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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 12 avril 2021 25 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleTravail & emploiSantéÉconomie & entreprises

Anne-Cécile Mailfert : "Dans les plans de relance, le mot 'femmes' n'est même pas prononcé"

Au micro : Léa SalaméSource d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:21OuverteRéponse directe

    Donnez-nous un exemple précis de la régression de la condition des femmes depuis un an que dure l'épidémie de Covid.

  • 3:31OuverteRéponse directe

    Un exemple qui vous a particulièrement frappé ces derniers mois ?

  • 5:20OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez un exemple précis d'une régression majeure depuis un an concernant les femmes à cause du Covid ?

  • 6:06RelanceRéponse directe

    Expliquez-nous en quoi le télétravail va être un problème pour les femmes.

  • 7:34FerméeRéponse directe

    Est-ce qu'il y a une disposition dans ces 100 milliards de plans de relance concernant l'inégalité homme-femme ?

  • 8:38RelanceRéponse directe

    Expliquez-nous pourquoi, en 2021, spontanément, le travail de l'homme a été privilégié.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00InvitéChiffre
    « Il y a une destruction d'emplois d'à peu près un tiers. »
  • 2:10InvitéChiffre
    « Potentiellement, on va perdre une trentaine d'années d'égalité en droit entre des femmes et des hommes. »
  • 3:58InvitéChiffre
    « 30% de femmes ont eu des difficultés à payer leur loyer. »
  • 6:07PrésentateurChiffre
    « 40% des femmes ont consacré 4 heures par jour aux enfants. C'est le double des hommes. »
  • 6:14PrésentateurChiffre
    « Les femmes sont 21% à avoir arrêté de travailler pour s'occuper des enfants. C'est le double des hommes aussi. »
  • 7:42InvitéFait
    « Il n'y a d'ailleurs même pas le mot femme qui est prononcé dans les plans de relance. »
  • 8:32InvitéFait
    « La crise sanitaire et le confinement ont confirmé. Le mouvement naturel a privilégié le travail de l'homme par rapport à celui de la femme. »
  • 10:58InvitéFait
    « On a eu l'espoir à un moment donné que les choses changeraient et que notamment la reconnaissance, la rémunération des infirmières, des aides-soignantes et des médecins, qui sont de plus en plus souvent des femmes, allaient changer. »
  • 12:03InvitéFait
    « Les violences conjugales ont augmenté, et notamment et de manière aiguë lors du premier confinement. »
  • 14:29InvitéFait
    « La loi date de 2000 ans. Nous devrions aller dans les lycées et les collèges trois fois par an. »
  • 15:49InvitéFait
    « On a développé un programme qui s'appelle Stand-Up qui vise à former les jeunes et les moins jeunes au harcèlement de rue. »
  • 18:14InvitéPromesse
    « Si 100 milliards, si à chaque fois qu'on donne un euro à une entreprise, on dit en échange, respectez l'égalité, s'il vous plaît, ça c'est légat conditionnalité. »

Temps de parole

  • Invité35 %
  • Présentateur23 %
  • Invité 215 %
  • Présentateur 213 %
  • Invité 39 %
  • Locuteur non identifié4 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin trois invités dans le grand entretien du 7-9 pour faire un point précis sur la dégradation de la situation des femmes en raison de l'épidémie de Covid. Plusieurs enquêtes alarmantes ont été publiées ces dernières semaines. Elles pointent toutes le risque d'une grande régression pour les femmes sur les plans personnels, professionnels et économiques.

0:29
Invité

Avec nous ce matin, Dominique Joseph, bonjour à vous. Vous êtes secrétaire générale de la Mutualité française, vous êtes conseillère au Conseil économique, social et environnemental et co-rapporteur de l'Avis du CESE, une de ces enquêtes dont parlait Nicolas, intitulée « Crise sanitaire et inégalité de genre ». Gada Atem est avec nous également. Bonjour. Nous vous avons reçu à plusieurs reprises à ce micro. Vous êtes gynécologue obstétricienne, vous dirigez la Maison des Femmes à Saint-Denis, un centre médico-social ouvert à toutes les femmes en difficulté ou victimes de violences.

