Les romans d’amour sont-ils toxiques ?
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Bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Et aujourd'hui, nous sommes dans une grande librairie et des dizaines d'adolescentes se dirigent vers le même rayon, celui des romances. Un nouveau genre littéraire qui enflamme le monde de l'édition. L'une est fan de la collection BMR pour Beaumek Rebelle. L'autre veut terminer à tout prix la saga érotique captive où l'héroïne est séquestrée par un chef de gang. Attends, tu n'as pas encore lu Hadès et Perséphone ? Elles tombent amoureuses du dieu des enfers et c'est interdit. Et Stick Riders, t'as kiffé ? Oh bof, non, encore une romance sur un motard tatoué. Chaque fois ou presque, c'est la même histoire.
L'homme est beau, ténébreux, violent, mais pour elle, il va baisser la garde. Arrivera-t-elle à le sauver de sa terrible noirceur ? Ces romances sont accusées de glamouriser la maltraitance, de romantiser des stéréotypes sexistes. Mais ce motif n'a-t-il toujours pas existé en littérature ? Les passions de Don Juan ou de Bellamy ne sont-elles pas celles de pervers narcissiques ? À l'ère post-MeToo, on se demande si les romans d'amour ne formatent pas notre façon d'aimer, s'il ne faut pas en finir avec la passion. On parle d'amour jusqu'à 13h sur France Inter. Et pour ce débat sur les romances potentiellement toxiques, j'ai à ma table des amoureux du livre et d'abord une libraire.
Bonjour Elsa Mitlet. Bonjour. Vous avez fondé votre librairie indépendante, un livre à soi dans l'Essonne à Longjumeau. À cette table aussi, un éditeur. Bonjour Arthur de Saint-Vincent.
Bonjour.
Vous êtes directeur général délégué d'Hugo et compagnie et vous avez créé votre propre label de New Romance. J'accueille aussi dans ce studio deux écrivaines, expertes du sentiment amoureux. Bonjour Elodie Pinel. Bonjour. Vous êtes docteur en littérature française, professeur en lycée et autrice de Pour en finir avec la passion, aux éditions Amsterdam. Et bonjour Maud Ventura. Bonjour. Autrice de Mon mari à l'iconoclaste, un petit bijou pris du premier roman vendu déjà à 150 000 exemplaires et qui vient de sortir en poche et déjà traduit dans une dizaine de pays. Et je vous rappelle que vous aussi, chers auditeurs, vous pouvez vous empêrer de ce débat dès maintenant.
Si vous êtes fan de romances, au contraire, que vous n'aimez pas ça, écrivez-nous sur l'application France Inter. Et on va tout de suite commencer par définir ce nouveau genre littéraire qu'on appelle la romance. La parole est à l'éditeur, puisque vous avez créé votre propre label New Romance. Et bien, comment est-ce que vous décrivez ce genre littéraire ?
Alors, la New Romance, c'est des histoires dans lesquelles les histoires d'amour sont au centre et qui, après, peuvent avoir des univers autour qui varient, d'univers classiques contemporains à des univers alternatifs et fantastiques.
Alors, par exemple, quel univers ? Donnez-nous des exemples.
Alors, par exemple, entre ADC Perséphone, où l'univers va être la mythologie, et Sticks Rider, où on va être dans une histoire beaucoup plus contemporaine dans un univers de biker, on voit que la romance ne peut pas être stéréotypée et est très variée avec beaucoup de sous-genres différents.
Elsa Mitlett, en tant que libraire, est-ce que vous avez lu des romances pour mieux conseiller les adolescentes ? Et quelle est votre définition de ce genre littéraire ?
Oui, j'en ai lu. Moi, j'ai lu récemment le Colin Hoover, qui fait tant parler de lui. C'est une écrivaine. Oui, c'est une écrivaine, tout à fait. Le jamais plus, le premier tome. Et j'ai enchaîné après avec ADC Perséphone. Je n'ai lu que le premier tome, pour le coup. Et oui, la définition se rapproche tout à fait de ça, même en librairie.
Donc, une histoire d'amour, avec un mécanisme, quand même, un schéma ?
Oui, où c'est vraiment, effectivement, le centre, avec des scènes graphiques aussi. Je pense que c'est important d'en parler. Suggestive, vous dites, plutôt ? Non, pas suggestive. Ah, carrément érotique, alors ?
Vraiment graphique, pour certains. Oui, oui, vraiment. D'accord. Elodie Pinel, vous aussi, vous avez lu des romances ? Oui, dans mon jeune temps. Ah, pas les romances actuelles.
Alors, j'ai lu jamais plus, à cause de l'invitation, aujourd'hui. Mais c'est vrai qu'on en a lu une, en particulier, je dis nous, parce que nous sommes trois à avoir écrit l'ouvrage. Sarah Delal et Marie-Pierre Tachet étaient avec moi. Et l'une d'entre nous a lu une romance, Arlequin, qui s'appelait... Quelque chose avec la mariée. Enfin, bon, je vous retrouverai le titre. Qui date de 2019. Mais sinon, ce sont des lectures qui, pour moi, sont un peu anciennes. J'ai un peu réactualisé pour l'émission.
Maude Ventura, vous, alors, est-ce qu'il y a des schémas qui se répètent dans ces histoires d'amour ? Oui, j'ai l'impression qu'il y a effectivement cette histoire d'amour toujours au centre. La partie aussi, un peu, on en parlait épicée, parce que ce n'est pas des histoires qui sont chastes, il faut le dire. Donc, il y a cet aspect aussi très charnel. Et un schéma avec, je pense qu'on en parlera, un homme, une femme, un homme un peu compliqué, un peu indisponible, et une femme qui va chercher à le sauver. Évidemment. Moi aussi, j'ai lu Hadès et Parséphone. Je l'ai lu dans le train, Les Joues Roses, parce qu'effectivement, c'est quand même assez olé-olé.
Et je l'ai fini d'une traite, je vous avoue. Alors, j'ai quand même relevé des passages critiques, on va en reparler. Mais effectivement, ça marche. On l'engloutit très facilement. Alors justement, est-ce que vous avez des chiffres sur les raisons de ce succès, de ces romances pour adolescentes ?
Oui, alors, c'est un marché qui est en très forte expansion. Le marché, en fait, il s'est créé avec Fifty Shades of Grey en 2012.
Alors, rappelez ce que c'est Fifty Shades of Grey.
Cinquante nuances de Grey, c'est le premier titre de ce qu'on peut appeler aujourd'hui la New Romance, qui est une marque déposée, mais qui vraiment est la marque du genre, qui est sortie en 2012 et qui a ouvert la voie après à d'autres très grands succès dans ce genre-là, qui ont été Beautiful Bastard en 2013, After, et puis tous les autres qui s'en sont suivis.
Mais là, c'était quand même des films pour adultes. Là, quel âge a votre cible ?
Alors, ce qui est vrai, c'est que la romance, elle évolue avec son temps. À l'époque, on était dans ce qu'on appelle des tropes, c'est-à-dire la manière de construire ces histoires assez classiques, avec, comme vous disiez, une jeune femme qui tombe amoureuse d'un jeune homme. Aujourd'hui, ces tropes-là ont beaucoup évolué, avec beaucoup de variantes. Ennemis to lovers, friends to lovers.
