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Podcast / conversationRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 14 mai 2024 14 minComplaisantActualité / polémiqueEurope & internationalRetraitesSolidarités & familleInstitutions & élections

Alain Duhamel, journaliste politique et essayiste

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:28OuverteRéponse directe

    Aujourd'hui, la liste Renaissance est dans un état piteux. Qu'est-ce qui est susceptible de remobiliser l'électorat originel d'Emmanuel Macron ?

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Quels sont les enjeux, selon vous, de cette élection européenne ?

  • 3:26OuverteRéponse directe

    Est-ce que, dans d'autres pays que le nôtre, ces élections européennes ne sont plus mobilisatrices des électeurs ?

  • 4:40OuverteRéponse directe

    Il y a un problème de maturité politique chez les Français ?

  • 6:10OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui fait que les jeunes sont tentés par la France insoumise ou le Rassemblement national ?

  • 8:38OuverteRéponse directe

    Avez-vous été surpris par certains des candidats tête de liste de cette élection ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21Invité politiqueFait
    « C'est cette idée d'un débat Macron-Le Pen avant le scrutin du 9 juin. »
  • 2:04PrésentateurFait
    « Oui, à cause, évidemment, notamment de l'Ukraine, mais au-delà de l'Ukraine, à cause de la situation de l'Union européenne face d'un côté aux États-Unis et de l'autre côté à la Chine. »
  • 2:55PrésentateurFait
    « En France, cette campagne européenne est une campagne cantonale. On parle des questions locales. »
  • 3:07PrésentateurFait
    « Les élections européennes, c'est une vengeance contre Emmanuel Macron et notamment contre sa réforme des retraites. »
  • 3:41PrésentateurFait
    « Bon, je prends un exemple le plus facile, la Belgique, où ils votent beaucoup et où ils suivent, évidemment, de très près les élections européennes. »
  • 4:07PrésentateurFait
    « En France, il y a beau avoir eu ces débats à sept, qui, comme tous les débats à sept, sont d'abord inaudibles et ensuite totalement inefficaces. »
  • 4:54PrésentateurFait
    « La France, c'est d'abord un très vieux pays démocratique par rapport aux autres. »
  • 5:17PrésentateurFait
    « Ceux qui se déterminent ne se déterminent pas sur l'Europe, ne se déterminent pas sur les priorités européennes, ne se déterminent pas sur le rôle spécifique que la France peut jouer. »
  • 5:31PrésentateurFait
    « C'est la France, depuis la naissance de l'Europe, qui est régulièrement... Ça devrait être une de nos fiertés. »
  • 6:21PrésentateurFait
    « Alors, je dirais d'abord par la double déception qu'ils ont aussi bien vis-à-vis de la gauche traditionnelle que vis-à-vis du macronisme. »
  • 10:30PrésentateurFait
    « Du point de vue politique, électoral, je pense que c'est pas du tout un choix idiot de la part des Insoumis et de la part de Jean-Luc Mélenchon. »
  • 12:12PrésentateurFait
    « Il y a des gens qui portent la flamme européenne et en particulier tous les pays qui sont limitrophes ou proches de la Russie parce que ceux-là ils sont vraiment européens. »

Temps de parole

  • Présentateur79 %
  • Invité politique21 %

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0:05
Invité politique

Alain Duhamel, je n'ai pas tout de suite donné votre nom, mais tout le monde vous a reconnu. Bonjour. Merci d'être avec nous et d'être venu parler aux auditeurs de Radio Classique. Je commence par une question d'actualité qui est apparue aussi vite à l'une des journaux qu'elle a disparu. C'est cette idée d'un débat Macron-Le Pen avant le scrutin du 9 juin. Avaient-elles un sens ? Est-ce une bonne idée ?

0:28
Présentateur

Alors, aujourd'hui, la liste Renaissance est dans un état piteux. Donc la question est, qu'est-ce qui est susceptible de remobiliser l'électorat originel d'Emmanuel Macron ? Pas tout l'électorat, mais une partie de l'électorat. Il y a le débat déjà qui, lui, est sur pied, daté, etc., et qui aura lieu entre Gabriel Attal et Jordan Bardella. Le 23 juin. Mais, a priori, ça ne suffira pas. Et donc, il y avait cette idée qui est, en fait, rôdée depuis longtemps, dont on ne sait pas si elle va se concrétiser ou pas. Je crois qu'il ne faut pas encore l'écarter. Le problème essentiel est celui de la date, parce qu'il ne reste pas beaucoup de temps. Il reste moins d'un mois.

