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Bruno Le Maire, bonsoir.
Bonsoir.
Nous vous recevons pour une chaîne internet qui s'appelle Thinkurview. Nous sommes en direct. Est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement ?
Bruno Le Maire, 57 ans. Je suis conseiller spécial de l'entreprise ASML, qui fait des semi-conducteurs aux Pays-Bas, et enseignant à l'université de Lausanne une fois par semaine.
Ça va ou bien ? Pardon ? Ça va ou bien ? Ça ? Ça va ou bien ? C'est très suisse. Bon, c'est pas grave.
Oui, ça va bien, oui.
D'abord, on va commencer cette émission. On va dire bravo de venir en terrain hostile. En terrain où on va probablement te secouer. On va te mettre face à des choses très difficiles. Et je vais être vulgaire. Je demande pardon à ma communauté. T'es quand même sévèrement burné de venir poser ton royal popotin sur ce siège.
Il n'y a pas de terrain hostile en France. Je te réponds très simplement. Je te tutoie. Ce sera plus facile pour aller au fond des sujets et s'exprimer très librement. Il n'y a pas de terrain hostile en France. Donc voilà, on échange. Il y a des gens qui sont contre. Il y a des gens qui sont pour. J'ai regardé un certain nombre d'émissions. J'ai des copains qui m'ont dit là, tu te jettes dans la gueule du loup. C'est une connerie. Je crois qu'il n'y a pas de gueule du loup. Il n'y a pas de terrain hostile. Il y a des copains qui t'ont dit, vas-y quand même. Il y a peu de copains qui m'ont dit, vas-y quand même. Et beaucoup qui m'ont dit, tu te jettes dans la gueule du loup.
D'abord, j'aime bien le risque. Je pense que ça fait partie vraiment fondamentalement de ce qu'est une vie réussie, d'aller vers le risque. Et ensuite, je vois bien qu'il y a tellement d'incompréhension, parfois tellement de colère. La meilleure façon de lever les incompréhensions, de répondre aux colères, ce n'est pas de se cacher chez soi, de se claquemurer. C'est de dire les choses très franchement. On est d'accord, on n'est pas d'accord, mais au moins on aura échangé.
Tu connais notre proverbe qui est signature chez nous. C'est-à-dire, du moment que les gens se parlent, ils ne se foutent pas sur la gueule.
C'est vrai, moi j'ai un autre proverbe qui est inspiré d'un écrivain allemand. Plutôt d'un général allemand qui s'est opposé à Adolf Hitler, qui s'appelait le général Hammerstein. Il disait que la peur n'est pas une vision du monde. Et c'est profondément ce que je crois. Si on a peur, on ne fait pas de politique. Si on a peur, on ne va pas voir les Français. Et la peur ne construit pas une vision du monde.
Alors je tiens à préciser à la communauté que tu es arrivé sans flics, sans bagnole d'escorte, à Pince. Et avec 30 minutes d'avance.
Exactement. Alors 30 minutes d'avance que je travaille en Suisse, donc je suis un maniaque de l'heure. Je pense que la ponctualité est la politesse des rois. Et que c'est très important d'être à l'heure. Très important d'être ponctuel. Et par ailleurs, on est au pouvoir ou on n'y est pas. On n'y est pas à moitié. Le pouvoir, c'est normal d'avoir de la sécurité, d'avoir une voiture. C'est légitime. Et je ne participe pas à cette espèce de facilité qui consiste à dire qu'il faudrait que les présidents, les ministres n'aient pas de sécurité. Ils ont besoin de sécurité.
Mais le jour où vous n'êtes plus ministre, vous n'avez plus besoin de sécurité, vous n'avez plus besoin de chauffeur, vous n'avez plus besoin de voiture. Vous prenez vos pieds, vous prenez votre métro, vous prenez votre voiture personnelle et vous coupez avec le pouvoir. C'est quoi comme voiture ? 208 électrique, qui est une formidable voiture. Elle a un seul défaut, c'est que si tu fais Paris, le Pays Basse, ce qui m'arrive souvent en voiture, tu as peu de chances de le faire sans faire 5 ou 6 arrêts. Parce que sur autoroute, tu as maximum 200 kilomètres d'autonomie. C'est très bien en ville, sur autoroute, ce n'est pas formidable.
On commence la séance de torture, mais on va appeler ça comme ça. Comme tu as été suffisamment courageux pour venir ici, je te propose de choisir le menu. Tu veux qu'on écluse tout de suite les choses difficiles ou qu'on fasse ça après ?
