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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 17 juillet 2024 10 min

Nouveau Front Populaire, Premier ministre, négociations... Marine Tondelier est l'invitée du 17 juillet 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.

0:11
Marine Tondelier

Bonjour Marine Tourdelier. Bonjour M. Merteau et merci de votre invitation.

0:14
Présentateur

Bienvenue dans Les 4 V. Comment allez-vous ce matin ?

0:17
Marine Tondelier

Écoutez, votre émission s'appelle Les 4 Vérités. Donc je ne vais pas y aller par 4 chemins, puis je vais dire la vérité. Je pense que je suis assez réputée pour ça maintenant. Je suis en colère, je suis écœurée, j'en ai marre, je suis fatiguée parce que ça fait quand même 6 semaines qu'on y est. Et je suis désolée du spectacle qu'on donne aux Françaises et aux Français, et en particulier à celles et ceux qui nous ont élus. Donc je pense qu'il faut dire maintenant les choses.

Il faut dire que les communistes et les écologistes, depuis notre victoire, parce que oui, nous avons gagné, que personne ne s'y attendait, que nous l'avons fait, que nous en étions extrêmement émus, nous et tous nos électeurs. On a suscité beaucoup d'espoir. Cet espoir s'est transformé en colère. Notre joie s'est transformée en honte. Moi, je suis comme les Français, je suis comme nos électeurs. Les écologistes sont comme vous. Ils regardent ce truc et ils disent mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Et on passe des heures et des heures à essayer de trouver des solutions. Là, il n'y a plus de table de négociation, il faut le dire.

1:06
Présentateur

Depuis lundi, les négociations sont arrêtées ?

1:08
Marine Tondelier

Ça fait un peu plus longtemps en réalité. Il faut aussi que les gens le sachent. Donc nous, avec les communistes, on a mis d'exclusif sur aucun nom. Un insoumis, ça nous va. Un socialiste, ça nous va. Un communiste, ça nous va. Un écologiste, ça nous va. La société civile, ça nous va. Tout nous va. On est bloquant sur rien. On n'a jamais quitté la table des négociations. Jamais. Mais vous voyez bien qu'il y a une guerre de leadership qui n'est pas qu'une guerre de leadership. Il y a un récit différent, des envies différentes. Mais vous savez, moi, je vous parle de Fabien Roussel quand même. Un communiste, une écologiste. Chacun sait qu'on a des histoires différentes.

On a des programmes aussi différents. Mais l'essentiel nous rassemble. L'espoir qu'on a suscité, ce que les Français attendent de nous. Moi, je vais vous dire, en arrivant encore, j'ai croisé le regard de quelqu'un à l'entrée de cette chaîne. J'ai détourné le regard parce que je n'arrive plus à regarder les gens en face de ce qu'on est en train de faire. Parce que je sens une émotion, une déception, une colère et aussi beaucoup d'encouragement dans le regard des gens dans la rue qui disent accrochez-vous, vous allez y arriver.

2:03
Présentateur

Donc pour l'instant, les choses sont bloquées à cause de personnes, de parties, à cause de quoi ?

2:08
Marine Tondelier

Parce qu'on dit gna gna gna Huguette Bello, gna gna gna Laurence Tubiana, mais on va se retrouver avec Laurent Wauquiez en fait. Donc si on attend la pureté de la solution qui est idéale pour chacun, on ne la trouvera pas. Il faut une intersection entre les socialistes et les insoumis. Évidemment qu'elle existe. Sinon, on n'aurait pas réussi à faire un programme commun. Sinon, on n'aurait pas réussi à faire campagne ensemble et on n'aurait pas gagné. On n'aurait pas gagné. Donc maintenant, il faut soutenir le regard des gens. Il faut les regarder dans les yeux en disant « ouais, on a gagné pour toi, t'attends notre programme ».

Alors, on ne pourra pas faire 100% du programme tout de suite, tout le monde le sait. On ne peut pas se comporter comme si on avait la majorité absolue ou même comme si une des forces au sein du nouveau formulaire avaient la majorité absolue. Ce n'est pas vrai.