Et donc, sachant que, justement, le 23, il y a le premier débat, est-ce qu'un deuxième débat aurait sa place ? Maintenant, il faut se rappeler qu'Emmanuel Macron a largement gagné deux fois la présidentielle avec ces débats. Et donc, l'idée selon laquelle, non pas du tout, ça inverserait l'ordre des listes, ça, c'est de la fantasmagorie, mais arriverait à réduire la distance et à transformer une déroute en défaite, c'est peut-être la seule méthode possible, même si, compte tenu du calendrier, ça n'est pas la plus probable.

1:45
Invité politique

Alain Duhamel est l'invité de la matinale de Radio Classique. Ce matin, vous avez suivi des dizaines d'élections, Alain Duhamel, plusieurs élections européennes. Quels sont les enjeux, selon vous, de cette élection-là ? Car chaque contexte est différent, mais le contexte européen, aujourd'hui, donne à cette élection des enjeux particuliers.

2:04
Présentateur

Oui, à cause, évidemment, notamment de l'Ukraine, mais au-delà de l'Ukraine, à cause de la situation de l'Union européenne face d'un côté aux États-Unis et de l'autre côté à la Chine. Sur le plan militaire, c'est la Russie. Sur le plan économique, c'est la Chine et les États-Unis, qui, tous les deux, ont des stratégies intelligentes, mais qui sont des handicaps énormes pour les Européens.

Et, normalement, cette élection serait justement pour savoir quel est le type de réponse qu'il faut apporter, avec quelle résolution, avec la participation de qui, dans chaque pays, qui est vraiment pour, au fond, mener une politique commerciale, beaucoup plus offensive que ce qui était le cas jusqu'à présent. C'était un très bon sujet. Malheureusement, dans le débat français, c'est un sujet qui est totalement laissé de côté. En France, cette campagne européenne est une campagne cantonale. On parle des questions locales.

Et, en fait, ça tourne à « on fait payer à Emmanuel Macron la réforme des retraites et l'ensemble de ce que lui appelle la modernisation de nos systèmes sociaux » et qui, visiblement, ne plaît pas aux Français, ne passe pas. Et, au fond, aujourd'hui, c'est une vengeance. Les élections européennes, c'est une vengeance contre Emmanuel Macron et notamment contre sa réforme des retraites.

3:19
Invité politique

Vous dites, en France, ces élections européennes, vous avez l'habitude de scruter la vie politique de nos voisins. Est-ce que, dans d'autres pays que le nôtre, ces élections européennes ne sont plus mobilisatrices des électeurs ?

3:34
Présentateur

Alors, plus mobilisatrices, il y a d'autres pays, régulièrement, qui, aux élections européennes, votent plus et mieux que nous. Bon, je prends un exemple le plus facile, la Belgique, où ils votent beaucoup et où ils suivent, évidemment, de très près les élections européennes. Il y a surtout des pays au sein desquels, en ce moment, les questions des stratégies de l'Union européenne, des stratégies militaires, des stratégies commerciales, sont vraiment le débat que ça doit être. Bon, c'est largement le cas en Allemagne, par exemple. En France, ben non.

En France, il y a beau avoir eu ces débats à sept, qui, comme tous les débats à sept, sont d'abord inaudibles et ensuite totalement inefficaces, parce que personne n'a le temps de développer la moindre idée. Et donc, du coup, même si, dans les débats à sept, on essaye de parler d'énergie, par exemple, des énergies, ben, il n'en sort rien. Un débat à deux, ça peut être différent.

4:33
Invité politique

La télévision et les médias essaient, essaient d'offrir toutes sortes de dispositifs aux électeurs français. Vous l'avez dit, les enjeux sont énormes. Il y a un problème de maturité politique chez les Français ?

4:46
Présentateur

Non, je ne dirais pas de maturité, parce que la France, c'est d'abord un très vieux pays démocratique par rapport aux autres. Et c'est un pays qui demeure un pays très politique et très politisé. Mais c'est un pays qui, en revanche, est un pays qui est obnubilé par ses rancœurs et par ses divisions. Et dans la phase actuelle, au moment des élections européennes, ceux qui se déterminent ne se déterminent pas sur l'Europe, ne se déterminent pas sur les priorités européennes, ne se déterminent pas sur le rôle spécifique que la France peut jouer. Et que, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, elle continue à jouer, c'est-à-dire un rôle spécifique.