Non, on écluse tout de suite les choses difficiles.
Qu'est-ce que tu as fait comme connerie ?
Je pense que la connerie qui m'est le plus reprochée, c'est de ne pas avoir laissé les comptes publics en ordre. C'est un mélange de connerie. Je prends toute ma part de responsabilité. Ce que je trouve dommage, c'est qu'on n'en est pas profité pour comprendre pourquoi on en est arrivé là en France. Pourquoi on a un niveau de dette qui, depuis 40 ans, a cessé d'exploser. On a tout mis sur le dos du ministre des Finances, c'est très bien. Mais le problème, c'est que depuis que je suis parti, les 1000 milliards d'euros de dette qu'on m'a mis sur le dos, c'est devenu 1300 milliards, quasiment un peu moins, 1280 milliards. Tu peux me faire l'avocat du diable ? Oui, bien sûr.
Tu as été un petit soldat bête et servile. Tu connais la théorie des baïonnettes intelligences ?
Non, j'ai été un bon soldat et je le revendique. C'est mon ADN d'être un bon soldat. Quand on me dit qu'il faut rétablir les comptes publics, qu'il faut qu'on soit sous les 3% de déficit en 2027, ça a été mon combat et je l'ai livré. Ce que je n'ai pas vu venir, effectivement, c'est qu'on a eu un accident en 2023 sur les recettes que je n'ai pas vu venir. Rien ? C'est la TVA, c'est l'impôt sur les sociétés. On s'est retrouvé avec un trou dans la caisse de 40 milliards d'euros. Alors, ce n'est pas moi qui fais les évaluations de recettes, mais c'était moi le chef. Et c'est le chef qui est responsable de ce qui se passe dans son administration. Tu ne sais pas chefier.
Donc, je prends ma responsabilité sur cette erreur qui a été faite par mes services. Comment tu expliques ça ? Alors, ça s'explique par des modèles qui n'étaient pas les bons, des rentrées de TVA qui n'étaient pas les bonnes et qui ont été sans doute un peu distordues par ce qui s'était passé au lendemain du Covid. Mais je pense fondamentalement que le modèle technique n'était pas le bon. D'ailleurs, moi, ma proposition, c'est de dire qu'il ne faut pas qu'il y ait uniquement un modèle administratif. Il faut qu'il y ait aussi des gens du secteur privé qui puissent comparer.
C'est tellement important l'évaluation des recettes pour faire un bon budget, c'est savoir ce qui va rentrer dans les caisses de l'État. Moi, je propose qu'il y ait non seulement l'évaluation du trésor, mais une évaluation comparative qui soit faite par le privé. Donc, ça, c'est la première chose qui s'est passée. Mais la seconde est peut-être plus importante. Quand il y a eu le trou dans la caisse, évidemment, j'ai réagi. J'ai dit qu'il va falloir faire des économies très fortes. Donc, on a engagé des économies début 2024. On a stoppé le bouclier tarifaire sur l'électricité. On a fait 10 milliards d'euros d'économies sur l'État.
Ah, j'ai demandé une loi de finances rectificative et puis j'ai proposé au président de la République un plan de rétablissement des comptes mi-24 qui devait être mis en œuvre à la fin 24 pour le budget 25. Et ce plan nous aurait permis de rester sous les 3% de déficit en 27. À quel prix ? Il a été torpillé par la dissolution. Et ce qui a torpillé le rétablissement des comptes et qui explique que l'accident est devenu une catastrophe, c'est qu'après la dissolution, il n'y avait plus de majorité, il n'y avait plus d'unité politique. C'était un désordre politique complet.
Il n'y a aucune unité possible sur un plan de rétablissement des comptes qui soit sérieux, rigoureux, comme celui que j'avais proposé. Il n'était pas facile, je peux t'en dire un mot si tu veux, de ce plan.
Avant que tu me parles de ton plan, moi j'aimerais te poser la question, nous ici on aime bien la prospective et l'anticipation. On essaye d'avoir des yeux et des oreilles partout, on essaye d'avoir des mains un peu partout, des doigts un peu partout, des sondes un peu partout. On a quelques trophées accrochées à notre veste. Ils ne font pas d'anticipation dans ton ministère, il n'y a pas des prospectivistes. Est-ce que vous êtes assisté avec des vrais géopolitologues, avec des vrais mecs qui font de la guerre économique, pas de la guerre économique de salon ou de salon de télé ?
