Canicule : "On a une surmortalité des personnes isolées" (Commandant Jérémie Lavergne)
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Et de retour sur CNews et sur Europe 1, toujours avec Véronique Jacquier, Paul Amard. Et nous accueillons le commandant Jérémy Lavergne, porte-parole de la sécurité civile. Bonsoir.
Merci d'avoir accepté notre invitation puisque c'est inédit. Le gouvernement active dès aujourd'hui le plan hors sec, chaleurs extrêmes dans les départements placés en vigilance rouge canicule. Le but, bien, c'est de faciliter l'ouverture des centres de rafraîchissement pour les personnes les plus vulnérables.
On voit les précisions de Kylian Salé et on en parle ensuite. Face à ce nouvel épisode caniculaire, le gouvernement active un nouveau plan, le plan hors sec, chaleurs extrêmes. Selon Maud Bréjon, porte-parole du gouvernement, cette mesure doit permettre un meilleur suivi des personnes les plus fragiles.
On va ouvrir des centres dédiés, des centres de protection, des centres de rafraîchissement dans lesquels on va pouvoir les mettre à l'abri. Le plan hors sec est l'un des points dont il a été question ce vendredi matin lors d'une cellule de crise avec les acteurs de la santé. Un secteur mis à rue d'épreuve ces derniers jours selon Didier Le Pelletier, directeur général de la santé.
Santé publique France rapporte une légère augmentation pour les consultations SOS médecins liées à la chaleur. Le nombre de passages aux urgences est également en légère augmentation. Le plan hors sec déclenché le 25 juin est maintenu à son niveau maximal.
Celui-ci permet notamment d'augmenter les effectifs au sein des hôpitaux. La mobilisation générale concerne également les feux de forêt. La sécurité civile renforce ses moyens via le protocole EFA-ISTOS.
Celui-ci permet des renforts militaires pour lutter contre les feux de forêt, comme le recours à cet avion A400N qui peut charger l'équivalent de trois canadaires d'eau. Car selon Julien Marion, directeur de la sécurité civile, ce début des saisons des incendies est exceptionnel. Nous avons depuis le début de l'année enregistré un peu plus de 8000 départs de feu dans notre pays pour une surface bruyée estimée supérieure à 25 000 hectares.
C'est à peu près le double de ce qui était mesuré l'année dernière à la même date. Ce troisième épisode caniculaire devrait durer au moins jusqu'au 14 juillet. Si beaucoup de feux d'artifice ont déjà été annulés, le défilé militaire reste maintenu sur les Champs-Elysées.
Beaucoup de supporters de football sont aussi attendus dans les rues pour la demi-finale des Bleus prévue dans la soirée. Alors commandant Jérémy Laverne, canicule, incendie, on l'a compris, situation à haut risque, situation inédite, plan hors sec chez leurs extrêmes qui a été déclenché. Alors très concrètement, on a bien compris que l'enjeu c'est de protéger les personnes les plus vulnérables face à la chaleur.
Mais concrètement, comment ça va se passer ? Par exemple, une personne isolée qui n'a pas de clim, qui est âgée, qu'est-ce qu'elle doit faire ? Alors c'est tout à fait ça, c'est tout le but de ce plan hors sec, donc organisation de la réponse de sécurité civile, donc face aux chaleurs extrêmes, qui permet déjà de se nourrir des retours d'expérience des précédentes canicules et aussi de celles qu'on a pu vivre il y a quelques mois.
Trois niveaux à ce plan hors sec, chaleurs extrêmes, aller vers, aller vers renforcer et sortir d'eux. Sortir d'eux, ça veut dire comment, une fois qu'on a identifié des personnes vulnérables, on peut les évacuer, les inviter à regagner des centres qui sont des centres sécurisés et surtout rafraîchis. Et c'est ça notamment la nouveauté de ce plan, puisque, on l'a vu dans les semaines qui viennent de s'écouler, on a vraiment une surmortalité des personnes qui sont des personnes isolées, ce qui n'était pas le cas d'ailleurs en 2003.
Alors Véronique Jacques, ça nous amène aussi à nous interroger chacun, parce qu'attention maintenant, tout le monde est concerné, on fait attention à son voisin, on fait attention à ses proches, plus âgés notamment. Ça passe aussi par là, on ne peut pas tout attendre de l'État non plus. Il faut faire attention à ses proches, à ses voisins, effectivement, à la vieille personne qui habite dans le même immeuble.