Alors, on va essayer de parler français dans cette émission, quand même. Ce que vous voulez dire, en fait, c'est que les schémas évoluent. Mais vous ne m'avez pas parlé de chiffres. Vous publiez combien de romances ?
Alors, on publie 80 romances par an en grand format. Et aujourd'hui, on a sorti un appel.
C'est beaucoup quand même, 80. C'est une machine de guerre, votre maison d'édition.
C'est beaucoup, mais aucune ne se ressemble. Elles sont toutes aussi différentes les unes des autres.
Et elles marchent toutes ? Elles se vendent à combien d'exemplaires ?
Alors, les ventes moyennes, elles sont aujourd'hui, en 2022, sur un marché croissant, autour de 10 000 exemplaires, ce qui est beaucoup. Alors, il y en a certaines qui se vendent à 4 000. Mais il y en a beaucoup qui marchent très bien. Adès et Persephone, aujourd'hui, il est à plus de 150 000 exemplaires du premier tome. Et comment est-ce que vous expliquez ce succès ? Je l'explique parce que c'est des bons livres. Les gens ont envie de lire. Ils ont envie de rêver, d'être transportés avec des histoires d'amour. Et je crois que ça répond tout à fait à leurs attentes.
Elsa Mitle, je vous vois sourire, même rire. Vous, en tant que libraire, comment est-ce que vous vivez le fait de vendre ces ouvrages à des jeunes filles qui ont de temps en temps 11-12 ans ?
Alors, quand c'est le cas des jeunes filles avec 11-12 ans, on le vit très mal. Ah oui ? Non, enfin, j'exagère un peu. Mais c'est clairement pas la cible, je pense. Et pourtant, ça arrive. Oui, ça arrive parce que nous, les scènes sont un peu trop... En fait, nous, il y a une romantisation vraiment de la relation hétérosexuelle qui est très, pour certains livres, vraiment biaisée et qui véhicule des valeurs des fois qui nous sont un peu loin de ce qu'on essaye de transmettre, nous, à la librairie. Et voilà, c'est un peu délicat des fois quand on voit du public vraiment trop jeune venir et se diriger directement vers ce genre de titre.
Que ce soit, bon, Adès et Persephone, parce qu'on en parlait, mais moi, je trouve aussi tout aussi problématique. C'est vraiment le phénomène captive qui est vraiment...
Bien sûr. Alors, justement, captive, donc, on le rappelle. Donc, c'est cette saga qui a été lue d'abord sur Internet par au moins 10 millions de lecteurs et qui scénarise, donc, l'histoire d'une héroïne qui est donc captive d'un chef de gang mafieux qui va la torturer, presque la violer, même lui brûler la main sur une plaque de cuisson.
Et pourtant, les jeunes filles en raffalent aujourd'hui. Oui, ça, vraiment, on a du mal à l'expliquer, en fait. Effectivement, est-ce que c'est parce qu'il y a, en fait, peu d'autres choses en littérature jeunesse aujourd'hui sur ces thématiques-là ? Est-ce que c'est vrai que nous, quand on fait des recherches, en fait, en librairie pour essayer de gonfler un peu les rangs de notre rayon romance sans aller forcément vers de la romance vraiment pour plus grand, en fait, c'est difficile, en fait, de trouver de... Enfin, c'est compliqué. C'est vraiment compliqué.
Et alors, certaines vont acheter ce genre de livre avec les parents. Et c'est vrai que quand on regarde cette couverture que j'ai devant moi, eh bien, elle est plutôt juvénile. C'est des couleurs un peu criardes, des fleurs roses et violettes, et pourtant, à l'intérieur, un contenu très cru. Et on a reçu, justement, le message d'une maman qui a été un peu choquée en découvrant l'intérieur du livre de son enfant.
Bonjour. Je voudrais témoigner en tant que parent d'une enfant de 12 ans qui, il y a quelques jours, a acheté en libre-service à la gare un livre sur le mythe d'Hadès et de Perséphone. Or, il n'était ici pas question de mythologie, mais bien d'une descente aux enfers, tant par le style creux que par le contenu sexuellement explicite et dangereusement sexiste de ce livre. Il serait bon de mettre des mises en garde un peu plus claires sur ce genre d'ouvrage. Merci.
Alors, est-ce qu'il faudrait, justement, mettre des mises en garde ? Par exemple, est-ce que vous seriez pour une interdiction au moins de 18 ans, Elsa Mitlet ?
Interdiction, je ne suis pas certaine. Après, oui, je pense que la mise en garde, elle est nécessaire aujourd'hui. quand on voit, effectivement, ce qui peut parfois sortir, enfin, publier, je veux dire, oui.
On parle de nœuds de désir qui se forment dans le ventre, de chatouilles avant pénétration, d'une vierge qui découvre la fellation. Arthur de Saint-François, pardon, j'en souris. Mais quand même, c'est un peu osé pour les moins de 18 ans. Il faudrait mettre quand même un gros warning.
C'est un vrai sujet que les éditeurs ont pris à bras-le-corps. Nous, on a toujours mis ce qu'on appelle des silhouettes à l'arrière qui définissaient le degré de sexualité qui se trouvait dans le livre.
Vous pouvez nous les décrire, justement, effectivement. Donc, il y a trois petites silhouettes. Là, il n'y en a que deux sur trois qui sont coloriées. Donc, ça veut dire quoi ? C'est un degré de sexualité ?
Ça veut dire que c'est deux degrés de sexualité sur trois qui est le maximum. Et ça veut dire qu'évidemment, ce livre étant rangé dans un rayon adulte avec deux degrés de sexualité sur trois, il ne doit pas tomber dans les mains d'une jeune fille de 12 ans. Après, du coup, on a aussi rajouté depuis peu des avertissements, d'ailleurs, les livres, pour être sûr que le contenu du livre soit assez explicite pour celles qui l'achètent.
Donc, ce n'est pas de votre responsabilité, en fait. C'est au libraire de mieux les ranger.
On est tous responsables et on doit tous travailler main dans la main. Nous, ce qu'on veut, c'est que la personne qui achète le livre sache le contenu qu'elle va trouver à l'intérieur.
Alors, justement, en parlant de contenu, moi, j'ai lu ce livre. Il y a quand même quelques lignes qui m'ont dérangée, notamment la page 287. Donc, je vais vous lire ce petit passage. Donc, bien entendu, Perséphone est avec Hadès. Elle respirait à peine, tandis qu'il déposait une série de baisers à l'intérieur de sa cuisse, s'arrêtant lorsqu'il vit les bleus sur sa peau. Elle ne les avait pas vus, mais en les regardant maintenant, elle savait parfaitement d'où ils venaient, de la soirée dans la limousine, lorsqu'Hadès l'avait serré très fort. C'était un signe de son désir, ainsi que de sa retenue. C'est un signe de désir d'avoir des bleus ?
Non, pas du tout. Alors, nous, on n'est pas là pour dire ce qu'il faut faire ou pas faire. On est là pour se faire poser des questions à des gens. Et le fait de se poser des questions à travers les livres feront que, si jamais elles y vont à faire dans leur vie, elles auront plus d'armes.