Est-ce que tu as des vrais têtes brûlées qui t'aident, qui disent là, Bruno, tu es en train de faire une putain de connerie ? Je te donne un exemple. Nous, on a anticipé la guerre avec Popov 1er. On a été les voir avant, on leur a posé des questions en leur disant, me prenez pas pour un con, on a vu que tu bouges sur Swift, que tu bouges avec la rénovation de tes hôpitaux, que ça commence à sentir le roussi, me prends pas pour un débile. Je l'ai dit personnellement à Sergeï Lavrov, les yeux dans les yeux. Je l'ai dit personnellement à leur ministre conseiller. Pourquoi ? Parce qu'on a fait de la prospective, on a été faire du renseignement de terrain, on a été prendre la température.
L'économique, c'est pareil. Le renseignement économique à Bercy, il en est où ?
Je pense qu'on n'est pas du tout à l'aveugle. Je pense qu'on a des éléments qui te permettent, notamment le ministre, au bout d'un certain temps, pas la première année, pas la deuxième année. Mais moi, je plaide pour que les ministres restent très longtemps en poste, parce qu'en réalité, ça leur donne une capacité de prospectie, de compréhension de ce qui va se passer, qui s'acquiert uniquement avec le temps, uniquement avec les contacts que tu peux avoir dans les différents pays, et qui te permettent de voir juste. Lorsqu'on a vu que le Covid commençait à arriver, on a réagi en 24 heures. On peut nous reprocher plein de choses.
Attends, t'as vu que le Covid arrivait à partir de quand ?
On a vu que le Covid arrivait à partir du début 2022, et on a vu surtout l'impact immédiat que ça allait avoir.
Le mail de Jordi, comment il s'appelle, l'ambassadeur, Jordi, comment il s'appelle ?
Je ne sais plus exactement son nom.
Il fait un mail la veille du 31 décembre.
Ce que je veux dire, moi j'étais ministre de l'économie, je ne suis pas ministre de la Santé.
D'accord, mais tu n'as pas compris ma question, ou je me suis mal exprimé ?
Non, vas-y, repose-moi la question.
Tu prends l'exemple du Covid. Nous, on a été en pointe de diamant sur ce sujet, parce que Oubouane, c'est une ville de Técos. Et donc, il y a plein de Técos français là-bas.
Non, mais attends, je ne veux pas qu'il y ait d'incompréhension. Je ne te dis pas que j'ai anticipé la pandémie.
Non, je te parle du fait, est-ce que tu es épaulé par des services qui viennent te voir en disant, fais gaffe mec, parce que ça, ça va te faire un putain de trou dans ton budget.
Non, ça pour le coup, tu n'as pas, justement, c'est pour ça que moi je propose qu'il y ait des aides privées à côté, qu'il y ait de la comparaison entre le public et d'autres organismes qui te permettent de voir juste. Je donne juste l'exemple, la manière dont ça peut se passer sur le Covid, quand on a su qu'il y allait avoir une pandémie, qu'il y ait un impact sur l'économie. Quand ? La première indication vraiment forte, c'est quand on a eu le G20 de Riyad, on s'est réunis, mais pourquoi est-ce que là on a vu juste ? C'est quand ça ? Parce qu'on n'était pas tout seul. C'était quand ? C'était, je crois que c'est février de l'année de la pandémie.
Je vérifie, je ne veux pas te dire de bêtises. Mais à ce moment-là, tu as les ministres américains, les ministres japonais, les ministres saoudiens, les ministres égyptiens qui sont là, ministres des finances, et tous ont la même analyse. Tous te disent, tu as le patron de la Fed, tu as le patron de la BCE, la patronne de la BCE, Christine Lagarde, tout le monde te dit, si vraiment c'est confirmé, l'impact économique va être absolument majeur. Donc il faut que vous réfléchissiez à des mesures qui soient des mesures totalement en dehors du cadre habituel.
Ça nous a permis, au retour du G20 de Riyad, de dire, là les gars, il va falloir qu'on se retrousse les manches, qu'on sorte des cadres habituels. Si effectivement l'économie est à l'arrêt, on ne va pas pouvoir se contenter de demi-mesures. Et honnêtement, on peut nous reprocher beaucoup de choses. Mais je pense que sur la réaction face au Covid, le prêt garanti par l'État, le soutien aux entreprises, l'aide aux salariés, parce qu'on a pris à notre charge 80% des salaires, ça a évité une crise économique et une crise sociale majeure. Là, on a su anticiper, là on a frappé juste, et là, en 24 heures, j'ai décidé ce qu'il fallait pour qu'on évite un drame économique au pays.