Mais il y a une bonne initiative à souligner, je crois, et je crois que les mairies n'ont pas attendu d'ailleurs le plan hors sec pour le faire, c'est qu'il y a certaines mairies qui mettent en place le fait que si vous vous inscrivez sur un fichier, on vous appelle tous les jours pour savoir si vous êtes bien hydraté, si vous n'avez pas de problème, et évidemment c'est fait pour les personnes âgées. Vous avez du personnel de mairie qui appelle toutes les personnes âgées de la commune pour savoir si ça se passe bien à leur domicile. Donc ça, c'est à souligner parce que ça marche, et c'est une bonne initiative qui mérite peut-être d'être dupliquée dans certaines mairies qui ne le font pas encore par les temps qui courent.
Ça veut dire quoi, commandant Jérémy Laverne, si j'identifie une personne qui est seule, qui est dans un logement où il fait particulièrement chaud, je l'invite à contacter davantage la mairie, je l'invite, comment ça se passe, vraiment pour être très concret ? Deux niveaux de réponse à votre question. La première, pour rebondir sur ce que vous disiez, madame, et ce que vous illustreriez, c'était ce qu'on appelle le registre canicule, en effet, géré par les mairies, où les personnes vulnérables peuvent s'inscrire et sont appelées, etc., en cas de nécessité.
On a pu le constater, les retours d'expérience des semaines qui viennent de s'écouler, et ça fonctionne à certains endroits très bien, à d'autres endroits ça fonctionne un peu moins bien. C'est malheureux, donc ça c'est une des premières choses, et c'est la raison pour laquelle ça a été intégré dans le plan hors-sec chez leurs extrêmes. L'autre point, c'est le lien social.
Ce lien social, il est très important. Vous l'avez dit, madame, on ne peut pas tout attendre du service public, et ce lien social est important, prendre des nouvelles de ses proches, et ce n'est pas forcément uniquement sa famille, ce sont aussi les gens qui nous entourent, nos voisins, etc., pour pouvoir identifier les potentiels détresses, et en effet, pouvoir organiser une mise à l'abri, ou dans des centres qui sont dédiés. 131 décès par noyade depuis le 19 juin.
Là aussi, attention effectivement aux noyades, c'est peut-être un paramètre qu'on a tendance à oublier, on a envie d'aller se rafraîchir, et il faut faire aussi très attention à ces périodes de canicule. Oui, il faut faire très attention. On a une très forte corrélation entre l'augmentation des opératures et l'augmentation du nombre de noyades.
Comment ça s'explique qu'il y a autant de noyades ? Écoutez, quand il fait très chaud, la population a tendance à aller se baigner, c'est tout à fait logique, et ça représente un risque, bien évidemment. Ce qu'on appelle l'hydrogution, c'est ça ?
Ou alors c'est la noyade ? Dans des coins qui ne sont pas surveillés, qui sont interdits ? Regardez dans le canal Saint-Martin, il y a du monde.
Et c'est bien la problématique, et c'est un des messages de prévention qu'on martèle. Il faut absolument aller se baigner dans des endroits qui sont surveillés, parce qu'en effet, on risque une noyade. Noyade ne veut pas dire forcément décès, mais en tous les cas, on risque une noyade.
Pour 2025, c'est 1400 noyades pour 408 décès. Donc c'est absolument conséquent et dramatique. Donc quelques règles de prudence, en effet, et notamment se baigner dans des zones qui sont surveillées, et surveiller ses proches, notamment quand on se baigne dans des piscines privées, par exemple.
Autre danger, commandant, ce sont bien évidemment les feux de forêt. Avec cette propagation, en ce début de vacances, plus de 25 000 hectares déjà brûlés depuis le début de l'année. Et dans des lieux, d'ailleurs, où on n'a pas l'habitude.
Je pense à l'Indre, en ce moment même, un feu dans la Drôme. Alors entre les interventions pour coups de chaleur, des sapeurs-pompiers, les malaises, pourquoi pas des seniors, les feux de végétation, est-ce que les pompiers ont suffisamment de moyens, sont suffisamment armés pour faire face à la situation ? Et on le comprend très délicat aujourd'hui sur le territoire français.
Ça prouve une chose, c'est que les forces de la sécurité civile, les sapeurs-pompiers, les militaires de la sécurité civile, les associations agréées, mais aussi les aériens, sont sur tous les fronts pour répondre à cette problématique. Donc ça, c'est déjà la première chose. Il faut saluer et louer leur engagement depuis de nombreuses semaines.
