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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 17 septembre 2023 14 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsJusticeÉconomie & entreprises

AFFAIRES AVEC CIBLES : LA CHUTE DE FRANÇOIS FILLON, PAR FABRICE DROUELLE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 90 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00narrateurFait
    « Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. »
  • 7:00narrateurFait
    « Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? »
  • 14:00narrateurFait
    « C'est une première dans une présidentielle. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Alors, maintenant que le grand chef à plumes est parti, on va s'arranger entre nous. Donc je vous propose une Affaire sensible de dix minutes. Vraiment, parce que si on fait trois quarts d'heure, le spectacle sera terminé.

Et alors, je vous demanderai, pendant ces dix minutes de ne pas parler à votre voisin, de ne pas bouger, de ne pas prendre de drogue, de ne pas lire le Figaro ni Valeurs Actuelles, bref, de vous comporter comme un public de gauche, militant mais respectueux, merci. Donc aujourd'hui, dans Affaires avec cibles, l'histoire d'un homme qui aujourd'hui rase les murs : François Fillon. Façon Barry Lyndon, son parcours.

C'est l'histoire d'un presque sans grade du gouvernement de Jacques Chirac qui soudain se hisse au plus haut niveau, ou presque, Premier ministre, et qui chute tout aussi rapidement. Le deuxième temps de son ascension débute en 2016. En opposition avec sa culture du chef, le parti néogaulliste organise pour la première fois des primaires pour la présidentielle de 2017, compétition ouverte aux candidats du centre, une autre composante de la droite.

Nicolas Sarkozy, probablement persuadé qu'avec son aura d'ancien président, il va battre ses concurrents, tombe de haut, c'est Fillon qui emporte la mise et qui triomphe. Mais un Fillon peut en cacher un autre. Et c'est ainsi qu'à travers ce qu'on appelle le Pénélope Gate, révélé par le Canard enchaîné dès le début de la campagne présidentielle, les Français assistent en direct à la désintégration d'un candidat qui, de statut de favori, s’écroule, et meurt politiquement à petit feu, jour après jour, comme une lente agonie.

Affaires avec cibles, un module dans C'est ma tournée, coordination Guillaume Meurice, production Anthropique, réalisation Frédéric Milano et Thibaud Mellin. On peut les applaudir. Dimanche 28 août 2016, trois mois avant la primaire de la droite du centre, huit mois avant l'élection présidentielle, parc du château de Sablé-sur-Sarthe, 3 000 personnes sont venues écouter François Fillon.

La Sarthe, c'est chez lui, son fief. Maire, député, sénateur, président du Conseil général, président du Conseil régional, châtelain. Oui, il a un château.

Pas petit, un grand, avec des tourelles, tout ça. Un CV bien rempli, parachevé par le poste de Premier ministre, occupé de 2007 à 2012. Ce 28 août, en cette journée ensoleillée, cette star de la politique prend la parole peu après 15h et déroule ses thèmes dans un discours très préparé.

Gaullisme, catholicisme, ruralité, libéralisme. Un discours qui n'est pas sensible, on va finir par le savoir, car il y en a une, une cible. Nicolas Sarkozy.

Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Il ne sert à rien de parler d'autorité quand on n'est pas soi-même irréprochable. Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ?

Le 27 octobre 2016, François Fillon est reçu par David Pujadas et Léa Salamé sur le plateau de l'émission politique sur France 2. Il affiche une confiance presque insolente. Non, non, je n'ai pas d'autre perspective, d'autre ambition, je ne suis candidat à rien d'autre que cette élection.

Si jamais, par malheur pour vous, vous perdez cette primaire, est-ce que vous serez candidat aux législatives à Paris, M. Fillon ? Mais je serai...

Je vais gagner cette primaire. Bien. On enchaîne.

Pensée positive. En ce soir du 27 octobre, il n'y a bien que François Fillon qui pense qu'il peut gagner la primaire. Même dans son entourage, on est sceptique.

Alors certes, un bon score, une troisième place, pourrait faire de lui une sorte de de faiseur de roi entre Juppé et Sarkozy. Mais alors, de là à se qualifier pour le second tour. Mais François Fillon, lui, y croit.

Et il accepte de dévoiler une partie de sa vie privée dans l'émission de Karine Lemarchand, intitulée "Une ambition intime", diffusée le 6 novembre 2016. Elle vaut le détour, allons-y ! Pour casser son image d'homme ennuyeux, il évoque son passé d'élève turbulent.

C’était terrible, hein… Ponctué d'heures de colle, de travaux d'intérêt général. François devenu bad boy boit un petit verre de Saint-Emilion et laisse mademoiselle Lemarchand dévoiler son thème astral. M.

Fillon est poisson, ascendant balance. Ah mais ce qui est forcément bon pour la France, parce que la balance, paraît-il, s'adapte à tout. Professionnel, celui qui serait futur président a bien conscience qu'il lui faut dérouler un récit.