Là, tu es en train de me faire un obstacle.
Un obstacle sur quoi ? Sur ton intelligence, tu es en train de dire,
nous, on a anticipé. Non, tu as réagi d'une façon symptomatique.
Non, pas du tout. Ce n'est pas du tout un obstacle, c'est juste une façon de te dire qu'on a réagi de la manière juste, en comprenant que ça allait être très grave. Si, c'est l'anticipation. Parce que le plus simple serait de dire, on fait comme d'hab. Il y a une petite crise économique, il va y avoir un ralentissement de l'économie, donc on met en place des petites mesures de soutien, on accompagne un peu les artisans, mais on ne fait pas plus.
Là, et crois-moi, d'autrefois, on s'est planté, je viens de te le dire sur les comptes publics, mais face à la crise du Covid, qui est quand même la crise la plus grave qu'on ait connue depuis 1929, je pense sincèrement que nous avons pris, avec mes équipes, avec mon directeur de cabinet, Manuel Moulin, avec les équipes qui étaient avec moi à Bercy, parce qu'on avait vu des gens à l'étranger et qu'on n'était pas enfermés sur nos propres certitudes nationales. Là, je me souviendrai de ce week-end où on s'est dit, va falloir qu'on sorte des trucs qu'on n'a jamais sortis dans l'histoire économique française.
Donc on va mettre 300 milliards d'euros de prêts garantis par l'État, on va prendre les salaires à notre charge à hauteur de 80%, on ne le fait jamais en France, on va soutenir les artisans, on va soutenir les commerçants, et on va piloter en direct, depuis le ministère de l'Économie, pour pouvoir sauver l'économie française et sauver les salariés français. On l'a oublié, tout ça a été complètement oublié. Donc c'est pour ça que je veux le rappeler.
Mais je te dis aussi avec la même franchise que sur les recettes, on s'est retrouvée fin 23, moi je peux te raconter exactement la même histoire, mais cette fois-ci de manière négative, j'ai le souvenir des différents directeurs d'administration centrale demandant rendez-vous dans mon bureau et me disant, voilà, M. le maire, M. le ministre, on vous avait dit qu'on allait avoir, M. le ministre, Bruno, ça dépend de la proximité avec le directeur, mais on vous avait dit, on va avoir tant de recettes, finalement ça va être 5 milliards de moins. 5 milliards, c'est quand même un peu emmerdant, c'est pas de la roupie de Sansonnet. Puis revient 15 jours après, en fait c'est pas 5, ça sera plutôt 10.
Attendez les gars, vous déconnez à fond, on va aller jusqu'où dans la glissade ? On a fini à 40.
T'as fait une grève de la faim, t'as décidé de démissionner, qu'est-ce que t'as fait pour prévenir les Français que ça partait en sous-7 ?
Tu peux pas prévenir sur le moment, parce que tu sais pas quelle va être la gravité de la voie d'eau, t'es capitaine du bateau, il y a une voie d'eau, tu sais pas si tu vas perdre...
Est-ce que t'as cru que ça allait pouvoir créer un mouvement de panique ?
Non, mais j'ai cru qu'on pourrait résorber les choses plus rapidement que je ne le pensais, et tu prends la mesure de la voie d'eau trop tard pour que vraiment ta réponse puisse être suffisamment efficace. Je pense que les recettes arrivent à la fin de l'année et donc tes capacités d'action à la fin de l'année elles sont extrêmement réduites. Donc là, je te le dis très sincèrement, on a mal anticipé. Du coup, moi j'en tire des conclusions, je dis pas voilà, c'est bon, on a mal anticipé. Il faut d'autres modèles, il faut d'autres analyses que celles uniquement du Trésor, il faut d'autres capteurs.
Et de la même façon que sur le Covid, on a eu des capteurs étrangers, j'étais en contact tout le temps avec les chefs d'entreprise, les patrons, les artisans, les commerçants, mais aussi le patron de la Fed, la Banque Centrale Américaine, mais aussi Christine Lagarde, mais aussi le ministre des Finances saoudien ou le ministre des Finances chinois. Pour dire, chez toi ça se passe comment ? C'est aussi dur, donc il faut vraiment qu'on mette le paquet. Qu'est-ce qu'il t'a dit le Chinois ? Le Chinois, il disait, c'est compliqué d'avoir des contacts avec eux, c'est toujours compliqué d'avoir des contacts avec eux. C'est pas vrai,
nous on a des contacts avec eux.