0:58
Présentateur

Et enfin, pour finir ce tour de table, je salue Anne-Cécile Méffert. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter. Vous présidez la Fondation des Femmes qui a aussi publié une étude sur l'impact de l'épidémie sur les inégalités femmes-hommes avec un volet économique sur lequel on va s'arrêter longuement. Pour commencer, et la question on va la poser à chacune d'entre vous, donnez-nous un exemple précis de la régression de la condition des femmes depuis un an que dure l'épidémie de Covid. Un exemple qui vous a particulièrement frappé. Anne-Cécile Méffert, pour commencer.

1:34
Invité

Moi, ça me fait penser à une conversation que j'ai eue il y a deux jours avec Mina Hadjam, qui est une association à la Courneuve, qui m'expliquait la situation d'Anissa, qui a 44 ans, qui était femme de ménage en première ligne dans les hôpitaux pendant la première crise de Covid, pour le premier confinement, pardon, qui était vraiment sur le front et qui, là, aujourd'hui, se retrouve dans une situation très difficile parce que les emplois de femmes de ménage sont parmi les emplois qui sont les plus touchés, en fait, par cette crise. Il y a une destruction d'emplois d'à peu près un tiers.

Et donc, c'est des régressions de conditions de vie vraiment dans les faits, pas dans les droits, mais dans les faits en France. Une régression que nous, on évalue à peu près une trentaine d'années qui sont devant nous. Potentiellement, on va perdre une trentaine d'années d'égalité en droit entre des femmes et des hommes. Mais ça veut dire quoi, concrètement, quand vous dites « Attention, on va revenir à une situation qui est équivalente à celle des années 80 ? » Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait, ce qu'il faut comprendre de la situation dans l'emploi en France, c'est que les femmes et les hommes ne font pas les mêmes métiers, ne sont pas dans les mêmes secteurs.

Ce n'est pas ce qu'on souhaite, mais c'est la réalité. Et donc, en fait, quand on a une crise comme celle qu'on traverse, c'est une crise qui va affecter de manière disproportionnée certains secteurs plutôt que d'autres. Et donc, on va avoir, par exemple, les emplois dans la vente qui sont extrêmement touchés. Et ça, c'est des emplois que ce sont d'abord les femmes qui sont vendeuses. Et on va avoir d'autres emplois qui vont, au contraire, être boostés comme les emplois dans le numérique. Qui sont plus masculins. Qui sont beaucoup plus masculins, voilà. Et donc, en fait, on a très concrètement, là, en ce moment, des destructions d'emplois dans des secteurs très féminins.

Et on a d'autres secteurs qui sont, en plus, boostés par des plans de relance qui vont se développer. Donc, le décrochage des femmes est un risque réel. Et moi, j'alarme là-dessus. C'est vraiment ce que j'aimerais bien faire passer comme message ce matin. C'est qu'il faut se mobiliser de manière très urgente, citoyens, citoyennes, mais surtout l'État, les pouvoirs publics, pour essayer au maximum d'endiguer ce phénomène qui risque de nous faire perdre 30 ans de progrès. Vous allez nous donner vos solutions dans un instant. Mais d'abord...

3:22
Présentateur

Dominique Joseph, oui, l'avis du CESE souligne que la crise sanitaire est en effet un miroir grossissant des inégalités entre les femmes et les hommes. Donc, un exemple, même question, qui vous a frappé ces derniers mois ? Nous, ce qui nous a frappé dans les différentes auditions qu'on a menées pour établir notre avis, c'est, par exemple, alors ça a un impact économique, c'est pendant le confinement, le premier confinement, alors qu'elles n'avaient pas de difficultés à payer leur loyer, de par les impacts de perte d'emploi ou de temps partiel ou d'activité partielle, eh bien, 30% de femmes ont eu des difficultés à payer leur loyer.

Ce qui est assez choquant parce que ce sont des personnes qui, normalement, se débrouillent, entre guillemets, je vais mettre ce mot-là comme ça, pour assumer ces charges-là. Et de fait, elles ont eu des difficultés au premier confinement. Des femmes seules avec enfants ? Essentiellement, des femmes seules avec enfants, puisqu'elles sont quand même très... Elles sont plus nombreuses et, surtout, elles ont subi de plein fouet, je dirais, un cumul de difficultés. Alors, si j'y rajoute un autre élément, c'est celui du... Pour nous, en mutualité française, ça nous parle beaucoup. C'est la question du recours aux soins. Et on a quand même une vraie difficulté pour accéder aux soins.

