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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 10 mai 2026 24 minActualité / polémiqueÉconomie & entreprises

"La FIFA est l’organe non étatique le plus puissant du monde" : affirme le journaliste Simon Bolle

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:22OuverteRéponse directe

    La FIFA, en quelques mots, qu'est-ce que c'est ?

  • 3:44OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez subi des pressions pendant ces deux ans de cette enquête qui a envahi votre vie, comme vous dites ?

  • 17:15OuverteRéponse partielle

    Qu'est-ce qu'il vient faire là ?

Temps de parole

  • Présentateur32 %
  • Invité31 %
  • Présentateur 228 %
  • Auditeur8 %

2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Un grand entretien ce matin à un mois tout juste de la Coupe du Monde, coup d'envoi le 11 juin prochain avec le match Mexique-Afrique du Sud. Une Coupe du Monde hors normes organisée aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique. Toutes les démesures, 48 équipes, 104 rencontres et l'occasion de nous arrêter sur une organisation qui est l'objet de beaucoup de controverses et depuis des années maintenant. La FIFA est de l'homme qui a un statut de quasi-chef d'Etat qui en a à la tête le président Gianni Infantino. Question, réaction chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Simon Boll, bonjour.

Vous êtes grand reporter à l'équipe, auteur de FIFA Connection, enquête sur le système Infantino. Ça vient de paraître chez Flammarion. C'est un livre d'investigation au long cours. Plus de 110 sources, deux ans d'enquête sur cet homme mystérieux, énigmatique qui dirige la FIFA depuis dix ans. Rémi Dupré, bonjour. Journaliste au pôle investigation du monde et spécialiste des affaires. Et elles sont nombreuses liées à la FIFA. Beaucoup de questions à vous poser, mais on va partir du plus simple. La FIFA, en quelques mots, qu'est-ce que c'est ? Alors la FIFA, c'est l'instance fêtière du football mondial. Elle organise le football à travers le monde. Elle participe au développement du football.

Elle redistribue une grande majorité de ses revenus aux 211 fédérations nationales membres qui la composent. C'est la World Company. C'est la World Company. Mais c'est une association a priori à but non lucratif. Elle a son siège en Suisse. Simon Bolle, c'est beaucoup plus compliqué que ça.

1:54
Invité

Oui, tout à fait. Elle a son siège à Zurich, mais c'est une association qui génère des milliards de dollars. Elle avait prévu de générer entre 2023 et 2026 13 milliards de dollars qu'elle promet de réinvestir dans le football à 90%. Mais la question est toujours à qui profitent ces réinvestissements ? Est-ce que c'est vraiment au football ou à ses plus hauts dirigeants politiques ?

2:16
Présentateur

Elle est financée par les droits télé, le marketing, la billetterie. Elle est arrosée par de généreux sponsors, le pétrolier saoudien Aramco, Adidas, Coca-Cola, Hyundai, Visa. Je ne vais pas faire la liste. Mais dans votre livre, Simon Bolle, FIFA Connection, enquête sur le système Infantino, c'est compliqué d'enquêter sur un homme pareil parce qu'on a l'impression qu'il est aussi puissant qu'un chef d'État. Rien de moins ?

2:41
Invité

Oui, tout à fait. On pourrait même penser que la FIFA est l'organe non étatique le plus puissant du monde. Et Infantino se comporte même comme un chef d'État. On l'a vu récemment rencontrer le président à l'Alségérie. Quand il est allé au Congrès dernièrement au Canada, il a réclamé un niveau d'escorte comparable à celui d'un chef d'État de niveau 4, qui est celui équivalent à Donald Trump et qui est supérieur au Premier ministre canadien. Donc on voit qu'il veut asseoir son niveau de pouvoir. Et quand on enquête sur lui, quand on se déplace à Miami, au Qatar, quand on va en Suisse, en Italie, en Allemagne, il y a une réelle omerta face à un mur du silence.

Et c'est très compliqué de convaincre les sources de parler, même quand elles sont sorties du jeu, finalement. Et c'est ça qui est très difficile. Il y a 110 sources, mais il y a peut-être le double triple de refus et de personnes qui y refusent même de répondre.