Maître mot de la communication politique. Dont acte. Et ce fervent catholique se confesse.

Ses rêves : pilote de course, guide de montagne ou encore photographe de renom. Fan de nouvelles technologies, il pilote même un drone devant les caméras de M6. Alors, Karine Lemarchand s'engouffre dans la brèche et lui pose une question fondamentale pour la vie et l'avenir des Français.

Pourquoi n'a-t-il jamais songé à épiler ses gros sourcils ? Véridique. Dimanche 20 novembre, la primaire de la droite et de son supplétif centriste est un succès.

Plus de 4,3 millions de Français sont allés voter. A 2 euros par personne, ce résultat remplit aussi les caisses du parti. Dans la soirée, les résultats du second tour arrivent.

Fillon l'emporte avec 44% des voix. Cet épisode électoral marque la fin officielle de l'ère Sarkozy. L'actualité politique lui montre la sortie.

Avec 44% des voix et le soutien, tout de même, de Nicolas Sarkozy, qui entre Fillon et Juppé a dû avoir le sentiment de choisir entre la peste et le choléra, l'ancien Premier ministre est serein pour aborder le deuxième tour. Une semaine plus tard, Alain Juppé, lui, pense à abandonner. Il est de loin le grand champion de la soirée.

Avec plus de 66% des voix, François Fillon s'impose devant Alain Juppé. Il est 21 heures passées quand il prend la parole. Pas de triomphalisme, le candidat de la droite est déjà en campagne.

Je donne ce soir rendez-vous à tous ceux qui savent que le bonheur est une conquête. Je donne rendez-vous à tous ceux qui ont dans le cœur la fierté d'être Français. Tout va bien pour M.

Fillon, que tout le monde voit déjà président, lui le premier. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que le Canard enchaîné enquête sur lui depuis plusieurs semaines et qu'il s'apprête à lâcher une bombe. Une affaire d'emploi fictif qui concernerait la femme du candidat, Pénélope Fillon.

Le lendemain, ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Fillon fait la Une. C'est le genre d'affaire qui peut coûter très cher à trois mois de la présidentielle. La femme de François Fillon a-t-elle bénéficié de deux emplois fictifs sur intervention de son mari.

À droite, François Fillon épinglé par le Canard enchaîné. L'hebdomadaire révèle que son épouse a été rémunérée pendant des années à ses côtés pour 5000 euros par mois environ comme attachée parlementaire, rien d'illégal, à condition d'être certain qu'elle exerçait réellement une activité. Vers 16h, une enquête préliminaire est ouverte par le parquet national financier, ça devient sérieux.

Le lendemain, François Fillon est invité au 20h de TF1 et sort la scie avec laquelle il va couper la branche sur laquelle il est assis. Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat, c'est si mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen. J'ai toujours dit que je ne pourrais pas être candidat à la présidence de la République si j’avais, pas seulement un soupçon, mais s'il y avait une évidence que j'avais transgressé la loi, ça n'est pas le cas.

Le lendemain, tout s'accélère, François Fillon est interrogé en compagnie de sa femme Pénelope. Le 1er février, le Canard enchaîné fait de nouvelles révélations. Pour Mme Fillon, c'est au total 831 000 euros pour son poste d'assistante à l'Assemblée nationale et 100 000 euros pour ses deux piges à la Revue des Deux Mondes.

On dépasse le million. Qui imagine un seul instant le général De Gaulle mis en examen ? De Gaulle, non.

Fillon, oui. La preuve. Le 28 février, Anthony Lévy, qui s'appelle d'ailleurs Antonin, Antonin Lévy.

L'avocat de François Fillon apprend que le juge Tournaire va mettre son client en examen. Au même moment, Rachida Dati (Rires) prend le petit déjeuner dans le bureau de Nicolas Sarkozy, rue de Miromesnil, à Paris, ambiance. François Baroin qui l’appelle, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, et chacun demande à ce que Sarkozy insiste pour que François Fillon se retire.

À la faveur de chacun d'entre eux. Voilà. Tout le monde veut y aller.

Et c'est vrai que Sarkozy essaye à un moment donné, leur dit "Mettez-vous d'accord". Ben tout le monde va se mettre d'accord. Bruno Le Maire claque la porte.

C'est le début des défections dans les troupes du candidat. Viendra celle de Thierry Solère, son porte-parole. Et Patrick Stefanini, son directeur de campagne, celui qui préside au destiné des candidats perdants, dont récemment Valérie Pécresse.

Bien joué. Et le 14 mars 2017, le grand jour arrive. François Fillon a donc été mis en examen avec un jour d'avance sur la date prévue.