Et les femmes en situation monoparentale ont renoncé à des soins. Alors, bien sûr, parce que certains services étaient fermés, mais quand même, parce qu'elles se disaient, par exemple, qu'il ne fallait pas embêter les personnels qui étaient sur le front, comme on a dit. Et surtout, ces femmes, elles ont aussi renoncé aux soins pour leurs enfants. Et il y a un double recul aux soins, c'est pour les femmes et pour les enfants.

5:14
Invité

Alors, par rapport à une médecin, comment, même question que pour nos deux premières invitées, est-ce que vous avez un exemple précis d'une régression majeure depuis un an concernant les femmes à cause du Covid ? Oui, bien sûr. Nous, notre sujet, c'est en partie les droits sexuels et reproductifs. Et je me souviens très bien de cette jeune fille de 14 ans qui est arrivée pour consulter trois semaines après le délai légal pour avorter. Et parce qu'elle ne pouvait pas sortir de chez elle, elle ne pouvait rien dire à ses parents. Et puis, elle ne pouvait plus partir à l'étranger, puisque les frontières étaient fermées.

Donc, en matière d'accès à l'avortement, ça a été une période extrêmement compliquée pour toutes les structures. Et l'autre chose qui m'a frappée, c'est qu'on n'a jamais fait autant d'aide alimentaire à la maison des femmes. Ce qui n'est pas notre objectif premier, pas du tout. Ça, c'était terrible.

6:00
Présentateur

Anne-Cécile Mayfer, en analysant les confinements, vous établissez que 40% des femmes ont consacré 4 heures par jour aux enfants. C'est le double des hommes. Les femmes sont 21% à avoir arrêté de travailler pour s'occuper des enfants. C'est le double des hommes aussi. Et vous prévenez, la généralisation du télétravail va être un problème pour les femmes. Expliquez-nous en quoi, pourquoi ?

6:24
Invité

Le télétravail, ça peut être quelque chose de très intéressant, qui peut améliorer des conditions de vie, mais ça peut être aussi quelque chose de catastrophique, quand il n'est pas pensé en termes de genre, en termes d'égalité entre les femmes et les hommes, de qu'est-ce que ça fait sur les femmes, le télétravail, versus qu'est-ce que ça fait pour les hommes. Et c'est vrai que nous, ce qu'on appelle à faire, c'est dans les futures négociations qu'il va y avoir sur le télétravail, de vraiment prendre en compte cette question, pour être certaine que lorsqu'on demande aux femmes de télétravailler, elles soient dans de bonnes conditions. Est-ce qu'elles ont une pièce pour télétravailler ?

Est-ce qu'elles ont un équipement ? Est-ce que les enfants, alors évidemment, quand en plus il y a un confinement, les enfants sont là, donc on a un impact différent sur les femmes et sur les hommes quand on télétravaille. Et ça, ça reste impensé à ce stade. C'est absolument impensé, mais comme d'ailleurs c'est un impensé, les plans de relance ne prennent pas en compte cette question. Et ça, c'est vraiment un des grands problèmes aujourd'hui, parce que les régressions que je dénonce et sur lesquelles on alerte à la fondation des femmes, ce n'est pas une fatalité.

On peut tout à fait, au contraire, profiter, excusez-moi de dire ça, mais profiter de cette crise, entre guillemets, profiter de la relance qui s'amène et des 100 milliards qui vont être dépensés, pour piloter, pour dire tant qu'à mettre 100 milliards, autant mettre 100 milliards en direction de plus d'égalité entre les femmes et les hommes. Et là, je vous assure qu'on va gagner des années d'égalité. Est-ce qu'il y a une disposition dans ces 100 milliards de plans de relance concernant l'inégalité homme-femme ? Non, il n'y a pas de disposition concernant l'inégalité homme-femme. Il n'y a d'ailleurs même pas le mot femme qui est prononcé dans les plans de relance.