C'est la France, depuis la naissance de l'Europe, qui est régulièrement... Ça devrait être une de nos fiertés. On n'en a pas 150 des fiertés. Mais c'est la lanceuse d'idées permanente. Bon, ça devrait donc... On devrait être le cœur du débat. Bon, on est un peu le cœur du débat à l'échelle européenne, à l'échelle nationale, pas du tout.

5:54
Invité politique

Et pourtant, il y a ce désinvestissement d'un certain nombre d'électeurs, puisque les mesures de la participation ne sont pas rassurantes. Les jeunes ne sont pas motivés, notamment pour aller voter. Ou lorsqu'ils le sont, ils vont voter pour les extrêmes. Là-dessus, je voudrais votre regard. Et votre explication. Qu'est-ce qui fait que les jeunes sont tentés par la France insoumise ou le Rassemblement national ?

6:19
Présentateur

Alors, je dirais d'abord par la double déception qu'ils ont aussi bien vis-à-vis de la gauche traditionnelle que vis-à-vis du macronisme. Bon, c'est la déception. C'est la pire démobilisation pour un premier vote ou des premiers votes. C'est ça, disons, en simplifiant, pour les moins de 35 ans. Bon, aujourd'hui, les moins de 35 ans, effectivement, vous avez raison de le dire, se répartissent très largement entre le Rassemblement national et les Insoumis. Mais leur degré de mobilisation n'en demeure pas moins ce qu'il a toujours été faible.

En réalité, bizarrement, les Français ne se comportent comme des citoyens conscients, conscients, ça ne veut pas dire, je ne suis pas en train de vous dire, de leur voter de tel sens ou tel autre, mais conscients des enjeux qu'à partir de, en gros, 35-40 ans. et avant, ils ont des passions, ils ont des coups de lune, ils ont des brusques mobilisations, ils sont capables d'être très actifs pendant six mois sur tel sujet, mais ça n'est pas du tout de l'engagement régulier.

Et donc, en fait, il y a des minorités qui sont passionnées, ce qui est d'ailleurs tout à fait normal à leur âge, je dirais même tout à fait souhaitable, mais pas du tout d'enregistrement et pas du tout d'entrer dans des partis. J'ai connu une période où il y avait des jeunesses communistes, des jeunesses socialistes, des jeunesses, à l'époque, on disait plutôt RPR, des jeunesses giscardiennes même. Bon, ça, c'est fini. Dans les partis, les jeunesses jouent un rôle totalement marginal et en général caricatural. En revanche, il y a des grandes mobilisations spécifiques.

Disons que l'intégration dans la société se fait plus tard qu'avant, plus difficilement qu'avant et qu'on a une société qui est en train de changer tellement vite qu'au fond, on voit que les jeunes s'adaptent incroyablement, rapidement aux évolutions technologiques et assez lentement aux évolutions sociologiques sauf peut-être en matière sexuelle où apparemment ça change très vite.

8:30
Invité politique

Alain Duhamel, vous observez la vie politique depuis de longues années, ça n'est pas vous faire injure que de le rappeler. Non, au contraire. Avez-vous été surpris, bluffés par certains des candidats tête de liste de cette élection ? Certains vous ont-ils surpris ? Vous vous dites tiens, ça c'est nouveau ou tiens, celui-là je ne m'attendais pas ou celle-là à le voir.

8:56
Présentateur

Écoutez, mon travail c'était d'écouter les fameux débats à sept parce que c'est quand même le bon moyen de les mesurer même si c'est difficilement audible. J'ai trouvé des têtes de liste de niveaux tout à fait honorables qu'il s'agisse des insoumis, qu'il s'agisse des écologistes, qu'il s'agisse des républicains et il y a des gens qui sont de bons niveaux. Simplement, on ne les entend pas. En réalité, pour moi, c'est dégagé de la campagne Raphaël Glucksmann. C'est lui qui, pour moi, a fait la meilleure campagne. C'est lui qui s'est imposé réellement, rapidement, dans une opinion qui, au départ, en dehors des lecteurs de bons livres, ne le connaissait pas. et il est parti à égalité.