2:43
Présentateur

Donc déjà, il faut arrêter de dire « oui, ce sera tout le programme du nouveau formulaire et rien d'autre ».

2:48
Marine Tondelier

Mais c'est là-dessus qu'on va se baser les renoncements. Ce n'est pas nous qui les Français, c'est les députés qui peut-être parfois ne voudront pas voter. Il faudra tout faire pour. En gagnant la bataille de l'opinion. Par exemple, les super profits, 80% des Français sont contre. Qui va aller voter contre ? Évidemment qu'on va y arriver. Mais il faudra aussi faire de la négociation. Et on va faire les deux tout le temps. On va tout donner. Évidemment que les gens, ils savent qu'on n'a pas la majorité absolue, mais on leur doit de tout donner. Et là, en ce moment, on ne donne pas tout.

3:10
Présentateur

Sauf qu'avant, il faudrait vous mettre d'accord au moins sur un nom pour matineau. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Est-ce que tout le monde a envie vraiment de gouverner au sein du nouveau Front populaire ?

3:16
Marine Tondelier

J'espère bien. Et si certains n'ont pas envie, vont devoir l'assumer. Parce que si on n'y arrive pas là, on en prend pour 10 ans. Les gens, ils vont nous insulter dans la rue. Et même moi, j'ai envie. Alors moi, je ne le ferai pas, mais je n'en pense pas moi.

3:27
Présentateur

Vous avez envie d'en insulter certains.

3:28
Marine Tondelier

Et voilà. Et je ne vais pas insulter les gens. Je ne vais pas non plus me planquer sous la table parce que je ne me défilerai pas. Mais l'ensemble des écologistes, je parle de moi en tant que chef de parti, des adhérents, des sympathisants de nos électeurs. Ils ont envie que ça marche. Les communistes, ils ont envie que ça marche.

3:44
Présentateur

Donc qui n'a pas envie que ça marche ?

3:45
Marine Tondelier

On n'est jamais du côté des problèmes, toujours du côté des solutions.

3:47
Présentateur

Donc la France insoumise n'a pas envie que ça marche ?

3:49
Marine Tondelier

Mais vous vous focalisez sur la France insoumise, mais si vous avez envie. Mais vous voyez bien, il y en a un qui n'a pas voulu du Gatbelo, l'autre qui n'a pas voulu de Laurent Sugana. Et qu'est-ce que ça fait en plus ? C'est qu'on lance des femmes comme ça en pâture, des noms dans la presse. Chacun fait son petit commentaire, mais on maltraite les gens. Moi, je suis une femme politique. J'ai honte de ce qu'on a fait avec ces deux femmes, qui sont des femmes remarquables, inspirantes et qui ont fait de très bonnes premières ministres, chacune dans un registre très différent. Mais nous, on a un devoir. C'est que le nouveau Front populaire, c'est quatre forces politiques.

On a gagné ensemble, on gouvernera ensemble. Ou ça ne marchera pas, on le sait. Donc notre priorité, c'est aussi de garder ce nouveau Front populaire. Les écologistes, ils y tiennent. Si on doit prendre l'un par la main, l'autre par la main, les mettre ensemble, on le fera. Moi, dans une demi-heure, je serai de retour à mon local. Chacun connaît l'adresse, chacun connaît la route. Et puis pour ceux qui ne sont pas à Paris, parce qu'ils sont peut-être je ne sais pas où dans leur circonscription en vacances, ils ont aussi mon numéro. Qu'ils soient politiques, sociétés, civiles, je reçois des dizaines de messages à longueur de journée. Les gens qui disent qu'est-ce qu'on fait, comment on fait.

Rejoignez-nous, aidez-nous. On a encore 24 heures avant de voter à l'Assemblée nationale. S'il faut tous terminer avec des pizzas, même je peux m'engager à ce qu'elles soient meilleures que la fois dernière et que personne ne sorte tant qu'on n'a pas trouvé, on le fera.

