Retraites : « Emmanuel Macron veut continuer à dire son mot et cela crée beaucoup de brouillage » déclare le politologue Pascal Perrineau
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Bonjour Pascal Perrineau, vous êtes politologue, professeur des universités à Sciences Po, ancien directeur du Cevipof, bienvenue sur Radio Classique.
- 0:18OuverteRéponse partielle
Je voudrais qu'on s'arrête sur ce point car il y a eu un flou cette semaine entre Sébastien Lecornu qui parlait de suspension de cette réforme, ce sera chose faite aujourd'hui en Conseil des ministres, le président de la République qui parle d'un simple décalage, ça crée de l'incertitude.
- 2:07OuverteRéponse directe
C'est un jeu dangereux auquel jouait Emmanuel Macron ?
- 2:44OuverteRéponse directe
L'Assemblée nationale en commission a rejeté massivement cette nuit la partie recette du budget 2026. Ça intervient à la veille de ce débat dans l'hémicycle qui va démarrer.
- 2:54OuverteRéponse directe
La grande explication finalement, on attendait du compromis et finalement est-ce qu'on va être déçus par ce qui va se passer ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Motion de censure, donc, législative, dans un avenir proche vous pensez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« D'abord le président de la République a voulu dire je ne lâche pas, je ne lâche pas sur mes fondamentaux de réforme, parmi lesquels bien sûr la réforme. »
- 0:54InvitéFait
« Alors qu'en fait il lâche, il lâche et Sébastien Lecornu l'a reconnu, il a lâché quelque chose aux demandes de la gauche »
- 1:04InvitéFait
« en disant en effet que cette réforme des retraites était suspendue et non pas décalée dans le temps »
- 1:11InvitéFait
« puisqu'on remettra cette réforme des retraites sur le métier de la négociation. »
- 1:27InvitéFait
« On s'aperçoit de quelque chose, c'est difficile pour Sébastien Lecornu d'être un premier ministre d'un régime parlementaire dans des institutions qui restent présidentielles »
- 1:34InvitéFait
« où le président se vit comme un super premier ministre, intervient sur tous les dossiers. »
- 1:46InvitéFait
« Emmanuel Macron ne se résout pas à être un président de la République qui s'occupe purement des affaires internationales ou des affaires européennes. »
- 1:53InvitéFait
« Il veut continuer à dire son mot. Et cela crée, oui, beaucoup de brouillage avec son premier ministre. »
- 2:22InvitéFait
« Les Français ont besoin de repères clairs. Ils ont besoin un peu de lisibilité et tout ça rend en particulier l'attitude de la majorité présidentielle complètement illisible, obscure. »
- 3:23InvitéFait
« Ça va être une grande confusion, ça va être le choc des différents projets budgétaires avec des gens qui ne vont pas vouloir faire beaucoup de concessions. »
- 3:45InvitéFait
« Nous sommes rentrés, et c'est la constitution qui le veut, dans un délai de 70 jours. »
- 3:50InvitéFait
« Dans 70 jours on doit avoir un budget, c'est-à-dire le 21 décembre. »
- 4:16InvitéFait
« Mais il faut savoir qu'à ce moment-là, le risque d'une motion de censure est tout à fait possible. »
- 4:24InvitéFait
« Et ce qui était arrivé, souvenons-nous, à Michel Barnier pourrait arriver demain à Sébastien Lecornu. »
- 5:06InvitéChiffre
« tous les sondages d'intention de vote, et ça n'est pas un scoop, montrent que le Rassemblement national est à très haut niveau. »
Temps de parole
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Et bonjour Pascal Perrineau, vous êtes politologue, professeur des universités à Sciences Po, ancien directeur du UCVPOF, bienvenue sur Radio Classique. Guillaume Tabard parlait de nuanciers sémantiques à l'instant pour la réforme des retraites. Je voudrais qu'on s'arrête sur ce point car il y a eu un flou cette semaine entre Sébastien Lecornu qui parlait de justement suspension de cette réforme, ce sera chose faite aujourd'hui en Conseil des ministres, le président de la République qui parle d'un simple décalage, ça crée de l'incertitude, ça crée de la brouille.
En effet ça crée de la brouille, vous savez on disait quand il y a du flou c'est qu'il y a un loup. Et là qu'a voulu faire le président de la République ? D'abord le président de la République a voulu dire je ne lâche pas, je ne lâche pas sur mes fondamentaux de réforme, parmi lesquels bien sûr la réforme. Alors qu'en fait il lâche, il lâche et Sébastien Lecornu l'a reconnu, il a lâché quelque chose aux demandes de la gauche en disant en effet que cette réforme des retraites était suspendue et non pas décalée dans le temps, puisqu'on remettra cette réforme des retraites sur le métier de la négociation.