Elle ne se pose pas de questions, là, puisque après, le livre continue. Il leva la tête, Hadès lui demande, c'était moi, et elle répond, ce n'est rien, chuchote à-t-elle, en caressant ses cheveux. Donc, elle ne se pose pas de questions, là. Elle regarde ses bleus avec amour.
Mais moi, je ne suis pas là pour dire si elle a raison ou tort. Je suis là pour présenter une fiction qui va se faire poser des questions à une lectrice. Chacun fait un peu ce qu'il veut de sa vie. Et moi, je ne vais pas dire quoi faire aux gens. Est-ce que c'est problématique pour vous, Elodie Pinel ? Je voulais réagir sur le rapport aux adolescents, parce qu'en fait, les adolescents et les adolescentes, je travaille avec eux tous les jours, ce ne sont pas des oies blanches. Et ils ont besoin d'informations sur ces sujets.
Une information que, malheureusement, l'éducation nationale, notamment, ne leur donne pas, devrait leur donner, mais n'a pas le temps de leur donner ou n'a pas les moyens de leur donner. Les parents ne sont pas toujours en bonne position pour le faire. Moi, j'ai un fils de 11 ans. Il lit des mangas. Il y a des mangas problématiques. Donc, je dois regarder ce qu'il lit. Parfois, il y a des choses qui peuvent m'échapper. Et donc, je sais que moi, par ma propre expérience de lecture adolescente, que j'allais chercher les harlequins pour les scènes de sexe.
Donc, le fait qu'il y ait un ou deux personnages derrière, c'était potentiellement un truc où on cornait les pages et on se les refilait, parce qu'il y a une espèce de vide au niveau du discours d'adultes référents, de confiance sur ce qui est normal ou pas normal. Et à partir du moment où on a ses repères, on peut lire tout type de choses parce que c'est un support de discussion.
Donc, il ne faut pas prendre les adolescentes pour des neuneus. Non, je ne crois pas. Maud Ventura, ça vous choque, cette scène où elle regarde avec amour ces bleus ? Oui, un petit peu, parce que finalement, on véhicule quelque chose de très romantique. La scène n'est justement pas là pour remettre en question où elle se dit, il y a quand même quelque chose qui ne va pas dans ma relation et à la fin du livre, elle se trouve un gentil amoureux qui est très tendre avec elle. Au contraire, on romantise ça, on romantise la violence et c'est vrai que ça me choque à la fois pour les jeunes filles de 15 ans ou plus jeunes qui vont lire ça et même à 30.
En fait, est-ce que c'est ça, les histoires d'amour qui nous font rêver ? C'est quelqu'un qui va nous brutaliser, avec qui on n'a pas de communication ? Je ne sais pas, ça me questionne en tout cas. Ça veut dire qu'on intègre ça pour nos propres relations ? Oui, et même passer à l'âge adulte, ce n'est pas comme si notre apprentissage amoureux, une fois qu'on souffle notre 30e bougie, on se dit, hop, c'est derrière nous, on passe à autre chose. Non, on a intériorisé des schémas. Et donc, vous parliez tout à l'heure de cet apprentissage, peut-être qui est laissé vide sur l'apprentissage amoureux, l'apprentissage de la sexualité.
Moi, je n'ai pas d'enfant, mais si un jour j'ai une fille ou un fils, je n'ai pas envie qu'ils apprennent que la sexualité, c'est de la violence. Arthur de Saint-Vincent ?
Alors, en fait, la scène, elle a été lue sans qu'il y ait autour toute l'histoire. J'ai l'impression qu'il y a des sépercéphones. Il n'y a aucune banalisation de ce genre de scène. Encore une fois, quand je dis que cela fait se poser des questions, c'est des choses qui peuvent arriver dans la vie de tous les jours. Et ces histoires-là, elles marchent aussi parce qu'elles sont modernes et elles sont dans le temps.
Et d'ailleurs, je précise que dès la page suivante, page 288, le roi des enfers va lui demander la permission et son consentement. Ça, c'est un progrès. C'est très 2023 ?
Je ne sais pas si c'est 2023, mais en tout cas, effectivement, encore une fois, je crois que ces fictions, elles sont là pour nous faire nous évader, pour nous faire nous poser des questions. Et en revanche, elles ne sont pas là pour nous dire quoi faire derrière. On est tous responsables de ce qu'on veut faire, mais on a le droit de lire des fictions pour nous évader, nous faire poser des questions et avoir des arguments si ça nous arrive dans notre vie à nous de tous les jours.
Alors moi, j'ai 36 ans aujourd'hui, donc ce roman, je le lis très facilement et ça me fait me poser des questions d'ailleurs. Mais comment faire pour que ça ne se retrouve pas dans des mains de jeunes filles très jeunes ?
Alors là-dessus, c'est ce que je vous disais, les petites silhouettes de ce qu'on appelle les avertissements, trigger warning aux Etats-Unis qu'on développe et qu'on met non seulement au début de chaque livre, mais aussi en quatrième de couverture. Et à la fin des fins, une très bonne relation entre les éditeurs et les clients magasins pour qu'ils soient mis dans les bons rayons.
Elsa Mitlett, est-ce que vous vous prévenez les parents quand justement une adolescente arrive avec ce livre ? Est-ce que vous dites à la caisse attention ?
Oui, tout à fait. C'est d'ailleurs notre cheval de bataille avec mon associé. Quand on voit effectivement des jeunes filles se diriger avec leurs parents, « Ah, mais ma copine l'a lue, etc. » En général, on se permet... Alors, c'est toujours un peu délicat parce qu'on n'a pas envie de passer pour le vieux ringard. « Non, attention, il y a des scènes de... » Mais toujours est-il qu'il faut, je pense, prévenir effectivement sur certaines choses. Moi, quand j'ai lu ADC Perséphone, il y avait quand même une petite chose qui m'avait un petit peu... Je n'ai lu que le premier tome, mais qui m'avait un petit peu chafouiné, on va dire. C'est qu'il y a peu, voire pas de mentions de contraception.
Et moi, ça, ça m'a posé problème, pour le coup. C'est que bon, effectivement, il ne faut pas prendre les jeunes pour des nonneux. Enfin, je veux dire, la sexualité, c'est quelque chose qu'il voit beaucoup au quotidien, un peu partout. Mais vraiment, l'absence de mentions de contraception, ça m'a beaucoup gênée, pour le coup.
Oui, quitte à faire son éducation sexuelle, autant le faire de façon pédagogique.
Mais du coup, on prévient le parent sur les scènes graphiques, etc. On n'interdit pas. De toute façon, on n'a pas le droit d'interdire la vente.
Et pourtant, il y a des jeux vidéo, par exemple, qui sont interdits aux moins de 18 ans. Il y a des films, des séries qui sont interdits aux moins de 16 ans. Le livre échappe à tout ce genre d'interdiction. Comment est-ce qu'on explique ça, Elodie Pinel ?