3:29
Auditeur

Mais c'est pour ça que c'est intéressant de raconter les coulisses de l'enquête, parce que beaucoup de sources veulent rester anonymes. Parce que aussi, vous avez bien sûr sollicité Gianni Infantino et vous l'appelez le fantôme, parce que vous l'avez sollicité par de nombreux biais qui ne vous a jamais répondu. Est-ce que vous avez subi des pressions pendant ces deux ans de cette enquête qui a envahi votre vie, comme vous dites ?

3:49
Invité

Il y a eu plus de pressions plus ou moins directes, des intimidations aussi à la fin. Mais on va dire qu'il y a eu une petite anecdote, c'est quand j'ai essayé de gratter sur la fondation, qui est aussi un aspect de la FIFA qui aide les associations et non les fédérations. La FIFA a envoyé un message à ces associations en leur disant de ne pas me répondre. Et quelques mois plus tard, une des associations m'a envoyé un message pour avoir les coordonnées des dirigeants de l'association, parce qu'elle était une sens nouvelle de ses aides et de ses dirigeants. Donc c'était un petit peu le comble de l'histoire.

4:24
Auditeur

Ça ne va pas forcément être très confortable pour vous de suivre, par exemple, le Mondial, puisque vous êtes journaliste foot à l'équipe. C'est peut-être plus simple d'être dans un service d'investigation, Rémi Dupré. Comment ça se passe dans ces cas-là, quand vous vous enquêtez, vous, sur la FIFA ?

4:38
Présentateur

Alors, plus simple, non.

4:41
Auditeur

Est-ce qu'il y ait moins de mesures de rétorsion sur des matchs ou des choses comme ça ?

4:44
Présentateur

Pas nécessairement. Alors après, moi, je trouve que la grande chance de Gianni Infantino, c'est qu'il n'intéresse pas grand monde. Il a, d'une certaine manière, créé cette distance avec les médias pour se protéger. Il ne répond à aucune demande d'entretien. Il ne tient pas de conférences de presse. Et à la différence de son prédécesseur Seb Blatter, qui adorait finalement débattre avec les journalistes anglais qui lui mordaient les mollets durant tout son règne, Gianni Infantino, il n'entretient pas ça. Et j'allais dire, avant la remise du prix de la paix à Donald Trump, qui a beaucoup fait jaser en décembre 2025, le grand public ne connaissait pas Gianni Infantino.

Le fantôme Infantino, d'ailleurs, dit Simon Boll, il a inventé ce prix de la paix qu'il a remis à Donald Trump dans des conditions totalement aberrantes. Et on le voit proche du président américain, proche du prince héritier saoudien MBS. Il est extrêmement puissant, mais c'est un homme qui raconte par son itinéraire la puissance et l'opacité de la FIFA ? Oui, il représente un peu tout ça, dans la mesure où il a, d'une certaine manière, prolongé les mœurs et le mode de gouvernance qui était en vigueur sous Seb Blatter et sous Jaoua Vlanche, ses prédécesseurs.

Et donc, d'une certaine mesure, cette opacité, cette absence de démocratie interne, ce verrouillage de l'appareil de la FIFA, c'est pas nouveau. Il n'a fait que prolonger ce qu'ont fait ses prédécesseurs. Et notamment, il y a eu ces controverses après les attributions de la Coupe du Monde, par exemple, à la Russie en 2018 et au Qatar en 2022. Et c'est une vieille histoire, puisqu'elle remonte à 2010. Simon Boll, pourquoi est-ce que c'est si stratégique ou si important d'attribuer ce moment où le comité exécutif d'une vingtaine d'élus se réunit, d'attribuer une compétition à un pays ?

6:40
Invité

Parce qu'on voit que les Coupes du Monde, aujourd'hui, ont un pouvoir d'attraction énorme. Une de mes sources me racontait que la FIFA était assise sur une propriété d'ordre exceptionnel. Et il suffit de regarder les derniers organisateurs des Coupes du Monde. On a la Russie en 2018, le Qatar en 2022. On va avoir les Etats-Unis avec le Canada et le Mexique en 2026, l'Arabie Saoudite en 2034. Ce sont tous des acteurs...

