Gouvernement Barnier : faut-il rétablir un ministère de l’immigration ?
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Il y a toujours le sentiment que les frontières sont des passoires et que les flux migratoires ne sont pas maîtrisés. Donc nous allons en effet maîtriser les flux migratoires, pas avec de l'idéologie, pas avec des discours et des phrases, mais avec des mesures concrètes. Les propositions concrètes ne vont pas prendre partie, mais il y a eu d'autres propositions un peu partout, je les écouterai. Personne n'a le monopole des bonnes idées, je veux qu'on traite les problèmes.
Le gouvernement de Michel Barnier n'est donc pas encore composé, mais le nouveau Premier ministre n'a pas fait mystère de ses priorités. Parmi celles-ci, la maîtrise de l'immigration, un sujet qu'il entend manier avec des mesures concrètes pour répondre, vous l'avez entendu, c'était sur TF1 au lendemain de sa nomination, pour répondre au sentiment que les frontières sont des passoires et que les flux migratoires ne sont pas maîtrisés. Alors que Michel Barnier mette ce sujet à son agenda n'a rien de surprenant. Il en avait fait un des axes de sa campagne lors des primaires de la droite en 2021, prenant à contre-pied ceux qui voyaient en lui un candidat mesuré sur le sujet.
Dans sa besace, des mesures très marquées à droite, voire parfois droite de la droite, comme par exemple la suppression de l'aide médicale d'État, ou encore la proposition d'un moratoire sur l'immigration d'une durée de 3 à 5 ans. Sauf à avoir changé d'avis, le Michel Barnier, Premier ministre, devrait reprendre à son compte les propositions du Michel Barnier, candidat à l'investiture de la droite pour la présidentielle. Ce qui peut s'avérer utile pour ne pas s'allier trop vite les députés RN. Ce qui voudrait dire aussi remettre sur la table une énième loi sur l'immigration, alors que la dernière, votée dans la douleur, commence tout juste à être appliquée.
De là à rétablir un ministère entièrement dédié à ce sujet. En début de semaine, France Info assurait qu'une réflexion était en cours, ce que n'a pas confirmé le Premier ministre, sans pour autant démentir formellement. Alors un ministère de l'immigration, voilà qui fait écho au précédent, créé par Nicolas Sarkozy en 2007, avec son ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire. Un écho du passé qui a fait bondir une partie de la classe politique, à gauche notamment, mais que d'aucuns considèrent comme une idée pas si bête.
Après tout, plutôt que de laisser ce sujet aux seules mains du ministère de l'Intérieur, ce qui renforcerait l'idée que l'immigration est avant tout un problème sécuritaire, pourquoi ne pas lui consacrer un portefeuille à part entière ? Eh bien nous allons en discuter avec Magali Lafourcade, Anne-Lauren Bujon, Jean-François Colosimo et vous Didier Leschi, je rappelle votre titre, directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, un ministère de l'immigration. Est-ce que ça ne serait pas une excellente idée ?
Je suis un peu agacé par tout ça en réalité, j'allais dire, à chaque fois qu'on discute de l'immigration, il y a une forme de dérangement des esprits, ce grand dérangement, et là on arrive tout de suite à la pièce de théâtre négative, traditionnelle, c'est-à-dire voilà, quelqu'un avance une idée, on ne la réfléchit même pas, et tout de suite il y a des gens qui disent qu'ils sont pour, d'autres qui disent qu'ils sont contre, etc.
Bon, il faudrait savoir ce qu'on veut résoudre par un ministère, moi que j'appellerais plutôt désimmigration, parce qu'il faut toujours rappeler qu'il y a différentes formes d'immigration, d'immigration familiale, d'immigration de travail, de la demande d'asile, etc. Donc qu'est-ce qu'on veut résoudre et quels sont les problèmes posés ?
D'abord, c'est peut-être pas forcément résoudre, mais c'est aussi envoyer un message, c'est-à-dire peut-être dire que ce sujet est tellement important, et on le voit d'ailleurs dans les sondages, que pour les Français c'est quelque chose d'important, donc on en fait un ministère à part entière, parce que c'est un sujet à part entière.
