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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 22 juin 2025 27 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsJusticeSolidarités & famille

Les politiques ont-ils un problème avec l’exemplarité ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:11OuverteRéponse directe

    Est-ce que la déchéance de la Légion d'honneur de Nicolas Sarkozy vous a semblé normale ou choquante ?

  • 5:38RelanceRéponse directe

    Yves Bertoncini, ceux qui contestent les peines automatiques sont-ils les mêmes qui les appliquent à leurs adversaires ?

  • 9:41OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que l'exemplarité pour les politiques ?

  • 15:10OuverteRéponse directe

    Quelle est la principale cause des démissions des maires ?

  • 18:19OuverteRéponse directe

    Cette étude sur les démissions des maires vous a-t-elle surpris ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:59InvitéChiffre
    « le nombre d'élus mis en cause pour atteinte à la probité a augmenté de moitié depuis 2016 »
  • 1:05InvitéChiffre
    « les peines d'inéligibilité, 171 condamnations en 2016, 9125 en 2022 »
  • 2:28PrésentateurFait
    « La loi est la loi. »
  • 4:48PrésentateurFait
    « jusqu'aux années 90, cette habitude a été prise, justement, d'avoir des contre-pouvoirs qui, au fond, étaient assez peu virulents vis-à-vis du pouvoir politique »
  • 5:49InvitéFait
    « le seul précédent pour un ancien chef de l'État à avoir été déchu de cette Légion d'honneur, c'est le maréchal Pétain »
  • 6:19InvitéFait
    « Les plus virulents adversaires, à juste titre, du principe des peines automatiques, en sont les plus ardents partisans quand ils s'appliquent à leurs adversaires politiques »
  • 10:03InvitéFait
    « quand on parle de peine planchée ou de peine automatique, on parle du traitement judiciaire des délinquants ou des criminels »
  • 17:48InvitéChiffre
    « 2189 démissions depuis 2020, soit plus de 400 par an, 4 fois plus nombreux qu'entre 2008 et 2014 »

Temps de parole

  • Invité25 %
  • Invité 223 %
  • Présentateur22 %
  • Invité 316 %
  • Invité 413 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

France Culture, l'esprit public, Hervé Gardette. Beaucoup d'hommes et de femmes politiques françaises, français, ont fait la politique des minorités. Voilà, moi je veux m'adresser à la majorité. Cette majorité pour moi, c'est précisément la France des honnêtes gens. À qui pensait-il Bruno Retailleau en lançant le 18 juin la nouvelle campagne d'affichage de son parti ? Un appel à rassembler la France des honnêtes gens. Songeait-il à celui dont il fut le lieutenant, François Fillon, condamné cette semaine en appel à 4 ans de prison avec sursis et 5 ans d'inéligibilité dans le fameux Pénélope Guelte, les emplois fictifs de son épouse ?

Avaient-ils plutôt en tête un ancien chef de parti et ancien président, issu de la même famille politique que lui, Nicolas Sarkozy, déchu de sa légion d'honneur dimanche dernier après sa condamnation définitive dans l'affaire des écoutes ? Selon l'ancien président d'Anticor, l'association de lutte contre la corruption, le nombre d'élus mis en cause pour atteinte à la probité a augmenté de moitié depuis 2016. Autre chiffre éloquent, les peines d'inéligibilité, 171 condamnations en 2016, 9125 en 2022. C'est stratosphérique.

Au passage, ça contredit les défenseurs de Marine Le Pen lorsqu'ils estiment que sa condamnation dans l'affaire des assistants parlementaires du RN était une volonté spécifique de la privée de campagne présidentielle. Mais il faut toujours se méfier des statistiques, les replacer dans leur contexte, en l'occurrence celui d'un arsenal législatif plus musclé pour lutter contre la corruption, d'où le plus grand nombre de condamnations. Que disent-elles de l'exemplarité demandée à nos représentants ? Nous en débattons dans la deuxième partie de cette émission, toujours en compagnie d'Anne-Laurene Bujon, d'Yves Bertoncidi, de Natacha Valla et de Jean Garrigue.