Alors, je n'ai pas forcément une explication juridique ou historique. Peut-être qu'on tient à garder vivante la liberté d'expression, qu'on a quand même un passé par rapport aux censures qui est un peu douloureux. En général, une censure de livre n'est jamais un bon signe au niveau d'une société ou d'un régime politique. Là, il ne s'agit pas de censure. Il s'agit d'avertissement, comme en effet, les films ou les jeux vidéo. Souvent, les films et jeux vidéo, c'est des niveaux de violence, des niveaux de sexualité. Sur le livre, il y a l'idée que lire, c'est déjà positif, parce qu'on a une valorisation de la culture.
On se réjouit quand on voit une jeune fille avec un livre dans les mains, même si... C'est une romance, pardon, excusez-moi, Arthur de Saint-Vincent. Mais on se réjouit de voir nos enfants lire.
Oui, même si ça fait longtemps, déjà au 19e, qu'on fait attention à ce que lisent les jeunes filles, plutôt que les jeunes garçons, en disant, attention, lire est dangereux, on va les brider, on va les contrôler. Tout ce qu'on dit me semble indiquer qu'il y a peut-être un besoin d'encore un autre type de romance peut-être ou qui existe déjà ou qui est peut-être moins mis en avant aussi sur de bons modèles. Arthur de Saint-Vincent ? Lorsqu'on interdit des choses, effectivement, c'est que ça dépasse certaines limites. Je voudrais juste faire la différence entre la romance et ce qu'on peut dire le porno.
La romance, c'est des histoires où l'amour est au centre qui peuvent mener au sexe, alors que l'érotique, par exemple, qui était un genre qui marchait très bien, c'est le sexe au centre de l'histoire qui peut mener à l'amour. C'est une vraie différence et de livre et de style et c'est pour ça qu'à mon avis, ils ne sont pas considérés de la même manière.
Mais c'est vrai qu'on vend aujourd'hui des polars, par exemple, de tueurs en série et ça ne fait pas de nous des tueurs, non, Elsa Mitlett ?
Oui, oui, effectivement, c'est deux genres très différents. C'est une vraie question, effectivement, qu'on se pose quand on prévient les parents, etc. Ça ne veut pas dire que les jeunes vont, les adolescents vont avoir après une sexualité complètement délurée et vont tomber dans des patterns en français. Des schémas narratifs. Des schémas, en tout cas, on ne le souhaite pas. Mais quand même,
il y a ce risque à force de stéréotypes quand même de polluer notre vision de l'amour au mot de Ventura. C'est ça et c'est intéressant cette distinction entre le porno et la romance. Là, on parle bien d'un apprentissage amoureux et moins sexuel. C'est-à-dire qu'on associe dans notre imaginaire amoureux qu'est-ce que c'est qu'être amoureux ? Quand est-ce que je vais savoir que c'est le bon ? Peut-être quand il ne sera pas forcément très sympa avec moi, que j'aurai des bleus sur le corps. Et c'est ça, en fait. On apprend à tomber amoureux aussi en lisant les livres. Du mauvais garçon. Et on adore, on romantise le mauvais garçon.
Parce qu'évidemment, après, chaque lecteur est libre de se poser ses questions. Mais je pense que dans chaque livre, mine de rien, il y a une morale et la morale, c'est la fin du livre. Moi, j'ai lu 50 nuances de Grey il y a quelques années, en 2013, quand c'est sorti. Moi, ce qui me dérange, c'est qu'à la fin, elle se marie avec lui. Pardon pour le spoiler. Mais c'est ça, c'est pas OK. J'ai compris que c'était pas ça l'amour que quelqu'un qui m'attend devant chez moi, qui rentre chez moi par effraction, qui est dans une relation hyper toxique avec moi, qui me prend, qui me jette. À la fin, je l'épouse.
Versus, à la fin, j'ai compris que c'était peut-être pas ça l'amour et je me trouve un très gentil garçon avec qui construire ma vie. Mais c'est vrai que ça fait des siècles que la littérature, c'est comme ça. On va se demander si ces romans d'amour n'ont pas toujours été un peu toxiques, si Belle du Seigneur que beaucoup de Français considèrent comme un mythe n'est pas un ouvrage pervers. Et on va se demander tout ça en écoutant le bel Alyosha Schneider qui chante son amour avant elle. Rien à espérer de moi
Passer ton chemin t'arrête Rien à espérer de moi Tout me glisse entre les doigts Le bonheur, je suis arrivé à sa part On est toujours ensemble
jusqu'à 13h sur France Inter on parle de passion on se demande si les romans d'amour formatent notre façon d'aimer et à cette table le monde du livre du premier mot au conseil de lecture d'abord les autrices Maud Ventura et Elodie Pinel l'éditeur Arthur de Saint-Vincent et la libraire Elsa Mitlet et on poursuit ce débat avec le message d'une booktokeuse Pour les auditeurs qui ne sont pas familiers avec ce réseau social c'est une plateforme où des milliers de jeunes lecteurs commentent ou critiquent des livres comme Océane 100 000 abonnés sur booktoke l'actrice de romance et qui dit que ses lectures ont influencé sa vie amoureuse avec les hommes ça a été surtout le syndrome de l'infirmière voilà on voit les bad boys dans les livres dans les séries dans la romance surtout la plupart du temps les grands bad boys bruns ténébreux sauvés par la protagoniste féminine donc automatiquement j'ai fait l'intériorisation sur ce genre de comportement là et pour moi un homme qui allait mal me parler c'était parce qu'il se sentait mal parce que voilà il se cachait au monde il était mystérieux alors qu'en fait pas du tout la plupart du temps c'était juste un connard merci beaucoup à Océane pour ce message effectivement est-ce qu'il faudrait changer cette vision Maud Ventura on en parlait juste avant d'écouter ce disque qu'il faudrait changer peut-être qu'il est temps évidemment effectivement d'inventer des nouvelles histoires d'amour avec de nouveaux schémas où enfin on tombe amoureux du gentil garçon et peut-être pas du méchant garçon comme Océane le disait tout à l'heure dans vos romances quand même quand Hadès quand Perséphone rencontre Hadès elle lit la beauté de l'homme était sombre comme une promesse de cœur brisé cet homme c'était l'incarnation du péché et elle y va elle y va Arthur de Saint-Vincent
oui parce que je crois que si jamais les personnages n'ont pas de faille il n'y a pas de problématique et donc il n'y a pas de livre évidemment l'idée ce n'est pas de dire de qui il faut tomber amoureux mais c'est d'essayer de savoir de qui les filles veulent tomber amoureuses et les gens veulent souvent ce qu'ils n'ont pas et j'ai l'impression qu'on essaie tous d'avoir quelqu'un de gentil à côté de nous mais ce qu'on veut lire généralement c'est avoir quelqu'un de plus méchant
vous pensez alors que le gentil n'a pas bonne presse en littérature ça ne fait pas vendre
écoutez en tout cas généralement dans nos histoires d'amour au départ les personnages principaux sont des gens qui ont des failles qui ont des sensibilités très aiguisées de temps en temps extrêmes et qui du coup ne sont pas des personnes plus banales et gentilles
oui mais il n'y a pas de garçons soumis et de femmes ténébreuses
bien sûr que si avec l'arrivée d'auteurs notamment françaises la New Romance a beaucoup évolué et on voit des personnages principaux qui sont des femmes et qui sont celles qui dirigent les histoires qui dirigent les hommes et qui prennent elles possession et de l'histoire et du couple même
alors on a reçu beaucoup de messages d'auditeurs et notamment des questions de Cyril qui vous demande ces romances sont-elles écrites par des hommes ou par des femmes est-ce que ça a une influence
alors elles sont plutôt écrites par des femmes après évidemment nous on ne choisit pas une romance parce qu'elle a été écrite par un homme ou une femme mais effectivement c'est plutôt des autrices qui les écrivent aujourd'hui on a eu des auteurs qui en ont écrit qui sont bien vendus comme toujours je ne crois pas que les gens achètent le livre parce que l'auteur est un garçon ou une fille mais pas pour l'histoire
Vous souriez Elsa Mitlet en tant que libraire pour vous c'est une écriture assez masculine en tout cas ce sont des clichés qui plaisent aux hommes
sûrement un peu non je rigolais parce qu'effectivement nous c'est un cheval de bataille depuis quelques années effectivement de remettre en avant en fait les autrices en librairie qui ont souffert et souffrent encore de l'invisibilisation globale donc c'est pour ça que ça me fait sourire mais effectivement nous en tout cas dans notre petit rayon romance à la librairie effectivement je pense que c'est une très très grande majorité de femmes Est-ce que ça n'a pas toujours été le cas
en littérature ? Elodie Pinel vous qui êtes donc professeure de littérature est-ce que vous pouvez nous rappeler l'étymologie du mot passion ?