Deuxièmement on s'aperçoit de quelque chose, c'est difficile pour Sébastien Lecornu d'être un premier ministre d'un régime parlementaire dans des institutions qui restent présidentielles, où le président se vit comme un super premier ministre, intervient sur tous les dossiers. On le voit en dépit de sa perte de puissance, particulièrement sensible dans l'opinion, Emmanuel Macron ne se résout pas à être un président de la République qui s'occupe purement des affaires internationales ou des affaires européennes. Il veut continuer à dire son mot. Et cela crée, oui, beaucoup de brouillage avec son premier ministre. On n'était pas habitué à cela.
Ou alors il faudrait qu'il accepte d'être presque un président de cohabitation et ça n'est vraiment pas dans son tempérament.
C'est un jeu dangereux auquel jouait Emmanuel Macron ?
Oui, c'est un jeu dangereux parce que vraiment le ras-le-bol des Français vis-à-vis de la crise politique est tel que les Français ont besoin de repères clairs. Ils ont besoin un peu de lisibilité et tout ça rend en particulier l'attitude de la majorité présidentielle complètement illisible, obscure. Les gens se disent mais quel est le cap ? Est-ce que le cap est fixé par le président ? Est-ce que le cap c'est la déclaration de politique générale du premier ministre ? Et on n'a vraiment pas besoin en ce moment de cette confusion.
L'Assemblée nationale en commission a rejeté massivement cette nuit la partie recette du budget 2026. Ça intervient à la veille de ce débat dans l'hémicycle qui va démarrer. La grande explication finalement, on attendait du compromis et finalement est-ce qu'on va être déçus par ce qui va se passer ?
On s'aperçoit mais au fond est-ce bien nouveau que vraie établement les représentants du peuple ont un mal fou à rentrer dans une logique de compromis. Les débats en commission des finances l'ont montré et les débats à mon avis au palais Bourbon vont le montrer. Ça va être une grande confusion, ça va être le choc des différents projets budgétaires avec des gens qui ne vont pas vouloir faire beaucoup de concessions. Or le temps est compté puisque nous sommes rentrés depuis le 14 octobre, date à laquelle le projet de loi de finances a été déposé. Nous sommes rentrés, et c'est la constitution qui le veut, dans un délai de 70 jours.
Dans 70 jours on doit avoir un budget, c'est-à-dire le 21 décembre. Donc toutes les palinonies, toutes les circonvolutions doivent être mises de côté. On doit aller au fait, on doit s'efforcer de trouver un budget. Sinon quoi ? Eh bien sinon, voilà, on fera ce qu'on a fait l'année dernière d'ailleurs. Ça sera une loi spéciale qui mettra en œuvre ce budget, où le budget sera mis en œuvre par des ordonnances. Mais il faut savoir qu'à ce moment-là, le risque d'une motion de censure est tout à fait possible. Et ce qui était arrivé, souvenons-nous, à Michel Barnier pourrait arriver demain à Sébastien Lecornu.
Motion de censure, donc, législative, dans un avenir proche vous pensez ?
Donc à ce moment-là, on ne voit pas, si vous voulez, le président de la République se dire « je vais chercher un Lecornu 3 » ou quelqu'un d'autre. Et à ce moment-là, la dissolution sera presque inévitable. Et à ce moment-là, il faudra s'attendre en effet à des législatives anticipées.
Et si justement on voit dans l'avenir, quelle partie tire son épingle du jeu en ce moment ?
Et pourrait le tirer justement pour ces législatives ? De manière claire, tous les sondages d'intention de vote, et ça n'est pas un scoop, montrent que le Rassemblement national est à très haut niveau. On dit depuis de nombreux mois que le Rassemblement national est devenu le parti dominant. Il est devenu le parti dominant dans le cadre de futures législatives, et même dans le cadre d'une future présidentielle, si jamais, par hasard, il y avait une présidentielle anticipée. Et ce qui est important, ce n'est pas simplement le niveau qu'il atteint, c'est-à-dire aux environs de 33-34% des intentions de vote, pour l'instant, dans des législatives.
C'est l'écart qui existe entre sa position de premier et ceux qui pourraient prétendre que ce soit la gauche, la majorité présidentielle, elle erre plus difficilement à la position de deuxième force, puisque le rapport est du simple au double.
On parlait des Républicains à l'instant avec Guillaume Tabard. Est-ce qu'on peut imaginer, Pascal Perrineau, une union des droites, finalement ? Parce qu'elle arrive, cette question, dans les débats ?
Alors, elle est compliquée, comme le laissait entendre tout à l'heure Guillaume Tabard. La stratégie, pour l'instant, de LR est floue. Et il y a des tensions dans le système des Républicains. Tensions entre les chefs, ça, c'est pas nouveau. Au fond, ce parti redécouvre un de ces péchés mignons, la guerre des chefs au travers de l'affrontement entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. Mais aussi la confusion entre des dirigeants, qui ne sont pas chauds du tout pour un accord avec le RN, en se disant, nous n'aurons que les miettes d'un accord avec un parti qui est aussi puissant et aussi dominant.
Et puis, des militants et même des électeurs qui se disent, au fond, si la droite veut exister à terme, pourquoi pas ? Pourquoi pas une alliance avec le RN ? Et le choix, pour l'instant, n'est pas fait. LR hésite parce que ça serait véritablement une rupture par rapport à l'attitude qui a été adoptée, jadis par l'UMP, auparavant par Jacques Chirac et le RPR. Et donc, on le voit bien, les tensions sont portées à leur maximum. Et LR, qui avait une véritable fenêtre d'opportunité il y a encore quelques semaines, LR avait trouvé un chef, LR connaissait une dynamique, on le voyait dans toutes les législatives partielles, LR est rentrée dans une période de confusion et de récession.
On le voit dans les sondages d'opinion en ce qui concerne l'image de ces leaders, de ces chefs. Le verra-t-on dans d'éventuelles législatives anticipées ? Je n'ai pas encore la réponse.
Et la gauche, dans tout ça, de l'autre côté de l'échiquier, ça va laisser des traces aussi également sous ces événements, la suspension de la réforme des retraites, pour commencer par elle ?
Alors, la gauche, qui était en piteux état, sort de la séquence récente, sort avec l'image tout de même d'une victoire. Elle a arraché cette suspension de la réforme des retraites et ça n'est pas, j'allais dire, une mince victoire. Cependant, maintenant, il faut transformer l'essai politiquement. Or, là aussi, les sondages d'opinion montrent que le Parti socialiste, comme LR, n'a pas encore de chef bien établi. Et le premier responsable des socialistes, Olivier Faure, son gros problème, c'est que pour l'instant, dans l'opinion, il n'existe pas véritablement. Il n'a pas l'image d'un présidentiable. Et un parti sous la Ve République doit être dirigé par un présidentiable.
Et Olivier Faure n'a pas encore cette stature. Et puis, qu'est-ce que c'est que la gauche, quand elle rentre, en effet, dans une période de division ? Or, là, ça y est, les socialistes ont fait un pas en dehors de ce qu'on appelait le Front populaire, c'est-à-dire l'union de la gauche revue et visitée. Maintenant, le Parti socialiste a retrouvé, d'une certaine manière, son autonomie. Et LFI va lui poser des problèmes. Et on va le voir très vite dans les grandes villes, avec les prochaines élections municipales, où LFI a décidé de s'attaquer aussi au Parti socialiste.
Pascal Perrineau, vous parlez donc d'une victoire probable du Rassemblement national en cas de législative. Ça veut donc dire un scénario de cohabitation avec Emmanuel Macron ?
Oui, si vous voulez, la cohabitation, ça n'est pas une situation nouvelle. François Mitterrand avait cohabité avec la droite, Jacques Chirac a cohabité avec la gauche. Et au fond, il se peut très bien que le président du haie de droite et de gauche finisse un mandat en cohabitant pendant un an avec la droite extrême en espérant l'user. Mais le problème, c'est qu'est-ce qu'un an de cohabitation entre un président comme Emmanuel Macron et l'ERN permettrait d'user véritablement le Rassemblement national au pouvoir ? Ça n'est pas évident, parce que c'est un délai extrêmement court.
Il y a 2027 en ligne de mire. On a appris hier soir la candidature de Marine Tondelier, la leader écologiste, candidature pour la présidentielle 2027. Elle l'annonce ce matin dans le Nouvel Ops. C'est un symptôme de ce chaos politique. À 18 mois de l'échéance, annoncez sa candidature à la présidentielle.
Oui, en effet, parce qu'on le sait très bien, l'élection présidentielle, ça n'est pas une élection très favorable pour les écologistes. En général, ils font un score qui est un score modeste. Les européennes le réussissent beaucoup mieux. Marine Tondelier se lance dans un combat qui va être extrêmement difficile. Surtout que le climat actuel de l'opinion le montre. Les Français sont plus préoccupés par la fin du mois que la fin du monde. Le discours écologiste ne mord véritablement pas sur l'opinion. Il ne semble pas être adapté aux grands défis de l'heure. Et puis cela montre aussi que, si vous voulez, la gauche qui cherche à se reconstruire va au combat dans le désordre le plus complet.
Il y aura certainement un candidat socialiste ou social-démocrate, avec de multiples guillemets, un candidat écologiste, un candidat communiste, un candidat LFI. Tout cela montre que la gauche reste un miroir brisé.
Merci beaucoup, Pascal Perrineau, d'être venu ce matin à Radio Classique, politologue, professeur des universités à Sciences Po, ancien directeur du Cevipof. Bonne journée à vous et à bientôt. 8h27 sur Radio Classique, dans un instant esprit libre. Avec nous ce matin, l'éditorialiste France, Olivier Gisbert. Ce sera juste après la revue de presse d'Augustin Lefebvre. A tout de suite.