Mais il y a aussi un syndrome franco-français qui ne voit pas l'extérieur. Ce sujet devient important, particulièrement important en Allemagne, avec un tournant symbolique qui est extrêmement fort, puisque c'est la même coalition qui, à la fin des années 90, ouvre à l'immigration, à la nationalité allemande et tout, qui aujourd'hui a décidé de la refermer. C'est le même pays qui dit, j'arrête Schengen pour permettre l'arrivée massive des Syriens, et ils ont eu raison de le faire, mais qui aujourd'hui dit, eh bien je veux déroger à Schengen pour justement refermer. Et il faut revoir quel est le problème.
On a un problème d'intégration important, en particulier en France, plus qu'ailleurs du reste dans les pays de l'OCDE. Je rappelle que près de la moitié des immigrants extra-européens vivent en dessous du seuil de pauvreté. On est aux alentours de 40%. On est un pays qui a vu son, je dirais, son nombre de titres de séjour des extra-européens passer de 2 millions en 2017 à 4 millions, ce qui prouve qu'on n'est pas une société fermée, et c'est la particularité de l'Europe. L'Europe, l'Union Européenne, c'est 13% d'immigrés en pourcentage dans la population. On parlait tout à l'heure de l'Amérique latine. L'Amérique latine, c'est aux alentours d'entre 2 et 3%. L'Asie, c'est moins de 2%.
Donc l'Europe n'est pas fermée, mais elle a un problème d'intégration, et le problème d'intégration n'est pas un problème de nombre. C'est d'abord une question sociale, c'est-à-dire la difficulté à intégrer des personnes dans le marché du travail parce qu'elles sont peu ou pas qualifiées, et c'est le cas par exemple pour nous de plus de 30% de notre immigration. C'est un problème du logement, et quand on parle des préoccupations du pouvoir d'achat, il y a la question du logement, et ça pèse parce que s'il y a des gens nouveaux qui arrivent dans une société où on ne construit plus de logements, ça fait monter les logements, etc.
C'est ça les sujets. Raison de plus, Didier Leschi, pour sortir cette question du ministère de l'Intérieur et d'avoir un ministère dédié qui pourrait traiter et des questions sociales, et du logement, et des questions de sécurité. C'est une question de, je dirais... Parce que je n'ai pas compris si vous étiez pour ou contre,
ou pourquoi pas. Non, je pense que le sujet, c'est comment on arrive à faire en sorte que des administrations différentes et des ministères différents se préoccupent de ces questions. Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Avant la réforme de 2012, qui a créé la Direction Générale des Étrangers en France, que la gauche n'a pas remis en cause, les ministères sociaux qui s'en occupaient n'ont pas brillé par leur capacité à mobiliser l'ensemble des administrations. Quand on parle du travail, par exemple, l'OFI fait venir près de 20 000 travailleurs saisonniers tous les ans dans l'agriculture.
Le ministère de l'Agriculture ne s'est jamais penché sur cette idée qu'il y a des personnes qui obtiennent ici un titre de séjour, qui ont travaillé dans l'agriculture. Donc, il faut construire les parcours sans avoir cet appel permanent à des personnes qui peuvent être sous-payées, qu'on fait venir en avion, ce qui écologiquement n'est pas très bon, alors qu'on a des gens ici qui restent au chômage. Donc, c'est ça la question. C'est est-ce qu'on veut mobiliser plus des administrations et à ce moment-là, on peut dire un ministère de l'Immigration, ça pourrait avoir un sens, ou est-ce qu'on veut simplement faire de l'affichage et là, ça n'a pas de sens.
Qu'en pense la secrétaire générale de la CNCDH, Magali Lafourthère ?
Moi, je dirais, mais quelle idée, mais pourquoi faire ? Puisqu'en fait, cette idée d'un ministère de l'Immigration charrie énormément de polémiques, puisque bien sûr, ça renvoie, et vous l'avez rappelé, à l'expérience de 2007 qui avait été close par Nicolas Sarkozy en 2010. Il y avait eu énormément de polémiques autour d'une question autour des empreintes génétiques pour le regroupement familial. Il y avait eu une loi sur les statistiques ethniques qui avait été censurée par le Conseil constitutionnel. Et surtout, il y avait eu un débat sur l'identité nationale qui avait l'air de lier les questions migratoires comme un problème pour l'identité nationale.