7:03
Présentateur

Vous oubliez 2030, où il y aura là pour le coup une configuration un peu plus classique

7:08
Invité

avec Portugal, Espagne et Maroc. Tout à fait, plusieurs pays, plusieurs continents pour en contenter toujours plus. Mais ce sont à chaque fois des acteurs qui sont pas seulement du football, mais des acteurs tous d'ordre géopolitique mondial. Et c'est pour ça que la FIFA a un rôle toujours plus important dans le foot, mais aussi dans le monde.

7:25
Auditeur

Rémi Dupré, c'est intéressant de raconter comment il est arrivé. Comment est-ce qu'il est devenu président ? Parce qu'au fond, rien ne l'est prédestiné. Il a des origines plutôt modestes. Ça a été assez moqué d'ailleurs. Et puis, il arrive à la tête de la FIFA en trahissant tout le monde, notamment Platini.

7:40
Présentateur

La revanche sociale, c'est le carburant de Gianni Infantino, très clairement, qui est un dirigeant rongé par l'argent et le pouvoir, cette soif de pouvoir. Et il était, finalement, il est arrivé à la tête de la FIFA au bon moment. Il était là au bon moment et au bon endroit. En plein chaos, lui, il promettait la transparence, il promettait la réforme. Il a profité, d'une certaine manière, des déconvenus éthiques et judiciaires de Seb Blatter et de Michel Platini, son mentor.

Et on voit, à travers cette histoire de 2015-2016, son ascension au pouvoir, toute la, j'allais dire, l'habileté de ce personnage de l'ombre qui était méprisé, d'une certaine manière, par Michel Platini comme un juriste un peu grisâtre, sans envergure, et qui, aujourd'hui, devient un homme de pouvoir, un vrai homme de pouvoir. C'est un grand stratège.

8:29
Auditeur

Vous pourrez nous raconter, justement, cette trahison, Simon Boll ?

8:33
Invité

On est à un moment, en fait, en 2015-2016, où tout va très vite parce qu'on est au moment du FIFA Gate, une grande série de scandales. On se rappelle des arrestations des hauts cadres de la FIFA avec les draps blancs à Zurich.

8:46
Auditeur

Tout ce corrompu, tout ce considéré comme corrompu, ils ont été blanchis plus tard.

8:49
Invité

Oui, en tout cas, et tout va très vite. Ensuite, Seb Blatter, obligé de remettre son mandat à disposition. Michel Platini est lui aussi emporté par les affaires. En fait, en coulisses, très vite, Janine Fantido s'impose comme le plan B. Au mieux, c'est un coup de génie. Au pire, c'est une instrumentalisation. En tout cas, il a été blanchi par la justice suisse sur ce... Il a été blanchi par la justice, il faut le rappeler. Tout à fait. Mais on a toujours senti, par le passé, c'est là, moi, que j'ai insisté et que j'ai voulu gratter aussi là-dessus sur les années avant 2016, que c'était déjà le cas, en fait, avant.

Ça a toujours été quelqu'un qui est venu du foot d'en bas par une famille très modeste aussi, vous l'avez rappelé. Mais dès 2007, par exemple, quand Michel Platini est élu à l'UFA, il a déjà senti le vent tourner aussi en coulisses. Il s'est mis dans son sillage pour trahir l'administration précédente du Suédois, pardon, Lénard Durasson.

9:35
Présentateur

Est-ce qu'on peut dire qu'il est en train de profondément transformer ce qu'est le foot mondial ? C'est-à-dire vraiment accompagner le football dans une dimension supplémentaire vers le foot spectacle, le foot business. Pour la première fois, il y aura ce qu'on appelle des pauses fraîcheurs de trois minutes pendant une Coupe du Monde, au milieu de chaque mi-temps, pendant les matchs. Trois minutes de pauses fraîcheurs, ça veut dire trois minutes de pub, télé, en vérité. Simon Bolle.