C'est pour vous dire à quel point ça n'est pas pensé. Et d'ailleurs, la France, c'est un exemple typique, négatif. Et si on prend à l'inverse les États-Unis, Joe Biden, dans ses premières mesures, qu'est-ce qu'il fait ? Il met en place des dispositifs sur la garde d'enfants, parce que ça fait partie des choses qui sont extrêmement importantes en télétravail. Il ne faut pas que les femmes se retrouvent en télétravail à faire la lessive, garder les enfants, etc. Parce que sinon, c'est du double travail. Et donc, Joe Biden, une des premières choses qu'il fait, c'est qu'il va être très incitatif sur la garde d'enfants.

Et donc, nous, on demande, et ça fait partie des recommandations, mais je crois qu'avec le CESE, on est tout à fait sur la même ligne. On demande à ce que les plans de relance prennent en compte ces sujets-là, mettent en place des choses très fortes en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes pour accompagner plus d'égalité. Dominique Joseph, vous l'avez montré dans ce rapport du CESE, ce que dit Anne-Cécile Méffert, vous le confirmez. La crise sanitaire et le confinement ont confirmé. Le mouvement naturel a privilégié le travail de l'homme par rapport à celui de la femme.

Expliquez-nous pourquoi, en 2021, spontanément, sans pression extérieure, mais spontanément, le travail de l'homme a été privilégié. Parce qu'il gagne plus que la femme et donc c'est son job qui doit être privilégié ?

8:51
Présentateur

Je ne vais pas parler de fatalité parce que je crois qu'Anne-Cécile n'aimerait pas, on n'aimerait pas, mais néanmoins, il y a une empreinte très forte et ce que l'on appelle les stéréotypes de genre. C'est-à-dire qu'il y a des métiers qui sont très masculins. Alors, il faut aller chercher les raisons à la base. La base, c'est quoi ? C'est la formation, c'est dès l'école. Dès l'école, on va dire qu'un métier du soin, le prendre soin, l'accompagnement, être infirmière, on parle justement, être infirmière et non pas être infirmière. Tout ça, c'est genré. Ce sont des métiers qui, a priori, sont plus naturellement dédiés aux femmes parce qu'elles ont plus de bienveillance, plus d'écoute.

Et d'autres métiers, parce qu'ils sont techniques, réparer une voiture, s'occuper demain, interroger demain les systèmes de données, par exemple. Là, c'est peut-être plus dédié aux garçons, aux hommes. Et tout ça, c'est à la base. C'est-à-dire que dès l'enfance, dès l'école, ces stéréotypes de genre, ils sont ancrés. D'accord, mais les choses changent quand même, non ? Oui, les choses changent, mais c'est long à faire changer. Et là, la crise, en fait, comme le disait Anne-Cécile, nous fait régresser. Parce que c'est vrai que les milliards qui ont été mis dans le plan de relance, ils sont ciblés vers des métiers masculins, ceux du tech, ceux, par exemple, de l'écologie.

La transition écologique, ils sont aujourd'hui majoritairement occupés par des hommes. Et donc, tous les métiers qui sont aujourd'hui féminisés, eh bien, on ne trouve pas dans le plan de relance de milliards tracés vers ces milieux-là, y compris pour préparer les reconversions professionnelles. Radha Athème, est-ce que vous l'avez constaté aussi, ce mélange d'une charge mentale plus forte et d'une angoisse grandissante sur le plan du travail, de la peur du chômage ? Vos patientes aussi vous le disent ou pas ?

10:45
Invité

Bien sûr, mais avant mes patientes, je voudrais parler de mes collègues. On parle des métiers féminins qui ne sont pas essentiels. On a bien vu qu'à l'hôpital, les métiers étaient très essentiels et très féminins. Et on a eu l'espoir à un moment donné que les choses changeraient et que notamment la reconnaissance, la rémunération des infirmières, des aides-soignantes et des médecins, qui sont de plus en plus souvent des femmes, allaient changer. Ça n'a pas été vraiment au rendez-vous. Et donc ça, c'est dommage parce que nous sommes aussi essentiels que la culture et que vous. Et puis évidemment, les patientes, oui, bien sûr, parce que... Peut-être plus. Peut-être plus que nous, en tout cas.