Jean Garrigue, dimanche dernier, donc il y a une semaine tout juste, on apprenait que Nicolas Sarkozy, suite à sa condamnation définitive dans l'affaire des écotrois, définitive, il y a un appel à la CEDH, à la Commission européenne des droits, la Cour européenne des droits. Je savais qu'en disant commission, ce n'était pas bon. On a donc, après, en tout cas, qu'il était déchu de sa légion d'honneur, est-ce que ça, c'est quelque chose qui vous a semblé normal ou bien choquant ?

2:17
Présentateur

Ce qui me choque, c'est que ça soit choquant pour certains, comme il a semblé choquant que Marine Le Pen soit condamnée, que Nicolas Sarkozy soit lui aussi condamné en appel. La loi est la loi. La loi répond à un travail qui a été fait par les législateurs et qui est appliqué ensuite par les juges. Et, contrairement à ce qu'on croit, les juges, aujourd'hui, dans leur immense majorité, n'ont pas d'a priori particulier à l'encontre de tel ou tel camp politique.

Alors, on a beaucoup parlé du fameux mur des cons, du syndicat de la magistrature, mais c'est un syndicat qui est minoritaire et qu'une raison de penser que ceux qui ont jugé Nicolas Sarkozy et d'autres ont des présupposés comme ça, qui seraient de nature politique. Même chacun a sa sensibilité politique, en tout cas. Sauf que pour la Légion d'honneur, là, c'est de l'ordre du règlement. Alors, on aurait pu faire une exception pour un ancien chef de l'État. Mais, si on commence, c'est quelque chose de très important, en fait, qui est en jeu aujourd'hui, c'est-à-dire le respect, le respect des normes, le respect de la loi.

Et c'est quelque chose qui est remis en question, y compris par les politiques eux-mêmes, et d'une manière encore plus, je dirais, virulente que par le passé.

Souvenons-nous, malgré tout, que, par exemple, lorsque les juges avaient perquisitionné au siège du Parti Socialiste au moment de l'affaire Urba, on est au début des années 90, on avait considéré ça, les élus socialistes avaient considéré ça comme quelque chose de totalement inapproprié, qu'à chaque fois, finalement, qu'il y a eu comme ça, alors François Fillon parlait d'un complot contre lui, etc., de boîte noire, etc., chaque fois comme ça que les politiques sont pris la main dans le pot de confiture, il y a toujours ce réflexe, et c'est un réflexe qui est extrêmement néfaste au respect de la loi par l'ensemble des citoyens et à l'idée qu'on se fait aujourd'hui de l'efficacité et de l'équité de la justice.

Le fond des choses, c'est que jusqu'aux années 90, justement, il y a eu une forme d'omerta et de blocage de la part des magistrats, de la part de tous les contre-pouvoirs, pour essayer, justement, d'aller vers plus de transparence, d'essayer de résoudre les problèmes de dysfonctionnement, d'excès, de conflits d'intérêts, de corruption qui existaient, qui existaient d'ailleurs de manière beaucoup plus nombreuse et beaucoup plus forte qu'aujourd'hui, il faut bien le dire. On ne trouverait pas aujourd'hui ce qui s'est passé en 1892 avec le scandale de Panama. Vous aviez 150 députés sénateurs corrompus par la compagnie du canal de Panama.

Donc, jusqu'aux années 90, cette habitude a été prise, justement, d'avoir des contre-pouvoirs qui, au fond, étaient assez peu virulents vis-à-vis du pouvoir politique. Il y a une exigence qui est montée. Aujourd'hui, cette exigence est presque une intransigence qui mêle les mentalités des Français un peu au niveau, d'ailleurs, de la mentalité anglo-saxonne ou de celle des pays scandinaves. Je pense qu'il faut s'en féliciter. Il faut se féliciter qu'en permanence, il y ait ce souci d'aller vers plus de transparence, vers plus de, comment dire ça, d'exigence, d'éthique de nos politiques.

5:38
Invité

Yves Bertoncini, je reste un instant avec vous sur Nicolas Sarkozy, le fait qu'il n'est plus la Légion d'honneur. Ceux qui ont contesté cette décision avancent deux arguments. Alors, il y en a un, c'est de dire, le seul précédent pour un ancien chef de l'État à avoir été déchu de cette Légion d'honneur, c'est le maréchal Pétain. Et donc, ça met Nicolas Sarkozy au même niveau d'indignité que Philippe Pétain, alors qu'évidemment, les faits n'ont absolument rien à voir. Et puis, il y a un autre argument que j'ai lu dans le Figaro, sous la plume d'Henri Guénaud, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, que j'ai trouvé intéressant.