Oui, j'ai des contacts, et je vais te dire, il y a une grosse différence entre le ministre des Finances allemand, là tu vois j'ai mon portable, je tape, je dis allô Wolfgang quand c'était Wolfgang Choy bleu, ou allô Olaf quand c'était Olaf Scholz, et je l'ai dans la seconde. Le ministre des Finances américain, tu peux l'avoir, mais il vaut mieux prendre un petit rendez-vous 24 heures avant, parce qu'il est quand même très chargé. Le ministre des Finances chinois, je vais te dire, il faut trois semaines avant avoir demandé un rendez-vous téléphonique pour l'avoir au téléphone, c'est comme ça que ça se passe. Je te raconte la vie.
Parce que c'est très tendu en ce moment que les Chinois sont en France.
Parce que c'est très tendu, parce que c'est... Est-ce que tu as des voix de diplomatie ? Je ne veux pas qu'on perd de fil sur l'histoire...
Ne t'inquiète pas ici, on ne perd pas les fil. T'as une voix parallèle de diplomatie ? Est-ce que t'as un copain
qui connaît le ministre ? J'ai 30 années d'expérience politique. 30 années et j'ai commencé comme diplomate. Donc 30 années, qu'est-ce que ça te donne ? Ça te permet de faire des conneries. Ça te permet de faire des erreurs. Oui, j'en ai fait, bien sûr. C'est quoi la pire ? Il n'y a que les gens qui n'ont jamais exercé le pouvoir qui te disent qu'ils n'ont jamais fait de conneries. Ce qui te fait apprendre, ce qui te donne l'expérience pour comprendre, c'est le pouvoir. Il y a quelques semaines, il y a eu un accord, il me semble, qui a été signé entre les États-Unis et l'Iran. C'était, je crois, juin 2026, il y a quelques semaines.
Tout le monde a dit, c'est super, la paix en Iran, c'est formidable et les prix du pétrole vont baisser. Tu reprendras mon interview aux Parisiens de juin, où je dis, cet accord est une mascarade. Le jour même où il a été signé, j'ai dit, cet accord est une mascarade. Et j'ai dit une deuxième chose, malheureusement, je suis obligé de dire à nos compatriotes, qui, je le sais, sont extrêmement sensibles à ça, les prix du pétrole ne vont pas baisser, comme vous le dit tout le monde, ils vont probablement remonter. On est aujourd'hui le 29 juillet.
L'accord de paix s'est transformé en guerre et le prix du baril, il est redescendu un peu en dessous de 100 dollars, il doit être à 85 dollars le baril, mais il a flambé. Et puis les gens qui sont à la pompe, ils voient bien que le prix de leur litre d'essence, il dépasse aujourd'hui les 2 euros. Pourquoi est-ce que j'ai vu juste ? Pas parce que je suis malin. J'ai vu juste parce que, en Iran, aux Etats-Unis, ailleurs, j'ai construit en 30 années des contacts qui permettent de te dire, dans le fond, en fond de notre gueule, cet accord n'en est pas un et la guerre va reprendre. C'est à ça que ça sert à l'expérience.
Le quai d'Orsay, il en pense quoi ?
Le quai d'Orsay, il faut leur demander. Moi, je viens du quai d'Orsay.
Qu'est-ce que tu penses du quai d'Orsay ?
Je pense que c'est un ministère dans lequel plein de gens absolument formidables. Mais la réalité, c'est que la politique des affaires étrangères sont faites aujourd'hui par le Président de la République. Et d'ailleurs, ce n'est pas une mauvaise chose. Ça fait partie de son domaine réservé. Moi, je suis favorable à ce qu'on définisse le domaine réservé du Président de la République dans la Constitution pour qu'on répartisse mieux les tâches entre le Président de la République et le Premier ministre. Et que le Président de la République soit un vrai Président de la République. Dans la responsabilité première, c'est de rassembler les Français.
Tu es en train de dire que Macron, c'est un faux Président ? Moi, ce que je dis avec beaucoup de simplicité, c'est que depuis plusieurs années, à la faveur du quinquennat, de l'accélération de la vie politique, les Présidents de la République sont devenus des super Premiers Ministres. Ce n'est pas du tout ma conception du chef de l'État. Pour moi, le Président de la République n'a pas à intervenir sur les sujets du quotidien. Il n'a pas à faire les nominations à la Culture ou aux Finances ou dans d'autres ministères à la place des ministres.
La Cour des Comptes ?