Tout est essentiel. Mais les patientes, oui, notamment les patientes qui avaient des facilités. Par exemple, certaines, le seul repas chaud qu'ont les enfants, c'est à l'école. Pas d'école, pas de repas chaud, comme on fait. Et toute cette pression, sans même parler du fait de télétravailler et de faire travailler les enfants, a eu un impact considérable sur les femmes. Et si on rajoute à ça le fait qu'une partie d'entre elles étaient enfermées avec leur agresseur et que toutes les jeunes femmes et celles qui vivent avec quelqu'un qui est dans le contrôle absolu n'avaient plus aucune possibilité, oui, la situation est devenue particulièrement angoissante.

Un mot sur les violences faites aux femmes, justement. On a remarqué au bout d'un an que les féminicides avaient baissé. En revanche, les violences faites aux femmes, les violences conjugales ont augmenté, et notamment et de manière aiguë lors du premier confinement. C'est ce que vous avez vu aussi ? Est-ce que vous avez l'impression que sur le deuxième ou sur le troisième, ça va un peu mieux, entre guillemets ? Non ? Tout à fait. Nous avons fait aussi une petite étude avec une étudiante de Sciences Po qui est allée dans quatre pays où il y avait quatre équivalents de maisons des femmes, et la situation était pareille partout.

C'est-à-dire qu'augmentation des violences à la maison, normale, moins de féminicides parce que les femmes ne pouvaient pas partir, et la plupart du temps, on les tue quand elles partent. Et ce qui était paradoxal au premier confinement, c'est que les lignes d'appel d'urgence étaient surchargées, les lieux d'accueil étaient déserts, parce que les femmes avaient aussi super peur de sortir, l'impression qu'elles allaient mourir en mettant le nez dehors. Donc il faut y penser. Qu'est-ce que vous avez vu comme évolution, Anne-Cécile Méffert, sur les violences faites aux femmes sur cette année ?

Alors nous c'est vrai qu'on a été extrêmement présents parce qu'on a financé, on a reversé près de 2 millions d'euros qu'on avait récoltés grâce à nos donateurs et donatrices aux associations partout en France. Et ce qu'on a pu voir, c'est qu'il y a quand même eu une réponse assez... que moi je voulais vraiment saluer des pouvoirs publics parce que, à nouveau dans un message d'optimisme, quand les pouvoirs publics se bougent, ça marche. Quand les pouvoirs publics écoutent ce que disent les associations sur le terrain, ça fonctionne. Les policiers ont été extrêmement réactifs, la justice aussi.

Et il y a eu une baisse des féminicides parce qu'on a réussi à mieux protéger un peu au dernier manion de l'échelle. Et donc là, ça a permis d'éviter un certain nombre de féminicides. Et pour le coup, dans d'autres pays, la situation était bien pire que ce qui s'est passé en France. Et pour moi, la baisse des féminicides qui continue aujourd'hui s'explique aussi parce qu'il y a une plus grande mobilisation des pouvoirs publics et des associations. Parce qu'on en a beaucoup plus parlé qu'il y a 3, 4, 5 ans. Pas plus parlé, parce que les faits ont suivi les paroles. Et donc nous, on aimerait que les faits suivent les paroles aussi en termes d'égalité économique entre les femmes et les hommes.

13:58
Présentateur

Sur ce sujet des féminicides, bonjour Dominique. Filons aux standards d'Inter. Bienvenue.

14:03
Auditeur

Bonjour à tous et bonjour à vos invités. Donc, face aux féminicides, que pensez-vous, mesdames, de mettre en place à l'école une éducation à la communication affective et sexuelle ? Et ceux de la maternelle lycée. Merci.

14:21
Présentateur

Merci à vous, Dominique, pour cette question. Radha Athem, pour commencer le tour de table, que pouvez-vous répondre ?