Je cherchais un peu des arguments pour aller peut-être à l'encontre de ce que vous allez dire, mais je ne devine pas à l'avance ce que vous allez dire, mais il dit ceci. Les plus virulents adversaires, à juste titre, du principe des peines automatiques, en sont les plus ardents partisans quand ils s'appliquent à leurs adversaires politiques. C'est vrai que là, il y a une espèce d'automaticité de la déchéance de la Légion d'honneur qui aurait pu peut-être être réexaminée. Je ne sais pas vraiment qui sont les plus virulents adversaires des peines automatiques que vise Henri Guénaud. Ce que je sais, c'est que... Je pense qu'il pense à la gauche, entre autres.

Alors, ça voudrait dire qu'il est au pouvoir aujourd'hui, puisque c'est sous Emmanuel Macron, un premier ministre de droite, François Bayrou, que ce règlement a été appliqué. Donc, il me semble, moi, plus prosaïquement, que la loi est dure, mais que c'est la loi. On rêverait d'ailleurs que nos responsables politiques, puisque vous avez mentionné leur exemplarité, soient aussi intègres, qui ont autant d'auteurs de vues que Adrien, Marc Aurel et les autres. Mais moi, je ne leur en demande pas tant, en fait. On ne leur demande même pas d'être exemplaires. On leur demande d'être églos. Et donc, il y a des normes, des règles, des lois, on les applique.

Tu es condamné, tu n'as plus ta légion d'honneur, comme dirait l'autre. C'est comme ça. Et donc, Nicolas Sarkozy, je veux quand même lui rendre hommage, le fait qu'il soit déchu de sa légion d'honneur, parce qu'il a été condamné à la prison ferme, ça n'enlève en rien tous ses éminents mérites, ce pourquoi il avait eu cette décoration, et tout ce qu'il a pu faire dans sa vie, au service de la France.

Il faut quand même faire semblant de considérer, avec Henri Guénaud et d'autres, que d'un seul coup, parce que le port de la rosette à la boutonnière n'est pas compatible avec le port du bracelet électronique à la cheville, d'un seul coup, ça voudrait dire que Nicolas Sarkozy est au même niveau que le général Pétain. Mais soyons sérieux. Soyons sérieux. Maréchal. Excusez-moi. Maréchal Pétain.

8:11
Présentateur

Avant, il avait été général.

8:13
Invité

Bien sûr que ça n'a rien à voir. Simplement, précisément, Nicolas Sarkozy, qui est l'inventeur des peines planchers et autres, ce parti de l'ordre-là, dont le nouveau chef, un peu à contre-temps, me semble-t-il, prétend rassembler tous les honnêtes gens, parce que c'est vrai qu'il y en a quand même une ribambelle dans son parti qui ont été inquiétés par la justice. Je ne sais pas si d'ailleurs il y aura des procédures d'exclusion, donc je plaisante. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a des turpitudes personnelles, souvent à dimension financière, que certains élus ont été condamnés.

C'est une minorité d'élus quand même, parce que vous avez cité des statistiques qui montrent qu'il y a une hausse parce qu'il y a plus de contrôles. Enfin, je rappelle qu'il y a 35 000 maires en France, 577 députés, 348 sénateurs, etc. Et que la plupart de ces élus sont tout à fait laissés en paix par la justice. Je rappelle qu'il y a eu d'autres présidents de la République jusqu'avant. L'actuel n'a pas visiblement été inquiété par la justice. Le précédent, François Hollande, non plus. Des premiers ministres aussi.

Donc, c'est quand même invraisemblable, je termine là-dessus, que des responsables politiques qui soient jugés coupables, même si, quand ils font appel, ils sont toujours présumés innocents, se présentent comme des présumés victimes. Il y a quand même une inversion de la charge de la preuve et puis même des repères et des valeurs. Encore une fois, on ne leur demande pas d'être exemplaires, réglementaires. Anne-Laurene Bujon. Oui, je voudrais quand même repartir de cette citation d'Henri Guineau parce qu'en fait, elle est invraisemblable. Vous voulez que je la recite ?