Alors passion ça vient de passion en latin qui est un verbe déponant qui est un verbe en fait à la voix passive et qu'est-ce que ça veut dire passion, passive etc.
c'est qu'on subit d'une part et qu'on souffre d'autre part donc ce n'est pas connoté positivement la passion dans le registre religieux la passion du Christ c'est ça ne se finit pas très très bien en général la passion c'est quelque chose dont on est victime qui nous conduit malgré nous et qu'on essaye de maîtriser mais on échoue nécessairement dans ces tentatives de contrôle c'est une tragédie c'est quelque chose qui nous possède en fait et qui en général nous fait accepter des choses qu'on ne devrait pas accepter et qui nous fait dépasser des limites qu'on ne devrait pas dépasser
et alors justement dans votre livre pour en finir avec la passion vous racontez que les héros de romans d'amour en fait étaient tous des pervers narcissiques allez-y donnez-nous des exemples
oui je vais peut-être nuancer un peu mais en effet on a un certain nombre de héros de personnages masculins qu'on valorise énormément en tout cas que l'institution scolaire universitaire valorise énormément et qui sont des anti-héros mais qui sont conçus comme tels par leurs auteurs Bellamy de Maupassant n'est pas conçu par Maupassant lui-même qui pouvait lui ressembler un petit peu par certains traits comme un modèle c'est un anti-modèle il écrit j'ai voulu écrire sur une crapule donc il sait très bien ce qu'il fait et c'est quelqu'un généralement moi j'ai une anecdote là-dessus avec des élèves garçons en l'occurrence qui me disent ouais Bellamy c'est super j'adore je dis mais tu te rappelles de quoi parle Bellamy ?
et puis là il y a un moment de Fulton vous si si je l'ai lu oui d'accord mais est-ce que tu te rappelles des différentes scènes et donc je lui notamment rappelle que Bellamy va demander en mariage pour récupérer son pouvoir sa place dans le journal Madeline Forestier au moment de la manipulation Marie vient de mourir ils sont devant le cadavre et donc forcément elle a un moment de saisissement ce qui est assez logique il force plus souvent les femmes qu'il ne les séduit il va il y a des rapports non consentis des rapports non consentis beaucoup de manipulations et de la violence il tape notamment Clotilde qui est une de ses maîtresses donc c'est pas du tout un modèle positif et après lui avoir rappelé ça il a changé de point de vue sur Bellamy et en fait tout ce que j'ai fait c'est lui rappeler le texte même
donc il faudrait relire ces ouvrages comme par exemple Belle du Seigneur qui est quand même un ouvrage mythe pour énormément de français et qui est en fait assez pervers
comme histoire d'amour très très très pervers pour s'en convaincre qu'il suffit de lire Solal qui est en fait un livre à part écrit par Albert Cohen sur l'enfance et l'adolescence de ce personnage qui va ensuite être le séducteur d'Ariane dans Belle du Seigneur et dès le départ on trouve des traits très inquiétants chez cet enfant qui dès qu'il n'a pas ce qu'il veut casse tout ment manipule et prêt à détruire les gens et les choses pour avoir ce qu'il désire en fait et ça va être la même chose dans Belle du Seigneur Maud Ventura
vous avez lu Adolescente j'imagine Les Sœurs Bronté aussi c'est tout ça la passion amoureuse et je voudrais encore reparler de Belle du Seigneur parce que c'est un livre vraiment immense mais ce qui est intéressant c'est que je trouve que justement il n'idéalise pas la passion en tout cas c'est ma lecture il s'en moque un peu et oh là là je suis désolée de spoiler encore ça ne finit pas très bien Belle du Seigneur et donc c'est différent on parlait de ça tout à l'heure sur des romances là Belle du Seigneur l'écrivain va aller questionner c'est quoi la passion comment ça marche est-ce que ça peut tenir sur le long terme parce que c'est deux personnages qui se rencontrent qui tombent amoureux et là qui se disent on va vivre la grande passion alors ils s'éloignent pour vivre en autarcie dans leur maison leur passion vraiment parfaite mais ça ne marche pas du tout elle a pas son temps à changer ses vêtements avant leur rendez-vous à prendre des bains à préparer chaque rendez-vous avec Solal mais on voit bien que c'est déjà un peu ridicule et puis que deux la vie réelle n'est pas compatible avec cette passion totalement idéalisée qu'elle vit dans sa tête tout ça pour dire que je pense que ça fait des livres c'est des livres qui font notre éducation mais qui aussi peuvent déconstruire la passion et j'ai beaucoup dit le mot passion et donc il y a un autre livre qui me vient en tête c'est Passion Simple d'Annie Ernault qui est un de mes livres préférés sur toute la Terre et en fait Passion Simple pourquoi c'est absolument génial c'est parce qu'il ne faut pas dire la passion ça n'existe pas bien sûr que non il y a des gens tous les jours qui vont continuer à tomber follement amoureux Alors rappelez l'histoire de Passion Simple pour les auditeurs qui ne l'ont pas lu Dans Passion Simple Anne Ernault raconte qu'elle tombe follement amoureuse d'un homme marié et donc c'est un livre très très court ça se lit en une heure ou deux où elle raconte en fait les mois qui ont suivi où elle ne fait que l'attendre attendre qu'il lui téléphone attendre un rendez-vous elle ne vit vraiment que pour lui mais parce que c'est brillant et parce que c'est Anne Ernault en fait on comprend les rouages de la passion donc la littérature pour moi c'est ça aussi
c'est comprendre qu'est-ce qui se cache derrière Elodie Pinel Et le background de Passion Simple c'est se perdre qui sont les journaux intimes qui correspondent à cette période et dans lesquels c'est beaucoup plus trash et elle dit tout de la manière dont elle a somatisé cette violence affective les mots de vente les six styles enfin je vais vous passer les détails mais c'est quand même assez précis et c'est beaucoup plus violent et elle a quand même consenti à publier ou voulu publier ses extraits de journaux quelques années après et Passion Simple qui finalement est un état des lieux très clinique très froid très distancié des choses c'est très factuel Mais on voit bien
que l'ingrédient clé c'est que l'homme est marié c'est l'interdit c'est la transgression ça pourrait arriver ça Elodie Pinel sans cet ingrédient
un peu épicé ? Je pense qu'on a un chapitre sur l'adultère justement à propos de Passion Simple et sur le type de relation adultère tous les adultères ne sont pas nécessairement toxiques il y a des gens qui peuvent se rencontrer en étant chacun marié ou pris et puis avoir une vraie rencontre et prendre des décisions qui s'imposent mais c'est rarement ces histoires-là qu'on raconte en littérature en général il commence à y avoir histoire intrigue romanesque quand il y a des difficultés quand il y a des côtés pernicieux et c'est en effet ce qu'a voulu raconter Annie Ernaud Bonneventura Et aussi la question c'est
