Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 26 février 2024 24 min

Salon de l'agriculture : "Personne n'a condamné les violences" contre Macron, déplore Agresti-Roubache

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin la secrétaire d'État chargée de la citoyenneté et de la ville dans le grand entretien du 7-10. Questions et réactions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Sabrina Agresti-Roubage, bonjour ! Bonjour ! Bonjour ! Soyez la bienvenue, c'est la première fois qu'on vous reçoit à ce micro dans le 7-10. Vous venez de Marseille, vous êtes député des Bouches-du-Rhône et vous êtes rattaché au ministre de l'Intérieur et au ministre de la Transition écologique.

On va parler de la politique de la ville, de la sécurité, mais commençons d'abord par ce week-end mouvementé au Salon de l'Agriculture. La visite d'Emmanuel Macron a été perturbée samedi par la colère d'une partie des agriculteurs. On sait au grand débat qu'il voulait organiser. Il a inauguré le Salon avec plusieurs heures de retard, même s'il y a passé l'essentiel de la journée. 13 heures. Voilà, l'opposition a parlé d'un fiasco. Qu'est-ce que vous répondez sur les événements de ce samedi ?

1:10
Sabrina Agresti Roubache

Alors, je réponds plusieurs choses. Un, il y a quelque chose, moi, qui me frappe, qui me choque. C'est bien la ministre marseillaise qui vous répond, que dans la classe politique, personne n'est condamné les violences. Moi, je suis stupéfaite. C'est le président de la République. Alors, qu'on ne soit pas d'accord, qu'on puisse venir discuter. Il a dit, je viens faire un grand débat. Il n'a pas dit, je viens me défiler. Il aurait très bien pu dire, oui, effectivement, vous savez, les renseignements, il les avait. Il savait dans quel contexte il arrivait. Un, pas de condamnation des violences. Des violences contre les policiers, mais des violences contre le président de la République.

C'est le président de la République. On ne peut pas se comporter n'importe comment. Mais même, ça va plus loin.

1:42
Présentateur

Ça va plus loin, par exemple. Pardon, je vous coupe. Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, a déclaré, nous ne voulons pas de cette violence, mais nous la comprenons. Non, mais comprendre. Qu'est-ce que vous pensez venant du premier syndicat à l'école ?

1:54
Sabrina Agresti Roubache

On peut la comprendre, mais on ne peut pas la justifier. Entendre, ce n'est pas justifié. Ce n'est pas acceptable. Que la classe politique dans son ensemble, vous savez, tous les hommes politiques ont déjà fait une campagne dans leur vie. Ils sont exposés. On est tous exposés. Même moi, ministre, à mon petit niveau, je suis exposée. C'est-à-dire ne pas condamner la violence, c'est-à-dire des gens qui viennent pour en découdre et pour s'en prendre physiquement au président de la République. Mais c'est quoi, ça ? C'est qu'en réalité, on banalise la violence.

C'est-à-dire là où on veut expliquer aux jeunes des quartiers prioritaires, parce qu'on en parlera tout à l'heure, que la violence, on la condamne. Eux ne la condamnent pas en leur grade et qualité. Mais c'est un scandale. Moi, je suis scandalisée. Mais heureusement, et heureusement, je le redis, les policiers étaient là, la police et les gendarmes ont réussi à sécuriser. Mais après, on note aussi que le président de la République, il n'est pas resté deux heures. Il est bien resté treize heures. Et il a fait son débat avec des gens qui avaient envie de discuter, de parler. Et la preuve, ils l'ont fait bouger sur des positions sur lesquelles, au départ, personne n'a bougé.

2:45
Présentateur

On va venir sur les prix planchers. Mais puisqu'il a bougé sur ça, ça a été le gros bouger du week-end, comme on dit. Vous parlez de la violence et on entend ce que vous dites. C'est parfaitement audible. Mais le Rassemblement National ou d'autres dans l'opposition disent, au fond, cette situation de chaos et de fiasco, c'est lui qui est responsable. Mais il ne prend pas ses responsabilités, avec la vraie fausse invitation... Quelle responsabilité prend le RN ? Pardon. Non, mais attendez, vous parlerez du RN.

Mais sur ce qui s'est passé sur le grand débat, il invite ou n'invite pas, finalement, on n'a toujours pas compris à cette heure, les soulèvements de la terre, ce qui fait bloquer la TNSA, etc. Lui a dit, je ne les ai pas invités, j'ai engueulé le conseiller.

3:21
Sabrina Agresti Roubache

C'est comme si vous me disiez à moi, je vais inviter l'imam Ikwissen pour discuter de lutte contre la radicalisation. Non, mais on est chez les fous.

3:28
Présentateur

Enfin, les soulèvements de la terre disent qu'ils ont reçu un contact de l'Elysée.

3:30
Sabrina Agresti Roubache

En tout cas, le président de la République l'a dit, et honnêtement... Enfin, vous, vous êtes des journalistes très sérieux, très normaux, on va dire, dans votre manière de fonctionner. Qui peut penser que le président... Je retire le dernier mot. Mais qui peut penser que le président de la République peut inviter les soulèvements de la terre pour discuter ? Alors qu'on a demandé au conseil des ministres leur dissolution, quand même.

3:50
Présentateur

Donc, il n'y a pas une part de responsabilité du gouvernement ou du président de la République dans ce qui s'est passé ? Non, la responsabilité... Pour vous, c'est 100% le Rassemblement National qui a manipulé des... Non, c'est 100%.

4:01
Sabrina Agresti Roubache

Alors, le Rassemblement National, on va parler de la coordination rurale. Il me semble bien, et c'est même les médias qui l'ont repris, moi je ne sais pas, j'y étais pas. Il y avait bien des gens qui étaient du RN. Le Rassemblement National, parce que vous nous disiez, en responsabilité, mais ils font quoi en responsabilité ? En 2019, ils votent pour la PAC, en 2021, ils votent contre, en 2024, ils vont re-voter quoi ? Enfin, ils proposent quoi ? À part venir faire des selfies et dire, ah, c'est super, le salon de l'agriculture ? Non. Qu'est-ce qu'on propose concrètement ? Moi, après, je veux bien qu'on ne soit pas d'accord avec la politique qu'on mène.

C'est même le principe de la politique, de s'opposer. Moi, je n'ai pas de problème avec l'opposition, et je vais vous dire, la bagarre en politique, elle est normale. Mais pas la violence et pas l'instrument. L'instrumentalisation, pardon, du RN.

4:43
Présentateur

Et Emmanuel Macron a accusé le RN d'être responsable de ce chahut au Salon de l'agriculture. Il a qualifié la position du RN sur l'agriculture de projet de décroissance et de bêtise. Sébastien Chenu, le vice-président du parti, lui a répondu hier dans « Questions politiques » sur Inter. « Bientôt la crise agricole, c'est la faute du RN, la guerre en Ukraine. C'est la faute du RN, la crise dans l'école. C'est la faute du RN. Emmanuel Macron n'assume aucune de ses responsabilités. Ça devient même un marqueur de sa politique.

C'est révélateur d'un président de la République perdu, qui n'assume rien, qui a utilisé sur le dos des agriculteurs ce salon pour essayer de lancer une campagne européenne. Formale, on l'a vu. Vous répondez quoi à ça ?

5:23
Sabrina Agresti Roubache

Je réponds que, regardez ce qu'a fait le président de la République sur les métiers en tension. Le fameux article qui avait mis le RN son dessus dessous, si on peut dire les choses de cette manière. Là, vous parlez de la loi immigration. La loi immigration. Il a dit, moi j'étais déjà non seulement très favorable à la régularisation d'étrangers dans les métiers en tension, parce qu'on en a besoin, et il a répondu à une demande des agriculteurs. Il fait des choses très pragmatiques. Moi je veux bien, après, vous savez, on peut philosopher. Moi perso, je ne suis pas philosophe, je ne suis pas une intellectuelle.

Puisqu'on fait de la politique, je suis ministre, j'ai été élue dans une circo contre le RN. J'ai battu le RN de moins de 700 voix. Et vous savez...

5:55
Présentateur

Enfin, la loi immigration, pardon de vous rappeler, mais vous l'avez votée avec le rassemblement social, avec la voix du rassemblement national.

5:59
Sabrina Agresti Roubache

Non, non, non, on ne l'a pas votée avec les voix, non. Ah bon ? Non, allez, mais non, non. Ah bon ? Ah bah oui. Ah non. Ils n'ont pas voté le texte. Non, vous ne pouvez pas, on ne peut pas dire ça. Non, on ne peut pas dire ça. La loi immigration, en tout cas, quand ça sort de la commission mixte paritaire, ils font plusieurs choses. Il y a plusieurs choses qui sautent, il y a plusieurs choses qui restent. Quand le président, encore une fois, je reviens sur la loi immigration parce qu'elle est importante et c'était une demande des agriculteurs. Moi, je viens d'un milieu bizarrement très paysan, puisque ma mère est née à Salon de Provence, au milieu des champs d'artichaut.

Donc, je sais exactement de quoi on parle quand on parle de la souffrance paysanne. Je dis quoi ? Je dis, il a entendu. Quand vous parlez des prix planchers, c'est qu'il a entendu. Le président n'est pas fermé. Mais après, entre le dialogue, l'énervement et la violence, moi, je fais quand même une distinction. Et qu'est-ce que propose le RN en attendant ? Il ne vote pas les lois parce que j'attends de voir ce qu'ils font là-haut au Parlement européen. Et j'attends de voir ce qu'ils proposent. Parce que dire, oui, les gens ont raison, ils sont énervés. Oh là là, vraiment, Emmanuel Macron ne fait vraiment pas de la bonne politique. Pensez que les gens attendent ça de nous ?

Vous pensez que c'est au niveau ?

6:57
Présentateur

Alors, sur les prix planchers, ça a été effectivement le bouger d'Emmanuel Macron qui s'est dit favorable à des prix planchers dans chaque filière agricole. Alors même que ces prix planchers étaient rejetés il y a un mois par le ministre de l'Agriculteur, son ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, qui estimait, je cite, que c'était une mesure démagogique qui entraînerait une concurrence déloyale sur le marché européen. Et quand les Insoumis avaient déposé une proposition de loi à l'Assemblée nationale sur les prix planchers, elle a été rejetée par votre majorité.

Et à l'époque, il y a trois semaines, la ministre Olivia Grégoire avait dénoncé des mesures, je la cite, rappelant Cuba ou l'Union soviétique. On n'est plus à Cuba, finalement ?

7:31
Sabrina Agresti Roubache

Je reprends la phrase du Premier ministre qui était finalement assez imagée. L'agriculture, c'est ni l'URSS ni le Far West. La réalité, c'est que d'une semaine à l'autre, on voit bien que les choses bougent. On voit bien que les agriculteurs, les paysans, nos paysans ont des choses à dire au Président de la République. Et de dire, j'accepte le gros bouger. Vous avez raison de l'appeler comme ça, moi aussi, hier soir en préparant, je l'ai appelé comme ça. Il a raison de revenir sur une mesure, même si les ministres avaient dit exactement le contraire. Mais finalement, c'est le président de tout le monde, c'est le président de tous les Français.

Et de dire, j'ai entendu, attention, là il y a un sujet, parce qu'il fait pareil avec moi, il fait pareil avec tout le monde.

8:10
Présentateur

Donc les ministres ont tort de dire que c'est une mesure démago qui va bousculer le marché ? Le contexte n'était pas le même. Le contexte c'était le même. Non, non. Je pense que c'était le même. Il y a changé en trois semaines.

8:19
Sabrina Agresti Roubache

Vous voyez bien la grande ne pas se calmer. Vous voyez bien que c'est même l'une des choses sur lesquelles tout le monde, tout le monde paysan, le monde agricole s'est crispé. Donc ça veut dire qu'il faut ouvrir le débat. Et je vais vous dire, la vérité, elle n'est pas d'un côté ou de l'autre, elle est forcément au milieu, elle est forcément dans l'équilibre. Dans l'équilibre, mais il faut absolument que le monde agricole et le monde paysan comprennent que le président les a entendus. Et c'est ça qu'il a voulu dire. Ce n'est pas pour contredire tel ou tel ministre, c'est pour dire, j'ai écouté les gens, je les ai entendus.

8:47
Présentateur

Alors dans votre portefeuille, il y a la lutte contre la délinquance. Vendredi dernier, vous donniez le coup d'envoi d'un Beauvau sur la prévention de la délinquance. Les chiffres du ministère de l'Intérieur sur la délinquance en 2023 ne sont pas bons. Plus 5% pour les homicides, plus 13% pour les tentatives, plus 10% pour les viols ou tentatives de viol. 63% d'augmentation en 5 ans de plaintes déposées pour coups et blessures. Le criminologue Alain Boer disait hier au JDD, le nombre de tentatives d'homicide en France est le plus élevé jamais enregistré. Comment expliquez-vous ça alors que Gérald Darmanin ne cesse de répéter que les budgets augmentent ? Pourquoi ?

Les résultats ne sont pas là.

9:30
Sabrina Agresti Roubache

Alors plusieurs choses. Dans mon portefeuille, si vous le permettez, comme ça au moins on est bien au clair. Sur le volet citoyenneté, je suis uniquement rattachée à Gérald Darmanin. Sur le volet ville, je suis rattachée à Gérald Darmanin, donc au ministre de l'Intérieur et à Christophe Béchut à la transition écologique. J'ai dans mon portefeuille la prévention de la délinquance, pas la lutte contre la délinquance, et c'est important. La lutte contre la radicalisation, l'accueil des réfugiés, les naturalisations, la laïcité. J'ai tous les sujets les plus inflammables qu'ils soient. Pourquoi ça augmente ?

Alors ça augmente parce que je pense que là, enfin je constate moi comme vous, que la société devient plus violente. Vous savez quand j'avais dit les réseaux sociaux pendant les émeutes ont transformé notre jeunesse et on n'a pas vu venir ça. Mais on n'a pas vu venir ça parce qu'on était complètement à côté de la plaque, on a oublié un truc, la prévention. Moi j'appartiens à une génération, je suis née dans le quartier le plus pauvre d'Europe, à la Belle de Mai, à Marseille. Bon, moi j'ai 47 ans. Ça existait la prévention, on faisait des choses, c'est-à-dire qu'on s'occupait des jeunes, c'est le bas du spectre la prévention.

Et quand je dis de manière un peu provocatrice, je le reconnais, que pas de consommateur, pas de dealer, qu'est-ce que je dis ? En fait il faut travailler sur les conduites addictives, on ne s'occupe pas... Le problème c'est les consommateurs ? Non, s'il n'y a pas de client dans un réseau de stupes, moi je peux vous garantir qu'il n'y a pas de réseau de stupes. Est-ce que vous venez avec moi à Marseille et que vous expliquiez autre chose aux mamans, aux collectifs notamment, dont je suis très proche et avec qui je travaille, qui ont perdu leurs enfants dans des assassinats ?

10:51
Présentateur

Puisque vous parlez de Marseille, pardon, mais les chiffres sont terribles. Les chiffres de Marseille l'an dernier... Vous parlez des assassinats. Je parle des assassinats, mais oui, parce que c'est souvent sous le fond de trafic de drogue, c'est ça qui se passe. Tout à fait, mais à Marseille, l'an dernier, 49 morts à Marseille, 120 blessés dans des fusillades liées au narcotrafic, c'est 50% de plus que l'année d'avant.

11:13
Sabrina Agresti Roubache

Combien de points de deal supprimés ? Il y a une stratégie qui a été adoptée par la préfète de police, Frédéric Camilleri, qui maintenant part dans les Sônes et on la récupère, on est bien heureux aussi dans les Sônes. Et le ministre de l'Intérieur, et moi-même. La stratégie du pilonnage, c'était quoi ? C'était de dire, il faut supprimer les points de deal. C'est-à-dire que ça, mais c'est assumé. Supprimer les points de deal, c'est quoi ? C'est réduire les parts de marché. Vous réduisez les parts de marché, forcément les parts de marché se disputent de manière plus meurtrière et violente. Donc il faut accepter les morts ? Non, il ne faut pas accepter...

Non, moi je n'accepte pas les morts, puisque je vous dis... Vous dites que c'est une victime collatérale de notre politique ? C'est une conséquence inéluctable de la lutte contre le trafic de drogue. L'autre chose, moi j'avais beaucoup réfléchi et travaillé sur le désarmement financier massif des trafiquants de drogue. Vous pensez que ça ne veut rien dire ça ? Ça veut dire quelque chose, mais ça ne peut se faire qu'à l'échelle internationale. Marseille ne peut pas, toute seule, et la France ne peut pas, toute seule, lutter contre le trafic de drogue.

Et encore une fois, juste si vous me permettez, par rapport aux mamans, justement ce collectif, le collectif avec Aïcha et Karima, elles ont perdu pour l'une un frère, l'autre un enfant qui est mon ami d'enfance, dans un assassinat, et on ne dit plus règlement de compte. Pourquoi on ne dit plus règlement de compte ? Parce que c'est des assassinats, on tue des gens, il y a des enfants qui meurent, qui tombent. Mais, de l'autre côté, on travaille sur quoi ? Sur la prévention avec ces femmes. Avec ces mères, elles ne nous disent pas, vous ne faites pas assez, vous avez tort de pilonner, au contraire, c'est elles qui...

La phrase, pas de consommateur, pas de dealer, ça vient de là, ça ne vient pas de moi, mais ce n'est pas moi qui l'ai inventé. Et l'autre chose, quand je dis qu'il faut mettre les mamans à l'abri, les mamans nourrissent, parce que voilà, vous voyez, sur la lutte contre le trafic de drogue, dans la prévention, je veux qu'on crée un statut particulier sur le modèle des repentis, c'est-à-dire qu'il y a une maman dans un quartier qui est famille monoparentale, je rappelle juste les chiffres, 30% de familles monoparentales dans les quartiers prioritaires. On les oblige, dans la très grande majorité des cas, à garder la drogue chez elles. Et elles ne parlent pas. Pourquoi elles ne parlent pas ?

Parce qu'elles ont peur. Donc, elles ont peur, il faut les protéger. Et comment les enquêteurs réussissent à remonter les filières et les réseaux de trafic de drogue ? Quand les gens parlent. Et pour leur permettre de parler, il faut les protéger. Donc, je travaille à un statut particulier pour les mères nourrissent dans les quartiers.

13:16
Présentateur

On va passer au standard d'Inter, on nous attend Farid. Bonjour, bienvenue Farid.

13:20
Auditeur

Bonjour, bonjour à tous et à toutes. Je vous remercie de me donner la parole. En fait, tout simplement, l'Allemagne, à partir du 1er avril, va libéraliser l'accès pour les adultes au cannabis, et notamment pour des raisons de sécurité et de santé publique. On a entendu dire, le ministre Darmanin, qu'il était contre la légalisation de cette merde. Le président a dit que c'était la merde des batailles. Ma question, elle est simple. Pour protéger la société française, faut-il reconstruire la ligne magie ? Non.

13:48
Présentateur

Merci Farid pour cette question. Sabrina Agresti-Roubache vous répond.

13:55
Sabrina Agresti Roubache

Alors, ce que je réponds. Regardez ce qui se passe aux Pays-Bas. Est-ce qu'on a envie de devenir un narco-État ? Moi, perso, j'ai pris la tangente. Je ne pense pas que ce soit la solution, et l'alpha et l'oméga, de la résolution du trafic de drogue. Parce que, vous savez, je reviens à mon premier sujet. La prévention sur les conduites addictives. Ça rejoint aussi le fait que j'avais réussi à stopper l'installation d'une salle de shoot à Marseille. Effectivement, vous vous y êtes opposée.

14:21
Présentateur

Ça devait être la troisième en France.

14:24
Sabrina Agresti Roubache

Absolument. Et vous savez ce que m'ont dit les habitants ? C'est des gens normaux, comme vous et moi, qui sont là, ils ont mis leurs enfants à l'école. Moi, je pense qu'il faut un accompagnement médicalisé. Il faut que les conduites addictives soient gérées en milieu hospitalier. Donner une seringue à quelqu'un pour aller se droguer, ce n'est pas faire de la prévention. Ce n'est pas ça. Parce qu'encore une fois, c'est des raccourcis faciles pour ceux qui ne sont pas confrontés au problème.

Donc non, je ne suis pas favorable du tout à une légalisation quelconque, ni du cannabis, ni de quoi que ce soit, tant qu'on n'aura pas travaillé sur, encore une fois, la prévention et les conduites addictives. Parce que consommer de la drogue, vous m'excusez, ça massacre la santé, ça massacre les aides.

14:59
Présentateur

Sabrina Gresti-Roubach, on a d'autres questions à vous poser. La remise en cause du droit du sol à Mayotte dans un instant, mais aussi, puisque vous êtes chargée de la politique de la ville, cette mesure annoncée par Gabriel Attal, qui a beaucoup fait parler, l'assouplissement de la loi SRU, qui va donc désormais intégrer le logement intermédiaire dévolu aux classes moyennes à cette loi prévue pour les plus pauvres.

Bronca de toutes les associations, neuf personnalités, dont deux anciens ministres et Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre, vous intime de ne pas remettre en cause cette loi SRU qui fait partie, selon eux, dans une tribune du Monde, des grands textes qui structurent notre démocratie. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

15:32
Sabrina Agresti Roubache

Moi, j'avais répondu, application stricte de la loi SRU, on aurait déjà réglé une partie du problème. Je suis à l'origine, juste avant d'être nommée ministre aux politiques de la ville, à la ville. J'avais fait un projet de loi, on appelle ça une PPL, j'étais commissaire aux lois, et où, justement, je reprenais la loi SRU, je n'ai pas pu la mettre avec d'autres critères, où je disais, toutes les villes de plus de 200 000 habitants, qui ne respectent pas X pourcentage de copro dégradés, c'est-à-dire que tous ceux qui dépassent, tous ceux qui n'ont pas plus de 25% de logements sociaux, c'est l'État qui reprend la main. Donc là, vous prêchez une convaincue. Moi, au moins, je suis claire.

Et je pense qu'il y a eu une mésentente... Pardon, j'ai du mal à comprendre, oui. Vous pouvez redire ? Je répète, application stricte de la loi SRU, mais parce qu'on ne parle pas de la même chose. Ce sur quoi les associations, là, nous ont interpellés. C'est sur les logements intermédiaires. C'est de dire le logement intermédiaire, exactement. Mais on veut de la mixité sociale. Moi, j'en veux. Je viens d'un quartier où il n'y en avait pas. Moi, j'en veux de la mixité sociale. Et vous faites de la mixité sociale quand vous ramenez du logement intermédiaire avec du logement social pour les grands précaires. Mais là où ils ont raison. Non, là où ils ont raison.

C'est ce que j'allais vous dire, parce qu'eux disent que c'est dramatique. Regardez, prenez l'exemple. Non mais, d'accord, qui donne les permis de construire ? Moi, je vous pose la question. Pourquoi j'ai fait cette PPL ? Vous pensez que c'est parce que j'ai du temps à perdre ? J'ai fait ce projet de loi ? Parce que ce sont les maires qui donnent les permis de construire. Ce n'est pas l'État. Moi, à Marseille, j'ai un programme de rénovation urbaine avec 650 millions d'euros en jeu dans le plan Marseille-en-Grand. Et qu'est-ce que je dis ? Je suis obligée de revenir toutes les semaines pour dire... C'était une priorité de remettre en cause la loi SRU ?

La première sécurité, c'est le logement. Ce n'est pas de remettre... Non, parce que je pense qu'on fait un raccourci sur la loi SRU. Je vous le redis. J'ai fait moi-même un projet de loi, une PPL, quand j'étais parlementaire, sur l'application stricte de la loi SRU. Et quand elle n'est pas appliquée, c'est l'État qui reprend la main. Donc moi, vous prêchez une convaincue ? On dit exactement la même chose. La loi SRU, elle est faite pour les classes moyennes ou pour les plus pauvres ? Regardez les classes moyennes, vous pensez qu'elles ne souffrent pas ?

17:22
Présentateur

Bien sûr qu'elles souffrent les classes moyennes, mais la loi SRU, elle est faite d'abord pour les plus pauvres qui n'ont pas de logement.

17:27
Sabrina Agresti Roubache

Et je dis, il va falloir accélérer et obliger tous ceux qui peuvent construire. Parce que, qu'est-ce qu'on dit d'autres maires aussi ? Vous savez, même la France c'est vaste et c'est très différent d'un endroit à l'autre. C'est de dire, il y a des petits villages, des petites communes où les maires n'ont pas de place pour construire. Est-ce qu'on ne doit pas faire un peu de différenciation ? Moi, je dis oui. En revanche, sur l'hébergement d'urgence, vous avez raison, sur le fait de protéger les plus précaires d'entre nous. Je l'ai toujours dit, la première des sécurités, c'est le logement.

Donc, oui, je les comprends, oui, je dis comme eux, puisque j'avais même fait un projet de loi qui allait dans ce sens.

18:00
Présentateur

Oui, on l'a dit, vous êtes aussi rattaché au ministère de la transition écologique. Bruno Le Maire a annoncé pour cette année une coupe d'un milliard pour ma prime Rénov', ça veut dire des milliers, peut-être des dizaines de milliers de bâtiments qui ne seront pas rénovés dans le cadre de la transition écologique. Est-ce que vous regrettez cet arbitrage, que ce soit la rénovation des bâtiments qui trinquent pour combler les déficits de l'État ?