Les plus virulents adversaires, à juste titre, du principe des peines automatiques, en sont les plus ardents partisans quand ils s'appliquent à leurs adversaires politiques. Alors, pardon, mais c'est vraiment le prototype de la pensée fausse, quoi. D'abord, quand on parle de peine planchée ou de peine automatique, on parle du traitement judiciaire des délinquants ou des criminels. Ça, c'est une chose. Quand on parle de la Légion d'honneur, on parle d'une dignité symbolique. On parle des personnes que la nation choisit de donner en exemple aux citoyens. Donc, c'est vraiment, c'est remettre une distinction symbolique et honorifique.

Alors, dire que cette distinction doit quand même garder un vague rapport avec le sentiment que notre personnel politique fait preuve d'intégrité et de probité, ça me paraît conforme avec ce qu'on aurait imaginé être les valeurs d'un Henri Guénaud ou de cette droite conservatrice qui défend la loi, l'ordre et les honnêtes gens. Mais surtout, on peut inverser totalement son argument.

C'est-à-dire que ce sont les mêmes qui demandent la plus grande fermeté à l'égard des délinquants ordinaires qui nous expliquent à longueur de journée que notre justice est laxiste tout en lui coupant les budgets ce qui fait que de toute façon il lui faut 12 ans pour traiter de la moindre affaire qui ensuite s'émeuve et demande que dans le cas des hommes et des femmes politiques on a eu affaire à une justice expéditive que leur présomption d'innocence n'a pas été respectée et que donc en fait demandent pour ces hommes et femmes politiques un traitement qui ne serait pas celui de tout un chacun.

Donc là, c'est eux qui sont vraiment pris dans des contradictions qui sont en réalité insupportables parce que moi je pense que dans ces affaires il y a une chose qui joue pour la confusion en fait c'est le décalage des calendriers politiques et judiciaires. Prenez l'affaire Fillon sa condamnation arrive 8 ans après que les premiers faits aient été révélés donc quand les faits ont été révélés le scandale l'émotion était immense d'autant qu'on pensait que François Fillon avait de bonnes chances de devenir notre président de la République.