Certains diront "et alors ?" puisque l'issue de la convocation ne faisait guère de doute. L'explication tient simplement au fait que la justice et sans doute l'intéressé ont souhaité éviter l'inévitable couverture médiatique qui aurait accompagné l'événement demain.

François Fillon avait pris les devants, il l'avait annoncé lui-même il y a une dizaine de jours. La justice l'a donc mis en examen dans l'affaire des emplois présumés fictifs de son épouse et de ses enfants. C'est une première dans une présidentielle.

Deux semaines plus tard, le 4 avril, 20 jours avant l'élection, lors du débat du premier tour de la présidentielle, souvenez-vous, c'était marrant, François Fillon fait face aux attaques frontales de Philippe Poutou *applaudissements* et aux blagues de Charline Vanhoenacker *applaudissements* et de Guillaume Meurice *applaudissements* dans la matinale de France Inter *applaudissements* Deux jours plus tard. Et là depuis janvier, alors là c'est le régal une campagne super, Fillon. Voilà, il est en face de moi.

Que des histoires, et plus on fouille, plus on sent la corruption, plus on sent la triche. Et à côté de ça, donc...

En plus, c'est des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut de la rigueur, qu'il faut l'austérité, et eux-mêmes, ils piquent dans les caisses publiques, donc il y a quand même un petit problème de ce côté-là. Non, non, après, vous pourrez parler. M.

Poutou, on n'accuse pas comme ça. Oui, non d'accord...

Ah, merci. Donc, bon, c'est ce que j'ai dit. Je l'ai dit.

Quand on voit même un Fillon qui se dit préoccupé par la dette, mais il y pense moins quand il se sert dans les caisses publiques, Ooooh... quand il paye sa famille.

Donc nous, par rapport à la dette, nous on pense qu'il faut annuler la dette, effectivement, parce que la dette, c'est vraiment un système de pompage des richesses qui remplit les coffres forts des banques. Mais parce que là, le feuilleton, c'est plus possible. Chaque jour, on apprend un truc.

Ta campagne, c'est Breaking Bad, François...

Ça va pas. Ouais, il faudrait que ça redevienne Louis la Brocante, plus calme. Voilà.

Il faut que tu casses ton image d'homme trop sérieux. Lâche-toi un peu. Fais des blagues, des devinettes.

Tiens, par exemple, j'en ai une. Monsieur et madame Renlar ont un fils. Comment l'appellent-ils ?

Ah, attends, parce que moi je l'ai pas là. Ben Jean-François. Jean-François Renlar ?

Non ! Renlar Jean-François. Rends l'argent François !

C'est excellent ! Bon allez, faut rigoler un peu. Le 23 avril, c'est le jour J, Laurent Delahousse annonce les résultats du premier tour de l'élection présidentielle.

Qui sont les qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle ? Vous voyez apparaître le décompte, nous y sommes à 5 secondes. 4, 3, 2, 1, il est 20h, voici les résultats de ce premier tour.

C'est Emmanuel Macron qui est arrivé en tête à 23,7%. Marine Le Pen est en deuxième position à 21,7%. François Fillon termine troisième.

C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République que la droite n'est pas au second tour. On connaît la suite, Emmanuel Macron devient président et François Fillon quitte la vie politique, désormais libre d'aller vendre des rillettes sur la place rouge. Voilà mesdames, messieurs.

Mesdames et messieurs, Fabrice Drouelle ! Bravo. Merci Fabrice.

Merci. Merci beaucoup. Les gens t'aiment.

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que les gens t'aiment. On se demande. C'est incroyable.

Où est-ce qu'on peut te retrouver ? Alors, première question, est-ce que ton émission continue la saison prochaine, toi ? Ou est-ce que c'est le dimanche de 3h à 4h du matin ?

On va dire que j'ai pour l'instant des indices plutôt favorables. D'accord, très bien. Donc, "Affaires sensibles » que l’on retrouve à la rentrée.

Et au théâtre ? Ah, au théâtre, oui, au théâtre. J'allais dire surtout au théâtre.

Non, au théâtre aussi. En tournée, depuis un an et demi. Et je vous invite à venir faire un saut pour la prochaine pièce, "Affaires sensibles".

à Nouméa. Tu les invites. À Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, faites un saut vite fait.

À Nouméa, carrément ? C'est vrai ? Oui, pendant huit jours et ensuite jusqu'au mois de mai 2024.

Et tu vas rejouer à Paris un peu ou en tournée ? J'aimerais bien rejouer à Paris. On a joué au théâtre Tristan Bernard pendant cinq mois.

J'aimerais bien revenir en résidence. Les tournées, c'est bien, mais quand vous jouez en résidence, sur la même scène, tous les soirs, c'est un grand bonheur. Parfait.

Merci beaucoup. S'il y a des producteurs dans la salle...

Ben voilà. Merci beaucoup Fabrice Drouelle qu'on peut applaudir bien fort. Merci Fabrice.