4:55
Présentateur

Marine Tordoli, vous croyez encore vraiment qu'un accord est possible à gauche aujourd'hui ? On est à plus d'une semaine, effectivement. Tout semble bloqué, vous ne vous parlez même plus. C'est encore possible ou on passe à autre chose ?

5:03
Marine Tondelier

Si je n'y croyais pas, je serais parvenue à Paris hier soir tard pour venir vous parler ce matin. Donc moi, je suis quelqu'un d'optimiste, de positif. Je n'ai jamais lâché l'affaire, y compris pendant cette campagne, quand tout le monde pensait que le RN aurait gagné, c'est cette foi-là qu'on doit retrouver. C'est cet espoir-là qu'on doit réanimer, mais je ne peux pas le faire toute seule.

5:19
Présentateur

Il y a une autre échéance sur laquelle, pour l'instant, veulent se concentrer certains. C'est à défaut de Matignon, on se concentre sur la présidence de l'Assemblée nationale. L'élection demain après-midi. A priori, là, vous semblez vous mettre d'accord sur le nom de quelqu'un. C'est le cas ou on en est loin ?

5:32
Marine Tondelier

Le principe d'une candidature unique est actée.

5:34
Présentateur

Oui, maintenant, il faut trouver quelqu'un.

5:35
Marine Tondelier

La candidature unique n'est pas actée, mais on va y arriver. On n'a pas le choix. Après, il faut savoir que ce n'est pas juste parce qu'on a une candidature unique que c'est gagné. Alors nous, on présente Cyrielle Châtelain en tant qu'écolo, qui est une excellente candidate. Je pense que chacun le reconnaît.

5:46
Présentateur

Elle tient l'accord, disent certains.

5:48
Marine Tondelier

Oui, évidemment. Mais vous voyez, ce qu'il faut, c'est gagner. Et la candidature unique est une condition nécessaire, mais non suffisante. Il faut gagner. Et pour gagner, il faut que les gens y croient.

5:58
Présentateur

Vous avez moins de 200 sièges à gauche sur 577.

6:01
Marine Tondelier

Exactement, il faut aller convaincre. Mais vous savez, Emmanuel Macron joue un jeu dangereux. Parce que je veux bien qu'on dise qu'on n'est pas à la hauteur, tout ça, c'est vrai. Moi, je trouve qu'on n'est pas au niveau qu'on doit faire bien mieux et qu'on va faire bien mieux. J'y crois, je ferai tout pour. Mais Emmanuel Macron joue aussi un jeu très dangereux. C'est lui qui sème le poison de la division. C'est lui qui essaye de nous fracturer. Parce que dans la Macronie, ils disent, ah ben, s'il y a les insoumis, on ne prendra pas. Si c'est un tel Premier ministre, on ne prendra pas. Mais ce n'est pas eux qui décident.

La logique institutionnelle, c'est bien qu'un camp a gagné, on n'a pas la majorité absolue. On est quand même devant les autres. Et donc Emmanuel Macron, il doit décrocher son téléphone. Il doit appeler les quatre chefs de parti et dire maintenant, il me faut un nom.

6:35
Présentateur

Il demande de vous mettre d'accord. Il demande aux forces républicaines de se mettre d'accord.

6:39
Marine Tondelier

Arrêtez le cinéma. Il ne demande pas de nous mettre d'accord. Il est en train d'intriguer partout pour trouver d'autres solutions, pour nous mettre en porte-à-faux, pour nous diviser, pour nous mettre en minorité. Lui aussi, son jeu, on le voit. Puis il y a l'ERN. Alors eux, l'ERN, ils sont avec du pop-corn. Parce qu'il faut savoir que chaque heure, chaque minute de ridicule qu'on offre, franchement, ça les régale. On est en train de fabriquer du vote ERN. Et ce ne sera pas la peine de venir me chercher avec ma veste verte, là, en 2027, entre les deux tours, pour dire au secours, il faut un front républicain. Si on n'est pas à la hauteur, on n'est pas à la hauteur, point.