10:00
Invité

Oui, on les a vus d'ailleurs dès le mois de mars avec l'équipe de France lors de sa tournée aux Etats-Unis. Il ne faisait pas très chaud d'ailleurs et ces pauses fraîcheurs ont été imposées et sont autant d'occasions de faire aux diffuseurs des pages de publicité. C'est un petit peu l'illustration d'une FIFA qui est dénaturée par tous ses intérêts politiques et financiers. Et la Coupe du Monde est aussi très décriée pour tous ses tarifs prohibitifs au niveau de la billetterie.

10:24
Présentateur

Alors ça, c'est un vrai sujet, la billetterie. Rémi Dupré, vous avez l'un et l'autre enquêté là-dessus. Mais c'est sidérant. Racontez-nous justement comment est-ce que les prix ont pu exploser à ce point pour un spectacle qui est supposé être un spectacle populaire qui réunit des centaines de milliers de personnes physiques et des milliards sur la Terre.

10:45
Invité

Justement, oui, la Coupe du Monde est censée être la promesse d'une compétition populaire. Et c'est là aussi que Gianni Infantino renie ses racines. Le dossier de candidature américain promettait des places à 21 dollars. Aujourd'hui, on n'a rien en dessous de 300 dollars. Il y a même les places pour la finale qui ont été rehaussées à 30 000 dollars récemment. 30 000 dollars pour une place pour un match de foot ? Pour la finale, oui, tout à fait. Et Gianni Infantino a récemment déclaré qu'il y avait 25% des places en dessous de 300 dollars, ce qui était acceptable. Ce qui veut aussi dire que les trois quarts sont au-dessus de 300 dollars.

11:18
Auditeur

C'est déjà un budget, 300 dollars ?

11:19
Invité

Oui, tout à fait. Et finalement, selon les dernières études, si un supporter français veut aller aux Etats-Unis pour un match de poule de l'équipe de France, il doit débourser tout confondu un SMIC environ.

11:29
Présentateur

Rémi Dupré ? Cette tendance inflationniste, elle est un peu représentative de ce qu'est devenue la Chifa et cette mégalomanie, cette volonté de toujours faire plus d'argent. Gianni Infantino à Vancouver récemment plastronait en disant voilà, on va organiser de 2026 à 2034 la Coupe du Monde sur cinq continents. C'est toujours plus. On étend les frontières du football au maximum et finalement, on revient à l'essence du foot business. Et la FIFA, aujourd'hui, elle se démarque par cet aspect, on va dire, toujours plus. Mais pourquoi est-ce que c'est un mal, après tout ? Avant, il y avait 32 équipes, maintenant, il y en aura 48.

Ça permet à davantage de personnes à travers le monde, à davantage de sélections, de participer à une compétition qui est, par définition, mondiale. Alors ça, c'est sur le papier. Quand on est un peu plus cynique dans l'approche, dans le regard qu'on porte sur la FIFA, bien évidemment, il y a un système clientéliste en place avec ce système qui repose sur une voie par fédération. Donc, le fait d'avoir élargi, finalement, le nombre de participants à la Coupe du Monde permet à Gianni Infantino de consolider son assise électorale. Expliquez-nous ça. Et c'est comme, d'une certaine manière, les programmes de développement qu'il a, j'allais dire, créés et l'argent qu'il redistribue aux...

Créer des stades, offrir des ballons, aider les pays les moins développés, c'est en fait pas toujours suivi d'effets. Alors voilà, il y a la grande question autour de ces financements, c'est la traçabilité. Où va l'argent ? Est-ce que cet argent est véritablement investi dans le football ? Ça, la question s'était beaucoup posée sous cette blataire. Elle se pose aussi sous Gianni Infantino.

13:10
Auditeur

Rémi Dupré, puisque vous parlez d'inflation, vous avez révélé, vous, le salaire de Gianni Infantino. Là aussi, il y a de l'inflation quand même.

13:17
Présentateur

Alors oui.

13:18
Auditeur

En 2024, même.