Donc, tout ça est charrié dans l'imaginaire collectif. Et pourtant, moi, je considère qu'il faut sortir des postures, comme l'a très bien rappelé Didier Leschi, si on sait pour quoi faire. On sait que cette politique, elle inquiète beaucoup les Français, parfois, juste titre, mais très souvent de manière erronée. Il y a énormément de fantasmes. D'ailleurs, que le Premier ministre dise qu'il s'inquiète du sentiment que les frontières soient des passoires. Moi, ça m'inquiète d'avoir un Premier ministre qui travaille sur la question du sentiment, des perceptions. On a quand même une loi...
C'est quand même important en politique.
Sauf qu'on a une loi qui a été promulguée en janvier 2024, qui a fracturé énormément le bloc central, qui a suscité la démission d'un ministre qui a dit qu'on touchait au mur porteur, etc. La loisine immigration. Elle n'est pas encore entrée en vigueur puisqu'il n'y a que un tiers des décrets d'application, 11 sur 30, qui ont été pris cet été. Donc, on n'a même pas encore appliqué le dernier texte. Le rapport de la Cour des comptes, qui était consacré à la politique de lutte contre l'immigration illégale, a relevé qu'il y a eu 130 législations différentes en 10 ans sur ce sujet. Et puis, on a aussi... C'est un sujet à l'échelle européenne.
On a le pacte asile-immigration dont on a parlé dans cette émission-là avec Didier Leschi, qui n'est même pas encore entrée en vigueur. C'est pour 2026. Donc, on est encore en train de remettre sur la table ce qui nourrit des sentiments, des perceptions, au lieu de rassurer les gens sur le fait qu'on a besoin d'une immigration par le travail, que ce sujet n'est pas qu'un sujet inquiétant. C'est aussi une chance, l'immigration, et qu'il faut pouvoir cadrer un petit peu différemment. Et peut-être qu'un ministère...
Peut-être que justement, qu'en sortant cette question du ministère de l'Intérieur, ça donnerait une autre image, une autre idée de ce qu'est l'immigration ?
Oui, c'est ce qu'on peut souhaiter, c'est ce qu'on peut se dire. On pourrait en parler de manière différente, notamment sur les gains économiques, la langue, l'influence, etc., l'influence française. Mais quand on voit qui le porte, c'est-à-dire Michel Barnier, qui est quand même l'homme du moratoire en 2021, l'homme du bouclier constitutionnel avec un référendum pour pouvoir sortir de la primauté du droit européen sur le droit français, tout ça ne peut que inquiéter les gens qui sont attachés aux droits des personnes.
Vous êtes inquiet, vous, Jean-François Colosimo ?
Alors, sur Michel Barnier lui-même, franchement, pas tant que ça, parce qu'il y avait quelque chose de très théâtralisé, dans sa volonté d'un coup d'avoir une politique migratoire très restrictive. Lorsqu'il s'est présenté pour la primaire de LR, il était évident qu'il avait vu, il avait pu constater que LR se gagne par la droite. Il arrivait quand même avec une réputation de giscardo-centriste, européiste, etc. Bon, il a fait de la tactique, c'est peut-être pour ça qu'il a été choisi, peut-être comme Premier ministre, parce qu'il est bon tacticien.
Je ne suis pas sûr que s'il avait été élu, cette politique aurait été suivie d'effet tellement, en fait, elle est contre-intuitive par rapport à son véritable ADN politique, quoi. Après, on peut s'attrister de l'opportunisme, mais je pense que c'était quand même beaucoup plus de l'opportunisme qu'une espèce d'obsession chez lui. Il avait fait tout le contraire tout le temps où il était resté à l'Europe. Le deuxième point, c'est qu'évidemment que c'est une question. S'il y a 11 millions d'électeurs au Front National, c'est entre autres sur ce critère-là.
Évidemment, le Front National, enfin, le Rassemblement National, évidemment, se pratique une forme d'usure, du côté usurier, rentier, de cette perception, mais elle existe, n'est-ce pas ? Et évidemment, la gauche et les filles ont fait une espèce de clivage idéologique totalement absurde, parce que si on voulait à tout prix éviter un ministère de l'immigration ou des propos durs sur l'immigration, il n'y avait qu'à laisser Bernard Cazeneuve aller à Matignon. Or que je sache, ce n'est pas Michel Barnier qui l'a empêché, n'est-ce pas ? Donc... C'est Emmanuel Macron qu'il n'a pas nommé. Personne n'a empêché Emmanuel Macron de nommer...