que la passion ça finit mal dans la vraie vie on le voit dans Annie Ernaud c'est que quelques mois et après elle reprend sa vie on le voit dans Belle du Seigneur ça finit très mal et donc la question la différence peut-être avec la romance c'est qu'à la fin eux ils se marient et toute leur vie est construite sur cette passion et je ne sais pas si c'est très réaliste Arthur de Saint-Vançon est-ce que c'est très réaliste finalement ou est-ce que c'est pas là pour être réaliste je ne sais pas
mais je crois que c'est pas là pour être réaliste nous faire rêver et cette passion là qui finit souvent mal c'est quand même celle qui nous donne au départ des papillons dans le ventre qui nous fait être extrêmes et qui du coup nous fait aussi rêver
Donc ça nous projette en fait vers une histoire d'amour fantasmée inatteignable
En fait tout ça pour dire que je pense que les auditeurs et les lecteurs ils ont besoin de s'échapper un peu du monde réel de leur vie et que ces histoires là elles ne sont pas là pour dire comment faire elles ne sont pas là pour les ramener à leur vie de tous les jours elles sont vraiment là pour les faire rêver
Mais est-ce qu'on ne pourrait pas changer la fin un peu de ces histoires ? C'est-à-dire que l'héroïne se rebelle justement et que non elles disent non je ne vais pas me marier avec le dieu des enfers au contraire je vais épouser un gentil garçon
Alors aujourd'hui je vous disais la romance il y a toutes les histoires elles sont très variées et les fins sont variées aussi et je vais vous faire une confidence elles ne se marient pas toujours avec le bad boy aujourd'hui nos histoires elles sont très diversifiées Par exemple là
j'ai devant moi la couverture de Stick Riders c'est quand même un jeune homme voilà tatoué l'air viril il est quand même tous les clichés un peu du masculiniste si je peux dire
Oui je crois que peut-être que ce n'est pas votre cas à vous je crois qu'il y a des femmes qui aiment les tatouages qui aiment les hommes qui font du sport et je ne veux pas les laisser de côté et Stick Riders répond peut-être à un certain lectorat qui va prendre son plaisir à le lire
Bon très bien on va se demander dans la prochaine partie de l'émission on va continuer à parler d'amour on va se demander si on ne peut pas déconstruire ces romans d'amour justement tous ces schémas amoureux et apporter je ne sais pas une autre vision du couple de la femme du désir ou si c'est tout de suite beaucoup plus tiède
C'était César et on est toujours ensemble
jusqu'à 13h sur France Inter pour se demander comment écrire des romans d'amour en 2023 toujours en compagnie de l'éditeur de romances Arthur de Saint-Vincent de la libraire Elsa Mitlet et des autrices Elodie Pinel et Maude Ventura et on a reçu énormément de messages d'auditeurs merci notamment Frédéric qui nous dit nous écoutons en famille votre émission et nous discutons avec nos enfants sans tabou notre fille de 13 ans a lu captive et pourtant elle est de nature très féministe j'aimerais effectivement en tant que maman savoir ce qu'elle achète comme livre et s'il y a trop de scènes sexuelles mais elle dévore en quelques heures n'importe quel livre je ne peux absolument pas suivre ses livres et il y a aussi Grégory qui dit ma fille est fan de dark romance et elle alerte sur la couverture justement qui est un critère de choix et elle dit s'il n'y a pas d'alerte c'est que c'est un mauvais livre qu'il ne sera pas épicé et donc ennuyant Arthur de Saint-Vincent qu'est-ce que vous répondez à ça ça ne marche pas alors votre système d'avertissement
alors la couverture elle est faite pour que le public prenne le livre après généralement il faut qu'il prenne juste le temps d'aller sur la quatrième pour pouvoir un résumé et éventuellement des avertissements aujourd'hui la dark romance on en parlait en 2022 c'est le genre qui a émergé et qui marche extrêmement bien
oui mais ce que ce que dit cette maman justement c'est qu'en fait ces petites figurines qui devraient alerter sur le degré de violence sexuelle en fait elles attirent les adolescentes qui vont pile poil sur ce livre
et du coup moi je suis pour la liberté de lecture et après on est là pour effectivement qu'il n'y ait aucun décalage entre le contenu du livre et ce qui est présenté sur la couverture et sur la quatrième mais chacun est libre de prendre le livre qu'il veut
Maud Ventura oui ça me rappelle pardon ça me rappelle un peu quand j'étais adolescente et que quand un film était interdit ou déconseillé au moins de 16 ans ou au moins de 18 ans on avait 200 fois plus envie d'aller le voir évidemment ça attire donc c'est normal ces dark romance il n'y a pas de quoi en faire un sujet finalement où il y a quand même cette glamourisation de la violence cette érotisation de la maltraitance Elodie Pinel
le problème est plutôt dans le discours qu'on porte sur les livres à mon sens c'est-à-dire moi pour le enfin nous puisqu'on est trois sur la partie des classiques de la littérature patrimoniale la question qui se pose c'est comment on en parle comment on en parle aux jeunes qu'est-ce qu'on va valider comme un comportement normal ou pas et comment est-ce qu'on va parfois déformer l'intrigue la caractérisation des personnages pour en faire des personnages admirables pour en faire une histoire normale et souhaitable et là en tant qu'adulte de référence on a un rôle en fait parce qu'on a un impact on a une influence la jeune fille qui va chercher un ouvrage de Dark Romans parce qu'elle veut se donner des frissons un peu comme quand on regarde un slash movie quand on regarde bon voilà un thriller elle sait ce à quoi elle s'expose et elle y va en sachant que ce n'est pas la réalité même à 12 ans il faut se rappeler qu'il voit malheureusement des images pornographiques parfois d'LCM2 oui d'ailleurs
il y a une enseignante Martine qui nous dit j'informe mes élèves avec une infirmière scolaire en fin d'année car la sexualité commence dès la maternelle aujourd'hui c'est le cas dans votre lycée notamment ? dans mon lycée ils sont non c'est le cas vous voyez des jeunes très matures si je puis dire ce n'est pas les jeunes d'avant non
et ça bouge très très vite très très vite j'ai des conversations beaucoup plus je trouve ancrées dans la réalité avec les jeunes aujourd'hui qu'il n'y a 5 ans ou 10 ans ils ont conscience de tous ces enjeux de violence sexuelle et sexiste de féminisme masculinisme c'est des choses avec lesquelles ils sont à l'aise en fait beaucoup plus que nous et maintenant ils sont capables de me dire la princesse de Clèves je ne vois pas pourquoi elle aurait suivi Nemours qui est un stalker donc un harceleur et c'est perçu tout de suite alors que nous on avait beaucoup romantisé justement le galant il est souhaitable qu'il drague qu'il courtise la princesse de Clèves parce que tout le monde veut de lui donc c'est qu'il doit être génial et en fait on était en pleine culture du viol c'est-à-dire parce qu'il est a priori beau il ne peut pas avoir un comportement mauvais envers les femmes les femmes vont souhaiter qu'il les approche Arthur de Saint-Vincent je suis extrêmement d'accord avec le fait que la nouvelle génération est à l'aise avec ces sujets et je crois que justement la romance qui met le pied à l'étrier à des filles qui n'auraient peut-être jamais lieu au départ elles se font se poser ce genre de questions en famille comme notre auditeur ou avec leurs amis et c'est ça qui participe au fait qu'aujourd'hui cette nouvelle génération est beaucoup plus à l'aise avec ces sujets