14:27
Invité

Eh bien, cette éducation existe. La loi date de 2000 ans. Nous devrions aller dans les lycées et les collèges trois fois par an. Ça ne se fait pas, malheureusement. Et puis, le fait que les écoles aient été fermées fait que nous n'avons pas pu intervenir aussi souvent que les années précédentes. Et ça, c'est vraiment dommageable. Parce qu'à chaque fois, nous rencontrons des jeunes en difficulté qui viennent nous voir ensuite en consultation pour parler des violences subies à la maison, des incestes et de toutes ces choses absolument dramatiques.

14:56
Présentateur

Sur le rôle de l'école, Dominique Joseph ? Rôle de l'école essentiel. Et comme le disait Radha à l'instant, ça existe. La loi le prévoit, mais ce n'est pas effectif. Donc, c'est à remettre sur le devant de la scène et que les pouvoirs publics, j'allais dire, prennent en compte l'exécution réelle de cette formation dès le plus jeune âge. C'est une de nos préconisations, tout comme une sensibilisation grand public. Parce que je crois qu'il faut se faire réconcilier ce qui est prévu dans la loi et la prise de conscience par le grand public des réalités de dysfonctionnement ou de ces fameux stéréotypes dont j'ai parlé. Anne-Cécile Lefebvre ?

15:38
Invité

Oui, et puis les jeunes sont un peu obligés ensuite de se tourner vers Internet, vers les réseaux sociaux, pour apprendre tout un tas de choses. Et il y a un peu tout et n'importe quoi sur ces médias. Alors nous, à la Fondation des Femmes, on a développé un programme qui s'appelle Stand-Up qui vise à former les jeunes et les moins jeunes au harcèlement de rue. D'ailleurs, c'est aujourd'hui la semaine du harcèlement de rue qui commence. Et avec Stand-Up, l'idée, c'est de former 120 000 personnes en ligne au harcèlement de rue.

Mais évidemment, la meilleure chose, c'est quand même de pouvoir aller aussi voir les étudiantes, les étudiants, les élèves dans les écoles, ce que fait d'ailleurs Radha Atem, y compris en plus de son travail de gynécologue dans les écoles, merveilleusement. Alors, deux réactions. Une femme, un homme sur l'appli France Inter. Alexandra, considérez-vous que les hommes ont moins souffert pendant la pandémie ? Loïc, je suis un père célibataire, je vis dans 25 mètres carrés avec mon fils. Est-ce une question totalement genrable ? Réponse, mesdames. Qui veut répondre ? Radha Atem. Les hommes souffrent aussi, c'est ça qu'ils vous disent. Mais tout le monde souffre. Ça n'est pas réservé aux femmes.

Et effectivement, si le métier des uns et des autres fait que le travail à la maison doit être possible, il doit l'être pour tout le monde. C'est évident.

16:44
Présentateur

Anne-Cécile Méffert, sur la double question que posait Léa.

16:48
Invité

Le genre, c'est quelque chose qu'on a mis sur des grandes masses. C'est-à-dire que vous avez toujours des exemples d'hommes qui vivent des choses terribles et bien plus terribles que certaines femmes, ça c'est sûr. Mais maintenant, si on veut faire progresser la société dans son ensemble, il faut aussi voir des choses sur lesquelles on peut agir aussi de manière sociétale. Et donc l'État, il peut, avec ce plan de relance, avec les plans de relance, et nous c'est vraiment, on appelle à des plans de relance féministes, s'il vous plaît. C'est quoi un plan de relance féministe ?

Un plan de relance féministe, c'est un plan de relance qui prend en compte le fait que quand on injecte 100 milliards, ça n'a pas le même effet sur les femmes et sur les hommes, surtout si on ne se pose pas la question. Et donc quand on injecte 100 milliards sur les secteurs de la transition verte, sur les secteurs numériques par exemple, et bien ça n'a pas le même effet sur les femmes et sur les hommes. Ça va booster l'emploi dans certains secteurs qui sont extrêmement masculinisés aujourd'hui, versus, moi je pense par exemple à la caissière, qui voit elle que son poste de travail est de plus en plus menacé, y compris par des caisses automatiques, mais surtout par Amazon.

Et d'un autre côté, lorsque Amazon crée des emplois, il en crée très très très très peu, et quand il en crée, c'est plutôt des logisticiens. Donc en fait, si on ne réfléchit pas à ça, on va emmener, avec ces 100 milliards, on va emmener notre pays vers plus d'inégalités entre les femmes et les hommes. Et je vous assure que même les hommes vont en souffrir. Ils répondent quoi au ministère de l'économie, à Bercy, quand vous leur dites ça, l'une et l'autre ?