Bon, aujourd'hui on est 8 ans plus tard c'est beaucoup plus tard en un sens les gens dans l'opinion publique il y a déjà une forme de prescription tout ça semble moins grave alors on se demande si on n'est pas trop sévère avec lui si tout ça n'est pas injuste mais le simple fait que ces décisions mettent 8 ans à venir c'est bien la preuve qu'il y a une justice neutre et impartiale qui a fait jouer toutes les garanties procédurales que ces hommes et femmes politiques ont été traités avec voilà tout le en essayant de maintenir la présomption d'innocence les droits de la défense et tout ce qu'il faut pour s'assurer que ces condamnations précisément ne soient pas entachées d'un soupçon de justice politique donc le besoin d'une justice neutre et impartiale il fonctionne pour tout le monde même si alors sur la question de la longueur que prennent les décisions de justice il y a quand même cette décision qui a été prise pour dans le cadre du procès des assistants parlementaires du RN de faire un procès en appel rapidement c'est à dire a priori peut-être même début 2026 printemps 2026 pour que il n'y ait pas d'incidence trop forte sur la campagne présidentielle et puis juste je précise un petit mot une petite chose avant de vous donner la parole Natacha Vala à propos d'Horrigano évidemment c'est une citation qui ne témoigne peut-être pas de l'ampleur et de la totalité de la pensée de l'ancien conseiller Nicolas Sarkozy voilà les citations extraites comme ça d'un texte plus long sont toujours un petit peu tronquées Natacha Vala sur la question de l'exemplarité d'abord peut-être alors on est en période c'est la fin du bac il y a eu le bac philo qu'est-ce que ça peut vouloir dire l'exemplarité pour les politiques c'est-à-dire est-ce que c'est la bonne manière en tout cas d'aborder la question de l'intégrité du respect de la loi dans ce domaine-là il y a plusieurs dimensions on peut le traiter en trois parties d'ailleurs pour le bac ça aurait pu être utile non je pense que derrière cette question d'exemplarité il y a la notion du deux poids deux mesures qui est assez insupportable pour la plupart des gens et ça en France ça a une dimension particulière et mes trois parties les voilà je dirais peut-être une dimension très intime très individuelle une dimension institutionnelle nos institutions que représentent-elles et puis les valeurs collectives sur l'individuel je vous donne une anecdote qui m'est arrivée ce matin je venais à cette émission tranquillement sur les quais de Seine qui étaient absolument vides on attend au feu rouge il y a deux motards de la police nationale qui arrivent et vroom au feu rouge alors il n'y avait aucune urgence ils étaient tout seuls pas de bouchons et ça moi ça ne m'a rien fait je suis arrivée à l'heure tout s'est bien passé mais je me suis dit mince c'est vrai que ce genre de choses ça dénote un état d'esprit par rapport à l'impunité de certains vis-à-vis d'autres et le fait qu'on soit pas tous soumis aux mêmes règles donc je pense que dans cette discussion qu'on a là aujourd'hui il y a cette question là qui s'exerce aussi parce qu'il y a des gens qui ont affaire à la justice tout le temps pour plein de raisons et que donc il y a une question de level playing field pour le dire dans un très mauvais français de même traitement pour tout le monde qui joue beaucoup donc ça c'est le niveau très intime qui peut vraiment braquer les français le deuxième niveau c'est plus sur la question de nos institutions et ça a été très bien dit donc je ne vais pas le répéter on a des institutions un système juridique un système de loi qui fonctionnent quand même en France alors c'est lent mais pour des raisons de procédure mais qui fonctionnent bien on le voit aujourd'hui en plein visage on voit qu'aux Etats-Unis ça fonctionne moins bien et que c'est un gros problème non seulement pour le citoyen mais pour l'investisseur international qui va s'arrêter d'acheter des bons du trésor américain bref c'est une valeur fondamentale nos institutions sont une valeur fondamentale pour notre pays et puis collectivement c'est plutôt une question de valeur alors là c'est plus difficile à juger on dit souvent les allemands sont ont l'esprit des règles ils sont très rigides derrière leurs règles et puis en fait il faut être plus intelligent que ça et avoir un petit peu de souplesse etc après on dit que les Italiens c'est complètement l'inverse il y a des règles mais rien n'est respecté et nous dans tout ça alors il faudrait peut-être convoquer un Fernand Braudel ou quelqu'un qui a l'habitude de ces comparaisons intra-européennes mais inter-culturelles pour savoir ce que ça veut dire et de quelle façon ça reflète nos préférences notre culture et la façon dont elles se sont exprimées tout au long de l'histoire pour revenir aux questions dont on parle aujourd'hui au cas d'hommes politiques qui font face ou de femmes politiques qui font face à des questions de justice je pense qu'il ne faut pas se laisser emballer trop vite sur des questions qui sont des questions de bouc émissaire finalement derrière tout ça il y a quand même l'expression de mécontentement de frustration qui n'ont pas grand chose à voir avec les cas en question et donc il faut réfléchir à ce que ça veut dire René Gérard qu'il faudrait cette fois-ci faire venir autour de la table mais voilà réfléchir à ce que ça veut dire de nous en tant que collectif la façon dont on perçoit ces cas individuels il y a une fonction élective qui semble relativement épargnée justement par ce phénomène que vous décrivez Natacha Valla ce sont les maires même s'il y a un certain nombre de maires qui sont rattrapés par la patrouille il y a régulièrement des cas mais malgré tout ça reste quand même les élus les plus populaires et alors je passe un petit peu du cocalane mais pas complètement avec vous Jean Garrick puisqu'il y a eu une étude qui a été publiée cette semaine par un chercheur du Cevipof ancien patron du Cevipof d'ailleurs Martial Foucault auprès justement d'un certain nombre de maires pour essayer de comprendre alors déjà pour évaluer le nombre de défections qu'il y a pu y avoir depuis 2020 2189 démissions depuis 2020 soit plus de 400 par an 4 fois plus nombreux qu'entre 2008 et 2014 entre 2014 et 2020 c'était deux fois moins je crois mais on voit quand même qu'il y a eu une augmentation importante et ce qu'on apprend dans cette étude que c'est pas tant la violence des administrés ni tant les risques qui sont encourus d'un point de vue juridique Jean Garrick que l'exacerbation des tensions au sein du conseil municipal d'abord est-ce que vous avez été surpris justement en voyant les résultats de cette étude