Parce que Olivier Faure avait expliqué qu'il serait censuré et que François Hollande s'est tue soigneusement tout le long, n'est-ce pas ? Pour ne pas écorner ses propres chances d'improbables retours. Soyons clairs, tout de même, c'est la gauche qui a tué Cazeneuve et c'est la droite qui a tué Bertrand. Donc on voit la vérité des partis. Dernier point, moi qui me semble important, moi je crois que je suis le seul enfant d'immigré à cette table, je le dis, pas pour m'en vanter ou pour le regretter, c'est comme ça.
Mais si un ministère de l'immigration existe qui effectivement n'est pas là que pour s'obséder sur des flux migratoires qui sont à peu près incontrôlables parce qu'ils sont planétaires, etc. Mais si ce ministère de l'immigration intègre aussi, réintègre les conditions parties de nulle part comme je l'ai été pour arriver à cette table aujourd'hui, si ça engage aussi une dimension sociale d'intégration, etc. Pourquoi pas ? Enfin, je veux dire, voilà. Ce ministère-là, de toute façon, il n'aurait rien à voir à rien à voir avec ce qu'avait voulu Nicolas Sarkozy parce que l'important, ce n'était pas qu'il y ait eu un ministère de l'immigration, c'est qu'on avait accolé et de l'identité nationale.
C'est ça qui n'allait pas du tout. Mais vous voyez, regardez, lisez Patrick Veil, il a largement commenté tout ça. C'est un homme tout à fait raisonnable et on ne va pas du tout le mettre dans un sac idéologique auquel il n'appartient pas. cette idée-là, encore une fois, si c'est pour éunir des administrations, l'immigration, ce n'est pas que la police. C'est aussi la capacité d'intégrer. Voilà. Est-ce qu'on est prêt à ça et est-ce qu'on peut arrêter des bavardages, au fond, qui sont véritablement proches de l'hystéricisation du débat ?
Puisque vous nous encouragez à lire Patrick Veil, je vais le faire. Donc, Patrick Veil, historien spécialiste, justement, des questions liées à l'immigration et qui dit ceci à propos de cette idée d'un ministère dont on verra bien dans les prochains jours si c'était une idée totalement fumeuse ou pas. Il parle alors du ministère actuel. Le bilan de ce ministère est quand même négatif.
Donc, en fait, le fait que ce soit le ministère de l'Intérieur qui gère ces questions-là, le bilan de ce ministère est quand même négatif puisque depuis que l'immigration est de la compétence de Beauvau, on n'arrive toujours pas à faire exécuter les OQTF, les obligations de quitter le territoire français, ni à réguler les entrées sur le territoire. L'immigration est une question qui requiert un traitement interministériel sous l'autorité de Matignon. C'est ce qu'il a dit à Public Sénat. Je vous ferai réagir, évidemment, Didier Leschi, mais d'abord, Anne-Laurene Bujon.
Oui, je crois que là, on s'accorde entre nous et avec Patrick Veil aussi, en l'occurrence, de dire que si ce ministère permet de considérer que la question de l'immigration, c'est aussi une question de santé, d'accès au travail, d'intégration, d'enseignement de la langue française, alors ce ministère, pourquoi pas, mais c'est le moyen. Mais quand même, cette proposition, elle ne surgit pas de nulle part et elle ne surgit pas dans n'importe quel moment politique. Donc c'est quand même ça, je crois, qu'il faut dire. On a dit signal, affichage, ce n'est pas parler d'immigration qui est un problème.
Oui, le sujet concerne un grand nombre de Français, mais c'est de l'afficher comme une priorité dans le moment politique qu'on traverse. Et de ce point de vue-là, c'est difficile de nier qu'il s'agit de faire un geste vers un bloc de 30% de Français qui ont voté pour le Rassemblement National en passant par-dessus le fait qu'il y avait plus de 30% de Français qui ont voté pour faire barrage au Rassemblement National et donc quand même de banaliser des idées qui sont celles du Rassemblement National.
Donc ce petit épisode, si vous voulez, illustre pour moi juste combien le choix de nommer Michel Barnier à la tête du gouvernement aujourd'hui, sachant ces déclarations qu'il avait faites au moment des primaires de la droite, justement, sur le moratoire, mais aussi sur la primauté du droit français, sur le droit européen, c'est très important.