On ne peut pas susciter l'espoir et décevoir autant après.

7:10
Présentateur

À défaut d'une candidature unique à gauche, d'un accord, clairement, il y aura une autre alternative qui pourra se mettre en place. Ce que souhaite peut-être Emmanuel Macron, de gouverner peut-être un peu avec la gauche, et surtout avec la droite.

7:19
Marine Tondelier

C'est ce à quoi il travaille. On se dirait vers ça, donc. C'est sa tendance depuis 2017 croissante. Mais je vais vous dire, toutes celles et ceux qui, au centre et à droite, ont tenu le front républicain, et je les en remercie sincèrement, parce que sans elles et sans eux, Jordan Bardella serait déjà à Matignon. Celles et ceux qui ont fait ça, ils ne veulent pas de l'extrême droite au pouvoir. Ils n'en veulent pas. C'est notre point commun aussi. Avec eux aussi, on en a. Et donc, s'ils ne veulent pas que l'extrême droite gagne en 2027, ils le savent qu'il faut changer de politique publique. Sans justice sociale, sans justice environnementale, on aura l'ERN en 2027. On n'a pas le choix.

Les Français, ils crèvent. Il y a 9 millions de pauvres dans ce pays. Vous avez vu encore, là, on a parlé des saumons, on a parlé de la météo, du climat qui se dérègle. On voit bien que ça ne va pas. Et donc, si on laisse, en fait, celles et ceux qui ont créé ces problèmes ne peuvent pas être la solution. On le sait aussi.

8:02
Présentateur

Ce n'est pas possible d'avoir une coalition avec la droite, le centre et la droite. C'est aussi une alternative.

8:06
Marine Tondelier

Mais il faudra trouver amendement par amendement, projet par projet, des majorités à l'Assemblée. Mais on ne va pas refaire un gouvernement dû en même temps. Du en même temps, ce n'est pas sérieux, ça n'a pas marché. Moi, ce que je vous dis, par contre, c'est que le vrai dialogue est celui dont tout le monde sort changer. Il faut accepter de se dépasser. Le Front populaire, ce n'est pas juste quatre partis politiques. Ça doit nous échapper, ça doit nous dépasser. Et ça nous a dépassé. C'est pour ça qu'on a gagné. Le Front populaire, il est populaire. Et donc, je pense que la pression, sur nous, elle doit être populaire aussi. Et elle l'est.

Il faut qu'on écoute les gens, qu'on les regarde dans les yeux et qu'on assume ce qu'on est en train de faire ou de ne pas faire.

8:35
Présentateur

Un mot de la fin, Marine Tordelier. On a compris votre colère, votre exaspération, votre appel aussi à se reparler au sein de la gauche. Et votre espoir, peut-être. Vous croyez qu'on y arrive dans combien de temps, combien de jours ou pas à gauche ?

8:46
Marine Tondelier

Je dis que chaque heure compte. Et je dis que dans une demi-heure, je suis à mon local et que chacun a l'adresse et mon numéro de téléphone. Alors maintenant, on se met au travail. Mais moi, je ne repasse pas 24 heures à attendre que je ne sais pas qui, pour je ne sais pas quelle raison, accepte de se remettre à la table des discussions. Que ce soit à deux, à trois, à quatre, avec des tiers de confiance, des syndicalistes, de la société civile, on fait comme vous voulez. Mais on y arrive. Il nous faut un nom. Et nous, ça nous ira parce qu'on est aidants et les écologistes seront toujours du côté des solutions. Et j'en remercie énormément tous les membres de mon parti qui restent soudés.

On a auditionné hier Laurence Tubiana, tout comme on souhaitait auditionner Huguette Bello. On est à l'écoute et on laissera notre chance à toutes les solutions.

9:20
Présentateur

Les 4 vérités de Marine Tordelier, secrétaire nationale des écologistes. Merci à vous. Bonne journée. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.