13:19
Présentateur

En épluchant les documents fiscaux américains, puisque la FIFA est exonérée d'impôts aux Etats-Unis, on voit bien que la FIFA a dépensé plus de 6 millions de dollars pour Gianni Infantino. C'est à peu près 4 fois ce qu'il gagnait en 2016 quand on compte les bonus, les différents avantages en nature. Et c'est deux fois plus que son prédécesseur. Et c'est deux fois plus que son prédécesseur. Donc on voit bien que l'argent chez Gianni Infantino est aussi un carburant.

13:50
Auditeur

Et Simon Bolle, justement, sur la traçabilité des programmes dont on parlait tout à l'heure, effectivement, on ne sait pas exactement où va l'argent ?

13:57
Invité

Justement, ce programme Forward, en fait, c'est la base de tout parce que c'était déjà le nom du programme de campagne de Gianni Infantino. Il a ensuite redonné à son programme de financement.

14:07
Auditeur

C'est censé être plus ou moins caritatif, en fait, le programme de développement.

14:09
Invité

L'idée, en fait, c'est de financer les fédérations nationales pour les aider à se développer, à rénover leurs infrastructures, à lancer des programmes de formation auprès des arbitres, des éducateurs. Des gamins aussi. C'est indispensable, oui.

14:22
Présentateur

Il y a un ancien salarié de la FIFA qui vous dit des ballons, on en a envoyé des centaines de milliers, mais la FIFA sera incapable de dire s'ils ont atterri dans des écoles, s'ils ont été vendus au marché du coin ou s'ils sont encore dans un conteneur en train de prendre la poussière.

14:35
Invité

Tout à fait. J'en ai même un autre qui me raconte que finalement, ils faisaient des projets en Asie, en Afrique, ils finançaient des compétitions locales, ils n'avaient aucune preuve si elles avaient vraiment lieu. En fait, le résumé, c'est un petit peu d'une autre source qui dit que le système n'est pas vraiment fait pour faire avancer les choses sur le terrain, mais plutôt pour faire des amis ou en tout cas ne pas se faire d'ennemis parce que finalement, on finance les fédérations qui sont les électrices à chaque congrès. C'est un cercle vertueux ou vicieux selon le point de vue.

15:03
Présentateur

Oui, selon le point de vue. Il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur l'application Radio France. À quel moment est-ce que le football cesse d'être un langage universel dans les pieds de Pelé, Maradona, pour ne citer que, bon, ça date quand même, mais pour devenir un outil de puissance, un outil économique économique aux mains d'un Infantino prince de Zurich ou même président du monde, écrit un auditeur ? Alors, ce qu'a réussi quelque part d'un Infantino, outre avoir multiplié les revenus de la FIFA, c'est d'avoir, d'être parvenu à refaire de la FIFA une institution qui siège à la table des gouvernements, des agences des Nations Unies, des cercles d'affaires, comme il l'a dit récemment.

Et ça, très clairement, la volonté de Gianni Infantino, c'est d'apparaître comme un dirigeant supra-étatique au-dessus des États qui va parler d'égal à égal avec les grands dirigeants pour parler des questions de paix, de diplomatie. Et ça, là-dessus, j'ai l'impression que c'est un peu l'une de ses grandes réussites depuis dix ans. L'une de ses grandes réussites depuis dix ans, il y a, malgré tout, quelque chose de si différent entre la FIFA et des organisations, par exemple, de foot business, de sport business comme la NBA aux États-Unis ou comme la NFL pour le football américain. Qu'est-ce qu'il y a de différent au fond par rapport... Le foot ne fait pas exception dans le monde du sport ?

16:33
Invité

Non, mais je pense que son modèle est le plus universel. On voit que le foot attire le plus de monde possible. On voit qu'il y a cinq milliards de supporters dans le monde. Il y a le plus de pratiquants. Et la FIFA aussi est un modèle

16:47
Présentateur

de fédération.

16:50
Invité

Son but n'est pas de générer de l'argent à son essence. Là où les ligues ont un modèle qui est plus économique à leur sens.