Cette déclaration de la part de Michel Barnier illustre combien la nomination de Michel Barnier pour moi signale qu'on est plus prêt à faire à essayer d'éviter la censure du Rassemblement National que d'éviter la censure du bloc de gauche et pour moi c'est très problématique donc c'est pas le ministère mais c'est le contexte politique dans lequel ça intervient. Mais autre contexte politique, c'est le contexte européen parce que ce qu'on voit arriver comme idée si vous voulez, c'est que ce dont on a besoin en termes d'immigration ce serait de dissuader les gens de venir.
C'est complètement irréaliste et que comment est-ce qu'on va les dissuader de venir en s'en prenant à leurs droits fondamentaux ? Si on dit que la CEDH est un problème pour que la France puisse avoir des politiques... La courroie des droits de l'homme. Voilà. On la présente comme un problème pour pouvoir avoir des politiques migratoires efficaces. Si c'est un problème que des politiques migratoires ne respectent pas les droits de l'homme, j'espère que c'est un problème aussi pour la Constitution française et pas seulement pour la CEDH.
Mais moi, ce que je vois arriver, si vous voulez, c'est que cette question migratoire, elle devient vraiment un défi considérable pour l'Union européenne dans son ensemble. On a dit Michel Barnier, c'était l'homme des négociations du Brexit. Donc on sait que cette question a joué un grand rôle dans le vote pour le Brexit y compris avec une partie de la population qui s'en mord les doigts aujourd'hui. Ce qui explique peut-être
d'ailleurs justement ces prises de position. C'est-à-dire se rendre en compte à quel point l'immigration avait été un des moteurs du vote en faveur du Brexit. Peut-être que c'est aussi une prise de conscience de se dire il faut absolument faire une priorité de ces questions-là.
Jean-François Colosimo essaye de nous rassurer en disant que ce n'est pas une idéologie de fond c'est de l'opportunisme mais moi ça ne me rassure pas du tout. Ça m'inquiète énormément. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'ai dit qu'au moment où il se présente aux primaires il est aux antipodes de tout ce qu'il avait fait jusque-là. Premier point. Deuxième point. Deuxième point. Je voudrais remarquer que ce qui contredit un peu votre raisonnement c'est que la seule personnalité politique qui est véhémente contre la création du ministère de l'immigration c'est Jordan Bardella. C'est le seul qui soit vraiment véhément et qui dise
Il dit ça existe déjà c'est le ministère de l'intérieur.
C'est le ministère de l'intérieur. Donc vous voyez bien que cette vision restrictive policière n'est-ce pas ? Eh bien c'est bien celle qu'il s'agit de contredire. On est d'accord. Ensuite on ne peut pas dire simplement que s'il y a un problème européen n'est-ce pas ? Ce n'est pas un problème. Ah non. D'ailleurs. Donc on ne peut pas non plus on ne peut pas non plus au nom de l'analyse finalement minimaliser la véritable question. Du tout ce que je voulais dire. Regardez l'Allemagne. Justement.
On laisse conclure
J'en arrivais là.
Justement on va tirer l'attention sur ce qui se passe en Allemagne qui décide de rétablir des contrôles à ses frontières ce qui montre bien que cette question de l'espace de circulation des biens et des personnes qu'était l'Union Européenne qui est capable de nous assurer une place encore dans le monde aujourd'hui achoppe sur cette question avec l'idée encore une fois complètement fausse que l'Union Européenne aurait été ouverte à l'immigration alors que l'Union Européenne a des politiques extrêmement restrictives où il s'agit de maîtriser et de normaliser les migrations avec une agence Frontex qui est l'agence la mieux dotée de toutes les agences européennes donc je ne crois pas que l'Europe soit une passoire je ne crois pas que l'Europe soit ouverte
j'avoue à Didier Leschi qui fait nom de la tête