Alors a priori, nous, ce qu'ils ont répondu, un journaliste qui leur posait cette question par rapport à notre rapport, c'est qu'en fait, s'ils mettaient des conditions, parce que c'est ça qu'on demande aussi, c'est des conditions, c'est-à-dire si 100 milliards, si à chaque fois qu'on donne un euro à une entreprise, on dit en échange, respectez l'égalité, s'il vous plaît, ça c'est légat conditionnalité, ça ne coûte pas un euro de plus, et ça marche en plus, et ça permettrait de faire avancer l'égalité. Quand on dit ça à Bercy, ils nous disent, il faudrait vérifier tout ça, c'est trop compliqué. Trop compliqué, c'est ce qu'on vous a répondu aussi.

18:39
Présentateur

Oui, c'est trop compliqué, et puis c'est la question des données genrées, parce que nous n'avons pas, ou les ministères n'ont pas tous, la culture des données genrées, c'est-à-dire pouvoir mesurer, et quand on peut mesurer, on peut trouver les corrections.

18:54
Invité

La réalité, c'est qu'ils s'en fichent un peu, de la même manière qu'il y a très peu de femmes dans les différentes instances de décision sur la crise et sur le lendemain, pour le moment, en tout cas, ça n'a pas été pris en compte. Mais ça peut changer, et c'est pour ça d'ailleurs qu'on est là ce matin, c'est parce qu'on est, en tout cas moi, c'est parce que je pense que c'est tout à fait possible d'ouvrir les yeux là-dessus, et de se dire que ce serait quand même mieux d'avoir l'égalité à l'avenir.

19:14
Présentateur

Mathilde est au standard, bonjour, bienvenue. Bonjour. On vous écoute.

19:20
Locuteur non identifié

Alors moi, j'avais une remarque sous forme de question. Est-ce qu'il ne serait pas tant, aujourd'hui, de prendre en compte le fait que les femmes, très souvent, lorsqu'elles vivent des violences, se préparent à partir, surtout quand elles ont des enfants ? Simplement, elles ont besoin d'avoir sur le marché, les femmes du milieu populaire, une offre de travail et une offre de logement qui leur permettent de construire cette indépendance qui leur permet de faire vivre leurs enfants.

Et donc, le problème, c'est qu'il n'y a pas les logements à des niveaux de loyer qui leur permettent de pouvoir faire face, accompagnés d'un travail qui soit payé, normalement, c'est-à-dire à 1 200 euros, plus effectivement les crèches ou en tout cas les lieux d'accueil des enfants pour leur permettre de travailler. Il n'y a pas cette offre. Et donc, la plupart du temps, lorsqu'elles sont amenées à aller en foyer, c'est que vraiment toutes les cases ont été dépassées.

20:18
Présentateur

Merci, merci pour eux.

20:19
Locuteur non identifié

C'est pas seulement la peur qui les empêche de partir, c'est aussi le fait qu'elles n'ont pas les solutions économiques et sociales qui leur permettent de faire face.

20:28
Présentateur

Merci pour votre intervention. Radha Athème, un mot, et puis Dominique Joseph.

20:32
Invité

Ben oui, l'hébergement, c'est une catastrophe. C'est pour ça que nous sommes sur un projet, nous, d'ouverture d'un lieu d'hébergement pour les 18-25 ans et nous aimerions que tout cet argent serve aussi à ça, le retour à l'emploi, l'hébergement. Mais il faut aussi penser d'abord et avant tout à sortir le conjoint violent. Ça serait quand même mieux que les femmes restent dans leur environnement avec leurs enfants, dans la sécurité et le quotidien

20:54
Présentateur

qu'elles connaissent. Dominique Joseph. Oui, en complément de ce que vient de dire Radha, c'est le logement d'urgence, mais c'est après urgence. Et d'où la préconisation que nous formulons au CESE, dans nos préconisations, c'est celle d'un fonds mutualisé de logement national pour prendre en compte parce que quand il y a difficulté, quand on part de chez soi, c'est le problème d'avoir des disponibilités pour pouvoir avancer le dépôt de garantie, pour pouvoir avancer par exemple la caution locative. Et ça, aujourd'hui, c'est un frein à l'accès au logement.