16:58
Auditeur

Rémi Dupré, on a du mal à comprendre quand même qu'est-ce qu'il vient faire Jenny Infantino auprès de Mohamed Ben Salman ou dans un sommet sur le cessez-le-feu à Gaza par exemple en 2015 ou auprès de Donald Trump dont on ne comprend pas exactement quelle est la nature de leur relation. Qu'est-ce qu'il vient faire là ?

17:16
Présentateur

Pour répondre sur Donald Trump, la relation Trump-Infantino s'explique par les collusions d'intérêts entre les États-Unis et Jenny Infantino. Il faut rappeler qu'en 2016, ce sont les États-Unis qui aident Jenny Infantino à être élue président de la FIFA.

17:30
Auditeur

Et est-ce que c'est une contrepartie d'avoir la Coupe du Monde après ?

17:33
Présentateur

Et la question se pose puisqu'on connaît le rôle qu'a joué Jenny Infantino dans l'attribution en 2018 de la Coupe du Monde notamment aux États-Unis. Aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Il a poussé clairement la candidature américaine et on comprend ce lien, la remise de ce prix de la paix dont on ne sait pas comment il a été financé, qui l'a décidé en interne. Il y a une espèce d'opacité autour de ce prix. Ce lien Trump-Infantino, il ne s'explique que par cette espèce de renvoi d'ascenseur mutuel entre les deux hommes. Et il y a des cas très politiques. Par exemple, on est en pleine guerre avec l'Iran.

Il y a le cas de l'Iran qui s'est qualifié pour la Coupe du Monde sur le plan sportif dont la participation était incertaine. Le président de la fédération iranienne qui est un ancien membre des Gardiens de la Révolution a été refoulé à l'aéroport de Toronto pour le congrès FIFA. Infantino dit « Bien entendu, l'Iran jouera aux États-Unis » et Trump répond « Si Gianni l'a dit, alors je suis OK. » Comme si les deux hommes parlaient d'égal à égal ou même que Gianni Infantino dictait une forme de politique à Donald Trump.

18:36
Invité

C'est sidérant. Oui, c'est un bon résumé surtout que Donald Trump avait déclaré quelques mois plus tôt qu'il n'était pas contre un forfait de l'Iran et récemment un de ses conseillers a dit qu'il remplacerait bien l'Iran par l'Italie. Mais c'est aussi une illustration du bourbien un petit peu géopolitique dans laquelle la FIFA se met en remettant un prix de la paix à Donald Trump et sachant que son code interne impose une neutralité politique envers les chefs d'État et les gouvernements.

Aujourd'hui, l'Iran doit participer à la Coupe du Monde aux États-Unis et la FIFA a invité l'Iran à son siège dans les prochaines semaines et aujourd'hui elle est un petit peu dans une position inconfortable. Comment l'Iran va se comporter sur son camp de base aux États-Unis ? Comment sa sécurité va être assurée ? Sachant que l'Iran et les États-Unis vont peut-être se retrouver en 16e de finale et il peut se passer encore beaucoup de choses sur la scène géopolitique d'ici là.

19:26
Présentateur

Quand vous enquêtez sur le système Infantino et sur la FIFA, est-ce que ça vous empêche malgré tout d'être tous les deux fans de foot et d'apprécier le spectacle ? Là, on est en pleine Champions League évidemment, il y a la finale qui arrive à la fin du mois mais est-ce que ça altère votre amour pour le sport quand on est à l'équipe

19:47
Invité

Simon Boll ? Non, au contraire, moi je suis un amoureux du sport et c'est pour ça que c'est plutôt un cri du cœur et le fait de voir le foot parfois dénaturé par tous ces enjeux financiers, politiques et relégués au second plan et je pense que la Coupe du Monde pour tous on a tous des souvenirs qui nous ramènent à notre enfance on sait tous où on était lors de la finale de 2018 lors de la finale de 1998 bon moi je suis un petit peu jeune et même en 2022

20:13
Auditeur

Vous allez pouvoir continuer à raconter les matchs sachant très tranquillement sachant que vous avez fait des révélations qui peut-être gênent les instances du foot

20:24
Invité

En tout cas je pense que c'est important aussi quand on voit que toutes les oppositions étaient silenciées même qu'en interne les contradictions sont très étouffées que les médias aussi jouent leur rôle de contre-pouvoir aussi dans un monde qui est très étouffé et je pense que c'est important de faire ce travail

20:44
Présentateur

Alors quand vous décrivez un système opaque et une organisation ultra puissante on se demande est-ce qu'on peut la réformer Rémi Dupré Infantino vient d'annoncer qu'il sera candidat à sa succession en 2027 puisqu'il doit être réélu et il a déjà le soutien de plusieurs confédérations de foot notamment africaines, asiatiques sud-américaines comment est-ce qu'il les tient pour le dire aussi simplement il y a des ex-cadres de la FIFA qui vous disent qu'ils seraient capables de faire passer un amendement pour rester au-delà de ce qui devrait être son dernier mandat Alors c'est vrai que les congrès de la FIFA ressemblent un peu à ces congrès qu'on peut voir en Corée du Nord en Chine et c'est vrai qu'il peut rester aux manettes de la FIFA jusqu'en 2031 alors les mauvais Parce que ce qui est génial c'est qu'on vote à main levée en plus il a voulu la transparence Il a été réélu en 2019 et 2023 par acclamation c'est comme l'attribution du mondial 2034 à l'Arabie Sudite il y a 18 mois pareil on décide par acclamation tout est comme ça fait de manière très antidémocratique et ce qu'a réussi Gianni Infantino comme l'avait fait Seb Latère avant c'est finalement tenir ses électeurs tenir ses grandes confédérations continentales notamment l'Afrique en ayant bétonné son royaume verrouillé son royaume en étant très proche des dirigeants locaux et il a cette Des dirigeants à la fois sportifs et des dirigeants politiques Il cultive cette proximité aussi avec les chefs d'Etat et c'est vrai qu'on voit bien qu'il utilise les vieilles ficelles qu'utilisait son prédécesseur Seb Latère la seule différence c'est que les revenus aujourd'hui sont beaucoup plus massifs les financements des fédérations électrices sont beaucoup plus massifs donc il n'a rien inventé Gianni Infantino il ne fait que perpétuer la vieille FIFA malgré ce qu'il dit New FIFA

22:29
Auditeur

Il a trahi sa promesse en réalité parce qu'il est arrivé en se présentant comme un monsieur propre

22:32
Présentateur

Il n'a jamais mis en place les réformes qui avaient été votées juste avant son élection il devait être un président qui était non exécutif il décide aujourd'hui de tout de manière très verticale donc on voit bien qu'effectivement d'une certaine manière il a trahi les promesses faites aux électeurs en 2016

22:49
Auditeur

Mais Simon Bol vu ce système jusqu'où il peut avoir le soutien des fédérations jusqu'où il peut rester et se maintenir grâce à l'appui du terrain et de la base

22:58
Invité

On a l'impression en tout cas que le système ne va jamais changer puisqu'il est décidé par le haut et par les fédérations et les confédérations asiatiques et africaines notamment sont les plus dépendantes de ces programmes de financement dont on a parlé tout à l'heure donc on ne voit pas pourquoi ça va changer rapidement en tout cas

23:13
Présentateur

Et puis ce sont des continents qui ont envie de participer aux compétitions et donc leur accorder la possibilité d'accéder aux qualifications de la coupe du monde d'entrer dans les sélections et les poules c'est quand même quelque chose qui mobilise des pays entiers en tout cas c'est absolument passionnant de s'intéresser à cette organisation qui je le répète est assez étrange complexe dont on a du mal à mesurer la puissance sinon à vous lire Simon Boll FIFA Connection enquête sur le système Infantino ça vient de paraître chez Flammarion je rappelle que vous êtes grand reporter à l'équipe et Rémi Dupré vous êtes journaliste au pôle investigation du monde spécialiste de la FIFA bon courage pour essayer de débusquer la vérité un jour peut-être on saura comment a été attribuée la coupe du monde au Qatar ou à la Russie par exemple un jour peut-être bonne journée messieurs merci merci vous aussi