Train de vie des élus : ce qu'a demandé François Bayrou à l'ancien député René Dosière
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Les Français ont fini par croire que les politiques s'en mettaient plein les poches, disait le Premier ministre. Il a missionné R.Dosière, spécialiste du train de vie de l'Etat, pour plancher sur le sujet. - Il défraie la chronique depuis des décennies.
Des dîners au homard de F.de Rugy aux millions d'euros de travaux à l'Elysée, des budgets consacrés aux ex-Premiers ministres, au train de vie, aux passe-droits de nos parlementaires...
Les privilèges réels ou supposés de nos politiques entretiennent rancoeur et colère chez de nombreux Français. - Beaucoup de politiques ont des salaires monumentaux. - C'est que les politiques aussi fassent les efforts, en premier!
Arrêtez la gabegie! - Autant chez les députés que chez nos ministres, quels efforts sont-ils prêts à mettre en place? - Moteur déjà de la contestation des "gilets jaunes", le sujet revient en force à quelques jours de la mobilisation du 10 septembre.
Le Premier ministre a promis de s'y attaquer. - F.Bayrou: Bonjour à tous.
Je prendrai au sérieux cette question. Je prends l'engagement solennel devant vous que s'il y a des privilèges indus, des avantages, ils seront supprimés. - Reste à définir "indus".
Malgré une croyance tenace, aucun parlementaire, ministre ou ex-ministre ne bénéficie d'une retraite à vie. Les anciens chefs de gouvernement ont droit à un secrétaire particulier pendant 10 ans, un chauffeur, une voiture de fonction, voire une protection policière. Avec 16 ex-Premiers ministres encore en vie, le dispositif coûte à l'Etat plus de 1,5 million d'euros par an. - Qu'il s'agisse de monsieur Balladur ou de madame Cresson, qui ont été en leur temps Premiers ministres, aujourd'hui, s'ils bénéficient encore de ces avantages, c'est plus pour un confort dans leurs déplacements, d'avoir un chauffeur et un véhicule, que pour leur activité politique. - Les anciens présidents, eux, ont droit en plus à une équipe de collaborateurs, un loyer pour des bureaux et une retraite à vie de plus de 5000 euros bruts par mois.
N.Sarkozy et F.Hollande coûtent ainsi chaque année environ 3 millions d'euros à l'Etat.
Faut-il y mettre fin? Y a-t-il d'autres dépenses plus importantes à rogner? - F.Bayrou: Toutes ces questions doivent trouver des réponses d'une absolue transparence. - Pour cela, F.Bayrou a missionné R.Dosière, ancien élu socialiste, engagé depuis de longues années sur la moralisation de la vie politique.
Ces 3 prochains mois, il doit évaluer les rémunérations des élus, jusqu'aux ministres. - R.Dosière: Je prends un exemple.
Un ministre aujourd'hui a une rémunération nette 2 fois supérieure à la rémunération moyenne d'un cadre français. Est-ce que la responsabilité d'un ministre, les décisions qu'il peut être amené à prendre, sont à peu près de même nature que celles d'un cadre dans une entreprise française? Voilà des questions, des rapprochements que l'on pourra faire. - Des comparaisons, aussi, avec ce qui se fait chez nos voisins.
Mais pour R.Dosière, il ne faut pas occulter les progrès réalisés depuis déjà une quinzaine d'années, avec la création notamment de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. - R.Dosière: Concernant les parlementaires, les rémunérations pour frais professionnels, qui n'étaient pas contrôlés jusqu'à il y a quelques années et qui pouvaient constituer un revenu supplémentaire, aujourd'hui, sont contrôlés.
Par contre, s'agissant des ministres, les rémunérations pour frais professionnels sont mal définies et ne sont pas contrôlées. Il y a encore quelques progrès à faire. - L'an passé, le Sénat avait un temps voté la suppression des avantages des anciens présidents et Premiers ministres.
Un amendement finalement rejeté par les parlementaires en commission mixte paritaire. - C.Roux: Votre réaction à ce reportage? - R.Bacqué: En vérité, c'est très peu. - C.Roux: Ca permet de faire très peu d'économies? - R.Bacqué: Voilà.
Mais sur le plan de la symbolique, ça marche toujours. Les politiques sont toujours vilipendés. En réalité, le niveau de vie des élus, des ministres, a beaucoup baissé en 30 ans.
D'ailleurs, ça a entraîné aussi une plus grande faiblesse du recrutement, si je puis me permettre...
Il y a toujours des abus, un ministre qui est logé, nourri, blanchi...
Mais en vérité, les salaires ne sont pas énormes. - C.Roux: Par rapport aux responsabilités, c'est ce que laisse entendre R.Dosière. - R.Bacqué: Si vous êtes ministre de l'Intérieur ou ministre de l'Economie, vous êtes tout le temps sur le pont, plus qu'un cadre dans une banque.
Ce n'est pas la même ampleur de responsabilités. Par ailleurs, vous êtes étrillé toute la journée par les réseaux sociaux, les médias...
Ce n'est pas non plus une espèce de gâche extraordinaire. La mission des politiques s'est beaucoup dévalorisée. Symboliquement, on peut faire attention, mais... - C.Roux: Est-ce qu'on se perd collectivement quand on va dans ce genre de débat?
Est-ce que ce n'est pas le sujet posé, quand on parle de l'ampleur de la dette... - R.Bacqué: On peut éviter les abus, mais ça ne réglera pas la question. - T.Porcher: Il n'y a pas de cagnotte cachée, on ne trouvera pas des milliards.
Peut-être quelques dizaines de millions...
Mais il ne faut pas penser que derrière ça, on va trouver des sommes hallucinantes. Après, il y a eu la série de scandales qu'on a pu avoir, des petits et des gros, comme celui de Cahuzac...
On avait un ministre du Budget avec un compte en Suisse. Ou bien J.Castex qui a pris un jet privé, payé par le contribuable...
Ce sont des petites choses dont on parle beaucoup, qui font la une de la presse et qui alimentent une forme de capacité des politiques à profiter plus que le reste de la population et à ne pas être engagés pour le reste de la population. - C.Michel-Aguirre: Il y a 2 choses qui se jouent dans l'esprit des gens.
La première est de l'ordre de la symbolique. Dans leur manière de vivre, les palais de la République, les huissiers, les repas...
Dans Paris, on brûle les feux rouges...
Dans leur manière de vivre, les Français n'ont pas l'impression que le personnel politique soit comme eux. Il y a là-dessus un vrai sujet de réflexion, qui ne doit pas être populiste et qui doit se demander s'il est logique qu'un huissier ouvre la porte à un ministre. C'est ça que ça exprime. "Est-ce qu'ils se rendent compte de notre difficulté à vivre?
Est-ce qu'ils vivent comme nous?" C'est une 1re question et il y aurait des efforts de symbolique à faire. Après, il y a une question beaucoup plus large, qui alimente tout ça, c'est l'efficacité de la dépense publique.
On ne va pas ouvrir ce débat maintenant... - C.Roux: On en reparlera. - C.Michel-Aguirre: Derrière ce côté privilèges et retraite à vie, les gens posent une question fondamentale: où va l'argent?
François Bayrou