Et ça rassurerait non seulement les bailleurs, mais surtout, ça permettrait d'avoir un logement dans le temps et d'avoir cette indépendance. Sur l'application de France Inter, Ignatus dit la chose suivante. Il est clair qu'à court terme, la condition des femmes est impactée négativement par la crise actuelle. Mais ne pensez-vous pas que c'est aussi un accélérateur du changement sur le long terme, un catalyseur pour que les jeunes femmes s'engagent dans des voies aujourd'hui trustées par les hommes, dans des formations plus numériques et que surtout puissent imposer un autre partage des tâches liées aux enfants. Anne-Cécile Méffert, ce scénario que trace Ignatus ?

22:05
Invité

C'est un scénario qui est sur la table, mais c'est un scénario qui peut-être ne va pas être le scénario privilégié si on ne fait pas attention à ça. Donc oui, en fait, absolument, on peut, grâce à ces plans de relance, grâce à cette crise, effectivement, on peut aller vers plus d'égalité. C'était aussi ce qu'on s'était dit au début du confinement, en se disant, tiens, qu'est-ce qui se passe ? Expérimentation grande en nature, qu'est-ce qui se passe quand les femmes, mais les enfants sont tous ensemble à la maison, qu'il n'y a pas de réunion le soir, qu'il n'y a pas de boulot plus important que ça ? Eh bien, qu'est-ce qui se passe ?

Malheureusement, les mauvaises habitudes reprennent vite le dessus et malheureusement, on voit qu'il y a de manière disproportionnée les femmes qui vont avoir plus de charge mentale et charge affective, enfin domestique et tout type de charge. et donc malheureusement, si on ne fait rien, s'il n'y a pas d'incitation, on ne va pas, et surtout si l'incitation va plutôt vers des métiers masculins, on ne va pas aller vers plus d'égalité.

Mais ce scénario est sur la table et ce qu'il faut faire, c'est prendre ce virage-là, c'est ce que fait la Nouvelle-Zélande, c'est ce que font les Etats-Unis, c'est ce que d'ailleurs appelle, la Commission européenne appelle à ça aussi, il faut absolument prendre cette direction-là et c'est entre les mains de Bercy et il faut quand même se rappeler que les 100 milliards, c'est les femmes et les hommes qui vont les payer. Donc nous, on va payer 100, enfin nous les femmes, on va payer 100 milliards qui vont peut-être nous amener dans le mur, c'est quand même un peu...

Alors est-ce qu'on peut être, pour terminer, optimiste comme Ignatus et se dire que ça peut être un virage positif ce qui nous arrive là pour les femmes ?

23:31
Présentateur

Dominique Joseph ? Je vais être positive. Bah essayez. Oui, à condition que, à condition que, par exemple, ce que porte la Fondation des Femmes, que les 18 préconisations de l'avis du CESE soient bien accaparées par tous les décideurs, quel que soit leur niveau, pouvoir public, voire employeur, voire les personnes elles-mêmes, les citoyens, nos concitoyens, pour peser et faire en sorte que, je dirais, cette situation soit une opportunité. Alors je vais être un petit peu réaliste quand même, c'est pas au bout, on en est quand même à plus d'un an de confinement, de plusieurs confinements et ce n'est pas ce que nous constatons. Oui, et pour vous, Radha Athème, dernier mot ?

24:11
Invité

Moi, plutôt optimiste, mais je pense que c'est du côté de chez M. Blanquer qu'est la solution. Il faut que les filles se saisissent de tous ces métiers, il faut qu'elles ne subissent pas, il faut qu'elles arrêtent d'être des victimes et qu'elles prennent le pouvoir et ça commence au berceau.

24:25
Présentateur

Voilà, donc, merci et l'éducation nationale. Merci à toutes les trois. Merci bien. Dominique Joseph, Radha Athème, Anne-Cécile Méffert, merci d'avoir été à notre micro ce matin. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada