qui pourront émaner du pouvoir présidentiel au cours de l'intégralité de l'année qui s'ouvre. Puisque de toute façon, Emmanuel Macron n'a plus la moindre prise sur le devenir des choses institutionnelles. On voit bien que dès lors qu'il y a un projet de loi qui essaie d'être relancé par la majorité ou du moins par ce qu'il reste de la majorité présidentielle, il y a une difficulté absolue à le faire adopter, quel que soit le sujet. Même s'agissant du budget.
D'ailleurs, si l'on regarde ce qui s'est passé en 2025 et 2026 va s'ouvrir avec très exactement les mêmes configurations parlementaires que 2025, on a commencé l'année en parlant d'un budget que l'on n'est pas parvenu à adopter. On l'a terminé en parlant d'un budget que l'on n'est pas parvenu à adopter. On n'a pas véritablement eu de conversation parlementaire entre temps. Donc de toute évidence, il y a une difficulté extrême à véritablement faire avancer les dossiers politiques. Et par ailleurs, un dernier point, Emmanuel Macron a très rapidement évoqué des élections municipales.
Il se rend bien compte également que ces élections municipales, bien que locales, vont directement donner lieu à des conclusions nationales, que ce soit parce qu'on va lire les résultats de manière nationale ou également parce que l'on va estimer que les éventuels votes, sanctions, les pouvoirs qui seront reconduits ou non à l'échelle locale seront également une manière de donner un avis par rapport à ce qui se passe à l'échelle nationale. Et donc de toute évidence, il voit bien qu'il y a un processus électoral qui va s'enclencher dès ce début d'année et qui ne terminera en effet pas avant la présidentielle prochaine et même les législatives qui suivront.
Et Thomas Bonnet, votre sentiment sur ces voeux ? Écoutez, moi j'ai trouvé l'exercice douloureux. Douloureux, crépusculaire, je reprends l'adjectif en effet, lugubre presque, même dans la forme, c'était très sombre. On est passé du président en marche, optimiste, au président assis et désabusé. Il avait l'air emprunté, je trouve, et fatigué dans ses voeux, comme s'il avait compris et qu'il avait acté le fait que c'était terminé et qu'il n'y aura plus grand-chose à faire d'ici 18 mois. C'est à mon avis pour cette raison-là qu'il ouvre la présidentielle parce qu'il se dit, au moins comme ça, il y a un horizon, on va arrêter de m'embêter, je ne peux de toute façon plus rien faire.
Donc c'est charge aux candidats maintenant d'exposer leur programme et c'est à ce moment-là qu'on tranchera les grandes questions. Et il a également fermé toute spéculation sur une démission. Oui, voilà, pas question de partir avant la dernière seconde de son mandat. Bon, ça c'est normal, mais c'est triste parce qu'il nous dit qu'il sera le garant de l'élection. La fonction présidentielle, même en fin de mandat, elle emmène quand même d'autres responsabilités que d'être un super huissier d'une élection présidentielle. Alors les Français, dans tout ça, Jean-Luc Bougeon, le correspondant européen à Lyon, lui, a tendu son micro à des Français, vous allez le voir, plutôt morose.
Alors oui, c'est vrai, les Français ne débordent pas d'optimisme pour 2026. Selon eux, il faudrait changer beaucoup de choses dans notre pays. Michel attend par exemple que... La France ait enfin un budget, peut-être, qu'on sache où on va et qu'on récupère une certaine vision pour l'avenir. Parce que là, pour l'instant, on est un peu perdus quand même. Claude, lui, espère des progrès en matière de sécurité, la priorité numéro un à ses yeux. Ah oui, il faut faire quelque chose, c'est pas normal. On a l'impression qu'il y a une agressivité dormante, mais qui existe, c'est assez triste.
Quand on voit tout ce qui se passe, c'est désolant parce qu'on est un des plus beaux pays du monde, ça fait mal au cœur quand même, c'est vrai. Un paysage national et international pas très réjouissant. Du coup, si elles existent, les raisons d'espérer ne sont peut-être pas pour tout de suite, estime Paul, 22 ans. Pour l'instant, le motif d'espoir, on va dire, c'est qu'il y ait des élections en 2027, parce que je pense que d'ici là, on n'aura pas grand-chose, qui donnent le pouvoir à quelqu'un. De droite, de gauche, insérieure, au moins qu'il y ait une vision. Karine et son amour Loïs ont choisi, eux, de se tourner vers des espoirs plus individuels.
Pouvoir être propriétaire d'une petite maison et vivre plus sereinement qu'aujourd'hui.
L'amour, la famille, les amis, des valeurs plus que jamais refuges pour les Français en ces temps difficiles. Lyon, Jean-Luc Bougeon, Europe 1.
Intéressant d'écouter les Français comme nous le faisons. D'ailleurs, chaque jour sur Europe 1, Michel parle de budget, de cap. Paul dit, lui, attendre 2027. John-Christopher Roland, les Français, on a l'impression, en les écoutant, qu'ils sont lassés par ce trou d'air politique. Oui, en plus, je ne voudrais pas doucher les espoirs pour l'année utile de 2026, mais compte tenu de la configuration et notamment de la fracturation de l'Assemblée nationale, à part quelques sujets consensuels, il me semble que, par exemple, la fin de vie en est un, il n'y aura pas beaucoup de perspectives qui soient satisfaisantes pour les Français. J'entendais dans le reportage, on parlait de sécurité.
Compte tenu de l'état des forces, ça avait été extrêmement compliqué d'apporter des réponses sur ce terrain-là. D'autant qu'en plus, depuis juin 2024, on a un gouvernement qui est un gouvernement combinatoire. Alors attention, il n'y a pas d'autres combinaisons, elles auraient donné en tout cas à peu près les mêmes difficultés, mais c'est un gouvernement qui n'est pas véritablement un gouvernement d'affaires courantes, mais qui, en réalité, l'est pratiquement, puisque la surface du gouvernement à l'Assemblée nationale s'effrite en plus de jour en jour.