18:24
Sabrina Agresti Roubache

Écoutez, la situation de la France, vous la connaissez mieux que moi, donc je pense que chacun peut comprendre que chaque ministère dans son pôle puisse faire un effort pour participer à l'effort national. Ça, c'est la première chose. En revanche, le fonds vert de 2 milliards, parce que ça, par contre, c'est ma partie. Moi, je ne sais pas commenter les coupes budgétaires dans leur ensemble, mais par contre, je sais commenter ce qui se passe chez moi. 2 milliards d'euros de fonds verts à la transition écologique, fléchés 15% pour les quartiers prioritaires, que je suis allée chercher auprès de Christophe Véchu. Pourquoi ?

Parce que j'avais dit, j'avais tout de suite convoqué les préfets, les sous-préfets, et les préfets à l'égalité des chances, en leur disant, mesdames et messieurs les préfets, voilà ce qu'on va faire. Je ne veux plus que dans les quartiers pauvres et dans les quartiers populaires, les enfants, on leur fasse faire des activités de ramasser les déchets le dimanche. Donc, on va leur faire faire des activités un peu de qualité. Donc, je veux qu'on regarde la qualité de leur alimentation, bien manger. Moi qui viens justement d'une famille qui a grandi au milieu de Salon de Provence avec des artichauts et des bêtes raves et tout ça. Donc, je dis, c'est important parce que nous, on mangeait bien.

Pourquoi ? Parce que nos parents faisaient attention et qu'on avait accès à des jardins, qu'on appellerait maintenant jardins fertiles, jardins ouvriers, quartiers résilients. Et je veux que cet argent serve aussi à l'habitat. C'est pour que les enfants et que les gens dans les quartiers prioritaires ne vivent plus dans l'obscurité en été et ne vivent plus dans l'obscurité en hiver. Mayotte.

19:44
Présentateur

Mayotte, Gérald Darmanin a annoncé une révision constitutionnelle pour supprimer le droit du sol sur l'île, afin de lutter contre l'immigration clandestine venue des Comores. L'ancien Premier ministre Manuel Valls s'est opposé mercredi à notre micro, à cette mesure, inutile et dangereuse selon lui, qui ne servirait pas à casser le phénomène migratoire. Supprimer totalement le droit du sol à Mayotte est très symbolique et cela ouvre un débat précisément sur ce qu'est la nation. C'est pour ça que je suis contre cette réforme inutile et dangereuse, a-t-il dit. Vous lui répondez quoi ?

20:18
Sabrina Agresti Roubache

C'est bien lui la déchéance de nationalité, il me semble. Bon, enfin, déjà, je vais lui répondre ça. La deuxième chose que je lui réponds... Elle n'est pas passée, hein ? Non, ben oui, mais bien sûr, mais bon. Enfin, il en avait quand même parlé à l'époque. Enfin, vous, mec, c'est... Oui, oui, oui, oui. Il est membre de culture politique, donc ça va, je vois à peu près où je vais. Sur le droit du sol à Mayotte, la différenciation, c'est important. Il faut voir ce que vivent nos compatriotes à Mayotte. D'accord ? Ils vivent une crise migratoire inédite, donc à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle.

Quand on parle du droit du sol à Mayotte, ce n'est pas Sabrina Agressi-Roubach qui le demande, ce n'est pas Gérald Darmanin, ce n'est pas le président de la République, ce n'est pas Gabriel Attal. C'est qui qui le demande ? C'est les Mahorais, c'est ceux qui sont victimes de ça. Est-ce qu'on peut accepter, en 2024, d'avoir des femmes qui accouchent dans des quoi-ça-quoi-ça, c'est les petites embarcations qui emmènent ces femmes, elles accouchent dans ces bateaux, dans des conditions inhumaines pour que les enfants soient français. Est-ce qu'on peut accepter d'abandonner nos compatriotes là-bas à Mayotte parce que d'un coup, on fait un débat philosophiquement, je fais un truc...

21:16
Présentateur

Ce que vous dit le LR ou le Rassemblement National, ils vous ont dit immédiatement, dans ces cas-là, puisque vous ouvrez la brèche sur le droit du sol, faisons-le partout. Il n'y a jamais de la vie. Remettons-le en cause. Que le disent.