18:20
Présentateur

oui je l'avoue puisqu'on avait eu l'impression notamment à la faveur de la crise des gilets jaunes et de tout ce qui est arrivé ensuite qu'effectivement il y avait de plus en plus une attitude de brutalisation des citoyens envers leurs élus beaucoup de cas ont été cités un maire avait même été tué par un de ses administrés il y a quelques années et donc on avait ce sentiment ce qui ne m'a pas surpris c'est évidemment la montée en puissance de ces retraits de ces défections qui touchent essentiellement d'ailleurs les néo-élus les nouveaux maires et qui montrent bien qu'à un moment donné il y a une déception majeure par rapport à la fonction qu'ils exercent pour des tas de raisons mais c'est vrai que cette idée que c'est d'abord les dissensions internes à ces conseils municipaux qui en est la cause principale nous interroge alors qu'est-ce que ça veut dire c'est incontestablement ce que l'enquête nous dit aussi c'est que la crise du Covid et ses conséquences ont quand même joué un rôle majeur dans ce qui s'est produit c'est-à-dire qu'il y avait cette difficulté à s'insérer dans une situation nouvelle à travailler ensemble du fait précisément des barrières comportementales et matérielles que la crise du Covid suscitait est-ce qu'il n'y a pas aussi malgré tout mais c'est sous-jacent aussi dans l'enquête cette idée que ce sont des tâches ingrates qui ne sont pas récompensées ni matériellement ni par des gratifications honorifiques ni même par le regard que la société pose sur eux c'est-à-dire que certes il n'y a pas cette violence ou en tout cas la violence n'est pas aussi causale qu'on pourrait en avoir eu l'impression mais en revanche cette désagrégation de ce qu'est le sens civique aujourd'hui à mon sens et de l'image que l'on se fait de nos élus municipaux moi je pense qu'elle a pesé beaucoup sur cette déception vis-à-vis du métier il y a des problèmes de santé mais fondamentalement on est dans quelque chose qui touche d'ailleurs de la même manière les enseignants c'est quelque chose de très important quel est votre positionnement votre statut dans une société donnée et c'est la raison pour laquelle d'ailleurs vous le savez il y a un projet une loi sur le statut de l'élu qui à mon sens