Et donc, c'est compliqué de lancer ou d'impulser des politiques vraiment qui porteraient, si vous voulez, la marque du macronisme ou la marque, peut-être, de ce qui reste du socle commun, notamment en matière de sécurité. Et malheureusement, alors sauf, parce qu'il nous a habitués à des coups de théâtre, Emmanuel Macron, mais sauf renversements incroyables, malheureusement, l'année 2026, sur le plan de la politique intérieure, en tout cas, risque d'être effectivement assez crispante. Mais voilà, il y a quand même des motifs d'espoir et notamment les motifs plus individuels.
Mais sur le plan national, hélas, j'ai bien peur qu'il faille attendre une décision où les Français puissent trancher début 2027. Thomas Bonnet, il n'y a plus qu'à attendre. Attendre ? Tenir, a dit le Président. Oui, tenir. Aujourd'hui, le slogan de la Macronie, c'est « Tenez bon, tenez bon, nous allons tenir ». Franchement, c'est déprimant. Je note quand même que les audiences ont été nettement inférieures à celles de l'an dernier. On a perdu 800 000 téléspectateurs entre les vœux 2024 et les vœux 2025. Et on disait hier, effectivement, que c'était un chiffre qu'il fallait surveiller.
Évidemment, et c'est la preuve que les Français n'attendaient pas grand-chose parce que, je reprends l'argument sur la fin de vie, si j'étais un peu taquin, je dirais qu'à défaut de pouvoir s'occuper de la vie des Français, Emmanuel Macron va s'occuper de leur mort. Alors, pardon, ce n'est pas un horizon que je trouve très réjouissant que ce soit aujourd'hui le seul objectif et la seule perspective que nous dresse le Président de la République, une loi sur l'euthanasie. Je suis désolé, je trouve ça un peu limite. Il y a aussi le retour du service national, il y a la protection des mineurs sur les réseaux sociaux.
Tout ça est assez accessoire, je trouve, par rapport aux vraies attentes des Français qui attendent de leur Président de la République. Et Yotbaman, que dire, effectivement, de cette lassitude qu'on a entendue dans le reportage avec des Français qui, on l'a entendu aussi, ont envie de politique, ont envie d'action et voient une classe politique qui n'arrive pas à avancer d'un millimètre. Oui, c'est vrai qu'il y a un paradoxe. Finalement, les Français restent un peuple assez idéologique, assez engagé, intéressé par les questions politiques. Et pour autant, il y a un désaveu croissant de la classe politique.
Les Français estiment que la classe politique, parfois, privilégie un certain nombre de logiques et d'intérêts d'appareil à de véritables ambitions programmatiques. Et d'ailleurs, quand on voit ce qui s'est passé depuis la dissolution de juin 2024, on peine tout de même à leur donner tort intégralement. Et en effet, il y a deux dimensions qui me semblent intéressantes. C'est d'abord qu'on avait eu un premier sondage qui nous indiquait que seulement 37% des Français, en cette fin décembre, se disaient disposés à regarder les voeux d'Emmanuel Macron.
C'est-à-dire, ce n'était même pas une prédiction d'audience, c'était ceux qui pouvaient se mettre dans une disposition intellectuelle où ils se disaient « Regarder les voeux du Président de la République est intéressant. » Ce qui nous dit quand même quelque chose de l'état du désaveu des figures institutionnelles qui font la politique de ce pays. Et par ailleurs, on en avait d'ailleurs parlé un peu plus tôt dans la semaine sur Europe 1, il y a une étude sur le bien-être des Français qui nous montre que si la plupart des Français estiment que leur vie sociale et individuelle de manière générale est plutôt qualitative, l'avenir de leur pays, lui, ne leur inspire qu'un certain pessimisme.
Et ça aussi, c'est tout de même un échec absolu de la classe politique par rapport à ce qui devrait être sa fonction précisément de donner aux Français un horizon plus ou moins viable. John Christopher Roland, pour conclure rapidement, est-ce qu'Emmanuel Macron, comme le disait Thomas Bonnet, ne sera qu'un super garant ? Alors, je ne suis même pas sûr que le Président finissant son mandat puisse être même le garant en réalité. Parce qu'il y a, si vous voulez, en fin de mandat, les choses commencent à vous échapper de plus en plus.
Maintenant, si je voulais terminer sur une note quand même positive ou plutôt optimiste pour lui, c'est qu'il a quand même parlé de la scène internationale et notamment de la défense européenne. Et si l'immédiateté de la fin de son mandat l'année prochaine laissera sans doute, parce que c'est souvent le cas à constat d'échec de la part de ses contempteurs, en réalité, sur le long terme, peut-être, si cette défense européenne peut voir le jour après 75 ans d'échec, peut-être qu'on aura un regard un peu plus mitigé sur le bilan. Quant à l'élection présidentielle, ça doit être extrêmement crispant. Ça sera le premier président sous la cinquième qui ne pourra pas se représenter.
Je trouve, à mon sens, d'ailleurs constitutionnellement, que c'est une erreur. C'est aux électeurs de choisir qu'ils veulent élire ou pas. Et ça va rendre les choses intéressantes de ce point de vue-là. De là être le garant, c'est une posture. Comment il le sera dans les faits, ça sera plus compliqué. Et l'avenir nous le dira. Merci à John-Christophe Roland, constitutionnaliste et maître de conférences à l'Université Paris-Nanterre, de nous avoir éclairés sur ces voeux présidentiels. Sous-titrage Société Radio-Canada
Emmanuel Macron