Il avait déjà été candidat une fois, mais enfin, il n'avait pas marqué spécialement la première fois. Cette fois-ci, il s'est imposé très vite sur des bons thèmes. Alors, lui, a été porté, évidemment, par ce qui était son grand sujet et un sujet qu'il connaît par cœur et dans lequel il s'est d'ailleurs illustré et qui était tout ce qui touchait à l'Ukraine et tout ce qui touchait aux minorités maltraitées dans de nombreux pays, à commencer par la Chine. mais il s'est imposé dans cette campagne et, au fond, c'est la principale surprise.

10:16
Invité politique

L'autre surprise, c'est Rima Hassan en septième position sur la liste LFI, une candidate clivante mais qui a réveillé cette campagne européenne de la France insoumise qui n'est pas une grande adepte des scrutins européens.

10:29
Présentateur

Non, c'est d'ailleurs... Ça peut paraître paradoxal mais, au fond, du point de vue des Insoumis, alors, du point de vue politique, on pense ce qu'on veut d'elle. Moi, je dirais que je suis assez critique en ce qui concerne ses prises de position mais, du point de vue politique, électoral, je pense que c'est pas du tout un choix idiot de la part des Insoumis et de la part de Jean-Luc Mélenchon parce qu'au fond, lui organise la campagne des Insoumis et quand je dis que lui l'organise, ça veut dire que ce n'est pas Manon Aubry qui l'organise.

C'est l'huile qui l'organise sur un thème qui est celui de l'entretien d'un espèce de progressisme international passionné, partiel, irritant mais efficace qui parle d'ailleurs aux jeunes. Bon, simplement, les jeunes n'iront pas beaucoup voter mais enfin, il leur parle et qui donne de la consistance à toute cette affaire et la composition de sa liste, ça agace, la présence d'une néo-palestinienne, ça agace aussi, ça agace ses adversaires mais ça intéresse, ça intéresse et évidemment pour toute une partie de la population, pour dire les choses comme elles sont pour les musulmans, évidemment, c'est un signal qui est un signal fort. Autrement dit, ça n'est pas du tout une stratégie idiote.

Une dernière question,

11:53
Invité politique

Alain Duhamel, on parlait au Rantenne tout à l'heure d'un dialogue entre Giscard et Helmut Schmidt à la fin des années 70, on aurait pu parler d'Helmut Kohl et de François Mitterrand, y a-t-il encore des gens à la tête des pays de l'Union Européenne qui portent cette flamme européenne ?

12:11
Présentateur

Alors, oui, il y a des gens qui portent la flamme européenne et en particulier tous les pays qui sont limitrophes ou proches de la Russie parce que ceux-là ils sont vraiment européens. D'abord, ils sont les grands bénéficiaires des 20 dernières années. Il faut avoir en tête que depuis que la Pologne est au sein de l'Europe et malgré ce que représentait le gouvernement obscurantiste qui était en place jusqu'à l'année dernière, malgré ça, le niveau de vie de la Pologne a doublé pour les habitants. Alors, je peux vous dire qu'eux, ils sont européens.

et ce qui se passe en Ukraine fait que depuis les États baltes jusqu'à la Roumanie, toute cette partie de l'Europe est franchement européenne parce qu'elles savent et ils ont raison de penser ça que la solution c'est évidemment leur garantie à tout point de vue, c'est la garantie européenne. Dans les autres pays, la succession du Covid qui a quand même beaucoup plus déstabilisé qu'on ne l'imaginait les populations, en particulier la population française d'ailleurs qui emporte lourdement les marques. Et d'autre part de l'Ukraine, ça a quand même mobilisé.

Et pour en terminer, je dirais que le débat européen est plus animé dans les autres pays d'Europe qu'en France et il l'est particulièrement plus on se rapproche de l'Ukraine et de la Russie et plus il est animé.

13:37
Invité politique

Alain Duhamel, merci d'avoir été avec nous et d'être venu parler aux auditeurs de Radio Classique ce matin. Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage, Le Prince Balafré, c'est sorti l'année dernière aux éditions de l'Observatoire. Merci Alain Duhamel. Merci. A suivre le rappel des titres à la revue de presse d'Hervé Gatégno et nos esprits libres aujourd'hui Christophe Barbier et Lucie Robkin. Radio Classique.