oui je fais nom de la tête parce que on peut discuter mais c'est 3 millions et demi de nouveaux titres de séjour en 2023 dans l'Union Européenne l'Union Européenne c'est l'endroit où il y a une migration légale extrêmement forte du reste comme aussi en Amérique du Nord et il faut bien comprendre que cette immigration légale à cette immigration légale s'ajoute le fait qu'il y a des gens qui veulent absolument venir en Europe parce que c'est une union où il y a à la fois la démocratie et des avantages sociaux et on peut bien comprendre pourquoi ils le font et donc on a des peuples européens du Nord au Sud enfin dans l'Union qui s'interrogent sur la dynamique que ça a socialement pour ces pays et en plus se rajoute et dernièrement il faut bien comprendre ce qui se passe en Allemagne depuis des mois le problème qu'on a une part de l'immigration et ça renvoie aux questions d'intégration qui a du mal à s'intégrer et qui met en cause les identités démocratiques de certains pays ou leur tradition historique etc c'est ce qui s'est passé en Allemagne quand ils ont vu des manifestations de personnes qu'ils ont accueillies ils avaient eu raison de les accueillir mais qui commencent à crier à l'agbar dans les rues et bien ils changent leur code de la nationalité et ils disent si vous refusez de reconnaître le fait que l'antisémitisme existe vous ne pouvez pas être allemand bon mais pourquoi parce que pour eux c'est une question majeure du point de vue de leur identité démocratique c'est le problème en Suède et ce qui est frappant dans ce débat franco-français c'est la capacité de ne pas voir que l'ensemble des familles politiques en Europe et bien commencent à se préoccuper de ce sujet pas parce que partout on regarderait ces news c'est pas ça le sujet quand on voit en Allemagne que la coalition qui comprend des écologistes décide de faire un geste qui est d'envoyer un charter en Afghanistan ce qui est impensable ici et bien c'est bien parce qu'ils ont un problème la première chose que fait le parti travailliste quand il arrive au gouvernement en Angleterre c'est de faire un charter vers le Vietnam et vers Timor je veux dire il faut se souvenir des débats est-ce qu'il faut prendre
ce qui est exemple justement sur le Royaume-Uni et l'Allemagne mais le Royaume-Uni
c'est plus d'un million de titres de séjour légaux attribués à des personnes en deux ans donc c'est une immigration légale je veux dire que la caractéristique de l'Europe c'est d'avoir une forte immigration légale en 2015 l'Union Européenne c'est en proportion de ses habitants plus de personnes qui obtiennent un titre de séjour qu'aux Etats-Unis donc on ne peut pas dire qu'on soit fermé ce n'est pas vrai et dire tout le temps on a des politiques de plus en plus restrictives alors que socialement ça se voit qu'il y a de plus en plus d'immigrés et que la France elle est passée de 7 à 11% d'immigrés en une dizaine d'années que la Suède elle est passée de 10 à 20% que l'Allemagne a aussi doublé en 20 ans son nombre d'immigrés on ne peut pas dire aux gens vous avez des politiques restrictives parce que c'est exactement l'inverse voilà et c'est exactement l'inverse et en ce qui concerne l'immigration de travail j'en resterai là bien évidemment il y a une demande d'immigration de travail là où il y a un problème pour l'Union Européenne et c'est discutable peut-être moralement c'est que l'ensemble des pays l'Allemagne en tête dit maintenant je veux une immigration choisie et la majorité des immigrants en Allemagne sont d'abord des immigrants globalement du monde européen c'est-à-dire de l'ancienne fédération de Russie et qu'ils ne veulent pas les non qualifiés et que la caractéristique de la France dans ce paysage c'est qu'elle a beaucoup de non qualifiés du fait de son passé colonial Magali Lafourcade ah oui alors moi je rejoins l'idée qu'on a absolument besoin d'une immigration par le travail c'est établi dans le projet de loi Asine Immigration qui avait été porté par Renaissance et au départ il était porté par Darmanin et Dussopt qui était ministre du travail donc il y avait ça puis petit à petit ça a été complètement gommé pour n'épouser qu'une logique sécuritaire et donc je rejoins vraiment ce qu'a dit Anne-Lauren Bujon tout à l'heure c'est-à-dire que l'idée en épousant cette logique policière sécuritaire quand on voit ces policiers qui vont déchirer les tentes des migrants illégaux qui sont coincés à Calais alors que c'est les accords du Touquet qui les empêchent de partir en Angleterre quand on voit qu'on leur détruit les papiers et les photos les quelques photos qui les ramènent à leurs proches qu'ils veulent retrouver en Angleterre ou à leurs proches qu'ils ont laissés dans leur pays d'origine tout ça c'est une accumulation d'indignité nous avons une Europe qui n'est ni une forteresse ni une passoire moi j'attends d'un homme d'Etat qui recadre le débat correctement puisqu'il dit qu'il ne veut pas se payer de mots et donc qu'ils puissent dire que l'immigration c'est aussi une chance c'est aussi du rayonnement culturel c'est aussi des solutions pour le travail et que toutes les administrations devraient être concernées par ça et qu'un grand service public de l'accueil et des demandeurs d'asile qui ait une vision un peu plus ample un peu plus intelligente que juste une logique sécuritaire ce serait vraiment vraiment bienvenu