On a pu le voir, des sapeurs-pompiers partout sur le territoire. En effet, la pression au feu de forêt est très importante. On l'a vu dans votre reportage précédent.
C'est la raison pour laquelle on organise ce qu'on appelle la solidarité nationale et on déplace des colonnes de renforts qui vont aller sur l'endroit où le risque de survenance d'incendie est le plus important. Et ce n'est pas forcément d'ailleurs uniquement sur le pourtour méditerranéen, comme on a pu le connaître dans les décennies qui viennent de s'écouler, puisqu'on le voit et vous l'avez bien dit, on a des incendies qui sont dans le Limousin, qui sont dans l'Indre ou encore dans la Drôme, dans des endroits qui sont en principe inaccessibles. Donc tout le territoire peut être touché aujourd'hui par des incendies, aussi bien la Bretagne.
D'ailleurs, c'est arrivé, il me semble-t-il, sous votre contrôle l'année dernière, où il y a deux ans, la Bretagne, l'Inde, le centre de la France, tout le territoire est risqué. 2022, les mondes arrêts avaient été extrêmement touchés par un incendie important. Mais de toute façon, les effets du réchauffement climatique sont présents.
Et chaque année, quand l'ordre national d'opération est préparé, on se rend bien compte et on dispose d'ailleurs, de manière préventive, des moyens qui sont de plus en plus au nord. C'est la raison pour laquelle on a revu de manière assez profonde la stratégie et la doctrine de lutte contre les feux de forêt pour pouvoir déplacer nos moyens de manière plus rapide, en louant par exemple des hélicoptères bombardiers d'eau lourds, qu'on aperçoit sur toutes les images, et d'ailleurs sur l'image d'illustration qu'on voit en ce moment même. C'est intéressant, c'est vrai, Paul Lamar, cette location d'hélicoptères, on voit bien aujourd'hui que la sécurité civile est bien organisée.
Il y a eu un débat, on se souvient, sur ces canadaires promis par Emmanuel Macron qui ne sont pas arrivés. Bon, visiblement, on loue aujourd'hui pour faire face à ces feux de forêt. Il y a une très belle réactivité, vraiment.
Le plan Orsec et toutes les mesures que vous prenez, malheureusement, il y a eu un défaut d'anticipation. On parle du réchauffement climatique depuis combien de temps ? Depuis tant et tant et tant d'années.
Est-ce que pour autant, alors je ne vais pas accabler ce gouvernement-là, est-ce que pour autant les gouvernements successifs ont ventilé le pays ? Non, un pays bien ventilé serait un pays bien dirigé aujourd'hui. Vous avez parlé tout à l'heure de lien social.
Moi, dans mon immeuble, il y a un groupe WhatsApp qui a été créé depuis fort longtemps et qui permet à tous les voisins de se parler sans arrêt et d'échanger sans arrêt. On critique souvent les réseaux sociaux, on se plaint souvent du manque de lien social entre les voisins qui ne se disent même plus bonjour. Eh bien, grâce à ce groupe WhatsApp, tous les voisins savent ce qui se passe dans l'immeuble et se parlent aussitôt dès qu'il y a un petit problème de livraison, etc.
Et donc, il suffirait qu'une dame âgée dans l'immeuble soit fatiguée pour qu'elle le signale au groupe WhatsApp et pour qu'aussitôt on puisse intervenir. Donc moi, j'encourage tous ceux et celles qui nous écoutent à créer des groupes WhatsApp dans tous les immeubles pour créer ce lien social et pour que ce soit un premier signal d'alerte en cas de difficulté. Et c'est vrai, et ne pas se reposer uniquement sur les sapeurs-pompiers qui vont être particulièrement engagés.
Et nous pensons à eux comme ceux engagés en ce moment même en Espagne. Je vous propose de découvrir ces images en direct pour les téléspectateurs de CNews. Pour vous, chers auditeurs d'Europe 1, on voit effectivement l'Espagne qui est touchée par des feux dramatiques, un incendie très rapide qui s'est déclenché.
Alors, c'était jeudi près d'Almeria, au sud de l'Espagne. Vous voyez ces flammes qui dévorent la végétation. On compte désormais 12 morts, 23 disparus.