La Cour des Comptes, si. Je pense que ça, c'est normal. Je pense qu'il a fait un très bon choix, Camille Montchalin. C'est une fille qui est super, qui est très compétente, qui est jeune. Je pense que ça va donner un gros coup de booster à la Cour des Comptes, qui est vraiment une institution importante, qui, à mon sens, doit être mise à disposition de l'Assemblée nationale pour que l'Assemblée nationale puisse bien surveiller l'exécution de la loi de finances, donc de proposer des amendements de dépenses, que l'Assemblée nationale surveille la bonne exécution de la loi de finances. Donc, Camille Montchalin, je pense que c'est un bon choix.
Et je pense que ça relève du président de la République. En revanche, la nomination du président... Ça fait jaser, quand même. Oui, mais... Pourquoi ça fait jaser ? Je vais te dire. Là aussi, avec beaucoup de simplicité, on est là pour se parler, franchement.
On ne t'a pas fait boire.
Non, vous n'auriez plus. D'ailleurs, je suis un peu déçu. L'eau minérale, juste avant, c'était un peu court. Quand il y a une bonne nomination d'une personne qui est compétente, un poste qui est important, moi, ça me fait plaisir.
Tu as compris pourquoi les Français...
En revanche, là où ça déconne, c'est que le président de la République, aujourd'hui, c'est Macron, c'est ses prédécesseurs, nomme à tous les postes de direction. Donc, quand tu as le président du château de Versailles, par exemple, on va attendre deux mois, trois mois, quatre mois, le choix du président de la République. Mais il y a deux choses. Une, soyez un ministre de la culture. Et dans ce cas-là, il a autorité sur les établissements publics. Moi, je crois à l'autorité. Et l'autorité, c'est une chaîne de commandement. Tout le monde dit autorité, autorité, autorité, tous les matins, le soir, tout le temps, il faut de l'autorité. Mais l'autorité, ce n'est pas un concept.
C'est une pratique. L'autorité, elle ne se décrète pas. Elle s'impose par des procédures et par ce que tu dégages toi-même. Un ministre ne peut pas avoir d'autorité sur son administration s'il ne nomme pas seul, en responsabilité, tous ses directeurs. Ça, c'est un changement radical. Tu divises par deux ou par trois la liste des nominations au Conseil des ministres et tu donnes ça
aux ministres. Quand tes équipes à Bercy, elles se sont plantées de 40 milliards. Tu as fait une réunion, tu as fait sauter des gens, tu en as fait muter à Saint-Pierre-et-Miquelon. Comment ça s'est passé ?
Non, parce qu'après, on est parti dans l'année 2024, les élections européennes, la dissolution, dont tout ça a été complètement bouleversé. Et une fois encore, je prends la responsabilité. C'est moi le chef.
Et tu as assumé comment ? Tu as démissionné ?
Quand il y a eu la dissolution, les élections perdues, qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a eu le premier tour. Je reviens un tout petit peu à la politique. Il a fallu savoir si on votait LFI, RN. Moi, j'ai dit très clairement entre deux mots, je ne choisis pas le moindre. Donc, je n'ai pas appelé à voter LFI pour contrer le Rassemblement National. Je tiens ma position et j'y crois très profondément. Je pense que ce n'est pas... Si tu as Jean-Luc et Marine au deuxième tour... Je vais tout faire, je vais dire dans les mois qui viennent pour qu'il n'y ait pas Jean-Luc et Marine au deuxième tour.
Chacun aussi a envie de croire au Père Noël.
Mais ce ne sera pas le Père Noël. Je pense que c'est possible. Non, je suis persuadé que c'est possible et je pense que ce qui est en jeu dans cette élection... Pourquoi tu es persuadé ? Parce que je crois aux Français. Et je vais dire, si on a perdu les Français, c'est notre faute. Ce n'est pas que le Rassemblement National et la France Insoumise sont bons. C'est que nous, on est mauvais. Et être mauvais, c'est quoi ? Ce n'est pas savoir reconnaître ses erreurs. Non, mais c'est la première chose. Tu as fait des erreurs, tu les reconnais. On a aussi fait des choses bien. J'espère qu'on aura le temps d'en parler.
Je pense qu'on a fait beaucoup de choses très bien, notamment dans le volet économique. Mais on a aussi fait des choses qui n'étaient pas bien. Donc les gens n'étaient pas contents. C'est quoi les choses
que tu as fait pas bien ?