ça pourrait être peut-être d'ailleurs rattaché à Matignon justement une direction telle que vous l'évoquez Magaléa Foucault
mais si on a une stratégie parce que ce que désigne aussi la Cour des Comptes dans son rapport sur l'immigration illégale elle dit qu'il y a 12% seulement des OQTF qui sont qui sont exécutées celles qui sont réputées exécutoires il n'y en a que 12% qui sont exécutées et c'est une statistique de la DGEF donc la Direction Générale des Étrangers en France elle dit aussi qu'il faut une stratégie globale et que jusque là on a une accumulation circulaire avec des priorités jamais pensée d'un point de vue global et que ce serait intéressant d'avoir un petit peu d'intelligence dans un débat qui devient obsessionnel parce qu'on en a fait un sujet politique au sens du marqueur politique dans toutes les élections précédentes et qu'il faut prendre de la hauteur et mettre un peu d'intelligence là-dedans
Mais comment est-ce qu'on fait justement pour ne pas en faire un sujet qui soit seulement un marqueur politique Jean-François Colosimo ?
Moi je ne sais pas je constate moi aussi que ce sont les pays scandinaves de tradition sociale-démocrate avec des gouvernements de gauche c'est en Allemagne une coalition qui je sache qui n'est pas à droite qui est à gauche qui d'un coup prennent ou veulent prendre des mesures d'ailleurs dans un certain désordre parfois des mesures qui semblent totalement excessives on pense à la recréation de camps de transit au Rwanda enfin etc des choses qui évidemment nous choquent mais en même temps je veux dire quand on est français on a deux solutions quand on voit ce mouvement qui est large qui vient de la gauche c'est soit il faut taxer cette gauche d'immoralisme électoraliste ou alors il faut admettre qu'il y a véritablement un problème dont ces gauches contrairement à la nôtre a le courage d'affronter ensuite la manière dont ces gauches affrontent cette question évidemment elle est très discutable c'est pas non plus un chèque en blanc mais c'est aussi simple que ça c'est soit on a affaire à des gauches corrompues qui cherchent l'électeur en fait qui va vers l'extrême droite et donc il faut s'en débarrasser ces gauches là elles sont profondément immorales soit en fait on a des gauches qui essaient de s'affronter au réel réel dont il ferait peut-être prendre la mesure un jour ici pour le traiter à la française précisément et pas le traiter n'importe comment là je suis parfaitement d'accord
pour répondre à ça et pour conclure Anne-Laurene Bujon ces gauches là allemandes britanniques des pays du nord des pays scandinaves elles versent dans l'immoralisme ou au contraire elles sont courageuses
non je pense ni l'un ni l'autre qu'il y a une question qu'elle doit être traitée à droite comme à gauche avec plus d'intelligence et beaucoup moins de fantasmes sur ce point on est entièrement d'accord c'est difficile de ne pas l'être mais je crois que tout cela témoigne aussi qu'à gauche comme à droite il y a une humeur en ce moment qui est une humeur de repris de méfiance de l'autre de rejet de fantasmes xénophobes et cette idée c'est ça qui compte pour moi il faut s'enlever de l'idée que c'est en retirant des droits aux personnes migrantes qu'on les découragera de quitter des endroits où elles ne peuvent plus vivre ça ça n'est pas réaliste du tout
Juste un tout dernier mot vraiment 10 secondes Didier Leschi la loi qui a été votée en décembre dernier et promulguée en janvier elle entrera en vigueur entièrement quand on sait
ça dépend de l'ensemble des décrets d'application donc il faut que le gouvernement se mette en place mais la difficulté c'est que cette loi avait été beaucoup édulcorée par rapport au débat parlementaire et que c'est ça qui est en jeu et que un des problèmes principaux je dirais politiques c'est de savoir si on peut réguler l'immigration par de la contrainte ou pas dès lors qu'on a par ailleurs une immigration légale importante
Michel Barnier