On va retrouver sur place Frédéric Traini, notre journaliste correspondant. Frédéric, bonsoir. Selon les autorités, certaines victimes piégées par les flammes pourraient être des citoyens étrangers.
Il y a cette information, on n'en sait pas encore plus. En tout cas, un bilan dramatique déjà en Espagne, supérieur à celui de l'année dernière. Oui, effectivement, l'incendie a débuté jeudi soir à Los Gallardos qui se situe dans la province d'Almeria, dans le sud de l'Espagne.
L'incendie a été fulgurant, très complexe selon les autorités. En quelques heures, il a dévoré 3200 hectares de forêts et de massifs avec des images de flammes complètement consternantes, terrifiantes, attisées par la sécheresse, par les températures caniculaires et par les vents violents. Le bilan est très lourd, effectivement.
Huit blessés, dont quatre grièvement brûlés. Et puis, donc, c'est 12 victimes qui ont été piégées en tentant de fuir les flammes, mais en suivant un itinéraire qui n'était pas le chemin d'évacuation recommandé. Quatre d'entre elles, effectivement, ont été retrouvées dans une voiture avec le volant à droite, donc vraisemblablement des ressortissants britanniques.
Mais les autorités attendent de faire des identifications officielles pour savoir exactement l'identité et surtout la nationalité de toutes les victimes. Une vingtaine de personnes, 23 à l'heure actuelle, sont non localisées. Alors, les autorités se disent très inquiètes à leur sujet.
L'émoi est très fort. L'émotion est très perceptible en Espagne, avec le Premier ministre Pedro Sanchez, qui a fait part de sa tristesse et de sa consternation. Les autorités andalouses se disent consternées et donc inquiètes pour les disparus.
A noter qu'effectivement, le total de victimes dépasse le total des victimes enregistrant 2025 lors des incendies en Espagne et que 55 000 hectares depuis 2026, le début de l'année, ont été brûlés. C'est plus du double que ce qui est parti en fumée l'an passé à la même période de l'année. Merci beaucoup, Frédéric.
Frédéric Traigny, correspondant CNews en Espagne. Alors, on voit ces images impressionnantes. Commandant Jérémy Lavergne, on voit à quel point la canicule, la chaleur extrême, le vent, amène à des situations incontrôlables.
C'est le cas en Espagne, fort heureusement pas encore en France. Mais voilà, attention, attention, attention. Avant ce week-end, il nous reste une minute.
Peut-être les recommandations pour tous les auditeurs d'Europe 1 et téléspectateurs de CNews. Très rapidement, puisqu'il nous reste une minute, 9 sur 10 sont d'origine humaine, qu'ils soient accidentels ou malheureusement volontaires. Donc, la main de l'homme est dans l'immense majorité des cas à l'origine de ces incendies.
Donc, prudence, on ne jette pas son mégot, on ne fait pas de barboucure aux forêts. On respecte les arrêtés d'interdiction d'accès au massif pour ne pas s'y promener. Et pour illustrer la situation espagnole, je n'aurai pas énormément de détails puisque ça ne se passe pas sur le territoire national, mais ce sont, il semblerait, des personnes qui ont évacué.
Et dans notre doctrine nationale en France, deux axes très importants, soit le confinement des populations concernées, soit l'évacuation. Et ça, ce sont des décisions qui s'en prennent au niveau local. On dit souvent que tout se passe à Paris, c'est faux.
C'est bien le commandant des opérations de secours et le directeur des opérations de secours qui prennent ce type de décision parce que, parfois, confiner la population dans des habitations en dur, ça évite une évacuation qui les soumet à un risque de panache de fumée ou de flammes et qui, surtout, va surcharger le réseau routier et empêcher les colonnes de renfort de parvenir sur les lieux du sinistre. Donc, bien écouter en local les consignes données par les acteurs locaux, les acteurs opérationnels locaux. Commandant Jérémy Laverne, un grand merci pour tous ces conseils en cette période difficile.
On pense bien à vous si vous êtes seul, si vous souffrez de la chaleur. N'hésitez pas à appeler vos voisins, n'hésitez pas à demander de l'aide. Voilà, il faut que nous soyons soudés en ces périodes difficiles.
Verné que j'acquise un grand merci. Merci Paul Amard. L'actualité continue sur CNews et sur Europe 1.
Maël Laurent, dans un instant, sur Europe 1. Et face à Philippe Devilliers, votre rendez-vous du vendredi. À très vite, chers amis.