Je te dis... Tu ne penses pas
que tu as ouvert un peu trop ta gueule depuis que tu étais au ministre ? Genre, mon intelligence est un obstacle. Je suis Hermès. Putain, mais... Tu te rappelles de cette vidéo ? Tu arrives... Oui, Jupiter, moi je suis Hermès. Mais tu es passé pour le dernier des ahuris.
Quand tu es ministre, tu parles beaucoup. Oui, tu dis beaucoup de connard. Quand tu parles beaucoup, tu dis forcément des bêtises. Donc tu peux faire le recensement de tout ce que j'ai dit depuis 30 ans. Tu verras forcément des bêtises. Ça fait partie, là aussi, de la vie publique.
Mais tu as laissé des cicatrices dans le cœur des Français. Tu ne te rends pas compte ? Tu as un ministre des Finances qui nous fait des trous de mythe dans tout notre budget qui a ses équipes incapables de calculer une putain de TVA. Eh bien là, tu vois, je ne suis pas d'accord. Oui, j'en ai rien à foutre.
Oui, mais moi, j'en ai quelque chose à foutre.
Laisse-moi terminer ma phrase. Je t'ai terminé ma phrase. Merci. Tu es bien aimable, tu es civilisé. Je vais te répondre sur le fond là-dessus. Tu es magnanime. C'est un truc très important. Ne me provoque pas. Ce n'est pas le moment, Bruno. Je passe une sale journée, il fait trop chaud. Bruno.
Je t'ai dit que tu peux
venir en tongs et en short. Tu as quand même un avantage de paradis sur moi. Tu es plus à l'aise, tu es plus tranquille. Tu crois que je suis à l'aise ? Je te laisse terminer. Merci, tu es absolument adorable. Elle va se payer. Quand tu laisses des cicatrices comme ça avec tes petites phrases, excuse-moi l'expression, mais de merde.
Je te dis, franchement, je n'ai rien à faire. Des cicatrices, pourquoi pas des plaies ouvertes ? Tu dis une connerie, Le français cicatrise vite. Tu as compris. Le français cicatrise vite et le français sait faire la part des choses. Et surtout,
il n'oublie pas.
Non, mais il n'oublie pas, d'accord, mais je pense qu'il n'a pas oublié aussi, tu parles de trous de mythe, la manière dont on les a soutenus, défendus, parce que tu parles de trous dans le budget. Oui. Mais de côté,
tes 250 milliards, je vais être mananime avec toi.
Non, mais je ne vais pas être mananime, je vais te parler des gens parce qu'il n'y a que ça qui compte pour moi. Je ne fais pas de la politique. Pour autre chose, je vais te parler des gens et d'abord, je vais te parler de la France. Le nombre de personnes qui, depuis deux ans, quand je me balade en France, des restaurateurs, des hôteliers, des gens qui s'occupent... Au début, oui. Quand je suis sorti, oui, je me suis fait insulter.
C'était quoi, les noms d'oiseaux ?
Fin 24, c'était, hé, monsieur le maire, les 1000 milliards d'euros de dette, la dette, merci, monsieur le maire, pour la dette. C'est pas agréable, hein ? Donc ça, je l'ai eu, beaucoup, fin 24. Et puis, je pense que ça s'est un peu apaisé. D'abord, il y a beaucoup de gens aussi qui sont revenus après. Je te dis, des hôteliers, des restaurateurs, des gens qui travaillent dans l'événementiel, des artisans, des commerçants, des gens pour lesquels je me suis battu. C'est vraiment des gens pour lesquels je me suis battu. Et qui me disent, franchement, le procès qu'on vous a fait, c'est pas très juste. Parce qu'on était bien contents de vous avoir quand c'était la merde.
j'ai eu des salariés qui m'ont vachement touché. Des gens qui sont venus me voir et qui me disent, mais si vous n'avez pas été là pour prendre mon salaire à la place de l'entreprise qui ne pouvait plus payer, aujourd'hui, je serai au chômage. Et je serai vraiment dans une situation compliquée. Merci. Je vais te dire, un merci comme ça, ça efface tout ce que tu as pu te prendre dans la gueule avant.
Une victoire, c'est 150 000 échecs effacés d'un coup ? Ce n'est pas une victoire.
C'est une question humaine. La politique, c'est humain. Quand on vient te dire, M. le maire, merci pour la dette, ça ne fait pas la question humain.
Tu as notre grand mamamochie solaire, comment il s'appelle déjà, Emmanuel Macron. Quand il dit, venez me chercher, quand il dit, il y a les gens qui ne sont rien, machin, mais toi, t'es ministre, moi j'entends mon président dire ça, je suis ministre, je t'émissionne.
Tout à l'heure, je suis venu pour parler d'abord des gens et parler aussi un peu de moi. Moi, je te dis juste la manière dont je vis la politique. Lorsque t'es dans un resto chez mes beaux-parents dans le GRS à Ligard, il n'y a pas de resto à Ligard, mais juste à côté, à Condon, et qu'à Ligard, il y avait un tout petit resto, c'était un routier, mais il a fermé.
C'est dommage, les routiers sont absolument délicieux. Les routiers,
c'est très bon. Il y a de quoi manger. La route n'était pas assez passante, je pense. Et que t'as le gars qui prend la peine de venir te voir à la fin, qui dit, voyez le resto, il y a encore debout, c'est vous. C'est ça la politique. C'est ça. C'est le gars, il te touche. Il te prend pas le bras, il te touche. Et tu te dis, je n'ai pas perdu mon temps. Parce que c'est vrai que par moments, tu te dis, putain, la dette, là, les gens, ils ont l'air tellement mécontents. Franchement, est-ce que ça en valait la peine ? Et tu comprends que, un, ça a sauvé l'économie, ça a sauvé des emplois, ça a sauvé des gars. Et deux, surtout, les gens commencent à comprendre le poteau rose.
Le poteau rose, c'est quoi ? Sous Bruno Le Maire, elle flambe depuis 40 ans. Et pourquoi elle flambe ? C'est pas le Covid, c'est pas l'inflation, ça c'est un truc qui est résiduel. Elle flambe parce que nous avons un modèle économique foireux dans lequel nous dépensons plus pour les aides sociales, pour les retraites, que ce que nous produisons comme richesse. Donc, depuis 50 ans, la dette publique ne cesse d'exploser. Moi, je te donne un chiffre. On dit 1 000 milliards, enfin 1 000 milliards, oui, 2 200 milliards quand je suis arrivé, 3 200 quand je suis parti. Mais aujourd'hui, on est à combien ? On est à plus de 3 500 milliards d'euros de dette. On s'est pris quasiment 300 de plus.
Pourquoi ? Parce que la dépense sociale, les aides, les allocations, les retraites, ça continue à filer. Et donc, le problème n'est pas un problème de personne. Moi, j'aimerais que ce soit un problème de personne parce qu'en ce cas-là, ça voudrait dire il s'est cassé, le problème est réglé. Je me suis cassé, le problème n'est pas réglé. Et ce qui compte pour moi, c'est que le problème de la dette soit réglé et ne sera pas réglé autrement que si on règle le problème des retraites et on règle le problème du poids des dépenses sociales dans notre pays.
C'est pour ça que j'ai proposé, quitte à être très impopulaire, qu'on arrête avec l'État-providence qui est en train de nous ruiner, de nous ruiner tous, on distribue de l'argent en veux-tu, en voilà, sans voir s'il est efficace pour le remplacer par ce que j'appelle un État-puissance qui va se concentrer sur ses activités mais qui va arrêter de dépenser de l'argent à tout voir.
Tu comprends les répercussions que ça va avoir. Quand tu vas faire le sevrage à l'obol de l'État, les gens vont péter
un câble. Je ne sais pas. Je me demande, je vais te dire, s'ils ne sont pas déjà en train de péter un câble. Le gars qui est au SMIC, qui est à 1 445 euros net, environ, je me trompe peut-être à 2 ou 3 euros près, vous avez votre fact-checking en direct, mais je pense que c'est à peu près ça. Et qui voit que son voisin, qui a deux enfants, qui est au RSA, alors qu'il serait en situation de travailler, va toucher 1250, 1300 euros. Tu penses qu'il ne pète pas un câble ? Tu penses qu'il ne pète pas un câble ? 1477, 1493. Donc il a un peu augmenté, tant mieux. Tu penses qu'il ne pète pas un câble ? Moi, je pense qu'il pète un câble.
Quand les gars voient qu'il y a des abus sur les médicaments, et qu'on n'est pas capable d'avoir un système de soins, de proximité pour les gens qui habitent en ruralité, je vais te donner l'exemple du GER, je vais te donner l'exemple de mon département. Tu ne crois pas qu'il pète un câble ? Quand ceux qui bossent regardent leurs feuilles de paye, qu'ils voient ce qui touche en brut, et tout ce qui part, qui sont en plafé,
sont en plafé, qui sont en plafé, qui sont en plafé.
Bruno Le Maire