Elja Miklet vous voyez des jeunes filles qui ont lu des romances revenir en disant je ne sais pas j'ai envie de lire l'Odyssée après avoir lu la mythologie d'Hadès et Perséphone
alors non mais pour le coup on voit des jeunes filles vu qu'on est sur ce sujet on voit des jeunes filles revenir en librairie et nous c'est vraiment le plus important honnêtement vraiment c'est la consommation de livres elle arrive petit à petit on peut les amener vers des choses que nous on considère avoir des valeurs un peu différentes pas forcément des meilleures enfin je ne dis pas que ça ça véhicule des mauvaises valeurs il ne faut pas les lire je ne suis absolument pas enfin vraiment la censure ce n'est pas du tout une question de ça mais on les amène vers des choses qui ont des discours différents en tout cas Arthur de Saint-Vincent comme je vous le disais Hugo a mis le pied à l'étrier à des filles qu'il n'aurait peut-être jamais lues et nous notre rêve c'est de les faire aller vers des plus classiques et c'est pour ça qu'on a développé un label qui s'appelle Hugo Classique pour qu'elle commence par lire ADPC Perséphone et qu'elle finisse par Jane Austen et Millie Bronte
ou Maud Ventura parce que vous êtes l'autrice du livre Mon mari qui on peut le dire a eu un franc succès déjà 150 000 ventes vous êtes affichée en grand dans toutes les stations de métro parisien en tout cas moi c'est là où je vous ai vu mais peut-être ailleurs partout en France et on voit donc dans ces stations de métro une femme sac à la main qui semble guetter le retour de quelqu'un qui est-ce qu'elle attend cette femme ?
Elle attend son mari son fameux mari effectivement donc c'est mon premier roman et dans cette histoire c'est l'histoire d'une femme qui est follement amoureuse de son mari donc on en revient à la question de la passion donc en apparence tout va bien 40 ans mariée deux enfants tout roule j'ai envie de dire sauf qu'en fait elle vit une passion dévorante pour son mari elle ne fait que l'attendre que penser à lui et donc en fait ce qui s'est passé dans l'écriture c'est que j'ai voulu justement déconstruire tous les mythes autour de l'amour et de me dire bon alors on me vend le prince charmant je le rends compte ma vie change il va changer ma vie évidemment on ne communique pas c'est voilà toutes ces histoires un petit peu toxiques sauf qu'elle voilà elle est en plein dedans et on se rend compte que c'est pas du tout joyeux c'est pas du tout heureux et qu'en fait elle est même carrément monstrueuse donc c'est féministe c'est féministe oui alors justement elle n'a même pas de prénom c'est à dire qu'elle est tellement projetée dans l'amour de son mari qu'elle n'a pas d'existence propre elle se projette dans lui toute la journée oui et puis le mari non plus d'ailleurs n'a pas de prénom parce qu'en fait elle s'en fiche qu'il s'appelle Jacques ou Georges ou Jean-Pierre parce qu'elle elle veut que ça soit son mari elle ne pense qu'à lui comme une entité presque abstraite donc c'est vraiment le contraire d'un amour réel et concret on tombe amoureux de quelqu'un pour qui il est là on est vraiment dans la pure idéalisation un côté très belle du seigneur finalement sauf qu'on est en 2023 et d'ailleurs elle a des petits côtés un peu ridicules puisqu'elle est vexée comme un poux quand son mari la traite de Clémentine racontez-nous cette scène mais oui donc c'est une scène ils vont dîner chez des amis ils font un jeu de société et à un moment dans la partie il faut choisir un fruit qu'on va associer à un joueur et son mari dit ah bah moi je trouve que tu serais une Clémentine et donc elle se vexe elle dit mais pourquoi une Clémentine c'est nul une Clémentine j'aurais préféré une fraise ou une cerise et donc elle se vexe et cette petite histoire va prendre des proportions parce qu'en fait c'est un couple où on ne communique pas on ne se dit pas les choses et donc elle va le rester à ruminer et d'ailleurs un peu plus loin dans le livre elle lit aussi beaucoup de magazines féminins un peu à l'ancienne où elle lit des conseils comment garder mon mari en dit le son comment avoir l'air mystérieuse pour le garder comment le sauver de ses failles etc et donc je joue un peu de ses codes et je montre juste qu'au quotidien avec deux enfants à la maison ça n'existe pas et c'est pas ça un mariage heureux Est-ce que vous avez eu justement des femmes mariées qui sont venues vous voir en disant je ne sais pas votre livre m'a fait réfléchir Oui plein et c'est ça qui était merveilleux avec la sortie et mon personnage n'avait pas de prénom et c'était aussi pour qu'il puisse toucher plein de femmes parce que cette femme ça peut être Christine ça peut être Chloé elle a 18 ans elle en a 65 elle n'est pas mariée elle est ado ou elle est mariée depuis 45 ans et en fait effectivement il y a des femmes qui se sont reconnues et qu'on dit bah oui il y a aussi un peu de ça dans le mariage parce que c'est un livre sur le rapport de force dans l'amour en fait est-ce qu'il y en a un qui aime plus que l'autre c'est quoi ce petit jeu de fuis-moi je te fuis etc je te suis et donc voilà ça déconstruit tout ça et ouais ça pose l'action de la passion et du quotidien Mais justement est-ce qu'on peut déconstruire ce rapport de force dans un ouvrage Maud Ventura vous qui allez écrire d'autres livres j'imagine et j'espère est-ce qu'on peut écrire un livre sur un gentil garçon et bah j'essaie de toutes mes forces de montrer que ça a pas l'air facile j'essaie de montrer justement moi je suis une grande militante du gentil garçon et j'en ai marre qu'on idéalise les bad boys mais que ça soit dans la littérature dans les séries qui marchent et on parle de séries Netflix en 2023 je parle pas de 50 nuances de Grey il y a 10 ans je parle des chroniques de Bridgerton qui avait un carton sur Netflix il y a pas longtemps donc c'est une série sur Netflix racontez-nous et bah voilà c'est l'histoire d'une jeune fille qui tombe amoureuse évidemment du garçon indisponible franchement pas très sympa avec elle et à un moment épisode 7 on se dit bon il y a une porte de sortie il y a un garçon super gentil qui apparaît on se dit oh bah super elle va y aller et elle fait oh non non non boring boring mais peut-être qu'elle a pas envie d'y aller Arthur
c'est ce qu'on disait aussi tout à l'heure je pense que les histoires elles se créent sur des failles sur des faiblesses et du coup si vous partez sur une histoire sur un gentil garçon c'est pas du tout impossible mais ça a l'air d'être un challenge et l'enjeu va être de trouver à ce gentil garçon des failles qui vont permettre de construire l'histoire
donc vous pensez qu'on écrit que sur les trains qui arrivent en retard finalement quand un train arrive à l'heure il n'y a rien à dire c'est ça ?