20:49
Invité

serait très utile peut-être que ça rejoint finalement la thématique qu'on évoquait juste précédemment c'est-à-dire cette exigence d'exemplarité de la part du personnel politique et donc des élus Yves Bertoncini c'est une enquête très intéressante parce que avant de la lire moi j'étais resté sur un présupposé qui me vient de mon propre père puisqu'il a été élu pendant 42 ans dont 24 ans comme maire et à la fin il en avait assez bon d'abord il avait un âge avancé mais il en avait assez parce qu'il me disait effectivement nos concitoyens sont de plus en plus ingrats et il y avait un sujet de justiciabilité là un vrai sujet un enfant qui se blessait à l'air de jeu avant ça s'arrangeait et puis maintenant on va me mettre devant le tribunal ça c'est un vrai sujet et je me suis dit en lisant cette enquête on va retrouver ce type de motifs pas du tout parmi les premiers motifs invoqués pas plus non plus que la violence sur les élus parce que ça c'est ce que nous donne à voir le débat public mais puisqu'on est à l'esprit public on peut lire un peu plus de manière approfondie ces études effectivement des dissensions au sein d'un conseil municipal le fait qu'on démissionne pour laisser la place à d'autres ainsi de suite et donc je trouve que ce qui nous rapproche du débat précédent c'est cette espèce de théâtre d'ombre sur l'idée que oui ces élus locaux qui exercent un vrai sacerdoce parce que pour le coup ils sont très peu rémunérés pour le faire ils sont en proximité à portée de baffe comme dirait l'autre il faut essayer de conforter ces vocations-là alors la chose rassurante dans l'étude c'est que visiblement il n'y a pas de crise des vocations parce qu'il y aura quand même toujours des candidats plus d'appelés que d'élus si je puis dire mais ça me permet de revenir au point précédent sur cette idée qu'en revanche les élus de premier plan puisque là on parle d'ancien président de la république ancien ancien premier ministre eux seraient soumises à une forme de gouvernement des juges non les gouvernants sont devenus des justiciables et ça c'est plutôt un progrès le fait que les gouvernants soient devenus des justiciables ça ne veut pas dire que ce sont les juges qui gouvernent et donc il est sain qu'on puisse demander aux gouvernants de rendre des comptes il est par exemple sain que Marine Le Pen et pas qu'elle je veux le dire au parlement européen tous les partis français enfin plusieurs au moins trois il y a le rassemblement national mais il y a aussi le modem il y a eu des condamnés dans le cadre du modem cinq anciens députés le premier ministre actuel a été hors de cause à ce stade puisqu'il y a un appel Jean-Luc Mélenchon est aussi poursuit par l'office antifraude du parlement européen je veux dire qu'on pourrait leur trouver une forme de circonstance atténuante au sens où pendant longtemps en France des partis se sont financés à Strasbourg au parlement européen parce qu'ils n'avaient pas assez d'accès à l'Assemblée nationale française simplement pour terminer quand on voit que Marine Le Pen crie au complot des juges alors qu'il a été vraiment bien établi que beaucoup d'argent public est passé non pas seulement pour l'usage à la rémunération d'assistants parlementaires qui n'ont jamais mis les pieds ni à Strasbourg ni à Bruxelles mais aussi pour le financement du majordome de Jean-Marie Le Pen enfin ne nous laissons pas entraîner là-dedans ce n'est pas un gouvernement des juges c'est juste des règles qui ont été bafouées il y a une condamnation comme on est en démocratie en état de droit il y aura un appel et puis si jamais elle était privée d'une candidature ce sera Jordan Bardella et la démocratie française poursuivra son cours je ne sais pas qui va avoir le dernier mot Anne-Laurene Bujon ou Anna Tachavala pour moi le lien entre cette question c'est cette question de l'impuissance politique en fait il y a je pense cette idée que si les maires sont plus pour l'instant restent plus populaires c'est parce que je pense qu'au plan local on ne voit pas le même désamour ou désaffection pour la chose politique qu'au plan national peut-être aussi parce que ça reste possible de faire des choses concrètes qui améliorent la vie des gens et je pense que c'est pour ça que les français aiment leur mère mais peut-être aussi que le métier est devenu impossible parce qu'il ne peut pas s'affranchir de la situation politique qui existe au-delà et donc il y a des attentes en fait je pense qu'il y a des attentes par rapport à la politique locale qui sont très grandes justement par déception de ce qui se passe au plan national et que peut-être donc quand on doit s'empoigner les difficultés on est découragé découragé la question de l'impuissance politique elle ne doit pas conduire à considérer que tous nos responsables seraient sanctionnables il faut que ça reste un beau métier de prendre des responsabilités pour les autres voilà voilà qui me paraît une excellente conclusion merci beaucoup Anne-Laurene Bujon Yves Bertoncini Natacha Valla et Jean Garrigue merci d'avoir participé à ce numéro 2 L'Esprit Public qui était préparé comme chaque semaine par Anne-Claire Bazin avec à la prise de son aujourd'hui Nicolas Bonnet alors je précise évidemment à midi et demi dans le journal de France Culture nous reviendrons longuement sur cette implication directe désormais des Etats-Unis dans la guerre entre Israël et l'Iran on se retrouve dimanche prochain ce sera la dernière de la saison et également la dernière en ce qui me concerne mais je voulais surtout terminer cette émission en saluant parce que pour lui c'est vraiment la dernière aux commandes de l'Esprit Public notre réalisateur Luc Jean Reynaud qui aura réalisé 14 saisons dans cette émission il a connu tout le monde il a connu Philippe Meyer il a connu Émilie Aubry il a connu Patrick Cohen et il aura eu l'énorme chance n'est-ce pas il n'a pas intérêt à dire le contraire de me connaître c'était surtout une grande chance de travailler avec lui voilà merci beaucoup à nouveau à notre indispensable et remplaçable Luc Jean Reynaud et donc à dimanche prochain