21:26
Sabrina Agresti Roubache

Je leur laisse. Mais enfin, moi, le droit du sol, là, on parle de quelque chose de très circonscrit à Mayotte qui répond encore une fois à une demande des maorais et on parle aussi des visas territorialisés parce qu'on est sur nos deux jambes. C'est quoi le visa territorialisé ? On va essayer de faire bouger ça dans une prochaine loi sur les Outre-mer. C'est quoi ? C'est de permettre à des étrangers de faire une demande de visa de manière tout à fait légale mais d'accéder uniquement à Mayotte. Et ils ont dit quoi ? Oh là là, il ne faut pas mettre fin aux visas territorialisés,

21:55
Présentateur

ils vont tous arriver en France. Et moi, je suis pour. Il reste deux minutes, Madame la Ministre. Les JO, puisqu'on est à cinq mois du coup d'envoi, on sait qu'il y a une pénurie d'agents de sécurité. Il doit y en avoir 17 000 par jour. Où on en est des recrutements ?

22:06
Sabrina Agresti Roubache

Les recrutements, vous l'avez dit, vous faites bien de pointer ça sur les agents de sécurité. La chose, c'est qu'on se retrouve avec des grandes sociétés qui ne veulent pas répondre au marché parce qu'elles ont des marchés à l'année et ces grandes entreprises ne se portent pas preneuses des appels d'offres pour les JO. Et donc, c'est toujours la galère ? Non, ça va. La police, 10 000 policiers mobilisés, on va réussir. Moi, je pense qu'on va réussir. Je regarde les chiffres. À Marseille, à Marseille, moi, j'ai plein de... Non, mais vraiment, j'ai plein de gens qui ont monté. Je comprends votre passion Marseille et on la partage.

Non, mais ce qui se passe à Marseille, oui, bien sûr, les JO, c'est à Paris, mais c'est aussi à Marseille. Et il y a des épreuves à Marseille aussi, je sais. Merci de le rappeler. Mais sur les JO, non, non, honnêtement, je pense très sérieusement qu'on va réussir non seulement à boucler parce qu'après, bien sûr, il y a la sécurité privée, mais quand même, la première des sécurités, elle est publique. Et juste un mot, j'ai 20 000 places sur les quartiers prioritaires et la citoyenneté pour les enfants. Des quartiers prioritaires auxquels j'ai attribué 3 millions d'euros pour qu'on puisse bien les loger, bien les transporter et bien les nourrir. Alors, comment ils font

23:05
Présentateur

s'ils veulent aller voir les épreuves ?

23:07
Sabrina Agresti Roubache

S'ils veulent avoir ces 20 000 places ? Alors, des associations qui vont, c'est à la main des préfets, les associations candidates et rappelez-vous que j'avais dit dès que j'étais arrivée, on fait confiance a priori aux petites associations. Dernière question pour vous, l'arc républicain, c'est tout l'hémicycle comme dit Gabriel Attal. Pour moi, l'arc républicain, parce que je pense qu'on parle de deux choses différentes. C'est quoi ? Eux, ils ont été élus comme nous. Moi, je l'ai dit dans l'hémicycle, donc je l'assume 10 000 fois. Ils ont été élus comme moi, comme tous les députés. Première chose.

Deuxième chose, le RN, le RN, si on doit parler d'eux, je les combats et je les bats dans les urnes. Moi, quand j'étais au second tour et que je me suis retrouvée face au RN, j'étais la seule, l'une des très rares députées renaissance, enfin députées candidates renaissance, à appeler à voter NUPES pour battre le RN de partout où il se trouve.

23:52
Présentateur

Oui, parce que vous savez que vous avez suscité l'émoi dans votre majorité il y a quelques semaines. Votre président au renaissance, Sylvain Maillard, avait même demandé une suspension de séance parce que vous aviez déclaré sur la loi sectaire. On ne va pas revenir sur le... Mais juste quand Emmanuel Macron dit je n'ai jamais considéré que le RN s'inscrivait dans l'arc républicain, vous êtes d'accord avec lui ? Complètement d'accord avec lui. Merci Sabrina. Parce que je les bats aux élections donc ça tombe bien. Merci Sabrina Gresti Roubache d'avoir été à notre micro ce matin.

Salon de l'agriculture : "Personne n'a condamné les violences" contre Macron, déplore Agresti-Roubache — Sabrina Agresti Roubache · Pourquijevote