il peut y avoir plein de choses à dire très sympa et d'ailleurs c'est ce qu'on disait la romance est très large et on n'est pas que sur le stéréotype du bad boy néanmoins c'est vrai que c'est ce qui est moins développé Elodie Pinel d'une part je voulais dire que personnellement mon compagnon est très très gentil et on ne s'ennuie jamais donc voilà coucou mon chéri et la deuxième chose c'est qu'on finit notre ouvrage sur justement non plus pour en finir avec la passion mais pour en commencer avec l'amour par un des ouvrages de Jane Austen qui est en l'occurrence non pas orgueil et préjugé mais persuasion et où il y a cette interrogation de la part du personnage principal féminin de quel est l'homme qu'elle va choisir entre deux prétendants l'un qui semble très bien mais qui se révèle en effet avec un background plutôt dangereux et puis un autre qui avait l'air boring donc ennuyeux et on retrouve exactement Bridget Jones là-dessus puisque c'était une réécriture Bridget Jones
effectivement qui est cette héroïne anglaise qui flashe d'abord sur Hugh Grant qui est absolument inaccessible qui rejette complètement l'avocat gentil qui lui apporte des cadeaux et finalement qui se rend compte et qui le rattrape en courant à la fin du film et qui s'appelle Darcy ce qui n'est pas par hasard puisque c'est le personnage masculin d'orgueil et préjugé D'accord donc il y a aussi des livres où les femmes font le bon choix Elsa Mitlet est-ce que vous les conseillez justement à vos jeunes lectrices pour les encourager aussi à aller vers des garçons
doux et sains j'ai envie de dire en tout cas on essaye c'est vrai qu'aujourd'hui on se heurte beaucoup en fait aux côtés vraiment scènes scènes explicites qu'on voit très peu en littérature alors il faut quand même nuancer en littérature jeunesse littérature jeunesse allant quand même jusqu'à pratiquement aux 15-18 ans où effectivement c'est un on n'a pas de scènes de sexe explicite un peu comme ça comme on trouve en fait dans la new romance et c'est quelque chose qu'on déplore c'est difficile en fait de trouver pas des alternatives mais de les ramener vers autre chose
des scènes explicites qui ont souvent ou quelquefois lieu entre un homme très âgé et une jeune fille jeune ça c'est un autre trope si je puis dire mécanisme narratif du succès de ces romances
effectivement certaines autrices ont pu le vivre rêvent de ça et s'en inspirent pour écrire certaines lectrices veulent le lire mais ne le vivent pas forcément c'est effectivement des schémas qui sont de temps en temps exploités par nos auteurs mais c'est pas les seuls
vous dites exploiter mais est-ce qu'il ne faut pas leur donner autre chose à voir parce qu'après si elles lisent des fantasmes incroyables elles vont fantasmer sur le beau-père qui va fantasmer sur la baby-sitter et on ne va plus s'en sortir est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à inventer une responsabilité peut-être envers ces jeunes femmes
encore une fois je crois que vous parlez de la romance de 2012 aujourd'hui ce qui marche en 2022 c'est la romance qui est moderne
Captive ce n'est pas vous qui éditez Captive mais bon ça marche quand même et c'est une jeune femme qui est séquestrée par un mafieux
oui mais encore une fois je crois que Captive a marché aussi parce qu'aujourd'hui la romance est beaucoup plus large et beaucoup plus diversifiée que ce qu'on en dit et c'est parce qu'elles ont lu des histoires avec d'autres types de personnages d'autres types de personnages féminins qui ont pris le pouvoir que derrière elles reviennent aussi à des plus classiques
je ne les ai pas vus forcément dans Hugo Compagny vous parlez de quels personnages d'héroïnes qui ont pris le pouvoir par exemple
alors l'arrivée d'autrices françaises
les livres ne sont pas sortis encore alors
si ils sont déjà sortis et l'arrivée d'autrices françaises ces derniers années a complètement changé la manière d'écrire ces histoires par exemple C.S. Quill qui est une autrice française qui est celle qui marche très très bien en ce moment avec une série qui s'appelle Campus Driver le personnage principal du livre est une femme est une femme qui domine son couple et qui prend ses responsabilités qui est moderne qui est connectée et dont toutes les femmes lectrices voudraient à mon avis s'inspirer
ça vous donne envie Maud Ventura ? bah oui ça me donne envie et il y a un mot que vous avez utilisé tout à l'heure qui est celui de responsabilité et j'aime beaucoup ce mot c'est vrai que maintenant en tant qu'écrivaine quand j'écris je me dis que j'ai une certaine responsabilité parce qu'à ma toute petite échelle je véhicule une vision du monde je véhicule des valeurs il y a toujours un discours il y a ce qu'on écrit puis il y a le discours sous-jacent et moi je la ressens cette responsabilité et je trouve ça que c'est très beau de s'en emparer et les garçons ils lisent des romans d'amour Arthur de Saint-Vincent ?
alors c'est un public qui est plutôt féminin après il y a des garçons évidemment qui les lisent dans tous les différents types de sous-genres de romances il y a aussi ce qu'on appelle des MM c'est des romances qui sont entre hommes des FF des romances qui sont entre femmes et ça permet justement d'élargir le public aussi aux hommes
bon bah écoutez on aura découvert en tout cas moi et peut-être certains auditeurs un nouveau monde de romances de passions et on se sera posé j'imagine les bonnes questions en tout cas je vous remercie à tous les quatre d'être venus à cette table d'avoir débattu et de vous être livrés sur vos conseils de lecture merci à Constance Villanova qui a eu l'idée de ce génial plateau et qui est une romance à elle toute seule merci à la passionnée Savannah Ruelan à Florence Gimalak et à Loïs Nolet qui ont préparé cette émission à la réalisation Étienne Bertin à la technique Genap Sangaré et demain dans le Demain de Midi on va parler de Botox d'un plan capillaire et de rembourrage de poitrine on va se demander si on n'est pas devenus tous accros à la chirurgie esthétique y a-t-il une génération bistouri un nouveau canon de beauté artificielle on ouvre le débat et vous pouvez dès maintenant réagir sur l'application France Inter à suivre le journal de 13h sur l'application
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